{"id":63603,"date":"2026-04-02T07:57:08","date_gmt":"2026-04-02T07:57:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/63603\/"},"modified":"2026-04-02T07:57:08","modified_gmt":"2026-04-02T07:57:08","slug":"londe-de-choc-de-la-crise-dormuz-revele-un-defi-de-gouvernance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/63603\/","title":{"rendered":"l&rsquo;onde de choc de la crise d&rsquo;Ormuz r\u00e9v\u00e8le un d\u00e9fi de gouvernance\u2009\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain et journaliste polonais Ryszard Kapu\u015bci\u0144ski affirmait : \u00ab En-dehors de sa dimension\u00a0 g\u00e9ographique, l\u2019Afrique n\u2019existe pas \u00bb. Il signifiait sans doute que les 54 pays de ce continent sont si\u00a0 h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes qu\u2019il est impertinent de les r\u00e9duire \u00e0 une cat\u00e9gorie topographique. La crise g\u00e9opolitique et\u00a0 ses cons\u00e9quences p\u00e9troli\u00e8res et financi\u00e8res confirment cette prudence n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Par Michel-Henry Bouchet et Alexandre Landi, SKEMA Business School.\u00a0<\/p>\n<p>La fermeture soudaine\u00a0 du d\u00e9troit d\u2019Ormuz fin f\u00e9vrier 2026 a provoqu\u00e9 le plus grand choc p\u00e9trolier du XXIe si\u00e8cle. Avec un baril\u00a0 de Brent franchissant les 110 dollars, les \u00e9quilibres mondiaux vacillent. Pour l\u2019Afrique, l\u2019impact est\u00a0 ambivalent, oscillant entre aubaine financi\u00e8re imm\u00e9diate pour les exportateurs et menace de d\u00e9ficits et\u00a0 de d\u00e9stabilisation sociale pour les importateurs. Mais au-del\u00e0 de la volatilit\u00e9 des prix, cette crise agit\u00a0 comme un puissant r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une vuln\u00e9rabilit\u00e9 structurelle n\u00e9glig\u00e9e : la faillite de la gouvernance des\u00a0 ressources naturelles.\u00a0<\/p>\n<p>Le constat est \u00e9tay\u00e9 par des chiffres in\u00e9dits. Selon les donn\u00e9es de la BRI (Banque des r\u00e8glements\u00a0 internationaux), le secteur priv\u00e9 non financier des pays africains producteurs de p\u00e9trole d\u00e9tenait plus de\u00a0 50 milliards de dollars de d\u00e9p\u00f4ts bancaires \u00e0 l\u2019\u00e9tranger fin septembre 2025 \u2014 dont 12 milliards pour\u00a0 l\u2019Angola, 9,5 milliards pour le Nigeria et 8,5 milliards pour l\u2019\u00c9gypte. Pas loin de la moiti\u00e9 est d\u00e9tenue par\u00a0 des m\u00e9nages. Ces chiffres t\u00e9moignent de l\u2019ampleur persistante de la fuite des capitaux et du\u00a0 d\u00e9tournement de la rente p\u00e9troli\u00e8re, aux d\u00e9pens des besoins d\u2019investissement domestiques.\u00a0<\/p>\n<p>Les travaux du Barom\u00e8tre mondial de la gouvernance DEFI-CIFE confirment cette tendance : la richesse en\u00a0 ressources naturelles, faute d\u2019institutions solides, tend \u00e0 devenir un \u00ab handicap \u00bb plut\u00f4t qu\u2019un moteur de\u00a0 d\u00e9veloppement. Le continent produit environ 7,5 millions de barils par jour \u2014 pr\u00e8s de 7 % de la production\u00a0 mondiale \u2014 mais exporte 75 % de son brut sans transformation. Ce paradoxe contraint les pays\u00a0 producteurs \u00e0 r\u00e9importer \u00e0 prix fort des produits raffin\u00e9s, payant ainsi une prime \u00e0 l\u2019inefficacit\u00e9 et \u00e0\u00a0 l\u2019opacit\u00e9 de leurs propres circuits de distribution.\u00a0<\/p>\n<p>Le cas du Nigeria est embl\u00e9matique. Premier producteur du continent, il dispose de 37 milliards de barils\u00a0 de r\u00e9serves. Pourtant, sa production stagne autour de 1,3 million de barils par jour en mars 2026, bien en\u00a0 dessous de ses quotas OPEP. Class\u00e9 142e sur 182 pays dans l\u2019indice de perception de la corruption\u00a0 (Transparency International) et 88e sur 130 au Barom\u00e8tre DEFI-CIFE, le secteur p\u00e9trolier nig\u00e9rian reste\u00a0 min\u00e9 par le pillage et le sabotage. Malgr\u00e9 sa richesse, le pays demeure le cinqui\u00e8me importateur\u00a0 alimentaire d&rsquo;Afrique, cumulant une double d\u00e9pendance aux hydrocarbures pour ses recettes et aux\u00a0 importations pour nourrir sa population.\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, le Botswana d\u00e9montre qu\u2019une autre trajectoire est possible. Bien qu\u2019enclav\u00e9 et d\u00e9pourvu de\u00a0 p\u00e9trole, il a su s\u2019imposer une \u00e9conomie diversifi\u00e9e. Sa dette publique reste inf\u00e9rieure \u00e0 20 % du PIB et il\u00a0 figure parmi les pays les moins corrompus d&rsquo;Afrique (41e mondial au CPI 2025). Le Ghana, producteur\u00a0 modeste, suit \u00e9galement une voie encourageante avec la mise en place du \u00ab Ghana Heritage Fund \u00bb, g\u00e9r\u00e9\u00a0 de mani\u00e8re rigoureuse par sa Banque centrale. Ces mod\u00e8les prouvent que la mal\u00e9diction des ressources\u00a0 n\u2019est pas une fatalit\u00e9 g\u00e9ographique, mais un choix institutionnel.\u00a0<\/p>\n<p>NewsletterMa Tribune<\/p>\n<p class=\"text-2xl mb-8\">L\u2019actualit\u00e9 qui compte pour vous, chaque jour dans votre bo\u00eete mail.<\/p>\n<p>S&rsquo;inscrireS&rsquo;inscrireS&rsquo;inscrire<img alt=\"Illustration de la newsletter Ma Tribune\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-nimg=\"fill\" class=\"relative! rounded-xl\" style=\"position:absolute;height:100%;width:100%;left:0;top:0;right:0;bottom:0;object-fit:cover;color:transparent\"   src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/1775115442_420_ma-tribune.png\"\/><\/p>\n<p>L\u2019enjeu est d\u2019autant plus urgent que la crise actuelle au Moyen-Orient fragilise la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire du\u00a0 continent. La perturbation du flux mondial d\u2019engrais \u2014 notamment d\u2019ur\u00e9e \u2014 pourrait provoquer un choc\u00a0 alimentaire plus grave que celui de 2022. Pour les pays producteurs, la manne p\u00e9troli\u00e8re actuelle doit\u00a0 servir de bouclier social et de levier de diversification avant que la transition \u00e9nerg\u00e9tique mondiale ne\u00a0 vienne tarir d\u00e9finitivement la demande d\u2019or noir.\u00a0<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette urgence, la r\u00e9ponse doit \u00eatre structurelle. Une solution concr\u00e8te consisterait \u00e0 \u00e9tendre la\u00a0 logique du Processus de Kimberley \u2014 qui a permis de certifier l\u2019origine des diamants pour lutter contre\u00a0 les \u00ab minerais de sang \u00bb \u2014 \u00e0 la fili\u00e8re du p\u00e9trole brut. En imposant des normes internationales de\u00a0 transparence et de tra\u00e7abilit\u00e9 des revenus aux acheteurs, la communaut\u00e9 internationale pourrait\u00a0 transformer radicalement les incitations des pays producteurs. La crise d&rsquo;Ormuz finira par s&rsquo;apaiser, mais\u00a0 elle laisse derri\u00e8re elle un avertissement sans frais : sans une gouvernance ancr\u00e9e dans la transparence et\u00a0<\/p>\n<p>l&rsquo;investissement productif, le p\u00e9trole africain continuera d\u2019enrichir les comptes offshore au d\u00e9triment du\u00a0 d\u00e9veloppement durable du continent.\u00a0<\/p>\n<p>Les opinions exprim\u00e9es ici sont celles des auteurs et ne repr\u00e9sentent pas celles de SKEMA Business School ni des\u00a0 institutions auxquelles ils sont affili\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain et journaliste polonais Ryszard Kapu\u015bci\u0144ski affirmait : \u00ab En-dehors de sa dimension\u00a0 g\u00e9ographique, l\u2019Afrique n\u2019existe&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":63604,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[58,1145,6,9307,3097,24101,1052,1829,673,24100,2031,322,24102],"class_list":{"0":"post-63603","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-afrique","8":"tag-58","9":"tag-africain","10":"tag-afrique","11":"tag-choc","12":"tag-crise","13":"tag-dormuz","14":"tag-defi","15":"tag-gouvernance","16":"tag-idees-debats","17":"tag-londe","18":"tag-opinion","19":"tag-petrole","20":"tag-revele"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116334050846429262","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/63603","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=63603"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/63603\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/63604"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=63603"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=63603"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=63603"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}