{"id":52289,"date":"2026-03-23T11:57:17","date_gmt":"2026-03-23T11:57:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/52289\/"},"modified":"2026-03-23T11:57:17","modified_gmt":"2026-03-23T11:57:17","slug":"une-base-de-negociation-pour-leurope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/52289\/","title":{"rendered":"une base de n\u00e9gociation pour l\u2019Europe ?"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019intelligence artificielle ne se contente plus de transformer les usages. Elle reconfigure les cadres juridiques qui encadrent la production et la circulation du savoir. En Europe, ce changement prend aujourd\u2019hui la forme d\u2019un d\u00e9bat de plus en plus structurant, \u00e0 savoir comment concilier le droit d\u2019auteur avec des mod\u00e8les entra\u00een\u00e9s sur l\u2019ingestion massive de contenus ?<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte qu\u2019Arthur Mensch pousse, dans <a rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.ft.com\/content\/d63d6291-687f-4e05-8b23-4d545d78c64a\">une tribune publi\u00e9e par le Financial Times<\/a>, l\u2019id\u00e9e d\u2019une redevance assise sur les revenus des fournisseurs d\u2019IA, destin\u00e9e \u00e0 alimenter un fonds de soutien \u00e0 la cr\u00e9ation, en \u00e9change d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 juridique sur l\u2019entra\u00eenement des mod\u00e8les.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9e comme un compromis, la proposition m\u00e9rite d\u2019\u00eatre lue pour ce qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le r\u00e9ellement, en d\u2019autres termes, moins une tentative de prot\u00e9ger les cr\u00e9ateurs qu\u2019un effort pour rendre leur production compatible avec une \u00e9conomie industrielle de la donn\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 largement structur\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.<\/p>\n<p>Un probl\u00e8me global, des r\u00e9ponses divergentes<\/p>\n<p>La tension entre IA et droit d\u2019auteur ne se joue pas \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, et est d\u00e9j\u00e0 arbitr\u00e9e, de facto, par les grandes puissances technologiques, selon des logiques profond\u00e9ment diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, l\u2019approche que certains qualifieront de pragmatique et d\u2019autres de mis devant le fait accompli, fait que les mod\u00e8les sont entra\u00een\u00e9s, les produits lanc\u00e9s, pour voir dans un troisi\u00e8me temps les contentieux suivre. Des accords entre acteurs de l\u2019IA et groupes de presse coexistent avec des proc\u00e9dures judiciaires encore en cours. Le cadre juridique se construit a posteriori, au fil des d\u00e9cisions de justice. Cette s\u00e9quence conf\u00e8re aux acteurs de l\u2019IA un avantage d\u00e9cisif : la vitesse.<\/p>\n<p>Pour les \u00e9diteurs de contenus, la situation est plus ambivalente. Les groupes disposant d\u2019actifs diff\u00e9renciants (archives, marques, bases propri\u00e9taires) parviennent \u00e0 n\u00e9gocier des accords, souvent dans un rapport de force asym\u00e9trique mais r\u00e9el. Ils captent une partie de la valeur, au prix d\u2019une d\u00e9pendance accrue aux plateformes qui distribuent et d\u00e9sormais entra\u00eenent. \u00c0 l\u2019inverse, la majorit\u00e9 des producteurs de contenus se retrouve de facto int\u00e9gr\u00e9e dans les corpus d\u2019entra\u00eenement sans capacit\u00e9 de n\u00e9gociation ni visibilit\u00e9 sur les usages. Entre mon\u00e9tisation opportuniste pour les plus structur\u00e9s et dilution silencieuse pour les autres, le mod\u00e8le am\u00e9ricain installe une nouvelle hi\u00e9rarchie, qui distingue non plus les cr\u00e9ateurs, mais les d\u00e9tenteurs d\u2019actifs n\u00e9gociables des autres.<\/p>\n<p>En Chine, la logique diff\u00e8re. L\u2019acc\u00e8s aux donn\u00e9es s\u2019inscrit dans un cadre contr\u00f4l\u00e9, mais largement exploitable \u00e0 l\u2019\u00e9chelle domestique. L\u2019\u00c9tat encadre sans bloquer l\u2019industrialisation. Les acteurs locaux b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un volume de donn\u00e9es et d\u2019une coh\u00e9rence strat\u00e9gique qui favorisent l\u2019int\u00e9gration rapide des mod\u00e8les.<\/p>\n<p>L\u2019Europe, \u00e0 l\u2019inverse, a tent\u00e9 d\u2019organiser un \u00e9quilibre en amont, notamment via des m\u00e9canismes d\u2019opt-out permettant aux ayants droit de s\u2019opposer \u00e0 l\u2019utilisation de leurs contenus. Dans les faits, ce cadre demeure fragment\u00e9, difficile \u00e0 appliquer et peu lisible pour les acteurs industriels. Le r\u00e9sultat est une incertitude juridique persistante, et un environnement structurellement moins favorable au passage \u00e0 l\u2019\u00e9chelle.<\/p>\n<p>Pour les \u00e9diteurs et cr\u00e9ateurs, cette architecture offre en th\u00e9orie un niveau de protection sup\u00e9rieur, mais dans des conditions op\u00e9rationnelles limit\u00e9es. L\u2019exercice du droit d\u2019opposition suppose une capacit\u00e9 technique et juridique rarement homog\u00e8ne, tandis que la circulation des contenus en ligne en dilue rapidement l\u2019effectivit\u00e9. Les acteurs les plus structur\u00e9s tentent d\u2019organiser des dispositifs de protection ou de n\u00e9gociation, sans garantie de couverture exhaustive. Les autres restent expos\u00e9s, sans r\u00e9elle visibilit\u00e9 sur l\u2019usage de leurs contenus. L\u2019Europe produit ainsi une forme de protection imparfaite, suffisamment contraignante pour freiner les acteurs industriels, mais insuffisamment op\u00e9rante pour redonner aux cr\u00e9ateurs un contr\u00f4le effectif sur l\u2019exploitation de leurs \u0153uvres.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que s\u2019inscrit la proposition d\u2019<a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/dans-quelles-startups-arthur-mensch-investit-il-et-ce-que-cela-revele-de-lia\/460882\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Arthur Mensch<\/a>, cofondateur de <a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/mistral-ai-double-sa-valorisation-et-franchit-les-12-milliards-deuros-avec-une-levee-de-17-mde\/456977\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Mistral.<\/a><\/p>\n<p>Transformer un droit en m\u00e9canisme \u00e9conomique<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de tenter de contr\u00f4ler individuellement l\u2019usage de chaque contenu, ce qui devient de plus en plus irr\u00e9aliste \u00e0 mesure que les mod\u00e8les gagnent en taille et en complexit\u00e9, il s\u2019agit de reconna\u00eetre cet usage et de l\u2019int\u00e9grer dans un m\u00e9canisme \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Ainsi, une redevance serait appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble des fournisseurs d\u2019IA op\u00e9rant sur le march\u00e9 europ\u00e9en, y compris les acteurs \u00e9trangers. Les revenus collect\u00e9s alimenteraient un fonds d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation. En contrepartie duquel, les entreprises d\u2019IA b\u00e9n\u00e9ficieraient d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 juridique sur l\u2019entra\u00eenement de leurs mod\u00e8les \u00e0 partir de contenus accessibles en ligne.<\/p>\n<p>Le changement est significatif, car si le droit d\u2019auteur ne dispara\u00eet pas, il change de nature, et d\u2019outil de contr\u00f4le, il devient instrument de redistribution.<\/p>\n<p>Du consentement au flux<\/p>\n<p>Ce changement s\u2019accompagne d\u2019une transformation plus profonde, \u00e0 savoir que le principe du consentement explicite, pierre angulaire du droit d\u2019auteur tel qu\u2019il s\u2019est historiquement construit, c\u00e8derait la place \u00e0 une logique d\u2019usage pr\u00e9sum\u00e9. Une \u00e9volution qui affaiblit, pour ne pas dire ignore, le lien entre l\u2019\u0153uvre et son auteur, et met sous tension l\u2019inali\u00e9nabilit\u00e9 du droit moral, pourtant centrale dans la tradition juridique europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Autre point notable, la valeur des contenus tend \u00e0 s\u2019homog\u00e9n\u00e9iser. En phase d\u2019entra\u00eenement, les mod\u00e8les ne distinguent pas entre un article de presse, un fil de forum ou une base de code. Ils exploitent des corpus massifs, o\u00f9 la pertinence r\u00e9sulte de la quantit\u00e9 et de la diversit\u00e9 statistique, plut\u00f4t que de la singularit\u00e9 de chaque \u0153uvre, au sens juridique du terme. Une \u00e9volution qui entre en tension avec la conception europ\u00e9enne du droit d\u2019auteur, et ne manquera pas de faire r\u00e9agir les acteurs de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence est directe : la contribution individuelle devient difficile \u00e0 isoler, et la r\u00e9mun\u00e9ration se d\u00e9tache de l\u2019usage r\u00e9el. Elle d\u00e9pend d\u2019un m\u00e9canisme collectif dont la gouvernance et les crit\u00e8res de r\u00e9partition restent, pour l\u2019heure, \u00e0 d\u00e9finir.<\/p>\n<p>Le contenu cesse alors d\u2019\u00eatre un actif ma\u00eetris\u00e9 pour devenir une ressource diffuse.<\/p>\n<p>Une industrialisation d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre<\/p>\n<p>Cette tendance ne constitue pas une singularit\u00e9 europ\u00e9enne, et s\u2019inscrit dans une dynamique globale o\u00f9 les contenus sont progressivement int\u00e9gr\u00e9s dans des cha\u00eenes de valeur industrielles.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, cette int\u00e9gration passe par des accords bilat\u00e9raux et des logiques de march\u00e9. Les acteurs disposant d\u2019actifs premium (archives structur\u00e9es, catalogues iconographiques, marques \u00e9ditoriales fortes) parviennent \u00e0 n\u00e9gocier directement avec les entreprises d\u2019IA.<\/p>\n<p>Plusieurs exemples r\u00e9cents en t\u00e9moignent. Le groupe Axel Springer a conclu un accord avec OpenAI pour permettre l\u2019utilisation de ses contenus (Politico, Business Insider) dans les mod\u00e8les et produits du groupe, en \u00e9change d\u2019une r\u00e9mun\u00e9ration et de m\u00e9canismes de visibilit\u00e9. Associated Press a, de son c\u00f4t\u00e9, sign\u00e9 un partenariat avec OpenAI pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ses archives, mon\u00e9tisant ainsi un fonds \u00e9ditorial constitu\u00e9 sur plusieurs d\u00e9cennies. Dans le domaine de l\u2019image, Shutterstock a choisi une strat\u00e9gie d\u2019int\u00e9gration en amont, en fournissant des donn\u00e9es d\u2019entra\u00eenement \u00e0 OpenAI tout en d\u00e9veloppant ses propres outils g\u00e9n\u00e9ratifs.<\/p>\n<p>Mais cette capacit\u00e9 de n\u00e9gociation reste tr\u00e8s concentr\u00e9e. Elle suppose une masse critique de contenus, une structuration juridique et un pouvoir de n\u00e9gociation r\u00e9el. Tous les acteurs n\u2019en disposent pas. \u00c0 l\u2019inverse, certains groupes tentent de r\u00e9sister par la voie judiciaire. The New York Times a engag\u00e9 une proc\u00e9dure contre OpenAI et Microsoft, illustrant une autre strat\u00e9gie, \u00e0 savoir faire reconna\u00eetre un pr\u00e9judice pour r\u00e9\u00e9quilibrer le rapport de force.<\/p>\n<p>Entre ces deux p\u00f4les, accords commerciaux d\u2019un c\u00f4t\u00e9, contentieux de l\u2019autre, la majorit\u00e9 des producteurs de contenus reste largement hors jeu. Ind\u00e9pendants, petits \u00e9diteurs, forums, blogs ou bases ouvertes continuent d\u2019alimenter les corpus d\u2019entra\u00eenement sans acc\u00e8s \u00e0 des m\u00e9canismes de mon\u00e9tisation directe.<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte une structuration du march\u00e9 \u00e0 deux vitesses. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, des acteurs capables de transformer leurs contenus en actifs strat\u00e9giques n\u00e9gociables. De l\u2019autre, une masse de production int\u00e9gr\u00e9e de facto dans les mod\u00e8les, sans captation identifiable de valeur. Dans ce sch\u00e9ma, la logique de march\u00e9 ne freine pas l\u2019industrialisation des contenus ; elle en organise la hi\u00e9rarchie, au b\u00e9n\u00e9fice des acteurs d\u00e9j\u00e0 dominants.<\/p>\n<p>En Chine, l\u2019int\u00e9gration est plus directe : les donn\u00e9es sont mobilis\u00e9es dans un cadre pilot\u00e9, au service d\u2019une strat\u00e9gie technologique nationale.<\/p>\n<p>La proposition port\u00e9e par Mistral introduit une troisi\u00e8me voie avec une mutualisation organis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du march\u00e9 europ\u00e9en. Elle ne remet pas en cause l\u2019industrialisation des contenus. Elle en propose une forme r\u00e9gul\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 premi\u00e8re vue, le m\u00e9canisme peut \u00e9voquer des dispositifs existants comme la gestion collective des droits, incarn\u00e9e par des organismes comme SACEM, ou encore la r\u00e9mun\u00e9ration pour copie priv\u00e9e. Dans ces mod\u00e8les, l\u2019usage des \u0153uvres, difficile \u00e0 tracer individuellement, est compens\u00e9 par une redistribution collective fond\u00e9e sur des pr\u00e9l\u00e8vements en amont.<\/p>\n<p>Mais la comparaison trouve rapidement ses limites. Dans le cas de la SACEM, la gestion collective repose sur un cadre relativement stabilis\u00e9 : les usages sont identifiables (diffusion musicale, reproduction), les ayants droit sont recens\u00e9s, et des cl\u00e9s de r\u00e9partition, imparfaites mais op\u00e9rationnelles, permettent de redistribuer la valeur. La copie priv\u00e9e, de son c\u00f4t\u00e9, repose sur un compromis clair, une exception au droit d\u2019auteur en \u00e9change d\u2019une compensation financi\u00e8re assise sur des supports identifi\u00e9s.<\/p>\n<p>Le m\u00e9canisme envisag\u00e9 pour l\u2019IA change d\u2019\u00e9chelle et de nature. Il ne s\u2019agit plus de compenser un usage identifiable, mais d\u2019organiser l\u2019exploitation massive de corpus h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, sans tra\u00e7abilit\u00e9 fine ni correspondance directe entre une \u0153uvre et la valeur produite. La redistribution ne repose plus sur la mesure d\u2019un usage, mais sur une logique agr\u00e9g\u00e9e, largement d\u00e9coupl\u00e9e des contributions individuelles.<\/p>\n<p>Autrement dit, l\u00e0 o\u00f9 la SACEM organise la gestion collective d\u2019usages identifiables, la proposition Mistral vise \u00e0 encadrer une exploitation industrielle dont les contours restent, par nature, diffus. Elle s\u2019inscrit moins dans la continuit\u00e9 des m\u00e9canismes existants que dans une tentative d\u2019adaptation de leurs principes \u00e0 une \u00e9conomie o\u00f9 la donn\u00e9e devient une ressource indistincte.<\/p>\n<p>Le d\u00e9placement du pouvoir se concentre d\u00e9sormais au niveau des infrastructures critiques (capacit\u00e9 de calcul, mod\u00e8les et plateformes de distribution) tandis que les producteurs de contenus, pourtant \u00e0 l\u2019origine de la mati\u00e8re premi\u00e8re, occupent une position de plus en plus p\u00e9riph\u00e9rique dans la cha\u00eene de valeur.<\/p>\n<p>Une proposition industrielle avant d\u2019\u00eatre culturelle<\/p>\n<p>La redevance propos\u00e9e vise pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 r\u00e9duire cette incertitude, tout en maintenant un niveau minimal de protection pour les cr\u00e9ateurs. Elle cherche \u00e0 r\u00e9introduire une forme de sym\u00e9trie dans un march\u00e9 global qui, structurellement, ne l\u2019est pas.<\/p>\n<p>Reste qu\u2019au-del\u00e0 des modalit\u00e9s retenues, la question d\u2019un cadre op\u00e9rant ne peut plus \u00eatre \u00e9lud\u00e9e. En l\u2019absence de solution, le risque est moins celui d\u2019un conflit juridique prolong\u00e9 que celui d\u2019un d\u00e9crochage progressif. Les mod\u00e8les continueront \u00e0 \u00eatre entra\u00een\u00e9s, les usages \u00e0 se diffuser, mais en dehors de l\u2019Europe ou \u00e0 partir de standards d\u00e9finis ailleurs. Dans ce sc\u00e9nario, le continent contribuerait par ses contenus et ses talents, sans capter pleinement la valeur associ\u00e9e \u00e0 leur transformation.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu d\u00e9passe ainsi la seule protection des ayants droit, car il touche \u00e0 la capacit\u00e9 de l\u2019Europe \u00e0 rester pr\u00e9sente dans la cha\u00eene de valeur de l\u2019IA, non seulement comme march\u00e9 ou r\u00e9servoir de donn\u00e9es, mais comme espace de production et de d\u00e9cision. Faute de cadre stabilis\u00e9, les investissements tendent \u00e0 se concentrer l\u00e0 o\u00f9 la visibilit\u00e9 est la plus forte et les contraintes les plus lisibles.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cette perspective que la proposition de Mistral peut \u00eatre lue, moins comme une solution d\u00e9finitive que comme une tentative de r\u00e9duire un \u00e9cart qui se creuse. Elle pose, en creux, une question plus large : celle de savoir si l\u2019Europe entend adapter ses r\u00e8gles aux contraintes de l\u2019industrialisation de l\u2019IA, ou si elle accepte de voir cette industrialisation se structurer ailleurs, selon des logiques qui lui \u00e9chappent en partie.<\/p>\n<p>Un \u00e9quilibre encore incertain<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le soul\u00e8ve n\u00e9anmoins plusieurs questions auxquelles il ne r\u00e9pond pas encore.<\/p>\n<p>Peut-on appliquer efficacement une telle redevance \u00e0 des acteurs op\u00e9rant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, dont les architectures techniques et les flux de revenus \u00e9chappent en partie aux juridictions nationales ? La redistribution peut-elle refl\u00e9ter fid\u00e8lement la diversit\u00e9 et la valeur r\u00e9elle des contributions, dans un contexte o\u00f9 la tra\u00e7abilit\u00e9 des usages reste limit\u00e9e ? Le dispositif peut-il \u00e9viter d\u2019encourager des strat\u00e9gies de contournement ou, \u00e0 l\u2019inverse, une fermeture accrue des contenus, au d\u00e9triment de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me informationnel ?<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces interrogations, la question est aussi celle du tempo. Dans un environnement o\u00f9 les mod\u00e8les progressent rapidement et o\u00f9 les standards se d\u00e9finissent au fil des d\u00e9ploiements, la capacit\u00e9 \u00e0 stabiliser un cadre devient en elle-m\u00eame un facteur de comp\u00e9titivit\u00e9. L\u2019incertitude, lorsqu\u2019elle se prolonge, tend moins \u00e0 prot\u00e9ger qu\u2019\u00e0 d\u00e9placer les initiatives vers des zones plus lisibles.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cet espace que s\u2019inscrit la tension europ\u00e9enne, il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019arbitrer entre protection des cr\u00e9ateurs et d\u00e9veloppement de l\u2019IA, mais de d\u00e9terminer dans quelles conditions ces deux objectifs peuvent coexister sans se neutraliser. Faute de cadre op\u00e9rationnel, le risque n\u2019est pas tant un blocage qu\u2019un contournement progressif.<\/p>\n<p>La proposition de Mistral ne r\u00e9sout pas cette \u00e9quation, mais en propose une formulation plus explicite : organiser un compromis imparfait, qui est n\u00e9anmoins fonctionnel, plut\u00f4t que laisser s\u2019installer un d\u00e9s\u00e9quilibre qui se creuse \u00e0 mesure que les usages se g\u00e9n\u00e9ralisent.<\/p>\n<p>Organiser l\u2019in\u00e9vitable<\/p>\n<p>En cherchant \u00e0 adapter le droit aux contraintes de l\u2019IA, la proposition de Mistral ent\u00e9rine un changement de paradigme. Le droit d\u2019auteur n\u2019est plus envisag\u00e9 prioritairement comme un outil de contr\u00f4le, mais comme un m\u00e9canisme d\u2019int\u00e9gration dans une \u00e9conomie de la donn\u00e9e, o\u00f9 la valeur se construit \u00e0 partir de l\u2019exploitation \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Dans la comp\u00e9tition mondiale en cours, tous les blocs avancent dans cette direction, selon des logiques qui leur sont propres, march\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, planification en Chine, tentative de r\u00e9gulation en Europe. \u00c0 travers ce type d\u2019initiative, le continent cherche moins \u00e0 pr\u00e9server un mod\u00e8le existant qu\u2019\u00e0 d\u00e9finir les conditions de sa participation \u00e0 un nouvel \u00e9quilibre.<\/p>\n<p>Reste \u00e0 savoir si ce cadre permettra de maintenir une forme de souverainet\u00e9 culturelle et \u00e9conomique, ou s\u2019il ent\u00e9rinera un d\u00e9placement durable de la valeur et du pouvoir vers les infrastructures qui organisent cette exploitation.<\/p>\n<p>La proposition port\u00e9e par Arthur Mensch constitue, \u00e0 ce stade, moins un point d\u2019arriv\u00e9e qu\u2019un point de d\u00e9part. Elle a le m\u00e9rite de poser explicitement les termes d\u2019un compromis possible, mais elle appelle des ajustements, des garde-fous et une gouvernance qui restent \u00e0 construire. Cr\u00e9ateurs, ayants droit, acteurs technologiques et pouvoirs publics ont, \u00e0 des degr\u00e9s diff\u00e9rents, int\u00e9r\u00eat \u00e0 contribuer \u00e0 cette \u00e9laboration, faute de quoi les r\u00e8gles continueront \u00e0 se d\u00e9finir ailleurs.<\/p>\n<p>Le facteur temps est ici d\u00e9terminant, dans un environnement o\u00f9 les usages s\u2019installent rapidement et o\u00f9 les standards \u00e9mergent par la pratique, l\u2019absence de cadre stabilis\u00e9 ne suspend pas les dynamiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>\u00c0 d\u00e9faut de pouvoir emp\u00eacher l\u2019IA d\u2019apprendre \u00e0 partir des \u0153uvres, l\u2019enjeu devient donc d\u2019en organiser les conditions d\u2019exploitation. La proposition Mistral en esquisse les contours, en transformant le droit d\u2019auteur en m\u00e9canisme de redistribution plut\u00f4t qu\u2019en outil de contr\u00f4le. Reste \u00e0 savoir si ce d\u00e9placement pourra \u00eatre collectivement ma\u00eetris\u00e9, ou s\u2019il s\u2019imposera par d\u00e9faut.<\/p>\n<p>                         <a href=\"https:\/\/www.fw.media\" class=\"fn url\" target=\"_blank\" title=\"LA REDACTION DE FW.MEDIA\" rel=\"nofollow noopener\"> <img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.frenchweb.fr\/wp-content\/uploads\/gravatar\/la-redaction-frenchweb-6.jpg?ssl=1\" class=\"avatar avatar-250 photo jetpack-lazy-image\" style=\"max-width:250px\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1774267037_266_la-redaction-frenchweb-6.jpg\"  data-recalc-dims=\"1\"\/><img decoding=\"async\" data-lazy-fallback=\"1\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1774267037_266_la-redaction-frenchweb-6.jpg\" class=\"avatar avatar-250 photo\" style=\"max-width:250px\" data-recalc-dims=\"1\"\/><\/a> Pour nous contacter, nous vous avons pr\u00e9par\u00e9 un petit formulaire pour bien g\u00e9rer votre demande et pouvoir l&rsquo;adresser en toute confidentialit\u00e9. <a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/contacter-la-redaction\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Cliquez ici pour y acc\u00e9der<\/a> <a href=\"https:\/\/www.fw.media\" class=\"url\" target=\"_blank\" title=\"LA REDACTION DE FW.MEDIA\" rel=\"nofollow noopener\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.frenchweb.fr\/wp-content\/uploads\/gravatar\/la-redaction-frenchweb-6.jpg?ssl=1\" class=\"avatar avatar-250 photo jetpack-lazy-image\" style=\"max-width:250px\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1774267037_266_la-redaction-frenchweb-6.jpg\"  data-recalc-dims=\"1\"\/><img decoding=\"async\" data-lazy-fallback=\"1\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1774267037_266_la-redaction-frenchweb-6.jpg\" class=\"avatar avatar-250 photo\" style=\"max-width:250px\" data-recalc-dims=\"1\"\/><\/a>Les derniers articles par LA REDACTION DE FW.MEDIA (<a href=\"https:\/\/www.frenchweb.fr\/author\/journaliste\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">tout voir<\/a>)  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u2019intelligence artificielle ne se contente plus de transformer les usages. 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