{"id":4536,"date":"2026-02-06T05:31:24","date_gmt":"2026-02-06T05:31:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/4536\/"},"modified":"2026-02-06T05:31:24","modified_gmt":"2026-02-06T05:31:24","slug":"le-ventre-de-latlantique-de-fatou-diome","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/4536\/","title":{"rendered":"Le ventre de l\u2019Atlantique de Fatou Diome"},"content":{"rendered":"<p>                        1 Bernadette Kadiobra-Kassi explique pr\u00e9f\u00e9rer \u00able vocable de f\u00e9ministes alabelis\u00e9es ou an\u00e9tiquett\u00e9es <a href=\"#ftn1\">(&#8230;)<\/a><\/p>\n<p class=\"texte\">1N\u00e9e en 1968 dans l\u2019\u00eele de Niodor, au S\u00e9n\u00e9gal, mais r\u00e9sidente en France depuis 1994, Fatou Diome est l\u2019auteure d\u2019environ une douzaine d\u2019ouvrages \u2013 romans, nouvelles, essais \u2013 qui explorent, \u00e0 travers son regard de femme et immigr\u00e9e, les th\u00e9matiques de la colonisation, de l\u2019exil et de l\u2019identit\u00e9. Son activit\u00e9 litt\u00e9raire s\u2019inscrit ainsi au c\u0153ur des litt\u00e9ratures postcoloniales francophones contemporaines et, selon les critiques, appartient \u00e9galement aux \u00e9critures f\u00e9ministes \u201calabelis\u00e9es\u201d ou \u201can\u00e9tiquett\u00e9es\u201d<a class=\"footnotecall\" id=\"bodyftn1\" href=\"#ftn1\">1<\/a> qui se sont diffus\u00e9es dans l\u2019Afrique subsaharienne \u00e0 partir de la fin du XX\u00e8me si\u00e8cle. Le Ventre de l\u2019Atlantique, paru en 2003 pour les \u00c9ditions Anne Carri\u00e8re, est le texte qui l\u2019a consacr\u00e9e au grand public. La synopsis du roman est simple\u00a0: le livre raconte l\u2019histoire de Salie, une jeune femme s\u00e9n\u00e9galaise \u2013 alter-ego de l\u2019auteure \u2013 qui s\u2019est install\u00e9e \u00e0 Strasbourg, tandis que Madick\u00e9, son demi-fr\u00e8re, vit toujours au S\u00e9n\u00e9gal, sur la petite \u00eele de Niodor. Bien qu\u2019elle essaie de le d\u00e9courager, le gar\u00e7on aimerait rejoindre sa s\u0153ur en Europe pour poursuivre son r\u00eave\u00a0: rencontrer son idole Paolo Maldini et devenir joueur de football professionnel. Le t\u00e9l\u00e9phone est leur seul point de contact d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de cette mer immense et profonde qui les s\u00e9pare et, en m\u00eame temps, en unit les destins.<\/p>\n<p>                        2 L\u2019oc\u00e9an appara\u00eet effectivement non seulement dans le titre, mais aussi dans l\u2019image de couverture d <a href=\"#ftn2\">(&#8230;)<\/a><br \/>\n                        3 Les points en commun entre Fatou Diome et Salie ne sont pas difficiles \u00e0 d\u00e9tecter, \u00e0 partir du fait <a href=\"#ftn3\">(&#8230;)<\/a><\/p>\n<p class=\"texte\">2D\u00e8s son titre, l\u2019\u0153uvre met l\u2019oc\u00e9an au premier plan. Pr\u00e9sence indispensable et persistante qui s\u2019infiltre, comme le ferait d\u2019ailleurs l\u2019eau, entre les mots et les pages du texte et du paratexte<a class=\"footnotecall\" id=\"bodyftn2\" href=\"#ftn2\">2<\/a>, l\u2019Atlantique peut \u00eatre, et est en effet con\u00e7u, comme le vrai leitmotiv de l\u2019\u0153uvre. Dans les pages de cette autofiction postcoloniale, o\u00f9 les traces autobiographiques \u00e9mergent avec \u00e9vidence<a class=\"footnotecall\" id=\"bodyftn3\" href=\"#ftn3\">3<\/a>, l\u2019\u00e9crivaine d\u00e9construit efficacement le contraste entre le mythe de l\u2019Europe-Eldorado et la dystopie d\u2019une Afrique pauvre et sans espoir, en nous montrant un oc\u00e9an aux interpr\u00e9tations ambigu\u00ebs et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes\u00a0: d\u2019une part, l\u2019Atlantique peut \u00eatre un pont prodigieux, un cordon ombilical liquide reliant les deux continents, mais, d\u2019autre part, il peut correspondre \u00e0 une fronti\u00e8re hostile et dangereuse, en devenant la tombe de certains hommes, femmes et enfants au destin tragique. Si c\u2019est surtout \u00e0 travers la narration des vies des personnages que cette ambivalence ressort avec puissance, la pr\u00e9sence aquatique accompagne le r\u00e9cit non seulement au niveau th\u00e9matique, mais aussi \u00e0 travers plusieurs solutions esth\u00e9tiques et rh\u00e9toriques, comme le recours \u00e0 la m\u00e9taphore, \u00e0 la personnification et \u00e0 la zoomorphisation, ainsi que l\u2019emploi d\u2019une \u00e9criture fluide qui mime les mouvements ondulatoires de la mer.<\/p>\n<p class=\"texte\">3Dans notre \u00e9tude, nous allons donc consid\u00e9rer l\u2019oc\u00e9an en tant que pont et fronti\u00e8re entre Afrique et Europe en analysant la polymorphie th\u00e9matique et stylistique de l\u2019Atlantique, dans le but de montrer son importance pour la construction de l\u2019identit\u00e9 afro-europ\u00e9enne de son auteure-narratrice.<\/p>\n<p class=\"texte\">4En ce qui concerne les th\u00e8mes, il faut tout d\u2019abord souligner que la \u00ab\u00a0dichotomie entre le centre [l\u2019Europe] et la p\u00e9riph\u00e9rie [l\u2019Afrique]\u00a0\u00bb (Agnevall) est la probl\u00e9matique centrale de l\u2019\u0153uvre\u00a0; plusieurs personnages incarnent cette opposition\u00a0: ceux qui soutiennent l\u2019id\u00e9e d\u2019une France idyllique (comme Madick\u00e9 et l\u2019homme de Barb\u00e8s) et ceux qui gardent les distances avec le monde occidental et ses pi\u00e8ges (comme l\u2019instituteur Nd\u00e9tare et la narratrice). L\u2019influence de l\u2019oc\u00e9an sur le destin des hommes et des femmes qui peuplent l\u2019univers romanesque du livre en r\u00e9v\u00e8le en outre les c\u00f4t\u00e9s positifs et les c\u00f4t\u00e9s n\u00e9gatifs, en marquant d\u2019une fa\u00e7on ind\u00e9l\u00e9bile la vie des habitants de l\u2019\u00eele de Niodor. L\u2019Atlantique racont\u00e9 par Diome est parfois un ami fid\u00e8le, capable de garantir bonheur et protection, mais il peut aussi repr\u00e9senter une menace, un ennemi dangereux et terrifiant.<\/p>\n<p class=\"texte\">5Cette bipolarit\u00e9 propre \u00e0 l\u2019instance oc\u00e9anique est v\u00e9cue avant tout par Salie, la protagoniste et voix narrative\u00a0; fille ill\u00e9gitime \u00e9lev\u00e9e par sa grand-m\u00e8re, son existence est marqu\u00e9e par la pr\u00e9sence aquatique d\u00e8s sa naissance\u00a0:<\/p>\n<p class=\"citation\">C\u2019\u00e9tait au tout d\u00e9but de l\u2019hivernage, aimait-elle \u00e0 me raconter. Un soleil aussi \u00e9touffant que la morale \u00e9tait las de tourner les humains et courait se saborder dans l\u2019Atlantique. [\u2026] Un ciel borgne dardait l\u2019Atlantique de son \u0153il rouge et lui intimait de livrer au monde le myst\u00e8re nich\u00e9 dans son ventre. Les premi\u00e8res ombres nocturnes \u00e9paississaient la chevelure des cocotiers et longeaient les palissades, lorsqu\u2019un cri retentit. L\u2019unique sage-femme du village \u00e9tait en voyage\u00a0; impr\u00e9visible, j\u2019avais choisi ce moment-l\u00e0 pour na\u00eetre. Ma grand-m\u00e8re fit confiance \u00e0 sa propre exp\u00e9rience, \u00e0 ses plantes et \u00e0 son beurre de karit\u00e9\u00a0; une sage-femme, elle n\u2019en avait eu que pour son benjamin. [\u2026] \u00ab\u00a0N\u00e9e sous la pluie, avait-elle murmur\u00e9, tu n\u2019auras jamais peur d\u2019\u00eatre mouill\u00e9e par les salives que r\u00e9pandra ton passage\u00a0; le petit du dauphin ne peut craindre la noyade\u00a0; mais il te faudra aussi affronter le jour.\u00a0\u00bb Alors que je tr\u00f4nais dans ma cotonnade blanche, mes racines poussaient sur la crasse du monde, \u00e0 mon insu\u00a0: diluant le sang de ma m\u00e8re et le ruisseau de mon bain, l\u2019eau de pluie s\u2019infiltrait dans le sol jusqu\u2019au niveau o\u00f9 l\u2019Atlantique se mue en source vivifiante. Cette nuit-l\u00e0, ma grand-m\u00e8re veilla sa fille et son enfant ill\u00e9gitime (72-74. C\u2019est nous qui soulignons).<\/p>\n<p class=\"texte\">6Dans ce passage, la venue au monde de la petite Salie est accompagn\u00e9e de plusieurs r\u00e9f\u00e9rences au champ lexical de l\u2019eau et des substances liquides\u00a0: \u201cl\u2019Atlantique\u201d est cit\u00e9 trois fois, accompagn\u00e9 par les lex\u00e8mes \u201cpluie\u201d, \u201csalives\u201d, \u201cnoyade\u201d, \u201csang\u201d, \u201cruisseau\u201d, \u201cbain\u201d, \u201ceau\u201d, \u201csource\u201d, ainsi que par les constructions verbales \u201c\u00eatre mouill\u00e9e\u201d, \u201cdiluant\u201d, \u201cs\u2019infiltrait\u201d. Si l\u2019eau est m\u00e9taphore de vie, le destin de la protagoniste appara\u00eet ici d\u2019autant plus imm\u00e9diatement li\u00e9 \u00e0 l\u2019oc\u00e9an entourant son \u00eele natale, qui semble p\u00e9n\u00e9trer dans sa chair et dans son \u00e2me. La pr\u00e9sence aquatique continuera d\u2019ailleurs \u00e0 accompagner la jeune femme \u00e0 chaque \u00e9tape de son existence et la rejoindra aussi en France, quoique sous une autre forme\u00a0: bien qu\u2019\u00e0 Strasbourg elle ne puisse plus admirer les paysages exotiques s\u00e9n\u00e9galais et la beaut\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an, elle peut en revanche se consoler en regardant avec m\u00e9lancolie les froides vagues du Rhin\u00a0:<\/p>\n<p class=\"citation\">Le mur des Lamentations n\u2019est pas \u00e0 Strasbourg, il y a le Rhin qui coule et coule encore, sans pour autant offrir aux larmes le go\u00fbt de l\u2019Atlantique. Douces et belles auraient d\u00fb \u00eatre mes nuits rh\u00e9nanes si le cerveau ne ber\u00e7ait sa houle permanente. Mais que murmurait alors l\u2019Oc\u00e9an o\u00f9 se refl\u00e9taient les ombres de mes nuits\u00a0? (246).<\/p>\n<p class=\"texte\">7Salie est sans doute une ardente partisane de la beaut\u00e9 du territoire africain, qu\u2019elle a pourtant d\u00fb quitter pour poursuivre ses \u00e9tudes et se donner la chance d\u2019une vie meilleure. Cliv\u00e9e entre l\u2019Europe de ses r\u00eaves et l\u2019Afrique de ses origines, la narratrice \u2013 tout comme l\u2019\u00e9crivaine \u2013 exprime \u00e0 plusieurs reprises sa nostalgie et le poids du d\u00e9racinement. Malgr\u00e9 ses efforts, elle se sent partout \u00e9trang\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Enracin\u00e9e partout, exil\u00e9e tout le temps, je suis chez moi l\u00e0 o\u00f9 l\u2019Afrique et l\u2019Europe perdent leur orgueil et se content de s\u2019additionner\u00a0: sur une plage, pleine de l\u2019alliage qu\u2019elles m\u2019ont l\u00e9gu\u00e9\u00a0\u00bb (181-182). Marginalis\u00e9e par ses propres compatriotes, qui ne la consid\u00e8rent plus leur cons\u0153ur, mais quelqu\u2019un qui, en partant, a trahi la terre natale, la protagoniste se sent mal \u00e0 l\u2019aise lorsqu\u2019elle fait retour \u00e0 son village d\u2019origine, o\u00f9 la fronti\u00e8re oc\u00e9anique, \u00e0 travers le proc\u00e9d\u00e9 de personnification, se transforme en une pr\u00e9sence ennuyeuse et mena\u00e7ante\u00a0:<\/p>\n<p class=\"citation\">L\u2019Atlantique grondait, les vagues mordaient les flancs de l\u2019\u00eele, personne ne donnait de la voix, mais une brise ti\u00e8de et naus\u00e9abonde r\u00e9pandait son murmure dans toutes les cours de cuisine. La rumeur se r\u00e9coltant plus vite que la fleur de sel, on s\u2019en servit pour assaisonner les d\u00eeners. L\u2019atmosph\u00e8re du village devenant irrespirable, je m\u2019\u00e9clipsai (191. C\u2019est nous qui soulignons).<\/p>\n<p class=\"texte\">8Ici, la connotation n\u00e9gative de l\u2019Atlantique, maintenant agressif et dangereux, ressort clairement \u00e0 travers les verbes \u201cgrondait\u201d et \u201cmordaient\u201d et les adjectifs \u201cnaus\u00e9abonde\u201d et \u201cirrespirable\u201d. Au centre de ce bouleversement identitaire et de cette mer orageuse, la grand-m\u00e8re, qui joue un r\u00f4le maternel, incarne le seul point de rep\u00e8re possible. En employant une m\u00e9taphore maritime, la femme est en effet compar\u00e9e \u00e0 la fois \u00e0 un phare et \u00e0 un port dans la temp\u00eate, tandis que la narratrice se voit comme un bateau perdu dans les vagues de l\u2019oc\u00e9an\u00a0:<\/p>\n<p class=\"citation\">La petite cha\u00eene imaginaire, que ma grand-m\u00e8re tendait entre nous, me restituait de l\u2019\u00e9quilibre. Elle est le phare plant\u00e9 dans le ventre de l\u2019Atlantique pour redonner, apr\u00e8s chaque temp\u00eate, une direction \u00e0 ma navigation solitaire. Avec elle, j\u2019ai compris qu\u2019il n\u2019y a pas de vieillards, il n\u2019y a que de v\u00e9n\u00e9rables phares. S\u00e9dentaire, elle est l\u2019ultime port d\u2019attache de mon bateau \u00e9motionnel, lanc\u00e9 au hasard sur l\u2019immensit\u00e9 effrayante de la libert\u00e9 (190-191.C\u2019est nous qui soulignons).<\/p>\n<p class=\"texte\">9Un autre personnage que l\u2019Atlantique influence fortement est sans doute Nd\u00e9tare, le sage instituteur de Salie et de Madick\u00e9. Envoy\u00e9 par le gouvernement sur l\u2019\u00eele, \u00ab\u00a0dans le ventre de l\u2019Atlantique\u00a0\u00bb (129), \u00e0 cause de ses id\u00e9es progressistes, tout comme la protagoniste il rejette le bin\u00f4me utopique \u00ab\u00a0la France, l\u2019Eldorado\u00a0\u00bb (136), en s\u2019engageant pour instruire les jeunes de Niodor et leur garantir un futur\u00a0; mais, si pour la narratrice il incarne un v\u00e9ritable h\u00e9ros qui lui \u00ab\u00a0a tout donn\u00e9\u00a0: la lettre, le chiffre, la cl\u00e9 du monde\u00a0\u00bb (66), il est m\u00e9pris\u00e9 par plusieurs Niodoriens\u00a0: \u00ab\u00a0Il avait remarqu\u00e9 que certains habitants de l\u2019\u00eele disposaient \u00e0 peine d\u2019un QI de crustac\u00e9, mais, m\u00e9pris\u00e9, c\u2019\u00e9tait lui, l\u2019intellectuel, qui avait fini par se trouver une similitude avec ces d\u00e9chets que l\u2019Atlantique refuse d\u2019avaler et qui bordent l\u2019Atlantique\u00a0\u00bb (77).<\/p>\n<p class=\"texte\">10L\u2019Atlantique est avant tout un lieu de cauchemar pour le pauvre Nd\u00e9tare\u00a0: c\u2019est la tombe de son fils, fruit de son amour contrast\u00e9 avec Sank\u00e8le et cruellement assassin\u00e9 par le p\u00e8re de son amante, pour qui un enfant n\u00e9 hors du mariage est un enfant ill\u00e9gitime dont il faut avoir honte et se d\u00e9barrasser. La narratrice d\u00e9crit le moment de l\u2019infanticide avec une bri\u00e8vet\u00e9 lapidaire\u00a0: \u00ab\u00a0Il [le p\u00e8re de Sank\u00e8le] quitta la chambre, son ballot sous le bras, et se dirigea vers la mer. Apr\u00e8s avoir pos\u00e9 le petit corps dans la pirogue, il rama vers le large. Quand il estima s\u2019\u00eatre suffisamment \u00e9loign\u00e9 du rivage, il arrima le corps \u00e0 une grosse pierre, le plongea au fond de l\u2019Atlantique et reprit son sillage \u00e0 l\u2019envers\u00a0\u00bb (134). Cependant, ce m\u00eame oc\u00e9an devient le seul espoir et la seule \u00e9chappatoire possible pour Sank\u00e8le, qui refuse de vivre un jour de plus sous le m\u00eame toit que ses parents et d\u00e9cide de recommencer sa vie loin de Niodor. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 Nd\u00e9tare qu\u2019elle r\u00e9ussira \u00e0 partir\u00a0:<\/p>\n<p class=\"citation\">Celui-ci, ne voyant aucun moyen d\u2019aider sa petite amie, se r\u00e9signa \u00e0 favoriser sa fuite\u00a0: il fallait sauver Sank\u00e8le, l\u2019aider \u00e0 sortir du village. Si l\u2019\u00eele est une prison, toute sa circonf\u00e9rence peut servir d\u2019issue de secours. [\u2026] Nd\u00e9tare, le c\u0153ur serr\u00e9, fit ses adieux \u00e0 sa dulcin\u00e9e\u00a0; il lui offrit toutes ses \u00e9conomies, de quoi vivre en ville le temps de trouver un emploi, un travail de bonne certainement. Sank\u00e8le embarqua, d\u00e9guis\u00e9e en homme (134-135. C\u2019est nous qui soulignons).<\/p>\n<p class=\"texte\">11Surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019amour tragique avec la belle Sank\u00e8le, Nd\u00e9tare ne peut pas \u00e9viter de souffrir en percevant la haine qui l\u2019entoure et il cherche un soulagement en se baignant dans l\u2019oc\u00e9an, dont l\u2019eau froide devient, pour lui, un mur infranchissable en m\u00eame temps qu\u2019une protection rassurante\u00a0:<\/p>\n<p class=\"citation\">Les vagues de fin de journ\u00e9e se succ\u00e9daient, froides et silencieuses, autour de ses jambes tremp\u00e9es qu\u2019il balan\u00e7ait machinalement. Prisonnier, Nd\u00e9tare l\u2019\u00e9tait doublement\u00a0: de cette \u00eele, qu\u2019il lui \u00e9tait interdit de quitter, mais aussi de sa m\u00e9moire qui ne lui avait jamais donn\u00e9 le droit de vivre autre chose que sa m\u00e9lancolie, depuis si longtemps. Seul, face \u00e0 l\u2019eau, il d\u00e9rivait comme une barque vers la mer noire de ses souvenirs (125-126).<\/p>\n<p class=\"texte\">12Enfin, l\u2019Atlantique cache des messages ambigus aussi pour Moussa, un jeune footballeur de Niodor tr\u00e8s motiv\u00e9 qui part pour la France avec le r\u00eave de devenir riche et c\u00e9l\u00e8bre. Une fois arriv\u00e9 en Europe, il vit pourtant sur sa peau le racisme et le m\u00e9pris des gens\u00a0: \u00ab\u00a0En bon insulaire, il se consolait avec des mots bien de chez lui\u00a0: \u201cles vagues peuvent toujours frapper, elles ne feront qu\u2019aff\u00fbter le rocher\u201d. Les mois pass\u00e8rent, le rocher de l\u2019Atlantique ne per\u00e7ait toujours pas le ballon de France\u00a0\u00bb (101). Rentr\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal d\u00e9\u00e7u, sans un sou et \u00ab\u00a0devenu persona non grata aupr\u00e8s de ses cong\u00e9n\u00e8res\u00a0\u00bb (Mapangou 222), il finit pour se suicider \u00ab\u00a0ne pouvant plus supporter cette pression communautaire trop pesante\u00a0\u00bb (Mapangou 222). En reprenant la tradition mill\u00e9naire de l\u2019\u201coraliture\u201d africaine (Sperti 7-8\u00a0; Bernab\u00e9, Chamoiseau, Confiant), la mort tragique de Moussa r\u00e9sonne des l\u00e9gendes locales li\u00e9es aux myst\u00e8res de l\u2019oc\u00e9an qu\u2019il a \u00e9cout\u00e9es maintes fois\u00a0: \u00ab\u00a0La mar\u00e9e monta de plus belle. Bient\u00f4t la palissade imbib\u00e9e d\u2019eau eut du mal \u00e0 tenir debout sur la boue. Lentement, mais inexorablement, elle se mit \u00e0 ployer. Moussa pouvait l\u2019entendre murmurer\u00a0: \u201cAtlantique, emporte-moi, ton ventre amer me sera plus doux que mon lit. La l\u00e9gende dit que tu offres l\u2019asile \u00e0 ceux qui te le demandent\u201d\u00a0\u00bb (111). Apr\u00e8s l\u2019avoir accueilli, ce sera \u00e0 nouveau l\u2019Atlantique \u00e0 rendre son corps sans vie au gens de Niodor, en livrant, avec lui, un message d\u2019avertissement\u00a0: <\/p>\n<p class=\"citation\">Non loin du village, juste \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019\u00eele trempe sa langue dans la mer, les p\u00e9cheurs avaient pris dans leurs filets le corps inerte de Moussa. M\u00eame l\u2019Atlantique ne peut dig\u00e9rer tout ce que la terre vomit. Allah Akbar\u00a0! \u00c0 la mosqu\u00e9e, on avait fini de prier. Le pr\u00eacheur ponctua son pr\u00f4ne par ces mots\u00a0: \u201cChaque miette de vie doit servir \u00e0 conqu\u00e9rir la dignit\u00e9\u00a0!\u201d (113-114. C\u2019est l\u2019auteure qui souligne).<\/p>\n<p class=\"texte\">13La pr\u00e9sence de l\u2019Atlantique impr\u00e8gne le roman non seulement au niveau th\u00e9matique\u00a0: en effet, les tournures langagi\u00e8res, les choix stylistiques et les solutions rh\u00e9toriques qu\u2019emploie l\u2019auteure enrichissent constamment la narration avec de nombreuses images li\u00e9es \u00e0 la dimension oc\u00e9anique. Tout d\u2019abord, au niveau lexico-syntaxique, Diome souligne l\u2019opposition \u2013 g\u00e9ographique, sociale et culturelle \u2013 entre la France et le S\u00e9n\u00e9gal en employant l\u2019Atlantique \u00e0 la fois comme point de contact et de s\u00e9paration, comme le montre l\u2019abondance des expressions d\u00e9ictiques spatiales \u201cici\u201d, \u201cl\u00e0-bas\u201d, \u201cl\u00e0\u201d, \u201cailleurs\u201d, \u201cy\u201d. Selon Musah,<\/p>\n<p class=\"citation\">L\u2019usage de ces d\u00e9ictiques spatiaux [\u2026] souligne la distance entre l\u2019Afrique et l\u2019Europe et \u00e9galement celle entre le S\u00e9n\u00e9gal et la France. Bien s\u00fbr, la distance physique de milliers de kilom\u00e8tres entre ces deux continents et ces deux pays en question est une r\u00e9alit\u00e9 bas\u00e9e sur des faits r\u00e9els qui, pour sa part, contribue aussi \u00e0 la construction de l\u2019image d\u2019une longue distance et de grandes diff\u00e9rences physiques et culturelles entre ces lieux (Musah 44).<\/p>\n<p class=\"texte\">14Embl\u00e9matique, \u00e0 ce propos, est le passage o\u00f9 Salie raconte avec \u00e9motion avoir re\u00e7u un paquet de la part de sa grand-m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Ce petit paquet signifiait que l\u00e0-bas, au bout du monde, dans le Sahel o\u00f9 le sable br\u00fble les semailles, [\u2026] l\u00e0-bas, dans le ventre de l\u2019Atlantique, [\u2026] l\u00e0-bas [\u2026] quelqu\u2019un pensait \u00e0 moi avec beaucoup d\u2019amour\u00a0\u00bb (250. C\u2019est nous qui soulignons).<\/p>\n<p class=\"texte\">15Ensuite, la pr\u00e9sence aquatique, comme on l\u2019a vu en analysant la vie et les destins des personnages, s\u2019infiltre avec insistance entre les mots du roman et \u00e9merge \u00e0 chaque page du r\u00e9cit, presqu\u2019en mimant les mouvements ondulatoires de la mer. Mentionn\u00e9 maintes fois, l\u2019Atlantique semble parfois recouvrir le r\u00f4le d\u2019un personnage\u00a0; le proc\u00e9d\u00e9 de personnification est en effet pr\u00e9sent \u00e0 plusieurs reprises tout au long du texte, comme on peut le remarquer dans les passages suivants\u00a0: \u00ab\u00a0La mer, soucieuse de garder son autorit\u00e9 sur M\u2019Bour, avait envoy\u00e9 sa fille, Brise, chasser Harmattan, le fils du Sahara, qui nous avait \u00e9touff\u00e9s toute la journ\u00e9e\u00a0\u00bb (193)\u00a0; \u00ab\u00a0les jeunes footballeurs de Niodor glissaient leur orgueil sous l\u2019oreiller de leur grand-m\u00e8re et laissaient l\u2019Atlantique gronder sa col\u00e8re\u00a0\u00bb (233). Parfois, comme le remarque Parfait Bi Kacou Diandue (77-78), l\u2019Atlantique prend en revanche la forme d\u2019un animal mythique, affam\u00e9 et f\u00e9roce\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0-bas, depuis des si\u00e8cles, des hommes sont pendus \u00e0 un bout de terre, l\u2019\u00eele de Niodor. Accroch\u00e9s \u00e0 la gencive de l\u2019Atlantique, tels des r\u00e9sidus de repas, ils attendent, r\u00e9sign\u00e9s, que la prochaine vague les emporte ou leur laisse la vie sauve\u00a0\u00bb (13)\u00a0; \u00ab\u00a0La mer, r\u00e9veill\u00e9e par la faim, rugissait, mordait la terre et exigeait des Niominkas, comme Minos des Ath\u00e9niens, son tribut d\u2019humains\u00a0\u00bb (132)\u00a0; \u00ab\u00a0Les insulaires s\u2019accrochaient toujours aux gencives de l\u2019Atlantique qui rotait, tirait sa langue avide et dess\u00e9chait les fleurs de son haleine chaude\u00a0\u00bb (229).<\/p>\n<p class=\"texte\">16La personnification du ventre occupe une place particuli\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Atlantique poss\u00e8de en effet un ventre, comme un \u00eatre humain. D\u2019ailleurs il poss\u00e8de d\u2019autres attributs humains \u00e9galement\u00a0: des gencives, une langue, une haleine [\u2026] [qui] contribuent \u00e0 une personnification de l\u2019Atlantique, et en donnent une image n\u00e9gative\u00a0\u00bb (Bobaker 13). Le m\u00eame ventre de l\u2019Atlantique, qui donne le titre au roman, \u00ab\u00a0peut \u00e9galement avoir une connotation n\u00e9gative, puisqu\u2019il peut \u00eatre li\u00e9 \u00e0 digestion\u00a0: le ventre est alors ce qui d\u00e9truit, engloutit, dig\u00e8re\u00a0\u00bb (Bobaker 13)\u00a0: il suffit de penser aux \u00e9pisodes tragiques de l\u2019infanticide du fils de Nd\u00e9tare et Sank\u00e8le et du suicide de Moussa, disparus dans les profondeurs de la mer. Cependant, dans d\u2019autres passages, gr\u00e2ce \u00e0 un langage fortement m\u00e9taphorique, le ventre oc\u00e9anique devient le symbole de la vie et de l\u2019espoir, v\u00e9ritable pont liquide reliant Afrique et Europe et accompagnant tant d\u2019immigr\u00e9s \u2013 dont le double Salie-Fatou n\u2019est qu\u2019un exemple \u2013 dans leur qu\u00eate d\u2019une existence meilleure\u00a0: physiquement distants, ces deux territoires sont pourtant reli\u00e9s par \u00ab\u00a0les r\u00e9seaux, les c\u00e2bles, les t\u00e9l\u00e9visions etc. Ces diff\u00e9rents types de r\u00e9seaux se trouvent au-dessus de l\u2019oc\u00e9an et relient la France avec le S\u00e9n\u00e9gal\u00a0\u00bb (Hoekstra 27). La protagoniste, en proie \u00e0 la m\u00e9lancolie pour sa terre natale, raconte en effet\u00a0: \u00ab\u00a0Le t\u00e9l\u00e9phone \u00e9tait le cordon ombilical qui me reliait au reste du monde\u00a0\u00bb (212), tandis que, sur l\u2019\u00eele, les jeunes cherchent un point de contact avec l\u2019Occident en regardant les matchs de football chez l\u2019homme de Barb\u00e8s, le seul habitant de Niodor \u00e0 poss\u00e9der et partager une t\u00e9l\u00e9vision\u00a0: \u00ab\u00a0La t\u00e9l\u00e9 de l\u2019homme de Barb\u00e8s avait-elle fonctionn\u00e9, avait-elle convoy\u00e9 la tristesse de Maldini jusqu\u2019au fond du ventre de l\u2019Atlantique\u00a0?\u00a0\u00bb (221).<\/p>\n<p class=\"texte\">17En conclusion, dans l\u2019\u0153uvre de Diome, l\u2019Atlantique repr\u00e9sente aussi bien une barri\u00e8re g\u00e9ographique \u2013 pensons \u00e0 Salie et son fr\u00e8re, qui se parlent gr\u00e2ce au t\u00e9l\u00e9phone d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de l\u2019oc\u00e9an \u2013, qu\u2019une fronti\u00e8re id\u00e9ologique. Les d\u00e9sirs, les choix et les existences des personnages, influenc\u00e9s et guid\u00e9s par ses vagues et ses houles, sont racont\u00e9s \u00e0 travers l\u2019\u00e9vocation de plusieurs images aquatiques et maritimes.<\/p>\n<p class=\"texte\">18L\u2019oc\u00e9an, vrai leitmotiv du texte, fonctionne en m\u00eame temps comme pont et limite\u00a0: c\u2019est l\u2019Atlantique lui-m\u00eame \u00e0 unir et s\u00e9parer ces deux mondes apparemment oppos\u00e9s, en permettant \u00e0 l\u2019auteure-narratrice de construire et appr\u00e9cier son identit\u00e9 afro-europ\u00e9enne et de choisir sa propre vie librement. La conclusion du roman nous appara\u00eet, en ce sens, r\u00e9v\u00e9latrice\u00a0: dans l\u2019explicit du livre, c\u2019est \u00e0 une \u201calgue de l\u2019Atlantique\u201d que Salie-Fatou souhaite ressembler\u00a0; \u00e0 travers une r\u00e9flexion po\u00e9tique impr\u00e9gn\u00e9e d\u2019images li\u00e9es au monde marin, la protagoniste se compare en effet \u00e0 une plante aquatique\u00a0:<\/p>\n<p class=\"citation\">Je cherche mon pays l\u00e0 o\u00f9 les bras de l\u2019Atlantique fusionnent pour donner l\u2019encre mauve qui dit l\u2019incandescence et la douceur, la br\u00fblure d\u2019exister et la joie de vivre. [\u2026] Aucun filet ne saura emp\u00eacher les algues de l\u2019Atlantique de voguer et de tirer leur saveur des eaux qu\u2019elles traversent. Racler, balayer les fonds marins, tremper dans l\u2019encre de seiche, \u00e9crire la vie sur la cr\u00eate des vagues. Laissez souffler le vent qui chante mon peuple marin, l\u2019Oc\u00e9an ne berce que ceux qu\u2019il appelle, j\u2019ignore l\u2019amarrage. [\u2026] Dans le rugissement des pagaies, quand la mamie-maman murmure, j\u2019entends la mer d\u00e9clamer son ode aux enfants tomb\u00e9s du bastingage. Partir, vivre libre et mourir, comme une algue de l\u2019Atlantique (254-255. C\u2019est nous qui soulignons).<\/p>\n<p class=\"texte\">19Charg\u00e9e de dualismes, paradoxes et ambivalences, cette mer immense se situe \u00e0 la limite entre le nord et le sud du planisph\u00e8re terrestre, un nord mythique et mythifi\u00e9, l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9den europ\u00e9en\u00a0\u00bb (44), et un sud lointain, \u00ab\u00a0au bout du monde\u00a0\u00bb (15), dont la narratrice est parfois nostalgique\u00a0; l\u2019oc\u00e9an est \u00e9galement la m\u00e9taphore d\u2019un passage oblig\u00e9 dans un voyage qui d\u00e9passe les limites g\u00e9ographiques et devient, tant pour Salie que pour Fatou Diome, un v\u00e9ritable p\u00e8lerinage int\u00e9rieur, intime et identitaire. Ce ne sera qu\u2019\u00e0 la fin de cette longue p\u00e9r\u00e9grination que cette algue de l\u2019Atlantique aura appris \u00e0 nager, libre et l\u00e9g\u00e8re, dans les eaux froides du Rhin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"1 Bernadette Kadiobra-Kassi explique pr\u00e9f\u00e9rer \u00able vocable de f\u00e9ministes alabelis\u00e9es ou an\u00e9tiquett\u00e9es (&#8230;) 1N\u00e9e en 1968 dans l\u2019\u00eele&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4537,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[3012,3011,52,51,3009,3010,3008],"class_list":{"0":"post-4536","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-barrier","9":"tag-bridge","10":"tag-europe-africa","11":"tag-europe-afrique","12":"tag-fatou-diome","13":"tag-le-ventre-de-latlantique","14":"tag-ocean"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116022049800616860","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4536","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4536"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4536\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4537"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4536"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4536"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4536"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}