{"id":66312,"date":"2026-04-05T00:28:09","date_gmt":"2026-04-05T00:28:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/66312\/"},"modified":"2026-04-05T00:28:09","modified_gmt":"2026-04-05T00:28:09","slug":"au-cameroun-paul-biya-se-choisit-un-vice-president-et-verrouille-sa-succession","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/66312\/","title":{"rendered":"au Cameroun, Paul Biya se choisit un vice-pr\u00e9sident et verrouille sa succession"},"content":{"rendered":"<p>Promulgu\u00e9e apr\u00e8s un vote \u00e9crasant au Parlement, la cr\u00e9ation d\u2019un poste de vice-pr\u00e9sident nomm\u00e9 directement par le doyen des chefs d\u2019\u00c9tat, \u00e2g\u00e9 de 93\u00a0ans, ravive les inqui\u00e9tudes sur sa succession. La r\u00e9forme divise la classe politique et la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Le vote est massif, presque sans appel : 205 voix pour, 16 contre. R\u00e9uni en Congr\u00e8s \u00e0 Yaound\u00e9, le Parlement camerounais \u2014 domin\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs du Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir \u2014 a ent\u00e9rin\u00e9 la cr\u00e9ation d\u2019un poste de vice-pr\u00e9sident, nomm\u00e9 par le chef de l\u2019\u00c9tat. Une r\u00e9forme qui, sur le papier, vise \u00e0 \u00ab garantir la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00bb en cas de vacance du pouvoir.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Mais au Cameroun, o\u00f9 <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/afrique\/un-coup-detat-constitutionnel-au-cameroun-paul-biya-se-choisit-un-vice-president-et-verrouille-sa-PID6P2PXTVFMFJSK64GARDGX34\/about:blank\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Paul Biya<\/a> r\u00e8gne depuis 1982 et vient d\u2019\u00eatre r\u00e9\u00e9lu \u00e0 93 ans pour un huiti\u00e8me mandat, la question de la succession ne rel\u00e8ve pas du simple toilettage institutionnel. Elle est au c\u0153ur de toutes les sp\u00e9culations.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Dans ses colonnes, Le Journal du Cameroun souligne que la r\u00e9forme modifie en profondeur l\u2019ordre de succession, rel\u00e9guant le pr\u00e9sident du S\u00e9nat au second plan au profit d\u2019un vice-pr\u00e9sident directement d\u00e9sign\u00e9 par le chef de l\u2019\u00c9tat. Une rupture majeure dans l\u2019architecture constitutionnelle.<\/p>\n<p class=\"newsletter-subscription__disclaimer\">En vous inscrivant, vous acceptez les <a class=\"c-link newsletter-subscription__legal-link\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/html\/cgu\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">conditions g\u00e9n\u00e9rales d&rsquo;utilisation<\/a> et notre <a class=\"c-link newsletter-subscription__legal-link\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/html\/politique-de-protection-donnees-personnelles\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">politique de confidentialit\u00e9<\/a>.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Pr\u00e9sent\u00e9e comme une innovation institutionnelle, la cr\u00e9ation d\u2019un vice-pr\u00e9sident s\u2019inscrit en r\u00e9alit\u00e9 dans une continuit\u00e9 historique. Le poste existait d\u00e9j\u00e0 entre 1960 et 1972, \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Cameroun f\u00e9d\u00e9ral, avant d\u2019\u00eatre supprim\u00e9 par la Constitution de 1972 qui a consacr\u00e9 l\u2019\u00c9tat unitaire.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Sa r\u00e9introduction aujourd\u2019hui interroge : s\u2019agit-il d\u2019un simple ajustement institutionnel\u2026 ou d\u2019un outil politique r\u00e9activ\u00e9 dans un contexte de fin de r\u00e8gne ?<\/p>\n<p>\u201cCoup d\u2019\u00c9tat constitutionnel\u201d ou continuit\u00e9 r\u00e9publicaine ?<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">\u00c0 peine adopt\u00e9e, la r\u00e9forme d\u00e9clenche une avalanche de critiques. Pour <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/afrique\/un-coup-detat-constitutionnel-au-cameroun-paul-biya-se-choisit-un-vice-president-et-verrouille-sa-PID6P2PXTVFMFJSK64GARDGX34\/about:blank\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Maurice Kamto<\/a>, leader du MRC, il ne s\u2019agit de rien de moins qu\u2019un \u00ab coup d\u2019\u00c9tat constitutionnel \u00bb. Dans une longue d\u00e9claration, il accuse le r\u00e9gime de pr\u00e9parer une \u00ab transmission du pouvoir de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 \u00bb, sans passer par les urnes.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">M\u00eame tonalit\u00e9 chez <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/afrique\/un-coup-detat-constitutionnel-au-cameroun-paul-biya-se-choisit-un-vice-president-et-verrouille-sa-PID6P2PXTVFMFJSK64GARDGX34\/about:blank\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Issa Tchiroma Bakary<\/a>, qui d\u00e9nonce une \u00ab d\u00e9rive monarchique \u00bb et appelle \u00e0 la mobilisation pour \u00ab r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 des urnes \u00bb.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Dans l\u2019h\u00e9micycle, les fissures apparaissent jusque dans la majorit\u00e9. Le s\u00e9nateur <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/afrique\/un-coup-detat-constitutionnel-au-cameroun-paul-biya-se-choisit-un-vice-president-et-verrouille-sa-PID6P2PXTVFMFJSK64GARDGX34\/about:blank\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Ren\u00e9 Z\u00e9 Nguel\u00e9<\/a> s\u2019interroge publiquement sur \u00ab la pr\u00e9cipitation suspecte \u00bb du processus. Un signal rare dans un syst\u00e8me politique r\u00e9put\u00e9 verrouill\u00e9.<\/p>\n<p>Une opposition divis\u00e9e mais vent debout<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Si les critiques convergent, les strat\u00e9gies divergent. Le Social Democratic Front de Joshua Osih a boycott\u00e9 le vote, d\u00e9non\u00e7ant une r\u00e9forme \u00ab pr\u00e9cipit\u00e9e \u00bb et sans d\u00e9bat.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">De son c\u00f4t\u00e9, Cabral Libii choisit une ligne plus politique : renvoyer le combat aux urnes. \u00ab Ce qui a \u00e9t\u00e9 fait peut \u00eatre d\u00e9fait \u00bb, affirme-t-il, appelant \u00e0 une mobilisation pour les l\u00e9gislatives de 2027.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Une autre voix, plus analytique, s\u2019\u00e9l\u00e8ve au sein du SDF. L\u2019universitaire Louis-Marie Kakdeu met en garde contre un m\u00e9canisme potentiellement infini de succession sans \u00e9lection : un vice-pr\u00e9sident nomm\u00e9 pouvant lui-m\u00eame d\u00e9signer son successeur.<\/p>\n<p>Soci\u00e9t\u00e9 civile et les intellectuels en alerte<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Au-del\u00e0 de la classe politique, la soci\u00e9t\u00e9 civile s\u2019inqui\u00e8te. Le Barreau du Cameroun pointe une \u00ab atteinte au principe de l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident au suffrage universel \u00bb, estimant que la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique pourrait \u00eatre \u00ab \u00e9rod\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Sur le terrain des id\u00e9es, les critiques sont parfois plus frontales encore. L\u2019\u00e9crivaine Calixthe Beyala fustige un syst\u00e8me \u00ab ill\u00e9gitime \u00bb, d\u00e9non\u00e7ant des \u00ab d\u00e9put\u00e9s non \u00e9lus \u00bb qui \u00ab tripatouillent la Constitution \u00bb.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">M\u00eame inqui\u00e9tude du c\u00f4t\u00e9 de la tech et des \u00e9lites \u00e9conomiques. Rebecca Enonchong redoute une confiscation du pouvoir : \u00ab le peuple est \u00e9cart\u00e9, le m\u00eame r\u00e9gime reste \u00bb.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Enfin, l\u2019avocat des droits humains Agbor Balla alerte sur un autre angle mort : l\u2019\u00e9quilibre national. Pour lui, une vice-pr\u00e9sidence non pens\u00e9e dans le prisme anglophone-francophone pourrait raviver les fractures du pays.<\/p>\n<p>Le pouvoir assume sa r\u00e9forme <\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Face \u00e0 la contestation, le camp pr\u00e9sidentiel d\u00e9fend une r\u00e9forme \u00ab n\u00e9cessaire \u00bb. Le ministre <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/afrique\/un-coup-detat-constitutionnel-au-cameroun-paul-biya-se-choisit-un-vice-president-et-verrouille-sa-PID6P2PXTVFMFJSK64GARDGX34\/about:blank\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Jean de Dieu Momo<\/a> y voit une \u00ab avanc\u00e9e juridique majeure \u00bb, align\u00e9e sur les standards internationaux.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Le pouvoir invoque la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9venir toute vacance institutionnelle et de garantir la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, un argument r\u00e9guli\u00e8rement mobilis\u00e9 dans un contexte marqu\u00e9 par la long\u00e9vit\u00e9 exceptionnelle du chef de l\u2019\u00c9tat et les incertitudes qui entourent sa succession.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Mais pour nombre d\u2019observateurs, cette justification peine \u00e0 masquer la dimension politique du moment : organiser la succession dans un syst\u00e8me hyper-pr\u00e9sidentialis\u00e9.<\/p>\n<p>Une r\u00e9forme qui rebat les cartes de la succession<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">La cr\u00e9ation du poste de vice-pr\u00e9sident ne vient pas seule. Elle s\u2019inscrit dans une s\u00e9quence plus large de recomposition institutionnelle : renouvellement des pr\u00e9sidences du S\u00e9nat et de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, r\u00e9organisation des \u00e9quilibres internes du pouvoir. Aboubakary Abdoulaye, 64 ans, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 pour succ\u00e9der \u00e0 Marcel Niat Njifenji, 92 ans, \u00e0 la t\u00eate du S\u00e9nat. Cavaye Y\u00e9gui\u00e9 Djibril, 86 ans, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale depuis 34 ans, a lui \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par Th\u00e9odore Datouo, 66 ans, d\u00e9put\u00e9 de la r\u00e9gion de l\u2019Ouest.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Au-del\u00e0 du d\u00e9bat institutionnel, la r\u00e9forme ravive une autre r\u00e9alit\u00e9 : les luttes internes au sommet de l\u2019\u00c9tat. Car derri\u00e8re la cr\u00e9ation d\u2019une vice-pr\u00e9sidence se dessine, en creux, la question du successeur.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Dans ce jeu d\u2019\u00e9quilibres, un nom revient avec insistance : celui de Franck Biya, fils du chef de l\u2019\u00c9tat. Longtemps rest\u00e9 en retrait de la vie publique, il alimente depuis plusieurs ann\u00e9es les sp\u00e9culations sur une possible succession dynastique, r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9menties par le pouvoir.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Mais la cr\u00e9ation d\u2019un poste de vice-pr\u00e9sident nomm\u00e9 ouvre un nouvel espace de projection. Pour certains observateurs, elle pourrait servir de rampe de lancement \u00e0 une figure choisie au sein du premier cercle, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un fid\u00e8le du r\u00e9gime\u2026 ou d\u2019un h\u00e9ritier politique.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">En interne, les rivalit\u00e9s sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Entre barons du r\u00e9gime, hauts responsables s\u00e9curitaires et figures politiques en embuscade. <\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">\u00c0 93 ans, Paul Biya, surnomm\u00e9 le \u00ab\u202fSphinx d\u2019Etoudi\u202f\u00bb en r\u00e9f\u00e9rence au palais pr\u00e9sidentiel, garde la main de toutes les fa\u00e7ons. Le texte de la r\u00e9forme est tr\u00e8s clair\u202f: aucune obligation n\u2019est formul\u00e9e, aucun calendrier n\u2019est impos\u00e9. Biya peut donc choisir de ne pas nommer de vice-pr\u00e9sident dans l\u2019imm\u00e9diat, laissant se prolonger son huiti\u00e8me septennat, commenc\u00e9 sous hautes tensions. Mais pour combien de temps encore \u2014 et au profit de qui\u202f? Derri\u00e8re la cr\u00e9ation de la vice-pr\u00e9sidence, c\u2019est toute la question de l\u2019apr\u00e8s qui se joue.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Promulgu\u00e9e apr\u00e8s un vote \u00e9crasant au Parlement, la cr\u00e9ation d\u2019un poste de vice-pr\u00e9sident nomm\u00e9 directement par le doyen&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":66313,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[6,951,264,3083],"class_list":{"0":"post-66312","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-afrique","8":"tag-afrique","9":"tag-horizontal","10":"tag-politics","11":"tag-vote"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116349272184520733","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66312","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66312"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66312\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/66313"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66312"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66312"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66312"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}