{"id":65651,"date":"2026-04-04T05:45:08","date_gmt":"2026-04-04T05:45:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/65651\/"},"modified":"2026-04-04T05:45:08","modified_gmt":"2026-04-04T05:45:08","slug":"et-si-les-frontieres-netaient-que-des-lignes-sur-une-carte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/65651\/","title":{"rendered":"Et si les fronti\u00e8res n&rsquo;\u00e9taient que des lignes sur une carte ?"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 un moment donn\u00e9 du voyage, entre l\u2019\u00e9puisement et une r\u00e9flexion paisible, je me suis surprise \u00e0 me poser une simple question.<\/p>\n<p>Pourquoi est-il plus facile pour les animaux de se d\u00e9placer \u00e0 travers l\u2019Afrique que pour les Africains eux-m\u00eames ?<\/p>\n<p>Par Kimberley Khasiala<\/p>\n<p>La plupart de mes amis m\u2019avaient pr\u00e9venue\u00a0: \u00ab\u00a0Prends l\u2019avion pour Lusaka. C\u2019est plus rapide, plus s\u00fbr, et il y a moins de probl\u00e8mes.\u00a0\u00bb Et ils avaient raison sur bien des points. Mais j\u2019ai quand m\u00eame choisi la route. Non pas par facilit\u00e9, mais parce que je voulais d\u00e9couvrir l\u2019Afrique authentique. Non pas vue du ciel, mais au ras du sol, l\u00e0 o\u00f9 se vivent les vraies histoires.<\/p>\n<p>Avec l\u2019\u00e9quipe humaniste, nous avons quitt\u00e9 Arusha, en Tanzanie, un vendredi \u00e0 17 h. \u00c0 notre arriv\u00e9e \u00e0 Lusaka, en Zambie, il \u00e9tait dimanche \u00e0 3 h du matin. Plus de 60 heures de route, bien plus que les 40 pr\u00e9vues. Un voyage qui nous a fait traverser des pays, mais aussi d\u00e9velopper notre patience, notre r\u00e9silience et notre vision des choses.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tape nous a men\u00e9s \u00e0 Mbeya en autocar Kapricon. En cours de route, le bus s\u2019est rempli \u00e0 ras bord. \u00c0 un moment donn\u00e9, des passagers massa\u00ef sont mont\u00e9s \u00e0 bord, v\u00eatus de leurs tenues traditionnelles aux couleurs chatoyantes. Leur pr\u00e9sence \u00e9tait \u00e0 la fois saisissante et famili\u00e8re. Leur fa\u00e7on de s\u2019habiller et de parler ressemblait beaucoup \u00e0 celle de leurs homologues k\u00e9nyans, un rappel discret que la culture africaine s\u2019affranchit souvent des fronti\u00e8res g\u00e9ographiques.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2689494\" class=\"size-full wp-image-2689494\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/maasai-9794096_1920.jpg\" alt=\"\" width=\"572\" height=\"571\"  \/><\/p>\n<p id=\"caption-attachment-2689494\" class=\"wp-caption-text\">Cr\u00e9dits image : waverider22 | Pixabay<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019a le plus marqu\u00e9e, c\u2019est leur r\u00e9silience. Faute de places assises, on leur a donn\u00e9 des seaux pour s\u2019asseoir pendant un voyage de pr\u00e8s de 19 heures. Aucune plainte. Aucune r\u00e9sistance. Juste une acceptation silencieuse.<\/p>\n<p>Plus tard dans la soir\u00e9e, lors d\u2019une halte, je suis sortie acheter de l\u2019eau. En passant, l\u2019une d\u2019elles m\u2019a interpell\u00e9e chaleureusement : \u00ab Karibu tule, dada. \u00bb Viens manger, ma s\u0153ur. Elles ont partag\u00e9 leur viande de ch\u00e8vre r\u00f4tie avec moi. \u00c0 cet instant, j\u2019ai ressenti quelque chose de plus profond que la simple satisfaction de la faim. J\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 un sentiment d\u2019appartenance. Des \u00e9trang\u00e8res, et pourtant si proches.<\/p>\n<p>Puis vinrent les fronti\u00e8res.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2689496\" class=\"size-full wp-image-2689496\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/geralt-corona-2474151_1920.jpg.jpeg\" alt=\"\" width=\"1920\" height=\"1200\"  \/><\/p>\n<p id=\"caption-attachment-2689496\" class=\"wp-caption-text\">Cr\u00e9dits image : Gerd Altmann | Pixabay<\/p>\n<p>\u00c0 la fronti\u00e8re entre Tunduma et Nakonde, la r\u00e9alit\u00e9 des voyages en Afrique nous a rattrap\u00e9s. Retards. Confusion. D\u00e9sinformation. Une entente qui semblait avantageuse \u00e0 Mbeya s\u2019est peu \u00e0 peu effondr\u00e9e. Le bus que nous avions pay\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas celui \u00e0 bord duquel nous sommes mont\u00e9s. L\u2019heure de d\u00e9part n\u2019arr\u00eatait pas de changer. Finalement, nous avons r\u00e9alis\u00e9 que nous avions \u00e9t\u00e9 surfactur\u00e9s.<\/p>\n<p>Le passage de la fronti\u00e8re en lui-m\u00eame fut une autre histoire. Les questions fusaient de toutes parts. Il y eut de la suspicion, des retards et des allers-retours inutiles. \u00c0 un moment donn\u00e9, on nous a m\u00eame demand\u00e9 de confirmer notre visite aupr\u00e8s de notre h\u00f4te. Plus tard, on nous a confi\u00e9 que les passages plus fluides \u00e9taient souvent li\u00e9s \u00e0 une attente officieuse d\u2019argent gliss\u00e9 dans les passeports. Vrai ou non, cela nous a laiss\u00e9s perplexes\u00a0: pourquoi se d\u00e9placer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de notre propre continent pouvait-il \u00eatre si compliqu\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Nous avons finalement travers\u00e9 \u00e0 pied. Il avait plu, et le chemin \u00e9tait boueux et chaotique. Nous avons tra\u00een\u00e9 nos valises \u00e0 travers ce bourbier, en \u00e9vitant soigneusement les motos qui filaient \u00e0 toute allure. C\u2019\u00e9tait presque symbolique. Avancer, mais non sans difficult\u00e9s.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 zambien, le voyage se poursuivit, sem\u00e9 d\u2019emb\u00fbches. Le bus dans lequel nous avons embarqu\u00e9 \u00e9tait vieux et surcharg\u00e9 de marchandises. Poisson, charbon de bois et autres cargaisons encombraient l\u2019all\u00e9e, d\u00e9gageant une forte odeur qui nous a accompagn\u00e9s pendant des heures. \u00c0 un arr\u00eat, on nous a fait payer le double pour la nourriture, simplement parce que nous \u00e9tions \u00e9trangers. \u00c0 un autre, l\u2019attente s\u2019est prolong\u00e9e sans explications claires.<\/p>\n<p>Nous avons n\u00e9anmoins continu\u00e9.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9s enfin \u00e0 Lusaka, nous \u00e9tions \u00e9puis\u00e9s. Sans acc\u00e8s \u00e0 internet pour commander un taxi, nous avons fait appel \u00e0 un chauffeur \u00e9l\u00e9gant qui nous a promis un trajet sans encombre. Sa voiture, pourtant, racontait une tout autre histoire. Elle paraissait plus vieille que notre voyage. Le moteur semblait \u00e0 bout de souffle et le coffre \u00e9tait rempli de bidons d\u2019huile, comme si la voiture avait besoin d\u2019\u00eatre constamment rassur\u00e9e pour continuer \u00e0 rouler.<\/p>\n<p>Pendant le trajet, il nous divertissait avec des histoires, comme pour nous distraire de l\u2019\u00e9tat du v\u00e9hicule. \u00c0 un moment donn\u00e9, il a bifurqu\u00e9 dans un quartier r\u00e9sidentiel, pr\u00e9textant devoir aller chercher de l\u2019huile. Nous avons \u00e9chang\u00e9 un regard, mais nous n\u2019avions gu\u00e8re le choix. Plus tard, il a exig\u00e9 plus d\u2019argent. Devant notre refus, il a arr\u00eat\u00e9 la voiture et nous a dit qu\u2019il ne pouvait pas continuer.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait 2h du matin.<\/p>\n<p>Nous nous sommes retrouv\u00e9s au milieu de la route avec nos valises. \u00c9puisement et frustration nous accompagnaient, mais toujours debout. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 marcher, sans savoir combien de kilom\u00e8tres il nous restait \u00e0 parcourir. Heureusement, notre h\u00f4te nous a trouv\u00e9s en chemin et nous a mis en s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment nous avons \u00e9t\u00e9 accueillis en Zambie.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9puisement et de la frustration, il y avait quelque chose de plus profond qui est rest\u00e9 en moi.<\/p>\n<p>Ce voyage n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019une simple aventure. Il s\u2019agissait de comprendre la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle sont confront\u00e9s de nombreuses personnes africaines lorsqu\u2019elles se d\u00e9placent sur leur propre continent : les retards, l\u2019exploitation, l\u2019incertitude. Des syst\u00e8mes qui rendent les d\u00e9placements plus difficiles qu\u2019ils ne devraient l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Et pourtant, au milieu de tout cela, il y avait des moments d\u2019humanit\u00e9. Les Massa\u00ef partageant un repas. Des conversations avec des inconnus. Des rires dans des situations d\u00e9licates. De petits rappels que m\u00eame lorsque les syst\u00e8mes dysfonctionnent, les gens, eux, restent souvent fid\u00e8les \u00e0 eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Cela m\u2019a fait penser \u00e0 la grande migration d\u2019Afrique de l\u2019Est, o\u00f9 les gnous se d\u00e9placent librement du Serengeti au Massa\u00ef Mara. Pas de passeports. Pas de questions. Pas de barri\u00e8res. Juste un mouvement guid\u00e9 par la nature.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2689497\" class=\"size-full wp-image-2689497\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/jurgen_bierlein-tanzania-7412849_1920.jpg.jpeg\" alt=\"\" width=\"1920\" height=\"1080\"  \/><\/p>\n<p id=\"caption-attachment-2689497\" class=\"wp-caption-text\">Cr\u00e9dits image : J\u00fcrgen Bierlein | Pixabay<\/p>\n<p>Alors pourquoi est-ce si difficile pour nous ?<\/p>\n<p>Une Afrique sans fronti\u00e8res ne signifie pas l\u2019absence de r\u00e8gles. Il s\u2019agit de garantir l\u2019\u00e9quit\u00e9, l\u2019efficacit\u00e9 et la dignit\u00e9. Il s\u2019agit de cr\u00e9er des syst\u00e8mes qui permettent aux Africains de se d\u00e9placer, de se connecter et de s\u2019\u00e9panouir sans difficult\u00e9s inutiles.<\/p>\n<p>Car lorsque la libert\u00e9 de mouvement est restreinte, les opportunit\u00e9s se limitent. Et lorsque les opportunit\u00e9s sont limit\u00e9es, le progr\u00e8s ralentit.<\/p>\n<p>Ce voyage m\u2019a appris que la r\u00e9silience se trouve chez les gens ordinaires. Il m\u2019a montr\u00e9 que la bont\u00e9 peut encore se trouver dans les endroits les plus inattendus. Et il m\u2019a rappel\u00e9 que le changement n\u2019est pas seulement n\u00e9cessaire, il est possible.<\/p>\n<p>Si jamais vous choisissez la route plut\u00f4t que les cieux, soyez pr\u00eat. Elle vous mettra \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. Mais elle vous instruira aussi.<\/p>\n<p>Et peut-\u00eatre qu\u2019au fil du voyage, vous aussi commencerez \u00e0 vous poser des questions.<\/p>\n<p>Et si l\u2019Afrique n\u2019\u00e9tait pas divis\u00e9e par des fronti\u00e8res, mais unie par ses peuples ?<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2689375 alignnone\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/KIMBERLEY-KHASIALA.png\" alt=\"\" width=\"168\" height=\"168\"  \/><\/p>\n<p>Kimberley Khasiala est journaliste, auteure et sp\u00e9cialiste du marketing digital, forte d\u2019une solide exp\u00e9rience en communication et en plaidoyer. Elle ma\u00eetrise la cr\u00e9ation de contenu, la strat\u00e9gie sur les r\u00e9seaux sociaux et les campagnes num\u00e9riques qui stimulent l\u2019engagement et amplifient l\u2019impact. Son travail porte sur le tourisme, la culture et les enjeux sociaux en Afrique, et elle utilise le r\u00e9cit pour susciter le dialogue et promouvoir une Afrique plus connect\u00e9e et sans fronti\u00e8res.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00c0 un moment donn\u00e9 du voyage, entre l\u2019\u00e9puisement et une r\u00e9flexion paisible, je me suis surprise \u00e0 me&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":65652,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[6,24748,24749,432,957,542,24750,304,2647],"class_list":{"0":"post-65651","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-afrique","8":"tag-afrique","9":"tag-afrique-sans-frontieres","10":"tag-forum-humaniste-mondial","11":"tag-frontiere","12":"tag-migration","13":"tag-mobilite","14":"tag-nation-humaine-universelle","15":"tag-tanzanie","16":"tag-zambie"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116344856500211991","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65651","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65651"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65651\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/65652"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65651"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65651"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65651"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}