{"id":48761,"date":"2026-03-19T16:48:15","date_gmt":"2026-03-19T16:48:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/48761\/"},"modified":"2026-03-19T16:48:15","modified_gmt":"2026-03-19T16:48:15","slug":"dans-le-desert-sud-africain-une-ville-debaptisee-condense-les-memoires-conflictuelles-du-pays-actualites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/48761\/","title":{"rendered":"Dans le d\u00e9sert sud-africain, une ville d\u00e9baptis\u00e9e condense les m\u00e9moires conflictuelles du pays : Actualit\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p class=\"lead \">La r\u00e9bellion contre son changement de nom trouble les rues bord\u00e9es de flamboyants et de blanches maisons coloniales de Graaff-Reinet. La bataille des m\u00e9moires se jouant dans cette ville sud-africaine comme fig\u00e9e dans le temps r\u00e9v\u00e8le les fractures persistantes d&rsquo;un pays \u00e0 l&rsquo;histoire tourment\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0\u00c7a nous ram\u00e8ne en arri\u00e8re. Il y a maintenant des groupes qui se disputent\u00a0\u00bb, d\u00e9plore Laughton Hoffman, lors d&rsquo;un porte-\u00e0-porte dans le township de la ville. Son mouvement \u00ab\u00a0Touche pas \u00e0 Graaff-Reinet\u00a0\u00bb y faisait remplir ce mois-ci des formulaires de contestation. <\/p>\n<p class=\"lead \">Pr\u00e8s de 22.000 objections \u00e9crites au gouvernement protestent le nouveau nom: celui de Robert Sobukwe (1924-1978), figure de la lutte contre l&rsquo;apartheid, n\u00e9 et enterr\u00e9 ici. Sa dalle fun\u00e9raire a \u00e9t\u00e9 vandalis\u00e9e, vraisemblablement au cours de la nuit de mardi \u00e0 mercredi. La police locale a ouvert une enqu\u00eate mercredi.<\/p>\n<p class=\"lead \">Ces changements sont courants en Afrique du Sud o\u00f9 plus de 1.500 lieux ont \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9s depuis 1994, dont de grandes villes comme Gqeberha (ex-Port Elizabeth) ou Polokwane (anciennement Pietersburg). M\u00eame la d\u00e9nomination du c\u00e9l\u00e8bre parc Kruger est contest\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"lead \">A Graaff-Reinet, la grand-rue aux airs de far west am\u00e9ricain rappelle que partirent de cette ville-fronti\u00e8re des Afrikaners au XIXe si\u00e8cle lors du Grand Trek, migration fondatrice de ces descendants de colons europ\u00e9ens.<\/p>\n<p class=\"lead \">Depuis un d\u00e9cret minist\u00e9riel paru en f\u00e9vrier, une contestation s&rsquo;est organis\u00e9e. Manifestations, d\u00e9marchages et courriers d&rsquo;avocat agitent ce bourg perdu dans le semi-d\u00e9sert du Karoo et berceau de la famille de l&rsquo;homme le plus riche du pays, Johann Rupert, d&rsquo;une fortune de 16 milliards de dollars.<\/p>\n<p class=\"lead \">&#8211; Nom colonial &#8211;<\/p>\n<p class=\"lead \">D\u00e9sormais peupl\u00e9e de 25.000 habitants, Graaff-Reinet h\u00e9ritait sa d\u00e9nomination du gouverneur n\u00e9erlandais du Cap, van de Graaff (1785-1791), et du nom de jeune fille de son \u00e9pouse, Reinet, cette ville coloniale \u00e9tant la quatri\u00e8me plus ancienne du pays (1786).<\/p>\n<p class=\"lead \">Cela n&#8217;emp\u00eachait pas, en 2024, plus de 80% des habitants de vouloir conserver ce nom, selon une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s de 367 personnes.<\/p>\n<p class=\"lead \">Conduite par un universitaire de Stellenbosch, elle a \u00e9t\u00e9 command\u00e9e par l&rsquo;avocat local Derek Light. Ayant repr\u00e9sent\u00e9 Johann Rupert dans le pass\u00e9, il m\u00e8ne des recours juridiques sur la forme comme le fond.<\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0Ils divisent notre communaut\u00e9\u00a0\u00bb, accuse-t-il depuis son cabinet non loin de l&rsquo;\u00e9glise n\u00e9ogothique embl\u00e9matique de la ville.<\/p>\n<p class=\"lead \">Il pointe un retour de \u00ab\u00a0discours agressifs\u00a0\u00bb. Dans son viseur, le premier maire d\u00e9mocratiquement \u00e9lu de la ville en 1994.<\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0S&rsquo;ils tentent de s&rsquo;attaquer \u00e0 notre identit\u00e9, \u00e0 nos racines, alors la mer leur est grande ouverte\u00a0\u00bb, a lanc\u00e9 le mois dernier aux descendants de colons, Zola Hanabe, 75 ans.<\/p>\n<p class=\"lead \">Le d\u00e9bat toponymique a r\u00e9veill\u00e9 une autre rancune \u00e0 Graaff-Reinet o\u00f9 l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 de la population est \u00ab\u00a0coloured\u00a0\u00bb, mot qui pourrait \u00eatre traduit par m\u00e9tis.<\/p>\n<p class=\"lead \">Cette d\u00e9signation n\u00e9e durant l&rsquo;apartheid, quand ce groupe disposait de moins de droits que les Blancs -mais plus que les Noirs-, a forg\u00e9 une identit\u00e9 propre.<\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0On a \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9s depuis 30 ans\u00a0\u00bb, estime Laughton Hoffman. Et m\u00eame le changement de nom \u00ab\u00a0nous a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"lead \">L&rsquo;ironie veut que le ministre de la Culture ayant d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 la rebaptisation, Gayton McKenzie, a b\u00e2ti sa carri\u00e8re politique sur la d\u00e9fense de la minorit\u00e9 coloured.<\/p>\n<p class=\"lead \">Ces pol\u00e9miques jurent avec la paisibilit\u00e9 des lieux. Lov\u00e9 dans une boucle de fleuve coulant entre deux monts, le centre de Graaff-Reinet affiche une succession de v\u00e9randas ouvertes &#8211;appel\u00e9es stoeps. Ici aucun mur imposant ni cl\u00f4ture \u00e9lectrique en vue, inimaginable ailleurs dans le pays, par crainte &#8211;plut\u00f4t fond\u00e9e&#8211; de la criminalit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"lead \">Devant sa maison orn\u00e9e d&rsquo;une pancarte \u00ab\u00a0Touche pas \u00e0 Graaff-Reinet\u00a0\u00bb, la m\u00e8re de famille Dani\u00e8l K\u00fchn confirme cette impression de tranquillit\u00e9: \u00ab\u00a0Ma fille de 13 ans rentre seule de l&rsquo;\u00e9cole\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"lead \">Son atmosph\u00e8re, son patrimoine et le voisinage des majestueuses colonnes rocheuses de la vall\u00e9e de la D\u00e9solation ont fait de la ville une destination touristique.<\/p>\n<p class=\"lead \">&#8211; \u00ab\u00a0R\u00e9cup\u00e9ration politique\u00a0\u00bb &#8211;<\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0Le co\u00fbt pour faire conna\u00eetre le nouveau nom ainsi que la perte de revenus seraient colossaux\u00a0\u00bb, estime Tanya Kroon, pr\u00e9sidente de l&rsquo;office de tourisme centenaire. Pour elle, \u00ab\u00a0c&rsquo;est de la r\u00e9cup\u00e9ration politique \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"lead \">Alli\u00e9 depuis 2024 de l&rsquo;ANC, le parti dissident fond\u00e9 par Robert Sobukwe en 1959, le congr\u00e8s panafricain (PAC) organisa un an plus tard des manifestations contre l&rsquo;apartheid r\u00e9prim\u00e9es \u00e0 balles r\u00e9elles &#8211;au moins 69 morts. Ce massacre de Sharpeville est rest\u00e9 comme un \u00e9v\u00e9nement historique ayant ouvert les yeux du monde ext\u00e9rieur sur le r\u00e9gime.<\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0Quelqu&rsquo;un qui a men\u00e9 ce combat glorieux pour que tout le monde puisse vivre en harmonie est aujourd&rsquo;hui ignor\u00e9 et rejet\u00e9 par la population de Graaff-Reinet\u00a0\u00bb, regrette l&rsquo;actuel vice-pr\u00e9sident du PAC Jaki Seroke, 66 ans dont six pass\u00e9s \u00e0 Robben Island, la prison politique de l&rsquo;apartheid. \u00ab\u00a0Ce changement de nom n&rsquo;a rien de malveillant. Son seul but est de b\u00e2tir la nation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"lead \">Petit-fils de Sobukwe, Mangaliso Tsepo Sobukwe, 44 ans, vit de nouveau \u00e0 Graaff-Reinet depuis 2017.<\/p>\n<p class=\"lead \">\u00ab\u00a0La comm\u00e9moration de l&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;une personnalit\u00e9 suscite toujours la controverse\u00a0\u00bb, philosophe ce dipl\u00f4m\u00e9 en \u00e9tudes du patrimoine. \u00ab\u00a0Quand un parti arrive au pouvoir, il d\u00e9mant\u00e8le ce que l&rsquo;id\u00e9ologie dominante d&rsquo;avant avait mis en place.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La r\u00e9bellion contre son changement de nom trouble les rues bord\u00e9es de flamboyants et de blanches maisons coloniales&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":48762,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[123],"tags":[140,5558,245,1564,126],"class_list":{"0":"post-48761","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-afrique-du-sud","8":"tag-afrique-du-sud","9":"tag-afsud","10":"tag-culture","11":"tag-histoire","12":"tag-politique"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116256866446025233","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48761","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=48761"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48761\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/48762"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=48761"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=48761"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=48761"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}