{"id":52799,"date":"2026-03-23T21:35:14","date_gmt":"2026-03-23T21:35:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/52799\/"},"modified":"2026-03-23T21:35:14","modified_gmt":"2026-03-23T21:35:14","slug":"lafrique-doit-adopter-le-sukuk-comme-outil-de-financement-de-masse-muhammad-zubair-mughal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/52799\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0L&rsquo;Afrique doit adopter le sukuk comme outil de financement de masse\u00a0\u00bb (Muhammad Zubair Mughal)"},"content":{"rendered":"<p>LA TRIBUNE AFRIQUE &#8211;\u00a0Vos derni\u00e8res projections sugg\u00e8rent que les actifs mondiaux de la finance islamique sont en voie de d\u00e9passer les 6 000 milliards de dollars en 2026, apr\u00e8s une ann\u00e9e 2025 tr\u00e8s forte. Selon vous, s&rsquo;agit-il d&rsquo;une simple expansion quantitative du march\u00e9 ou d&rsquo;un changement structurel plus profond dans le fonctionnement du syst\u00e8me financier mondial?<\/p>\n<p>MUHAMMED ZUBAIR MUGHAL &#8211;\u00a0Pour comprendre cette croissance, nous devons examiner les fondations que le secteur a b\u00e2ti. Fin 2025, il a franchi une \u00e9tape importante de 5,2 milliards de dollars avec plus de 6000 institutions financi\u00e8res islamiques \u2014 incluant des banques, des compagnies de takaful (assurance, ndlr) et des entit\u00e9s de march\u00e9s de capitaux \u2014 op\u00e9rant dans plus de 20 pays. Il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;un jeu de chiffres ; c&rsquo;est un changement fondamental vers une architecture financi\u00e8re \u00e9thique et adoss\u00e9e \u00e0 des actifs.<\/p>\n<p>Actuellement, la banque islamique reste le pilier central, repr\u00e9sentant environ 72% du total des actifs, mais nous observons un r\u00e9\u00e9quilibrage g\u00e9ographique et sectoriel significatif. L&rsquo;\u00e9mergence du march\u00e9 des sukuk (emprunts islamiques), qui d\u00e9tient d\u00e9sormais une part de 18%, et la croissance rapide de la fintech islamique, qui progresse \u00e0 des taux \u00e0 deux chiffres, signalent que le secteur passe d&rsquo;une alternative r\u00e9gionale de niche \u00e0 une composante d&rsquo;importance syst\u00e9mique de la finance mondiale.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9\u00e9quilibrage g\u00e9ographique est particuli\u00e8rement \u00e9vident en Afrique. Vous avez mentionn\u00e9 que si le Conseil de coop\u00e9ration du Golfe et l&rsquo;Asie d\u00e9tiennent plus de la moiti\u00e9 des actifs, l&rsquo;Afrique est la zone \u00e0 la croissance la plus rapide. Or, selon l\u2019Africa Finance Corporation, les ressources r\u00e9gionales sont \u00e9valu\u00e9es \u00e0 pr\u00e8s de 4 000 milliards de dollars, sans que l\u2019on sache clairement quelle part est r\u00e9ellement conforme \u00e0 la charia. L\u2019Afrique est-elle, selon vous, pr\u00eate \u00e0 capter et \u00e0 absorber pleinement le potentiel de la finance islamique ?<\/p>\n<p>L&rsquo;Afrique est en effet un continent magnifique dot\u00e9 d&rsquo;un immense potentiel, mais l&rsquo;utilisation actuelle des instruments islamiques comme les sukuk reste faible, soit moins de 5% du total mondial. Nous segmentons le march\u00e9 africain en quatre r\u00e9gions cl\u00e9s. L&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est, incluant l&rsquo;\u00c9thiopie, le Kenya et la Somalie, a d\u00e9velopp\u00e9 une infrastructure robuste. L&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest montre \u00e9galement de grandes promesses, particuli\u00e8rement au Nigeria, qui est un moteur majeur avec sa population de plus de 220 millions d&rsquo;habitants. Ensuite, nous avons l&rsquo;Afrique du Nord, o\u00f9 des pays comme le Maroc et l&rsquo;Alg\u00e9rie font des progr\u00e8s consid\u00e9rables. Le potentiel est l\u00e0, mais le niveau de pr\u00e9paration varie. Pour que l&rsquo;Afrique absorbe ces opportunit\u00e9s, elle doit d\u00e9passer la banque traditionnelle et adopter le sukuk comme outil de financement de masse.<\/p>\n<p>Les gouvernements peuvent utiliser ces instruments pour des projets d&rsquo;infrastructure massifs tels que les routes, les a\u00e9roports et les installations de sant\u00e9. Par exemple, le travail actuel du Nigeria sur un investissement de 2 milliards de dollars dans la fibre optique, soutenu par la Banque Africaine de D\u00e9veloppement, est un candidat parfait pour le financement par sukuk, car ces instruments lient les obligations financi\u00e8res \u00e0 des actifs physiques et productifs.<\/p>\n<p>Vous avez soulign\u00e9 que la r\u00e9glementation est un obstacle majeur. Vous avez travaill\u00e9 avec plusieurs gouvernements, dont celui de la Somalie et de diverses nations francophones, pour concevoir ces cadres. Pourriez-vous expliquer pourquoi le paysage r\u00e9glementaire en Afrique est si complexe?<\/p>\n<p>C&rsquo;est un point critique qui ralentit souvent les progr\u00e8s. Dans les pays anglophones suivant la Common Law, le syst\u00e8me est g\u00e9n\u00e9ralement plus flexible pour accommoder de nouveaux produits financiers. Cependant, en Afrique de l&rsquo;Ouest francophone \u2014 o\u00f9 des pays comme le S\u00e9n\u00e9gal, le Mali et la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire ont des populations musulmanes atteignant 90 % ou plus \u2014 le syst\u00e8me de droit civil pr\u00e9sente davantage d&rsquo;obstacles bureaucratiques.<\/p>\n<p>Pour introduire un nouveau produit conforme \u00e0 la charia, il faut souvent passer par d&rsquo;importants d\u00e9bats parlementaires pour modifier les lois bancaires existantes. Cela rend le parcours difficile \u00e0 naviguer.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces obstacles, nous travaillons au niveau de l&rsquo;industrie pour mettre en place l&rsquo;infrastructure n\u00e9cessaire. AlHuda CIBE a \u00e9t\u00e9 actif dans la cr\u00e9ation de compagnies de takaful au Nigeria, en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, en \u00c9thiopie et en Tanzanie pour s&rsquo;assurer que l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me, et pas seulement la banque, soit accessible \u00e0 la population.<\/p>\n<p>En parlant d&rsquo;atteindre les populations, vous avez \u00e9t\u00e9 un fervent d\u00e9fenseur de la fintech islamique comme solution pour l&rsquo;inclusion financi\u00e8re. Dans des r\u00e9gions o\u00f9 les agences bancaires sont rares mais o\u00f9 la p\u00e9n\u00e9tration du t\u00e9l\u00e9phone mobile frise les 90%, est-il r\u00e9aliste d&rsquo;attendre de la technologie qu&rsquo;elle comble le foss\u00e9 pour ceux vivant dans des zones recul\u00e9es ?<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas seulement r\u00e9aliste, c&rsquo;est la solution la plus efficace dont nous disposons. L&rsquo;inclusion financi\u00e8re traditionnelle dans de nombreux march\u00e9s africains ne d\u00e9passe pas 20% \u00e0 30%, alors que presque tout le monde poss\u00e8de un appareil mobile. M\u00eame un vieil appareil GSM, pas n\u00e9cessairement un smartphone, peut \u00eatre utilis\u00e9 pour des transactions conformes \u00e0 la charia.<\/p>\n<p>Dans les zones rurales, une personne peut se trouver \u00e0 50 kilom\u00e8tres de l&rsquo;agence la plus proche, mais elle n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 quelques clics de ses finances via son t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>En proposant des services financiers via la technologie mobile, notre port\u00e9e devient bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la banque classique en agence. Ce qui est encore plus important, c&rsquo;est le facteur de confiance. De nombreuses personnes en zone rurale s&rsquo;excluent volontairement du secteur formel en raison de leurs convictions religieuses. Lorsque nous fournissons une solution fintech conforme \u00e0 la charia, cela comble le foss\u00e9 de la confiance. Nous voyons des plateformes de fintech islamique pour le financement participatif (crowdfunding), les paiements num\u00e9riques et les micro-investissements devenir des catalyseurs de changement pour les petites entreprises et les particuliers dans les r\u00e9gions isol\u00e9es.<\/p>\n<p>Pour que ces r\u00e9glementations et technologies fonctionnent, il faut des personnes qui les comprennent. Vous avez voyag\u00e9 dans plus de 30 pays africains et avez remarqu\u00e9 un d\u00e9ficit massif en capital humain, sp\u00e9cifiquement en Afrique francophone, o\u00f9 vous estimez que 25 000 professionnels sont n\u00e9cessaires. Comment rem\u00e9dier \u00e0 cette p\u00e9nurie sur le long terme ?<\/p>\n<p>Nous nous appuyons actuellement sur une approche \u00e0 court terme o\u00f9 des professionnels de la finance conventionnelle suivent des cours intensifs pour occuper des postes. Bien que cela aide dans l&rsquo;imm\u00e9diat, ce n&rsquo;est pas viable. Pour le d\u00e9veloppement \u00e0 long terme de l&rsquo;industrie, nous devons adopter une approche p\u00e9renne. Nous avons besoin que les universit\u00e9s \u00e9tablissent des programmes d\u00e9di\u00e9s de licence et de master en banque et finance islamiques.<\/p>\n<p>Chez AlHuda CIBE, nous apportons notre contribution par un travail de conseil et des programmes d&rsquo;apprentissage num\u00e9rique en plusieurs langues &#8211; dont le fran\u00e7ais, l&rsquo;anglais et l&rsquo;arabe &#8211; pour toucher des professionnels dans plus de 40 pays chaque ann\u00e9e. Notre r\u00f4le est d&rsquo;agir comme un pont, en fournissant la formation et les services de conseil n\u00e9cessaires pour que les parties prenantes africaines puissent se lancer avec confiance dans le paysage de la finance islamique. L&rsquo;objectif est de produire une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de professionnels qui ne comprennent pas seulement les m\u00e9canismes de la finance, mais aussi les principes d&rsquo;\u00e9thique et de justice sociale qui d\u00e9finissent notre industrie.<\/p>\n<p>Avec des actifs financiers islamiques mondiaux approchant les 6 000 milliards de dollars, quel est le r\u00f4le sp\u00e9cifique d&rsquo;AlHuda CIBE dans le soutien aux parties prenantes africaines \u00e0 ce stade ? Que peut offrir votre organisation \u00e0 ceux qui cherchent \u00e0 entrer sur le march\u00e9 de la finance islamique ?<\/p>\n<p>Nous agissons comme conseiller principal tant pour les gouvernements que pour l&rsquo;industrie priv\u00e9e. Nous disposons \u00e9galement de six programmes d&rsquo;apprentissage num\u00e9rique distincts allant de quatre mois \u00e0 un an pour ceux qui souhaitent entrer professionnellement dans l&rsquo;industrie. Chaque ann\u00e9e, nous organisons des ateliers physiques, des s\u00e9minaires de recherche et des webinaires dans plus de 40 pays. J&rsquo;ai personnellement voyag\u00e9 dans plus de 30 pays africains pour porter ces initiatives, car notre mission est de fournir la formation, les services de conseil et le d\u00e9veloppement de march\u00e9 n\u00e9cessaires pour que les nations africaines prosp\u00e8rent dans l&rsquo;industrie financi\u00e8re islamique mondiale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"LA TRIBUNE AFRIQUE &#8211;\u00a0Vos derni\u00e8res projections sugg\u00e8rent que les actifs mondiaux de la finance islamique sont en voie&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":52800,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[20676,58,20674,18,51,544,73,59,20675,20678,13234,2086,67,68,69,70,20677],"class_list":{"0":"post-52799","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-muhammad","9":"tag-58","10":"tag-adopter","11":"tag-europe","12":"tag-europe-afrique","13":"tag-financement","14":"tag-lafrique","15":"tag-la-tribune-afrique","16":"tag-masse","17":"tag-mughal","18":"tag-outil","19":"tag-sukuk","20":"tag-ue","21":"tag-ue-afrique","22":"tag-union-europeenne","23":"tag-union-europeenne-afrique","24":"tag-zubair"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116280644269767355","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52799","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=52799"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52799\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/52800"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=52799"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=52799"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=52799"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}