{"id":42635,"date":"2026-03-14T00:02:30","date_gmt":"2026-03-14T00:02:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/42635\/"},"modified":"2026-03-14T00:02:30","modified_gmt":"2026-03-14T00:02:30","slug":"cote-divoire-la-croissance-laisse-la-majorite-de-la-population-sur-le-carreau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/42635\/","title":{"rendered":"C\u00f4te d\u2019Ivoire\u00a0: la croissance laisse la majorit\u00e9 de la population sur le carreau"},"content":{"rendered":"<p>                                    19 octobre 2025 \u00e0 18h25<\/p>\n<p class=\"dropcap-wrapper\">AbidjanAbidjan (C\u00f4te d\u2019Ivoire).\u2013 Surgie de la terre rouge, la cath\u00e9drale de b\u00e9ton aux innombrables colonnes vibre comme une promesse, celle d\u2019une C\u00f4te d\u2019Ivoire puissante et prosp\u00e8re. C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce stade, qui porte le nom du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Alassane Ouattara, que la s\u00e9lection nationale a soulev\u00e9 la Coupe d\u2019Afrique des nations de football en janvier 2024, offrant au pays un triomphe \u00e0 la mesure de ses ambitions. L\u2019infrastructure se dresse d\u00e9sormais en embl\u00e8me d\u2019une nation qui r\u00eave de rayonner bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du continent.<\/p>\n<p>\u00c0 quelques centaines de m\u00e8tres seulement, le contraste est saisissant. La commune populaire d\u2019Anyama, situ\u00e9e dans le district d\u2019Abidjan, la capitale \u00e9conomique du pays, s\u2019\u00e9tend dans une poussi\u00e8re ocre, travers\u00e9e de fils \u00e9lectriques et de ruelles improvis\u00e9es. Ici, les maisons de fortune c\u00f4toient les chantiers inachev\u00e9s et la terre nue semble encore porter la trace du labeur des ouvriers.\u00a0<\/p>\n<p>\u00c9couter l\u2019article                                                     \u00a9\u00a0Mediapart                    <\/p>\n<p>Attabl\u00e9 dans un petit restaurant, Ibrahim*, silhouette de h\u00e9ron cendr\u00e9, discute avec des amis. Par deux fois, le trentenaire a quitt\u00e9 son pays natal. D\u2019abord pour un passage bref et peu concluant par le Maroc, puis pour tenter sa chance en Russie en 2017. Il y a poursuivi des \u00e9tudes pendant dix-huit mois, puis encha\u00een\u00e9 les petits boulots. Quatre ans plus tard, il a d\u00e9cid\u00e9 de rentrer. \u00ab\u00a0J\u2019ai pris cette d\u00e9cision car l\u2019\u00c9tat encourageait le retour de la diaspora, affirmant qu\u2019il y avait des opportunit\u00e9s de travail\u00a0\u00bb,\u00a0explique-t-il.<\/p>\n<p>                            Un panneau d&rsquo;affichage de campagne du pr\u00e9sident ivoirien Alassane Ouattara, d\u00e9sign\u00e9 par ses initiales (ADO), dans la commune d\u2019Adjam\u00e9, \u00e0 Abidjan, le 12 octobre 2025.                             \u00a9\u00a0Photo Sia Kambou \/ AFP                                                          Agrandir l\u2019image : Illustration 2        <\/p>\n<p>Cette promesse de prosp\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas sans fondement. Depuis l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir d\u2019Alassane Dramane Ouattara, dit \u00ab\u00a0ADO\u00a0\u00bb, en 2011 \u2013\u00a0avec le soutien de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0\u2013, la C\u00f4te d\u2019Ivoire s\u2019est impos\u00e9e comme la locomotive \u00e9conomique de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Port\u00e9 par une politique d\u2019investissements publics soutenue et la mont\u00e9e en puissance du secteur priv\u00e9, le pays s\u2019est lanc\u00e9 dans un vaste chantier de modernisation\u00a0: r\u00e9novation du r\u00e9seau routier, infrastructures nouvelles, \u00e9lectrification g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e d\u2019ici la fin de l\u2019ann\u00e9e\u2026\u00a0<\/p>\n<p>Sur le papier, les r\u00e9sultats sont probants. En moins de quinze ans, le PIB a presque tripl\u00e9, passant de 18\u00a0111 milliards de francs CFA (27,6\u00a0milliards d\u2019euros) en 2011 \u00e0 57\u00a0770 milliards (87\u00a0milliards d\u2019euros) en 2025. La croissance demeure robuste (sup\u00e9rieure \u00e0 6\u00a0% par an depuis 2012, sauf en 2018 et en 2020, ann\u00e9e de la pand\u00e9mie), ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 la diminution du taux d\u2019endettement du pays (57,7\u00a0% du PIB, contre 69\u00a0% en 2011).<\/p>\n<p>Des indicateurs \u00e9conomiques trompeurs<\/p>\n<p>Le pouvoir met en avant ces chiffres, \u00e0 l\u2019approche de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 25 octobre, lors de laquelle Alassane Ouattara brigue un quatri\u00e8me mandat controvers\u00e9. \u00ab\u00a0Au regard de la situation dans laquelle se trouvait le pays \u00e0 notre arriv\u00e9e au pouvoir, notre bilan est bon\u00a0\u00bb, estime aupr\u00e8s de Mediapart Amadou Coulibaly, porte-parole du gouvernement.<\/p>\n<p>Pourtant, quand Ibrahim est revenu\u00a0\u00e0 Abidjan, cela a \u00e9t\u00e9 la douche froide.\u00a0\u00ab\u00a0Je pensais monter une soci\u00e9t\u00e9 de transport ou trouver un emploi stable, mais je me suis vite rendu compte que les difficult\u00e9s \u00e9taient toujours les m\u00eames,\u00a0souffle-t-il.\u00a0L\u2019acc\u00e8s au financement demeure compliqu\u00e9 et le march\u00e9 de l\u2019emploi reste bouch\u00e9. J\u2019ai compris que les routes, les infrastructures, ce n\u2019\u00e9tait que du maquillage.\u00a0\u00bb Las, il se dirige vers une plateforme de chauffeurs VTC, Yango, tr\u00e8s implant\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire.\u00a0<\/p>\n<p>J\u2019ai fait des stages dans de grosses entreprises publiques et priv\u00e9es. Mais si tu n\u2019as pas de contacts, c\u2019est tr\u00e8s difficile de trouver un job.<\/p>\n<p>Charles*, barman, dipl\u00f4m\u00e9 en comptabilit\u00e9<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La forte croissance \u00e9conomique de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire ces derni\u00e8res ann\u00e9es n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 suffisamment inclusive, r\u00e9sume Yao S\u00e9raphin Prao, ma\u00eetre de conf\u00e9rences en \u00e9conomie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Alassane-Ouattara de Bouak\u00e9. Les in\u00e9galit\u00e9s persistent.\u00a0\u00bb La structure m\u00eame de l\u2019\u00e9conomie est point\u00e9e du doigt\u00a0: 5\u00a0% des entreprises, notamment de grosses multinationales \u00e9trang\u00e8res, fournissent 80\u00a0% de la richesse produite, selon l\u2019agence de notation Bloomfield Investment. Un chiffre que conteste le gouvernement.<\/p>\n<p>Il reste dans tous les cas difficile, pour une part importante de la population, d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019emploi. Si le taux de ch\u00f4mage tourne officiellement autour de 2\u00a0%, celui du non-emploi (proportion de ch\u00f4meurs et de ch\u00f4meuses auxquel\u00b7les on ajoute les personnes inactives parmi une population en \u00e2ge de travailler) grimpe \u00e0 plus de 40\u00a0%. Les jeunes dipl\u00f4m\u00e9\u00b7es sont particuli\u00e8rement touch\u00e9\u00b7es par ces difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 du travail.<\/p>\n<p>Absence de protection sociale\u00a0<\/p>\n<p>Originaire de la commune populaire de Yopougon, Charles* est barman depuis maintenant cinq ans. Avec un BTS comptabilit\u00e9 obtenu en 2020, le jeune homme esp\u00e9rait donner un tout autre tournant \u00e0 sa carri\u00e8re. \u00ab\u00a0J\u2019ai fait des stages dans de grosses entreprises publiques et priv\u00e9es, se rappelle-t-il.\u00a0Mais en C\u00f4te d\u2019Ivoire, si tu n\u2019as pas de contacts, c\u2019est tr\u00e8s difficile de trouver un job. C\u2019est un circuit ferm\u00e9 qui profite toujours aux m\u00eames.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Le jeune homme au visage poupin per\u00e7oit 200\u00a0000 francs CFA (305\u00a0euros) par mois. Un revenu modeste, mais il se dit reconnaissant d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9, un privil\u00e8ge rare dans le pays. \u00ab\u00a0En 2025, le secteur informel reste un pilier de l\u2019\u00e9conomie ivoirienne, repr\u00e9sentant plus de la moiti\u00e9 du PIB et 70 \u00e0 90\u00a0% des emplois\u00a0\u00bb, souligne l\u2019\u00e9conomiste Yao S\u00e9raphin Prao. En clair, la grande majorit\u00e9 des Ivoirien\u00b7nes travaillent sans protection sociale ni s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019emploi.<\/p>\n<p>Avec un co\u00fbt de la vie \u00e9lev\u00e9 par rapport \u00e0 celui d\u2019autres pays africains, pr\u00e8s de 70\u00a0% de la population se trouve en situation de pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n<p>Hugo*, 25\u00a0ans, entre dans cette case. Depuis qu\u2019il a quitt\u00e9 l\u2019\u00e9cole en terminale, il encha\u00eene les petits boulots non d\u00e9clar\u00e9s. \u00ab\u00a0Livreur, serveur, barman, puis p\u00e9riodes de vide\u2026\u00a0\u00bb, \u00e9num\u00e8re-t-il. Il occupe d\u00e9sormais un poste d\u2019agent commercial pour 150\u00a0000\u00a0francs CFA par mois (228\u00a0euros). \u00ab\u00a0J\u2019aimerais partir de la maison familiale, confie-t-il. Mais un studio co\u00fbte au moins 70\u00a0000 francs. Si on ajoute le transport et la nourriture, je ne vois pas comment je peux m\u2019en sortir.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Les indicateurs sociaux t\u00e9moignent des difficult\u00e9s persistantes de la population. Le taux de pauvret\u00e9 est certes pass\u00e9 de 55,4\u00a0% en 2011 \u00e0 37,5\u00a0% en 2021, selon l\u2019Agence nationale de la statistique (Ansat). Mais l\u2019\u00c9tat ivoirien retient un seuil relativement bas, d\u00e9finissant comme pauvres les personnes vivant avec moins de 30\u00a0797\u00a0francs CFA par mois (environ 45\u00a0euros). Avec un co\u00fbt de la vie \u00e9lev\u00e9 par rapport \u00e0 celui d\u2019autres pays africains, pr\u00e8s de 70\u00a0% de la population se trouve en situation de pr\u00e9carit\u00e9, calcule de son c\u00f4t\u00e9 l\u2019agence de notation Bloomfield Investment.\u00a0<\/p>\n<p class=\"aside-kicker\">\u00c0 lire aussi<\/p>\n<p>                          <a data-smarttag=\"\" data-smarttag-name=\"a_lire_aussi\" data-smarttag-chapter1=\"recirculation\" data-smarttag-chapter2=\"corps_article\" data-smarttag-type=\"navigation\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/090925\/la-cote-d-ivoire-se-prepare-la-reelection-d-alassane-ouattara\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">                                La C\u00f4te d\u2019Ivoire se pr\u00e9pare \u00e0 la r\u00e9\u00e9lection d\u2019Alassane Ouattara            <\/a>            <\/p>\n<p>                9 septembre 2025                                <\/p>\n<p>Et avec pr\u00e8s de 80\u00a0% de l\u2019activit\u00e9 concentr\u00e9e \u00e0 Abidjan, les zones rurales demeurent particuli\u00e8rement touch\u00e9es par la pauvret\u00e9. \u00ab\u00a0La ruralit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 la grande oubli\u00e9e des politiques de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb, confirme Yao Prao. \u00c0 Singrobo, un village situ\u00e9 \u00e0 140\u00a0kilom\u00e8tres au nord-ouest de la capitale \u00e9conomique, Alima* cultive la terre pour faire vivre sa famille, qu\u2019elle \u00e9l\u00e8ve seule. Mais ses maigres r\u00e9coltes ne suffisent pas \u00e0 subvenir \u00e0 leurs besoins. \u00ab\u00a0Ma fille de 15\u00a0ans, qui a elle-m\u00eame un petit gar\u00e7on de quelques mois, a d\u00fb quitter l\u2019\u00e9cole pour m\u2019aider dans les champs\u00a0\u00bb, dit-elle.\u00a0<\/p>\n<p>Si le gouvernement a mis en place un programme de filets sociaux, celui-ci reste largement insuffisant. \u00c0 d\u00e9faut, de nombreux Ivoiriens et Ivoiriennes d\u00e9veloppent des \u00ab\u00a0strat\u00e9gies de d\u00e9brouille\u00a0\u00bb, observe H\u00e9l\u00e8ne Ducourant, sociologue \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Gustave-Eiffel, en Seine-et-Marne, comme \u00ab\u00a0les cotisations \u00e0 des caisses familiales ou \u00e0 des tontines, un syst\u00e8me communautaire qui permet d\u2019\u00e9pargner ou d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 une somme substantielle en cas de coup dur ou de projet\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ibrahim, lui, ne croit plus en la capacit\u00e9 de la classe politique \u00e0 r\u00e9pondre aux attentes de la population. D\u2019ailleurs, il reconna\u00eet n\u2019avoir \u00ab\u00a0jamais vot\u00e9\u00a0\u00bb et n\u2019ira pas placer de bulletin dans l\u2019urne le 25 octobre. \u00ab\u00a0De toute fa\u00e7on, soupire-t-il, nous sommes pris en otage par le syst\u00e8me.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"19 octobre 2025 \u00e0 18h25 AbidjanAbidjan (C\u00f4te d\u2019Ivoire).\u2013 Surgie de la terre rouge, la cath\u00e9drale de b\u00e9ton aux&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":42636,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[154],"tags":[2047,1776,216,2618,2048,3154,17378],"class_list":{"0":"post-42635","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-cote-divoire","8":"tag-afriques","9":"tag-alassane-ouattara","10":"tag-cote-divoire","11":"tag-croissance-economique","12":"tag-elections-en-cote-divoire","13":"tag-inegalites","14":"tag-precarite"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116224599193823707","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42635","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42635"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42635\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/42636"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42635"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42635"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42635"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}