{"id":53698,"date":"2026-03-24T16:46:09","date_gmt":"2026-03-24T16:46:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/53698\/"},"modified":"2026-03-24T16:46:09","modified_gmt":"2026-03-24T16:46:09","slug":"comment-sortir-leurope-des-crises-energetiques-a-repetition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/53698\/","title":{"rendered":"Comment sortir l\u2019Europe des crises \u00e9nerg\u00e9tiques \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition ?"},"content":{"rendered":"<p>Anatomie d\u2019un choc \u00e9nerg\u00e9tique<\/p>\n<p>Le d\u00e9troit d\u2019Ormuz constitue le principal goulet d\u2019\u00e9tranglement des exportations mondiales d\u2019hydrocarbures\u00a0: 20 millions de barils de p\u00e9trole y transitaient chaque jour, ainsi qu\u2019un cinqui\u00e8me du gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 (GNL) mondial, notamment \u00e0 destination des march\u00e9s asiatiques. Toute perturbation durable dans cette r\u00e9gion, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un blocage physique ou de la destruction d\u2019infrastructures de production comme le gigantesque site gazier de Ras Laffan, se r\u00e9percute m\u00e9caniquement sur l\u2019ensemble des march\u00e9s mondiaux, par le jeu des arbitrages \u00e9conomiques et de la tension sur les volumes disponibles.<\/p>\n<p>L\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 une menace sur les approvisionnements et l\u2019on peut pr\u00e9voir de fortes tensions inflationnistes. Les effets en cha\u00eene sont multiples\u00a0: hausse des carburants \u00e0 la pompe, du gaz et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, rench\u00e9rissement des intrants agricoles, du prix du transport des marchandises&#8230; Les menaces pour l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne sont r\u00e9elles. En plus des hydrocarbures, le d\u00e9troit est un important point de passage pour les engrais, notamment \u00e0 destination des pays \u00e0 plus bas revenus, faisant peser un risque additionnel sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire mondiale<\/p>\n<p>D\u2019une d\u00e9pendance \u00e0 une autre\u00a0: l\u2019Europe reste tr\u00e8s vuln\u00e9rable aux crises \u00e9nerg\u00e9tiques<\/p>\n<p>L\u2019Europe est-elle davantage pr\u00e9par\u00e9e que lors de la derni\u00e8re crise\u00a0? D\u00e9clench\u00e9e par l\u2019arr\u00eat des approvisionnements en gaz russe suite \u00e0 l\u2019invasion de l\u2019Ukraine, la crise \u00e9nerg\u00e9tique de 2022 avait mis en \u00e9vidence une importante capacit\u00e9 de r\u00e9action europ\u00e9enne. Des m\u00e9canismes de coordination in\u00e9dits avaient \u00e9t\u00e9 activ\u00e9s, des plans sectoriels \u00e9labor\u00e9s. L\u2019UE et la France ont r\u00e9duit de 20% leur consommation de gaz entre 2021 et 2024 gr\u00e2ce au plan \u201cRePowerEU\u201d et \u00e0 des politiques de transition. Mais ces derni\u00e8res, in\u00e9gales, insuffisamment financ\u00e9es, et peu coordonn\u00e9es, ne sont pas \u00e0 la hauteur des enjeux.<\/p>\n<p>Surtout, pour sortir de la crise de 2022, l\u2019Europe a troqu\u00e9 une d\u00e9pendance contre une autre.  La ru\u00e9e vers le GNL am\u00e9ricain, qatari ou \u00e9mirati a permis de r\u00e9duire la d\u00e9pendance directe \u00e0 la Russie, sans r\u00e9soudre la vuln\u00e9rabilit\u00e9 sous-jacente. M\u00eame si l\u2019Europe importe aujourd\u2019hui moins de 15\u00a0% de son gaz depuis la zone du Golfe, dans un march\u00e9 mondial int\u00e9gr\u00e9, les tensions r\u00e9gionales se r\u00e9percutent instantan\u00e9ment sur les prix, quel que soit le pays d\u2019origine du contrat.<\/p>\n<p>Par rapport au gaz achemin\u00e9 par gazoduc, le GNL pr\u00e9sente une volatilit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e, les prix s\u2019envolent en temps de crise, les navires le transportant sont d\u00e9rout\u00e9s au plus offrant, des co\u00fbts de transport sup\u00e9rieurs et une empreinte environnementale d\u00e9sastreuse. Cette substitution n\u2019a renforc\u00e9 ni la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique, ni la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique du continent. Plus de la moiti\u00e9 du GNL provient aujourd\u2019hui des Etats-Unis, repr\u00e9sentant in fine 25% des imports de gaz de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Cette nouvelle d\u00e9pendance est un outil tr\u00e8s puissant pour les vis\u00e9es imp\u00e9rialistes et belliqueuses de Donald Trump. Dans le cadre du deal UE-US n\u00e9goci\u00e9 en juillet par la commissaire Europ\u00e9enne et valid\u00e9 par le Parlement, les Europ\u00e9ens se sont engag\u00e9s \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer leurs commandes de GNL am\u00e9ricain, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 acheter pour 750 Md$ de produits \u00e9nerg\u00e9tiques am\u00e9ricains sur trois ans offrant \u00e0 l\u2019administration Trump un levier de pression suppl\u00e9mentaire. Cela laisse la voie grande ouverte \u00e0 diverses formes de chantage \u00e9nerg\u00e9tique qui, dans la crise actuelle, sert de levier pour pousser les \u00c9tats europ\u00e9ens \u00e0 s\u2019engager militairement dans le conflit.<\/p>\n<p>Cette s\u00e9quence met en lumi\u00e8re, de mani\u00e8re brutale, l\u2019impasse des d\u00e9pendances fossiles pour les pays europ\u00e9ens et devrait renforcer l\u2019exigence d\u2019une transition rapide pour s\u2019en affranchir durablement. C\u2019est l\u00e0 sans doute la seule voie cr\u00e9dible pour une Europe qui veut faire de l\u2019autonomie strat\u00e9gique une priorit\u00e9. Le Clean Industrial Deal adopt\u00e9 par la Commission europ\u00e9enne en 2025, tout comme l\u2019Industrial Accelerator Act plus r\u00e9cent, en font d\u2019ailleurs un constat explicite\u00a0: r\u00e9duire la d\u00e9pendance aux \u00e9nergies fossiles n\u2019est pas seulement un objectif climatique, mais une condition de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique et sociale.Pourtant, les premi\u00e8res r\u00e9actions \u00e0 cette crise vont dans le sens inverse.<\/p>\n<p>Les fausses solutions<br \/>\nLa r\u00e9duction indiff\u00e9renci\u00e9e de la fiscalit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et les subventions massives<\/p>\n<p>Face \u00e0 la hausse des prix, la tentation politique est toujours forte\u00a0: contenir la hausse soit en r\u00e9gulant les augmentation (plafonnement par exemple), soit en baissant les taxes. La pr\u00e9sidente de la Commission europ\u00e9enne l\u2019a encourag\u00e9 lors de son allocution jeudi dernier, alors m\u00eame que la fiscalit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique rel\u00e8ve des comp\u00e9tences nationales. <a href=\"(https:\/\/www.euronews.com\/2026\/03\/22\/europes-response-to-the-relentless-surge-in-energy-and-fuel-costs-from-the-war-in-iran).\">Certains pays ont d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 des paquets de mesures<\/a>. L\u2019Italie, l\u2019Espagne, le Portugal, ont d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 des baisses de fiscalit\u00e9, l\u2019Allemagne et l\u2019Autriche une r\u00e9gulation des augmentations, et la Hongrie pr\u00e9voit un plafonnement du prix du p\u00e9trole et du diesel.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9actions sont bien s\u00fbr compr\u00e9hensibles pour juguler les effets d\u2019une crise \u00e9nerg\u00e9tiques. Mais le probl\u00e8me est triple.<\/p>\n<p> \tces baisses de taxes ou ces plafonnements ont des effets fortement anti-redistributifs\u00a0: ces mesures profitent proportionnellement davantage aux m\u00e9nages les plus ais\u00e9s, qui consomment plus d\u2019\u00e9nergie, alors que ce sont bien les budgets des plus pr\u00e9caires qui sont le plus impact\u00e9s.  elles effacent le signal-prix qui incite \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 et aux investissements dans l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. elles minent les finances publiques \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019investissement dans la transition est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui manque.<\/p>\n<p>La France a pour le moment \u00e9cart\u00e9 de telles mesures. Le souvenir du bouclier tarifaire, qui avait contenu la hausse des prix de fa\u00e7on indiff\u00e9renci\u00e9e, est s\u00fbrement encore vif \u00a0: il avait co\u00fbt\u00e9 entre 71 et 98 milliards d\u2019euros, creusant le d\u00e9ficit sans r\u00e9elle r\u00e9ponse structurelle, voire minant les ambitions de transition dans les ann\u00e9es qui ont suivi (le plan France 2030 n\u2019avait vu que 3,5 milliards d\u2019euros consacr\u00e9s \u00e0 la d\u00e9carbonation de l\u2019industrie, les aides \u00e0 la r\u00e9novation \u00e9nerg\u00e9tiques ont diminu\u00e9, les aides \u00e0 l\u2019achat de v\u00e9hicules \u00e9lectriques mal calibr\u00e9es&#8230;).<\/p>\n<p>Au niveau europ\u00e9en, le risque est celui d\u2019une plus grande fragmentation des r\u00e9ponses nationales, avec des effets distributifs d\u00e9favorables aux \u00c9tats membres disposant de moindres capacit\u00e9s de soutien \u2014 comme l\u2019avait illustr\u00e9 la concentration des deux tiers des aides d\u2019\u00c9tat par l\u2019Allemagne et la France lors de la crise pr\u00e9c\u00e9dente. Au moment o\u00f9 l\u2019Europe tente de se doter d\u2019une politique industrielle, creuser les \u00e9carts entre les \u00e9conomies des Etats membres est particuli\u00e8rement d\u00e9l\u00e9t\u00e8re.<\/p>\n<p>L\u2019affaiblissement de l\u2019architecture climatique europ\u00e9enne<\/p>\n<p>L\u2019affaiblissement de l\u2019ETS, le syst\u00e8me de taxe carbone europ\u00e9en, r\u00e9clam\u00e9 par Giorgia Meloni notamment, serait \u00e9galement une erreur. Ce m\u00e9canisme g\u00e9n\u00e8re 40 milliards d\u2019euros annuels redistribu\u00e9s aux \u00c9tats membres, et envoie un signal de prix indispensable pour les d\u00e9cisions d\u2019investissement de long terme des industriels. Sa remise en cause dans un contexte de crise \u2014 au motif de son impact sur les prix de l\u2019\u00e9nergie, qui repr\u00e9sente en moyenne 11\u00a0% du prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en Europe, et 5\u00a0% en France \u2014 affaiblirait durablement la cr\u00e9dibilit\u00e9 du cadre r\u00e9glementaire europ\u00e9en aupr\u00e8s des investisseurs. <a href=\"https:\/\/www.euronews.com\/my-europe\/2026\/03\/17\/commission-resists-overhaul-of-carbon-pricing-while-pushing-for-tax-cuts-on-energy-amid-cr\" class=\"spip_out\" rel=\"external nofollow noopener\" target=\"_blank\">Si la remise en cause de ce m\u00e9canisme a \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9 par la Commission europ\u00e9enne pour le moment<\/a>, d\u2019importantes \u00e9ch\u00e9ances sont \u00e0 venir et pourraient en menacer l\u2019\u00e9quilibre, d\u2019autant plus que Ursula von der Leyen a annonc\u00e9 une approche \u00ab\u00a0pragmatique\u00a0\u00bb de ces \u00e9ch\u00e9ances, ce qui en langage bruxellois a souvent \u00e9t\u00e9 synonyme d\u2019affaiblissement lorsqu\u2019ils ont concern\u00e9 la politique environnementale europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Augmenter les volumes \u00e0 tout prix et lever les sanctions sur les hydrocarbures russes<\/p>\n<p>Pour juguler la hausse des prix, plusieurs solutions consistant \u00e0 faire augmenter rapidement les volumes d\u2019hydrocarbures disponibles sur les march\u00e9s sont mises sur la table. <a href=\"https:\/\/www.iea.org\/news\/new-iea-report-highlights-options-to-ease-oil-price-pressures-on-consumers-in-response-to-middle-east-supply-disruptions\" class=\"spip_out\" rel=\"external nofollow noopener\" target=\"_blank\">L\u2019Agence Internationale de l\u2019Energie<\/a>coordonne un plan pour lib\u00e9rer une partie des stocks de r\u00e9serve en ce sens \u2013 pr\u00e8s de 400 millions de barils ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 remis sur le march\u00e9, \u00e9manant des r\u00e9serves de plusieurs Etats mais souligne les limites de cette strat\u00e9gie et appelle \u00e0 davantage de sobri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Pour limiter la hausse des prix \u00e0 la pompe, l\u2019administration Trump a m\u00eame, ironie de l\u2019histoire, <a href=\"https:\/\/www.bbc.com\/news\/articles\/c9d415g55nno\" class=\"spip_out\" rel=\"external nofollow noopener\" target=\"_blank\">assoupli l\u2019embargo sur le p\u00e9trole Iranien<\/a>, et lev\u00e9 les sanctions sur le p\u00e9trole russe. Plus inqui\u00e9tant encore, des <a href=\"https:\/\/www.courrierinternational.com\/article\/verbatim-pour-le-premier-ministre-belge-il-faut-normaliser-les-relations-avec-la-russie_241829\" class=\"spip_out\" rel=\"external nofollow noopener\" target=\"_blank\">voix europ\u00e9ennes s\u2019\u00e9l\u00e8vent, \u00e0 l\u2019instar du premier ministre belge,<\/a>pour lever les sanctions sur les hydrocarbures russes pour faire baisser les prix. Au-del\u00e0 de leur aspect immoral, de telles propositions sont puissamment contre-productives, renfor\u00e7ant la d\u00e9pendance des europ\u00e9ens \u00e0 la fois aux \u00e9nergies fossiles et \u00e0 des p\u00e9tro-Etats hostiles.<\/p>\n<p>La relance de projets p\u00e9tro-gaziers <\/p>\n<p>La hausse des prix, surtout si elle est anticip\u00e9e comme durable, rend rentables des projets p\u00e9tro-gaziers qui ne l\u2019\u00e9taient pas. C\u2019est l\u2019autre effet pervers des crises \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0: elles offrent une justification \u00e9conomique \u00e0 de nouveaux forages, de nouvelles infrastructures, de nouveaux contrats \u00e0 long terme \u2014 qui fonctionneront encore pendant des d\u00e9cennies et enferment un peu plus nos \u00e9conomies dans la d\u00e9pendance aux fossiles.<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nExemple r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0: sous la pression de l\u2019administration Trump, TotalEnergies a renonc\u00e9 \u00e0 un projet \u00e9olien pour investir dans un forage gazier, avec un milliard de dollars de compensation \u00e0 la cl\u00e9 Au-del\u00e0 du cas particulier, cet \u00e9pisode signale la direction que prennent certains arbitrages industriels dans le contexte actuel.<\/p>\n<p>R\u00e9pondre \u00e0 l\u2019urgence en pr\u00e9parant le futur <\/p>\n<p>La seule porte de sortie pour l\u2019Union europ\u00e9enne est des r\u00e9duire massivement sa d\u00e9pendance \u00e0 ces \u00e9nergies qu\u2019elle ne produit pas, qu\u2019elle ne ma\u00eetrise pas, et de fonder sa prosp\u00e9rit\u00e9 sur d\u2019autres leviers, ce qui implique de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019urgence du pr\u00e9sent tout en pr\u00e9parant l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Sobri\u00e9t\u00e9 concert\u00e9e et protection cibl\u00e9e<\/p>\n<p>Dans ce contexte de crise, la r\u00e9ponse imm\u00e9diate la plus efficace reste la r\u00e9duction de la demande par des plans de sobri\u00e9t\u00e9 concert\u00e9s. L\u2019exp\u00e9rience de 2022 a d\u00e9montr\u00e9 que des gains de 15 \u00e0 20\u00a0% sont atteignables rapidement, y compris dans des secteurs industriels intensifs en \u00e9nergie. Les \u00c9tats comme les entreprises avaient remis\u00e9 au placard ces solutions, du fait des prix relativement contenus de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ce qui laisse encore des marges de r\u00e9duction significatives.<\/p>\n<p>En outre, si la situation venait \u00e0 s\u2019aggraver, toute aide publique mobilis\u00e9e en urgence devrait r\u00e9pondre \u00e0 trois crit\u00e8res\u00a0:<\/p>\n<p> ciblage sur les m\u00e9nages et secteurs les plus vuln\u00e9rables, ce qui implique de cr\u00e9er des task force charg\u00e9es de suivre les \u00e9volutions en temps r\u00e9el, temporalit\u00e9 explicite, pour ne pas garantir que l\u2019on subventionnera les \u00e9nergies fossiles quoiqu\u2019il en co\u00fbte et conditionnement \u00e0 des trajectoires de d\u00e9carbonation pour les entreprises, et \u00e0 des investissements dans la transition pour la puissance publiqueTransformations structurelles\u00a0: acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019\u00e9lectrification, des usages et le d\u00e9ploiement des renouvelables<\/p>\n<p>La r\u00e9duction durable de la d\u00e9pendance aux hydrocarbures import\u00e9s passe par l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des transformations infrastructurelles d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9es, dont les b\u00e9n\u00e9fices sont directs et visibles rapidement\u00a0:<\/p>\n<p> L\u2019\u00e9lectrification des usages\u2014 mobilit\u00e9 via le leasing social \u00e9lectrique, chauffage via les pompes \u00e0 chaleur, r\u00e9novation thermique du b\u00e2ti, \u00e9lectrification des proc\u00e9d\u00e9s industriels \u2014 r\u00e9duit m\u00e9caniquement l\u2019exposition aux march\u00e9s fossiles. La France s\u2019est dot\u00e9 d\u2019objectifs ambitieux en la mati\u00e8re (-50% d\u2019\u00e9nergies fossiles entre 2024 et 2035 dans le cadre de la PPE3). La pr\u00e9sentation du plan d\u2019\u00e9lectrification dans les semaines \u00e0 venir doit \u00eatre l\u2019occasion d\u2019y associer les moyens. Le d\u00e9ploiement des \u00e9nergies renouvelables modifie la structure de co\u00fbt de la production \u00e9lectrique et r\u00e9duit la sensibilit\u00e9 au m\u00e9canisme d\u2019ordre de m\u00e9rite. L\u2019Espagne, dont la part des renouvelables dans le mix \u00e9lectrique est nettement plus \u00e9lev\u00e9e, pr\u00e9sente une moindre volatilit\u00e9 de ses prix d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en r\u00e9ponse aux chocs gaziers.<\/p>\n<p>Au niveau europ\u00e9en, le d\u00e9ploiement d\u2019une politique industrielle coh\u00e9rente avec les enjeux climatiques et strat\u00e9giques de l\u2019Union est indispensable, avec comme priorit\u00e9 le d\u00e9veloppement des industries de transition et le renforcement des interconnexions \u00e9lectriques europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>La taxation des profits du secteur p\u00e9tro-gazier<\/p>\n<p>Une taxation s\u00e9rieuse des rentes dans le secteur p\u00e9tro-gazier permettrait de financer ces dispositifs sans accro\u00eetre le d\u00e9ficit public et en envoyant un signal fort \u00e0 cette industrie.<\/p>\n<p>En 2022, <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/03\/15\/a-qui-profite-la-guerre-diran\/\" class=\"spip_out\" rel=\"external nofollow noopener\" target=\"_blank\">les b\u00e9n\u00e9fices des entreprises p\u00e9tro-gazi\u00e8res c\u00f4t\u00e9es en bourse avaient atteint plus de 900 milliards de dollars au niveau mondial<\/a>, soit trois fois la moyenne des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Ces gains n\u2019\u00e9taient pas le fruit d\u2019une augmentation des co\u00fbts de production ou d\u2019une quelconque performance industrielle\u00a0: ils r\u00e9sultaient m\u00e9caniquement de la hausse des prix de march\u00e9. Une rente pure, capt\u00e9e par une tr\u00e8s petite classe d\u2019investisseurs.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse fiscale avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9risoire. En France, la taxe sur les superprofits des entreprises p\u00e9tro-gazi\u00e8res n\u2019avait rapport\u00e9 que 60 millions d\u2019euros, et celle sur les \u00e9nerg\u00e9ticiens 600 millions, face aux milliards en jeu. Les pratiques d\u2019optimisation fiscale de ces firmes extractives multinationales prive les Etats de pr\u00e9cieuses ressources pour faire face aux enjeux de la transition, dans les pays industrialis\u00e9s <a href=\"https:\/\/www.theigc.org\/publications\/global-allocation-extractive-windfalls\" class=\"spip_out\" rel=\"external nofollow noopener\" target=\"_blank\">comme dans les pays en d\u00e9veloppement<\/a>.<\/p>\n<p>Les profits issus de cette crise ne sont pas encore connus, mais avec un baril de brut au-dessus de 100$, la m\u00e9canique est enclench\u00e9e. Le plafonnement des prix \u00e0 la pompe de l\u2019essence et du diesel annonc\u00e9e par TotalEnergies en France, un formidable coup de communication, montre la facilit\u00e9 avec laquelle ces multinationales peuvent jouer sur les prix. A noter \u00e9galement que le cours de l\u2019action TotalEnergies a d\u00e9j\u00e0 bondi de 15\u00a0% depuis le d\u00e9but du conflit, signe que les investisseurs voient dans cette crise de formidables opportunit\u00e9s.<\/p>\n<p>La transition \u00e9nerg\u00e9tique n\u2019est plus seulement une r\u00e9ponse aux enjeux climatiques\u00a0: c\u2019est la condition de la souverainet\u00e9 \u00e9conomique et g\u00e9opolitique de l\u2019Europe dans un monde o\u00f9 la d\u00e9pendance aux hydrocarbures import\u00e9s constitue un vecteur de vuln\u00e9rabilit\u00e9 croissant.<\/p>\n<p>Les tensions actuelles s\u2019inscrivent dans une configuration g\u00e9opolitique qui rend peu probable un retour \u00e0 la stabilit\u00e9 des march\u00e9s \u00e9nerg\u00e9tiques. La multiplication des conflits autour des ressources, l\u2019instrumentalisation des d\u00e9pendances \u00e9nerg\u00e9tiques dans des conflits de plus en plus brutaux, et l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du d\u00e9r\u00e8glement climatique constituent des facteurs structurels qui plaident pour une inflexion rapide et durable des trajectoires \u00e9nerg\u00e9tiques europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Mais la capacit\u00e9 de r\u00e9ponse collective de l\u2019Union europ\u00e9enne est aujourd\u2019hui contrainte par plusieurs facteurs encore plus vifs que lors des derni\u00e8res crises\u00a0:<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n\u2013\tLes divergences d\u2019int\u00e9r\u00eats entre \u00c9tats membres se sont plus fortes,<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n\u2013\tLes marges budg\u00e9taires sont significativement plus r\u00e9duites ou davantage orient\u00e9es vers les d\u00e9penses militaires, <br class=\"autobr\"\/><br \/>\n\u2013\tLes \u00e9quilibres politiques au sein de l\u2019Union, que ce soit dans les Etats membres ou le Parlement europ\u00e9ens, sont bien plus hostiles \u00e0 la transition et prompts \u00e0 affaiblir les ambitions climatiques de l\u2019Europe <br class=\"autobr\"\/><br \/>\n<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nLa bonne nouvelle demeure que les outils existent\u00a0: le cadre r\u00e9glementaire peut \u00eatre renforc\u00e9, on dispose de puissants m\u00e9canismes de tarification du carbone, les technologies de transition sont disponibles. Reste \u00e0 maintenir le cap et mobiliser les financements pour une sortie de crise durable. <\/p>\n<p>Photo de <a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/@odile__?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Odile<\/a>sur <a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/photos\/une-fusee-eclairante-brule-dune-tour-j4UCo3x3h8c?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Unsplash<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Anatomie d\u2019un choc \u00e9nerg\u00e9tique Le d\u00e9troit d\u2019Ormuz constitue le principal goulet d\u2019\u00e9tranglement des exportations mondiales d\u2019hydrocarbures\u00a0: 20 millions&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":53699,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[6134,6133,18,6132,6131],"class_list":{"0":"post-53698","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-cologie","9":"tag-conomie","10":"tag-europe","11":"tag-institut","12":"tag-veblen"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116285170210519342","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53698","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=53698"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53698\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/53699"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=53698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=53698"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=53698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}