{"id":51221,"date":"2026-03-22T08:42:16","date_gmt":"2026-03-22T08:42:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/51221\/"},"modified":"2026-03-22T08:42:16","modified_gmt":"2026-03-22T08:42:16","slug":"pharmacie-dofficine-la-fin-dun-modele-economique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/51221\/","title":{"rendered":"Pharmacie d\u2019officine: la fin d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique ?"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t34<\/p>\n<p>Au c\u0153ur du syst\u00e8me de sant\u00e9 de proximit\u00e9, la pharmacie d\u2019officine traverse aujourd\u2019hui une zone de turbulences. La recommandation du Conseil de la concurrence d\u2019ouvrir le capital des officines aux investisseurs non pharmaciens a raviv\u00e9 un d\u00e9bat sensible sur l\u2019avenir du secteur. Entre volont\u00e9 de modernisation et crainte d\u2019une marchandisation du m\u00e9dicament, la profession s\u2019inqui\u00e8te d\u2019un bouleversement de son \u00e9quilibre \u00e9conomique. Dans un contexte marqu\u00e9 par la fragilisation d\u2019un tiers des pharmacies et par l\u2019arriv\u00e9e annuelle de centaines de nouveaux dipl\u00f4m\u00e9s, une certitude s\u2019impose : le mod\u00e8le \u00e9conomique traditionnel de l\u2019officine montre ses limites et devra, t\u00f4t ou tard, se r\u00e9inventer.<\/p>\n<p>Acteur central du syst\u00e8me de sant\u00e9 de proximit\u00e9, la pharmacie d\u2019officine occupe au Maroc une position singuli\u00e8re \u00e0 la fronti\u00e8re entre service public de sant\u00e9 et activit\u00e9 commerciale. Chaque jour, plus d\u2019un million de citoyens franchissent la porte d\u2019une pharmacie pour acheter un m\u00e9dicament, demander un conseil ou obtenir une orientation vers un professionnel de sant\u00e9. Pourtant, derri\u00e8re cette image famili\u00e8re et rassurante, le secteur traverse aujourd\u2019hui une zone de turbulences. Fragilis\u00e9 par des difficult\u00e9s \u00e9conomiques croissantes et par un mod\u00e8le de r\u00e9mun\u00e9ration jug\u00e9 de plus en plus insuffisant, il est d\u00e9sormais au c\u0153ur d\u2019un d\u00e9bat sensible : celui de l\u2019ouverture du capital des pharmacies aux investisseurs non pharmaciens. Une recommandation formul\u00e9e r\u00e9cemment par le Conseil de la concurrence qui a provoqu\u00e9 une v\u00e9ritable lev\u00e9e de boucliers au sein de la profession.<\/p>\n<p>Une recommandation qui bouscule le secteur<\/p>\n<p>Dans son avis consacr\u00e9 au fonctionnement du march\u00e9 pharmaceutique, le Conseil de la concurrence propose d\u2019assouplir progressivement le monopole de propri\u00e9t\u00e9 dont b\u00e9n\u00e9ficient aujourd\u2019hui les pharmaciens. L\u2019institution pr\u00e9conise en effet d\u2019ouvrir, de mani\u00e8re encadr\u00e9e et progressive, le capital des officines \u00e0 des investisseurs non pharmaciens.<\/p>\n<p>L\u2019objectif affich\u00e9 est multiple. D\u2019une part, il s\u2019agit de favoriser l\u2019arriv\u00e9e de nouveaux financements dans un secteur qui doit se moderniser. D\u2019autre part, cette ouverture pourrait permettre de soutenir la cr\u00e9ation de nouvelles pharmacies et de renforcer la structuration du r\u00e9seau officinal. Le Conseil estime \u00e9galement que l\u2019entr\u00e9e d\u2019investisseurs priv\u00e9s pourrait contribuer \u00e0 moderniser les infrastructures, am\u00e9liorer l\u2019organisation du secteur et favoriser l\u2019\u00e9mergence de nouveaux mod\u00e8les \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, la cr\u00e9ation de r\u00e9seaux ou de cha\u00eenes pharmaceutiques serait autoris\u00e9e dans un cadre r\u00e9glement\u00e9, \u00e0 l\u2019image de ce qui existe d\u00e9j\u00e0 dans plusieurs pays europ\u00e9ens ou nord-am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Toutefois, le r\u00e9gulateur insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un encadrement strict afin d\u2019\u00e9viter les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats. Il propose ainsi d\u2019interdire toute participation au capital des officines pour les laboratoires pharmaceutiques, les structures de prescription m\u00e9dicale, les cliniques priv\u00e9es, les groupes de sant\u00e9, les compagnies d\u2019assurance ou encore les grandes cha\u00eenes de distribution disposant d\u2019une puissance de march\u00e9 significative.<\/p>\n<p>Pour le Conseil de la concurrence, une telle r\u00e9forme pourrait constituer un levier important pour accompagner la transformation du secteur et renforcer sa durabilit\u00e9 \u00e9conomique tout en pr\u00e9servant l\u2019ind\u00e9pendance professionnelle du pharmacien.<\/p>\n<p>Une profession vent debout<\/p>\n<p>Cette proposition a imm\u00e9diatement suscit\u00e9 une forte r\u00e9action chez les pharmaciens. Les organisations professionnelles ont d\u00e9nonc\u00e9 une r\u00e9forme susceptible de bouleverser profond\u00e9ment l\u2019\u00e9quilibre du secteur.<\/p>\n<p>Pour elles, l\u2019ouverture du capital risquerait d\u2019entra\u00eener l\u2019\u00e9mergence de cha\u00eenes pharmaceutiques domin\u00e9es par des investisseurs financiers. Dans ce sc\u00e9nario, le pharmacien pourrait progressivement perdre son statut d\u2019entrepreneur ind\u00e9pendant pour devenir un simple salari\u00e9 au sein d\u2019une structure contr\u00f4l\u00e9e par des capitaux ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Les syndicats redoutent \u00e9galement une transformation du m\u00e9dicament en produit commercial comme un autre, alors qu\u2019il constitue avant tout un bien de sant\u00e9 publique.<\/p>\n<p>Ces inqui\u00e9tudes s\u2019expliquent aussi par l\u2019importance \u00e9conomique du secteur. Le march\u00e9 du m\u00e9dicament au Maroc, incluant les h\u00f4pitaux, g\u00e9n\u00e8re aujourd\u2019hui un chiffre d\u2019affaires global estim\u00e9 \u00e0 environ 24 milliards de dirhams par an. Les pharmacies d\u2019officine en captent plus de la moiti\u00e9.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce qu\u2019ils consid\u00e8rent comme une menace pour la p\u00e9rennit\u00e9 de leur profession, les pharmaciens ont rapidement engag\u00e9 une mobilisation afin d\u2019obtenir des clarifications de la part des pouvoirs publics.<\/p>\n<p>Une rencontre d\u00e9cisive avec le minist\u00e8re de la Sant\u00e9<\/p>\n<p>Avant toute escalade, les syndicats ont demand\u00e9 une audience au ministre de la Sant\u00e9 et de la Protection sociale. Celui-ci a re\u00e7u, le 5 mars 2026, une d\u00e9l\u00e9gation repr\u00e9sentant les principales centrales syndicales du secteur : la F\u00e9d\u00e9ration nationale des syndicats des pharmaciens, l\u2019Union nationale des pharmaciens du Maroc et le Syndicat national des pharmaciens.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019issue de cette rencontre, un certain soulagement semblait se dessiner parmi les repr\u00e9sentants de la profession. Selon des sources proches du minist\u00e8re, la question de l\u2019ouverture du capital a bien \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e, mais elle ne figure pas parmi les orientations actuellement retenues par le d\u00e9partement de la Sant\u00e9.<\/p>\n<p>Le ministre Amine Tahraoui a rappel\u00e9 que le dialogue engag\u00e9 avec les pharmaciens porte principalement sur la mise en \u0153uvre des engagements contenus dans l\u2019accord sign\u00e9 le 6 avril 2023 entre le gouvernement et les repr\u00e9sentants de la profession.<\/p>\n<p>Il a \u00e9galement assur\u00e9 que toute \u00e9volution \u00e9ventuelle dans ce domaine devrait s\u2019inscrire dans une d\u00e9marche participative reposant sur la concertation avec les organisations professionnelles, afin de pr\u00e9server l\u2019\u00e9quilibre du secteur et de garantir la stabilit\u00e9 de la cha\u00eene du m\u00e9dicament.<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re rappelle par ailleurs que les avis du Conseil de la concurrence ne sont pas contraignants. Ils constituent avant tout des contributions destin\u00e9es \u00e0 enrichir le d\u00e9bat public et \u00e0 \u00e9clairer les d\u00e9cisions des pouvoirs publics.<\/p>\n<p>Pour les syndicats, la question d\u00e9passe largement le seul enjeu \u00e9conomique. Ils mettent en garde contre les cons\u00e9quences potentielles d\u2019une lib\u00e9ralisation du capital sur l\u2019acc\u00e8s aux soins.<\/p>\n<p>Dans certaines r\u00e9gions rurales ou enclav\u00e9es, la pharmacie constitue parfois le seul point de contact avec un professionnel de sant\u00e9. Il arrive que certaines localit\u00e9s disposent d\u2019une pharmacie mais pas de m\u00e9decin.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, les pharmaciens estiment que leur pr\u00e9sence contribue directement \u00e0 garantir l\u2019acc\u00e8s aux soins pour une partie importante de la population.<\/p>\n<p>Selon eux, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019investisseurs pourrait favoriser une concentration des pharmacies dans les grandes villes, au d\u00e9triment des zones rurales jug\u00e9es moins rentables.<\/p>\n<p>Les syndicats craignent ainsi que certaines r\u00e9gions se retrouvent progressivement priv\u00e9es de services de sant\u00e9 de proximit\u00e9, ce qui constituerait une menace pour le droit constitutionnel d\u2019acc\u00e8s aux soins.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"664\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-a-12.44.52-664x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-317882\" style=\"aspect-ratio:0.6484321355001145;width:377px;height:auto\"  \/><\/p>\n<p>Un secteur fragilis\u00e9 par des d\u00e9s\u00e9quilibres structurels<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ce d\u00e9bat, le secteur officinal marocain fait face \u00e0 des difficult\u00e9s \u00e9conomiques bien r\u00e9elles.\u00a0<\/p>\n<p>Invit\u00e9 de l\u2019\u00e9mission \u00abNabd Al Omk\u00bb diffus\u00e9e le 6 mars, le pr\u00e9sident du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, a dress\u00e9 un diagnostic pr\u00e9occupant.<\/p>\n<p>Selon lui, le Maroc compte aujourd\u2019hui pr\u00e8s de 14.000 pharmacies, un niveau jug\u00e9 \u00e9lev\u00e9 au regard des standards internationaux. L\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 \u00e9voque g\u00e9n\u00e9ralement un ratio d\u2019une pharmacie pour environ 5.000 habitants. Or, le r\u00e9seau marocain d\u00e9passe largement ce seuil.<\/p>\n<p>\u00c0 cette densit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 importante s\u2019ajoute l\u2019arriv\u00e9e annuelle de nouveaux dipl\u00f4m\u00e9s. Chaque ann\u00e9e, pr\u00e8s de 900 pharmaciens rejoignent le march\u00e9 du travail, accentuant la pression concurrentielle sur les officines existantes.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, une partie du r\u00e9seau peine \u00e0 maintenir son \u00e9quilibre \u00e9conomique. Selon les estimations \u00e9voqu\u00e9es par Ahmed Rahhou, environ 4.000 pharmaciens rencontreraient aujourd\u2019hui des difficult\u00e9s financi\u00e8res.\u00a0<\/p>\n<p>Pour le pr\u00e9sident du Conseil de la concurrence, les limites du mod\u00e8le \u00e9conomique actuel sont d\u2019ailleurs reconnues par les professionnels eux-m\u00eames. Si la couverture territoriale peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme satisfaisante avec plus de 14.000 pharmacies, leur rentabilit\u00e9 reste in\u00e9gale. \u00abSi toutes les pharmacies \u00e9taient rentables, la question ne se poserait pas pour le Conseil de la concurrence \u00bb, explique-t-il. Or, selon les estimations avanc\u00e9es, entre 4.000 et 5.000 officines, soit pr\u00e8s d\u2019un tiers du r\u00e9seau, seraient aujourd\u2019hui confront\u00e9es \u00e0 des difficult\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Autrement dit, pr\u00e8s d\u2019un tiers des officines du Royaume fonctionneraient dans des conditions \u00e9conomiques fragiles.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"704\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-a-12.45.05-704x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-317884\" style=\"aspect-ratio:0.6874952315556573;width:373px;height:auto\"  \/><\/p>\n<p>Un mod\u00e8le \u00e9conomique trop d\u00e9pendant du m\u00e9dicament<\/p>\n<p>L\u2019une des faiblesses du mod\u00e8le marocain r\u00e9side dans sa forte d\u00e9pendance \u00e0 la vente de m\u00e9dicaments. Ahmed Rahhou \u00e9voque \u00e9galement la n\u00e9cessit\u00e9 de diversifier les activit\u00e9s des pharmacies.\u00a0<\/p>\n<p>Dans plusieurs pays, les pharmacies tirent une part significative de leurs revenus de la parapharmacie, de la nutrition ou encore des produits li\u00e9s au bien-\u00eatre et \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne. Ces segments peuvent repr\u00e9senter jusqu\u2019\u00e0 30 % du chiffre d\u2019affaires des officines.<\/p>\n<p>Au Maroc, en revanche, l\u2019activit\u00e9 reste largement centr\u00e9e sur la distribution de m\u00e9dicaments. Cette sp\u00e9cialisation limite les sources de revenus et rend les pharmacies plus vuln\u00e9rables aux \u00e9volutions du march\u00e9.<\/p>\n<p>Autre particularit\u00e9 du mod\u00e8le marocain : la structure du march\u00e9 du travail pharmaceutique. Dans de nombreux pays, plusieurs pharmaciens peuvent exercer au sein d\u2019une m\u00eame officine. En France, par exemple, environ 80.000 pharmaciens travaillent dans 20.000 pharmacies.<\/p>\n<p>Au Maroc, la situation est presque inverse : le ratio est proche d\u2019une pharmacie pour un pharmacien. Cette configuration limite les possibilit\u00e9s d\u2019organisation et r\u00e9duit les marges de man\u0153uvre \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Autre \u00e9l\u00e9ment structurant du mod\u00e8le \u00e9conomique officinal : les pharmaciens ne fixent pas eux-m\u00eames les prix des m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p>Ces derniers sont d\u00e9termin\u00e9s par l\u2019\u00c9tat au moment de l\u2019octroi de l\u2019autorisation de mise sur le march\u00e9. Ni les pharmaciens, ni les distributeurs, ni les grossistes ne peuvent en modifier librement le niveau.<\/p>\n<p>La r\u00e9glementation pr\u00e9voit toutefois une r\u00e9vision p\u00e9riodique des prix afin de tenir compte des \u00e9volutions du march\u00e9. Dans les faits, ces r\u00e9visions n\u2019ont pas toujours \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es avec r\u00e9gularit\u00e9.<\/p>\n<p>Une r\u00e9forme est actuellement envisag\u00e9e afin de r\u00e9duire l\u2019intervalle de r\u00e9vision \u00e0 trois ans au lieu de cinq, afin d\u2019adapter plus rapidement les prix aux r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces d\u00e9fis, de plus en plus d\u2019acteurs du secteur estiment que le mod\u00e8le \u00e9conomique traditionnel de l\u2019officine a atteint ses limites.<\/p>\n<p>Sur ce point, pharmaciens et Conseil de la concurrence semblent partager un constat commun : le secteur doit \u00e9voluer.<\/p>\n<p>Pour les professionnels, cette transformation doit passer par une red\u00e9finition du r\u00f4le du pharmacien dans le syst\u00e8me de sant\u00e9. Ils plaident notamment pour l\u2019introduction de nouveaux modes de r\u00e9mun\u00e9ration fond\u00e9s sur les services rendus aux patients.<\/p>\n<p>Dans plusieurs pays, les pharmaciens sont d\u00e9j\u00e0 r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s pour des prestations telles que la vaccination, la r\u00e9alisation de tests rapides, le suivi des maladies chroniques ou encore l\u2019accompagnement th\u00e9rapeutique des patients.<\/p>\n<p>Ces missions permettraient \u00e0 la fois de renforcer la place du pharmacien dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 et de diversifier les sources de revenus des officines.<\/p>\n<p>Miser sur la pr\u00e9vention et les services<\/p>\n<p>Les professionnels souhaitent \u00e9galement d\u00e9velopper davantage les activit\u00e9s de pr\u00e9vention et d\u2019accompagnement des patients.<\/p>\n<p>Dans un syst\u00e8me de sant\u00e9 souvent satur\u00e9, les pharmacies pourraient jouer un r\u00f4le accru dans l\u2019orientation des patients, le d\u00e9pistage de certaines pathologies ou encore le suivi th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>La r\u00e9alisation de tests rapides d\u2019orientation diagnostique, par exemple pour diff\u00e9rencier certaines infections virales ou bact\u00e9riennes, permettrait d\u2019\u00e9viter des prescriptions inutiles d\u2019antibiotiques.<\/p>\n<p>Ces nouvelles missions pourraient \u00e9galement contribuer \u00e0 r\u00e9duire les d\u00e9penses de sant\u00e9 en \u00e9vitant des consultations ou des traitements inappropri\u00e9s.<\/p>\n<p>Parmi les autres leviers \u00e9voqu\u00e9s figure l\u2019\u00e9largissement du droit de substitution permettant aux pharmaciens de proposer un m\u00e9dicament g\u00e9n\u00e9rique \u00e0 la place d\u2019un m\u00e9dicament de marque.<\/p>\n<p>Selon les professionnels, cette \u00e9volution pourrait \u00e0 la fois contribuer \u00e0 r\u00e9duire les d\u00e9penses de l\u2019assurance maladie et am\u00e9liorer la rentabilit\u00e9 des officines.<\/p>\n<p>La promotion des g\u00e9n\u00e9riques s\u2019inscrit d\u2019ailleurs dans une logique plus large visant \u00e0 ma\u00eetriser les co\u00fbts du syst\u00e8me de sant\u00e9 tout en maintenant l\u2019acc\u00e8s aux traitements.<\/p>\n<p>Pour une grande partie des pharmaciens, la crise actuelle trouve en partie son origine dans la politique de r\u00e9vision des prix des m\u00e9dicaments engag\u00e9e en 2013.<\/p>\n<p>Selon eux, cette r\u00e9forme a entra\u00een\u00e9 une baisse significative de leurs revenus sans produire les effets attendus en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s aux m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la profession estime qu\u2019une refonte profonde du mod\u00e8le \u00e9conomique de l\u2019officine est devenue indispensable.<\/p>\n<p>Les pharmaciens souhaitent construire un mod\u00e8le reposant davantage sur leurs atouts fondamentaux : la proximit\u00e9 avec les patients, la relation de confiance et l\u2019expertise pharmaceutique.<\/p>\n<p>Car si la distribution de m\u00e9dicaments reste au c\u0153ur de leur activit\u00e9, elle ne suffit plus \u00e0 assurer la viabilit\u00e9 \u00e9conomique des officines.<\/p>\n<p>Entre ouverture du capital, diversification des activit\u00e9s et red\u00e9finition des missions du pharmacien, l\u2019avenir du secteur reste encore incertain. Une chose semble n\u00e9anmoins acquise : la pharmacie d\u2019officine marocaine se trouve aujourd\u2019hui \u00e0 un tournant d\u00e9cisif de son histoire.<\/p>\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fff4d5\">Compl\u00e9ments alimentaires, dispositifs m\u00e9dicaux st\u00e9riles, m\u00e9dicaments v\u00e9t\u00e9rinaires,\u2026 ces niches dans le viseur des pharmaciens<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du d\u00e9bat sur l\u2019ouverture du capital des pharmacies, les pharmaciens d\u2019officine cherchent \u00e9galement \u00e0 actionner d\u2019autres leviers pour am\u00e9liorer la viabilit\u00e9 \u00e9conomique de leur activit\u00e9. Parmi les pistes \u00e9voqu\u00e9es figure notamment l\u2019encadrement de certains march\u00e9s jug\u00e9s insuffisamment r\u00e9gul\u00e9s, \u00e0 commencer par celui des compl\u00e9ments alimentaires.<br \/>Les professionnels plaident ainsi pour l\u2019adoption d\u2019une loi-cadre permettant de mieux structurer ce segment en pleine expansion. Selon eux, certains compl\u00e9ments alimentaires pr\u00e9sentent des effets th\u00e9rapeutiques et ne devraient donc pas \u00eatre vendus librement. \u00abLe compl\u00e9ment alimentaire peut parfois avoir une action th\u00e9rapeutique et interagir avec des m\u00e9dicaments pris par les patients. Il ne peut pas \u00eatre vendu par n\u2019importe qui\u00bb, expliquent plusieurs pharmaciens. Pour ces derniers, un encadrement plus strict serait avant tout dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du citoyen.<br \/>Aujourd\u2019hui, ces produits sont largement disponibles en dehors du circuit pharmaceutique. Ils peuvent \u00eatre vendus dans des commerces divers, voire sur des march\u00e9s informels, sans contr\u00f4le suffisant sur leur composition ou leur dosage. Les pharmaciens d\u00e9noncent ainsi une situation qu\u2019ils qualifient \u00ab d\u2019anarchie \u00bb sur le march\u00e9 des compl\u00e9ments alimentaires, certains produits pouvant pr\u00e9senter des risques li\u00e9s \u00e0 leur concentration en substances actives.<br \/>Lors d\u2019une r\u00e9union tenue le 23 octobre dernier avec le minist\u00e8re de la Sant\u00e9, les trois principales centrales syndicales du secteur pharmaceutique ont ainsi demand\u00e9 une r\u00e9vision de l\u2019article 30 de la loi 17.04 portant code du m\u00e9dicament et de la pharmacie. Cet article regroupe actuellement l\u2019ensemble des compl\u00e9ments alimentaires dans une seule cat\u00e9gorie, sans distinguer ceux qui se rapprochent, par leur composition, d\u2019un m\u00e9dicament.<br \/>Les syndicats proposent donc d\u2019introduire une distinction entre deux cat\u00e9gories : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les compl\u00e9ments alimentaires \u00e0 usage nutritionnel simple, qui pourraient continuer \u00e0 \u00eatre vendus librement ; de l\u2019autre ceux \u00e0 vis\u00e9e th\u00e9rapeutique, dont la d\u00e9livrance devrait relever du monopole pharmaceutique. Pour les professionnels, la fronti\u00e8re entre ces deux cat\u00e9gories pourrait \u00eatre d\u00e9finie en fonction du taux de substances actives, conform\u00e9ment aux r\u00e9f\u00e9rences de la pharmacop\u00e9e.<br \/>Les pharmaciens attirent \u00e9galement l\u2019attention sur la question des dispositifs m\u00e9dicaux, en particulier les dispositifs m\u00e9dicaux st\u00e9riles. Selon eux, la l\u00e9gislation actuelle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre clarifi\u00e9e et mieux appliqu\u00e9e. La loi 17.04 pr\u00e9voit en effet que les dispositifs m\u00e9dicaux st\u00e9riles ne doivent \u00eatre d\u00e9livr\u00e9s que par un pharmacien dans son officine. Dans la pratique, cependant, ces produits circuleraient parfois en dehors du circuit officiel.<br \/>Les professionnels appellent ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une liste limitative des dispositifs m\u00e9dicaux st\u00e9riles, afin de mieux encadrer leur distribution et d\u2019assurer leur tra\u00e7abilit\u00e9. Ils plaident \u00e9galement pour la mise en place d\u2019un cadre r\u00e9glementaire pour la fixation des prix de ces produits.<br \/>Selon eux, une telle mesure permettrait non seulement d\u2019am\u00e9liorer la transparence du march\u00e9, mais aussi de faciliter la prise en charge de ces dispositifs par les organismes de pr\u00e9voyance sociale.<br \/>Cette question de la tra\u00e7abilit\u00e9 n\u2019est pas anodine. Les pharmaciens \u00e9voquent r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019exemple du scandale des proth\u00e8ses mammaires PIP, qui avait \u00e9clat\u00e9 en France en 2011 et provoqu\u00e9 une crise sanitaire internationale. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les autorit\u00e9s marocaines avaient assur\u00e9 que ces implants n\u2019\u00e9taient pas utilis\u00e9s dans le pays. N\u00e9anmoins, plusieurs professionnels de sant\u00e9 avaient exprim\u00e9 leurs inqui\u00e9tudes quant au manque de visibilit\u00e9 sur les circuits de distribution de certains dispositifs m\u00e9dicaux.<br \/>Enfin, les pharmaciens appellent \u00e9galement \u00e0 un renforcement du contr\u00f4le du circuit de distribution des m\u00e9dicaments v\u00e9t\u00e9rinaires. Ce dossier implique toutefois plusieurs administrations, notamment le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture.<br \/>Pour les repr\u00e9sentants du secteur officinal, l\u2019ensemble de ces r\u00e9formes permettrait non seulement de renforcer la s\u00e9curit\u00e9 sanitaire, mais aussi de mieux structurer certains segments du march\u00e9 pharmaceutique aujourd\u2019hui insuffisamment r\u00e9gul\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"34 Au c\u0153ur du syst\u00e8me de sant\u00e9 de proximit\u00e9, la pharmacie d\u2019officine traverse aujourd\u2019hui une zone de turbulences.&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":51222,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[83],"tags":[20149,20150,20151,884,5984,2173,592,86,3885,6643,15176,2609,293,1196,3257],"class_list":{"0":"post-51221","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-maroc","8":"tag-generiques","9":"tag-officine","10":"tag-pharmacien","11":"tag-acces","12":"tag-distribution","13":"tag-economique","14":"tag-investissement","15":"tag-maroc","16":"tag-medicament","17":"tag-patients","18":"tag-pharmacie","19":"tag-prevention","20":"tag-sante","21":"tag-secteur","22":"tag-services"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116271942464948079","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=51221"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51221\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/51222"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=51221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=51221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=51221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}