{"id":4697,"date":"2026-02-06T07:52:31","date_gmt":"2026-02-06T07:52:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/4697\/"},"modified":"2026-02-06T07:52:31","modified_gmt":"2026-02-06T07:52:31","slug":"lafrique-et-la-tentation-de-beers-le-paradoxe-dun-rachat-en-temps-de-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/4697\/","title":{"rendered":"l\u2019Afrique et la tentation De Beers, le paradoxe d\u2019un rachat en temps de crise"},"content":{"rendered":"<p>D\u00e9but novembre \u00e0 Gaborone, le pr\u00e9sident botswanais Duma Boko a r\u00e9affirm\u00e9 son intention d\u2019acqu\u00e9rir une participation majoritaire dans le groupe De Beers. Selon la presse internationale, il a indiqu\u00e9 que \u00ab des mesures concr\u00e8tes sont en cours pour le rachat des parts d\u2019Anglo American \u00bb, qui souhaite se retirer de la compagnie. Quelques semaines plus t\u00f4t, l\u2019Angola avait indiqu\u00e9 avoir pr\u00e9sent\u00e9 une \u00ab offre enti\u00e8rement financ\u00e9e pour acqu\u00e9rir une participation strat\u00e9gique \u00bb dans l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Avant la nouvelle sortie de Duma Boko, \u00e0 la suite d\u2019une rencontre bilat\u00e9rale, les ministres des Mines du Botswana et de l\u2019Angola s\u2019\u00e9taient employ\u00e9s \u00e0 afficher une entente autour du dossier De Beers et du futur de l\u2019industrie du diamant, soulignant leur volont\u00e9 commune de \u00ab d\u00e9fendre la valeur du diamant naturel \u00bb.<\/p>\n<p>Une unit\u00e9 sur fond de comp\u00e9tition d\u2019influence entre les deux principaux producteurs africains, qui interroge \u00e0 plusieurs \u00e9gards. L\u2019Angola a, pour la premi\u00e8re fois en 20 ans, d\u00e9pass\u00e9 le Botswana en valeur de production, selon le Processus de Kimberley. Tous deux s\u2019int\u00e9ressent aujourd\u2019hui \u00e0 De Beers, une soci\u00e9t\u00e9 dont les revenus sont pass\u00e9s de 6 milliards de dollars en 2022 \u00e0 2,7 milliards de dollars en 2024, avec une production en recul de 26% et des stocks au plus haut depuis 2008. Anglo American, la maison m\u00e8re, a annonc\u00e9 vouloir se d\u00e9sengager dans le cadre d\u2019un plan de restructuration engag\u00e9 depuis 2024.<\/p>\n<p>Un int\u00e9r\u00eat n\u00e9 du d\u00e9sengagement d\u2019Anglo American&#13;\n<\/p>\n<p>L\u2019annonce de la cession de De Beers a ouvert une s\u00e9quence in\u00e9dite. Le Botswana, d\u00e9tenteur de 15% du capital, a fait savoir d\u00e8s septembre qu\u2019il souhaitait porter sa participation \u00e0 plus de 50%. Dans le d\u00e9tail, le pays a indiqu\u00e9 qu\u2019il m\u00e8ne des pourparlers avec plusieurs partenaires, dont un fonds souverain omanais, afin de contribuer au financement de l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n<p>\u00ab Alors que notre administration s\u2019efforce de diversifier le secteur minier, le diamant continuera d\u2019\u00eatre un pilier essentiel de la croissance et de la transformation \u00e9conomique du Botswana \u00bb, a justifi\u00e9 le pr\u00e9sident Duma Boko, selon des propos rapport\u00e9s par Bloomberg.<\/p>\n<p>Le pays, d\u2019o\u00f9 proviennent pr\u00e8s de 70% des diamants de De Beers, est li\u00e9 au groupe par la coentreprise Debswana (50% \u00c9tat, 50% De Beers), son principal employeur priv\u00e9. Le gouvernement esp\u00e8re qu\u2019en contr\u00f4lant davantage le groupe, il pourra renforcer la part de valeur ajout\u00e9e locale, un objectif inscrit dans le nouvel accord sign\u00e9 avec De Beers, qui pr\u00e9voit de r\u00e9server une partie des diamants produits au march\u00e9 int\u00e9rieur pour encourager les activit\u00e9s de taille et de polissage.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Angola, l\u2019offre annonc\u00e9e fin septembre doit permettre au pays d\u2019entrer dans le capital de De Beers par le biais de sa compagnie publique Endiama. Selon le minist\u00e8re des Ressources min\u00e9rales, la proposition angolaise ne vise pas un \u00ab\u00a0contr\u00f4le majoritaire\u00a0\u00bb. Si le pays donne peu de d\u00e9tails jusque-l\u00e0, on sait qu\u2019il veut s\u2019aligner aux c\u00f4t\u00e9s du Botswana, mais aussi d\u2019autres pays producteurs. \u00ab Notre offre vise \u00e0 favoriser un partenariat dans lequel le Botswana, la Namibie, l\u2019Afrique du Sud et l\u2019Angola participent de mani\u00e8re significative, de sorte qu\u2019aucune partie ne domine l\u2019ensemble \u00bb, a indiqu\u00e9 le ministre Diamantino Pedro Azevedo. \u00a0<\/p>\n<p>Ce positionnement intervient alors que, selon le Processus de Kimberley, l\u2019Angola a produit en 2024 des diamants d\u2019une valeur totale de 1,41 milliard de dollars contre 1,36 milliard pour le Botswana, une premi\u00e8re depuis 2004. Selon une analyse effectu\u00e9e par l\u2019Agence Ecofin en ao\u00fbt dernier, ce basculement historique s\u2019explique moins par une hausse de la production angolaise que par un recul du Botswana en volume comme en valeur. \u00ab En 2024, la production botswanaise est tomb\u00e9e \u00e0 18,13 millions de carats (-27,8%) et sa valeur \u00e0 1,36 milliard USD (-58,6%), tandis que l\u2019Angola atteignait 14,03 millions de carats (+43,8%) pour une valeur de 1,41 milliard USD (-7,8%) \u00bb, explique le m\u00e9dia.<\/p>\n<p>Paradoxes&#13;\n<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de ces deux pays pour De Beers peut \u00eatre analys\u00e9 sous plusieurs prismes, au-del\u00e0 des consid\u00e9rations conjoncturelles. Pour la premi\u00e8re fois depuis la cr\u00e9ation du groupe, les \u00c9tats africains producteurs de diamants ont la possibilit\u00e9 de peser sur la gouvernance d\u2019une entreprise qui a longtemps fa\u00e7onn\u00e9 leur \u00e9conomie sans leur appartenir.<\/p>\n<p>Le Botswana tire environ un tiers de ses recettes fiscales et 80% de ses exportations du diamant. En 2024, la contraction du march\u00e9 a r\u00e9duit sa croissance \u00e0 1%, selon le Fonds mon\u00e9taire international, et creus\u00e9 le d\u00e9ficit budg\u00e9taire \u00e0 plus de 7,1% du PIB. En parall\u00e8le, les r\u00e9percussions sociales sont de plus en plus visibles. Le pr\u00e9sident Duma Boko a annonc\u00e9 en mai 2025 qu\u2019un plan de licenciement \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9tude chez Debswana, pr\u00e9voyant la suppression de pr\u00e8s de 1 000 emplois, soit environ 20 % de la main-d\u2019\u0153uvre de l\u2019entreprise. Selon le FMI, la d\u00e9pendance botswanaise au diamant expose son \u00e9conomie au risque de \u00ab syndrome hollandais \u00bb, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui fragilise les secteurs non extractifs.<\/p>\n<p>L\u2019Angola, de son c\u00f4t\u00e9, cherche \u00e0 diversifier une \u00e9conomie encore largement tributaire du p\u00e9trole. Le gouvernement mise sur plusieurs secteurs, notamment celui des mines, dont les fondamentaux pr\u00e9sentent pourtant des similitudes avec ceux de l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re. Si son rythme de production de diamant n\u2019a pas baiss\u00e9 en 2024, la valeur moyenne par carat de ses diamants est pass\u00e9e de 157 dollars en 2023 \u00e0 100,68 dollars selon le Processus\u00a0de\u00a0Kimberley. Sa soci\u00e9t\u00e9 nationale des diamants vise des revenus de plus de 2 milliards de dollars en 2025.<\/p>\n<p>La crise du march\u00e9 constitue un d\u00e9fi majeur. Entre 2022 et 2024, le prix des diamants bruts a chut\u00e9 de moiti\u00e9 selon McKinsey, les consommateurs se tournant vers les pierres de laboratoire, moins ch\u00e8res et plus faciles \u00e0 certifier. La demande chinoise s\u2019est contract\u00e9e, les stocks se sont accumul\u00e9s et les marges ont fondu. Et les pr\u00e9visions de De Beers n\u2019appellent pas \u00e0 l\u2019optimisme. Elle a indiqu\u00e9 qu\u2019en 2025 sa production devrait se situer entre 20 et 23 millions de carats, en baisse par rapport aux estimations initiales de 30 \u00e0 33 millions. En 2026, l\u2019entreprise s\u2019attend \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re reprise, mais les niveaux resteront inf\u00e9rieurs aux anciennes pr\u00e9visions, ce que De Beers lui-m\u00eame explique par \u00ab les conditions difficiles du n\u00e9goce des diamants \u00bb. \u00a0<\/p>\n<p>Interrogations&#13;\n<\/p>\n<p>L\u2019avenir de De Beers reste \u00e9troitement li\u00e9 au calendrier du retrait d\u2019Anglo American, qui vient d\u2019annoncer la tenue d\u2019une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale le 9 d\u00e9cembre afin de soumettre \u00e0 ses actionnaires le projet de fusion avec le canadien Teck Resources. L\u2019offre annonc\u00e9e en septembre pr\u00e9voit la cr\u00e9ation d\u2019Anglo Teck PLC, dont les actionnaires d\u2019Anglo American d\u00e9tiendraient 62,4% du capital, contre 37,6 % pour ceux de Teck. Selon le directeur g\u00e9n\u00e9ral Duncan Wanblad, cette nouvelle entit\u00e9, valoris\u00e9e \u00e0 plus de 50 milliards de dollars, doit devenir un acteur mondial des min\u00e9raux critiques, ax\u00e9 sur le cuivre, le minerai de fer, le zinc et les nutriments agricoles. Cette orientation confirme que De Beers, centr\u00e9e sur le diamant, ne fait plus partie des priorit\u00e9s strat\u00e9giques du groupe.<\/p>\n<p>Selon Reuters, Anglo American a mandat\u00e9 Morgan Stanley, Goldman Sachs et Centerview Partners pour \u00e9tudier plusieurs options, allant d\u2019une vente directe \u00e0 une scission suivie d\u2019une introduction en bourse. Si la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9value De Beers \u00e0 4,9 milliards de dollars, les analystes cit\u00e9s par le m\u00e9dia estiment que sa valeur r\u00e9elle pourrait se situer entre 3 et 5 milliards, compte tenu du recul du march\u00e9. Duncan Wanblad a indiqu\u00e9 que le d\u00e9sengagement serait \u00ab substantiellement achev\u00e9 \u00bb d\u2019ici fin 2025, tandis qu\u2019une \u00e9ventuelle introduction en bourse ne pourrait intervenir avant mi-2026.<\/p>\n<p>En dehors du Botswana et de l\u2019Angola, plusieurs investisseurs priv\u00e9s \u00e9tudient \u00e9galement le dossier. Parmi eux figurent le milliardaire indien Anil Agarwal, ainsi que les groupes KGK et Kapu Gems, importants acteurs du n\u00e9goce et de la taille du diamant. D\u2019autres consortiums seraient en formation, soutenus par des fonds d\u2019investissement qataris tels que Mayhoola For Investments et Al Mirqab Capital. La pr\u00e9sence de ces concurrents pourrait r\u00e9duire la marge de man\u0153uvre des \u00c9tats africains. Les prochains mois permettront de mesurer si leur volont\u00e9 d\u2019influence se traduira par une participation effective dans la gouvernance de De Beers ou si elle demeurera symbolique, dans une industrie en pleine transition.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"D\u00e9but novembre \u00e0 Gaborone, le pr\u00e9sident botswanais Duma Boko a r\u00e9affirm\u00e9 son intention d\u2019acqu\u00e9rir une participation majoritaire dans&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4698,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[390,3094,3097,569,3092,18,51,73,59,3095,3096,2725,3093,67,68,69,70],"class_list":{"0":"post-4697","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-390","9":"tag-beers","10":"tag-crise","11":"tag-dun","12":"tag-diamants","13":"tag-europe","14":"tag-europe-afrique","15":"tag-lafrique","16":"tag-la-tribune-afrique","17":"tag-paradoxe","18":"tag-rachat","19":"tag-temps","20":"tag-tentation","21":"tag-ue","22":"tag-ue-afrique","23":"tag-union-europeenne","24":"tag-union-europeenne-afrique"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116022604179615409","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4697","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4697"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4697\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4698"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4697"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4697"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4697"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}