{"id":68302,"date":"2026-04-07T08:06:10","date_gmt":"2026-04-07T08:06:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/68302\/"},"modified":"2026-04-07T08:06:10","modified_gmt":"2026-04-07T08:06:10","slug":"au-maroc-la-reforme-de-la-moudawana-rouvre-le-dossier-sensible-du-code-de-la-famille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/68302\/","title":{"rendered":"Au Maroc, la r\u00e9forme de la Moudawana rouvre le dossier sensible du Code de la famille"},"content":{"rendered":"<p>Vingt ans apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur du Code de la famille de 2004, le Maroc poursuit la r\u00e9vision de l\u2019un de ses textes les plus sensibles. Relanc\u00e9 par la lettre royale du 26 septembre 2023, puis structur\u00e9 par le communiqu\u00e9 du Cabinet royal du 23 d\u00e9cembre 2024, le chantier reste ouvert. En mars 2026 encore, il est pr\u00e9sent\u00e9 par les autorit\u00e9s comme l\u2019un des grands projets l\u00e9gislatifs en cours, inscrit dans une approche progressive et encadr\u00e9e.<\/p>\n<p> Un chantier dans la dur\u00e9e<\/p>\n<p>La r\u00e9forme de la Moudawana ne s\u2019inscrit pas dans une s\u00e9quence courte. Elle se d\u00e9ploie dans le temps long d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en transformation. Depuis 2023, le processus suit une trajectoire balis\u00e9e : consultations \u00e9largies, arbitrage institutionnel, puis traduction l\u00e9gislative attendue.<\/p>\n<p>Le communiqu\u00e9 royal du 23 d\u00e9cembre 2024 marque une \u00e9tape structurante : il confirme que plus de cent propositions d\u2019amendement ont \u00e9t\u00e9 examin\u00e9es, apr\u00e8s consultation des institutions concern\u00e9es et saisine du Conseil sup\u00e9rieur des oul\u00e9mas pour les questions li\u00e9es aux textes religieux. Il fixe \u00e9galement une ligne claire : inscrire la r\u00e9forme dans le respect des constantes du Royaume, selon le principe de ne pas interdire le licite ni autoriser l\u2019illicite.<\/p>\n<p>Deux ans plus tard, le chantier demeure actif. En mars 2026, lors d\u2019une rencontre nationale consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019acc\u00e8s des femmes \u00e0 la justice, le minist\u00e8re de la justice a rappel\u00e9 que la r\u00e9forme de la Moudawana constitue l\u2019un des principaux chantiers l\u00e9gislatifs en cours, confirmant ainsi qu\u2019aucune version d\u00e9finitive n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e.<\/p>\n<p> Un droit au c\u0153ur de la vie sociale<\/p>\n<p>La Moudawana n\u2019est pas un texte abstrait. Elle structure des situations concr\u00e8tes et quotidiennes. Les donn\u00e9es du minist\u00e8re de la justice le rappellent : en 2023, le Maroc a enregistr\u00e9 249 089 actes de mariage et 24 162 divorces par consentement mutuel.<\/p>\n<p>Ces chiffres donnent la mesure de l\u2019enjeu. Le droit de la famille n\u2019est pas un domaine p\u00e9riph\u00e9rique. Il touche directement les \u00e9quilibres sociaux, les conditions de vie des m\u00e9nages et la stabilit\u00e9 des relations familiales.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, les travaux du Haut-Commissariat au Plan montrent que la structure familiale \u00e9volue : transformation des m\u00e9nages, \u00e9volution de l\u2019\u00e2ge au mariage, recomposition des solidarit\u00e9s. La r\u00e9forme intervient donc dans un environnement mouvant, o\u00f9 les pratiques sociales ne correspondent plus toujours aux cadres juridiques existants.<\/p>\n<p> Une r\u00e9forme sous encadrement institutionnel<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019origine, le processus a \u00e9t\u00e9 cadr\u00e9 pour \u00e9viter deux \u00e9cueils : la rupture brutale et l\u2019immobilisme. La lettre royale de 2023 a pos\u00e9 les bases d\u2019une approche participative. Le communiqu\u00e9 de 2024 a ensuite pr\u00e9cis\u00e9 les conditions d\u2019arbitrage.<\/p>\n<p>La r\u00e9forme repose ainsi sur une architecture \u00e0 plusieurs niveaux : \u00a0arbitrage royal; expertise juridique et gouvernementale; validation doctrinale par le Conseil sup\u00e9rieur des oul\u00e9mas et traduction l\u00e9gislative par le gouvernement<\/p>\n<p>Ce dispositif traduit une volont\u00e9 de ma\u00eetrise. La r\u00e9forme n\u2019est pas abandonn\u00e9e \u00e0 la seule pression du d\u00e9bat public. Elle est organis\u00e9e dans un cadre institutionnel qui vise \u00e0 maintenir la coh\u00e9rence du syst\u00e8me.\u00a0Ce que le d\u00e9bat met en tension.<\/p>\n<p>Les th\u00e8mes abord\u00e9s \u2014 mariage des mineures, polygamie, pensions alimentaires, garde des enfants, autorit\u00e9 parentale, travail domestique non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, questions successorales \u2014 r\u00e9v\u00e8lent une r\u00e9alit\u00e9 : la r\u00e9forme ne porte pas seulement sur des dispositions techniques.<\/p>\n<p>Elle engage des visions diff\u00e9rentes de la famille, du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat et du rapport entre norme religieuse et \u00e9volution sociale.<\/p>\n<p>En avril 2025, l\u2019organisation par le minist\u00e8re de la justice d\u2019une rencontre internationale sur la reconnaissance du travail domestique non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 en cas de divorce a montr\u00e9 que le chantier ne se limite pas \u00e0 des arbitrages internes. Il s\u2019inscrit aussi dans une r\u00e9flexion comparative et technique.<\/p>\n<p><a itemprop=\"url\" class=\"pnavxh-link\" href=\"https:\/\/www.ntla9awfbladna.ma\/tabi3at-bladna\/?source=campagne-mp\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\"><img decoding=\"async\" class=\"pnavxh-image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/CAMPING-300x250-100.jpg\" alt=\"onmt-midpost-042026\"\/><\/a> Entre adaptation et continuit\u00e9<\/p>\n<p>Dans un entretien publi\u00e9 fin d\u00e9cembre 2024 par Hespress, le professeur Abderrahim El Amine propose une lecture \u00e9clairante. Selon lui, les modifications projet\u00e9es visent \u00e0 corriger les dysfonctionnements r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par vingt ann\u00e9es d\u2019application, tout en mobilisant un ijtihad encadr\u00e9 pour faire \u00e9voluer certaines dispositions dans le sens de la justice et de l\u2019\u00e9quit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette lecture n\u2019a pas valeur normative. Elle rel\u00e8ve d\u2019une interpr\u00e9tation experte. Mais elle met en lumi\u00e8re une logique importante : la r\u00e9forme ne se pr\u00e9sente ni comme une rupture doctrinale, ni comme un simple maintien de l\u2019existant, mais comme une adaptation r\u00e9gul\u00e9e.<\/p>\n<p> Une ligne de cr\u00eate<\/p>\n<p>Le c\u0153ur du processus r\u00e9side dans une tension difficile \u00e0 r\u00e9soudre. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la r\u00e9alit\u00e9 sociale pousse \u00e0 corriger des d\u00e9sajustements devenus visibles. De l\u2019autre, le maintien d\u2019un cadre normatif stable demeure une condition de coh\u00e9sion.<\/p>\n<p>Entre les deux, s\u2019exerce une pression croissante : celle du d\u00e9bat public, des r\u00e9seaux num\u00e9riques, des comparaisons internationales et des attentes contradictoires adress\u00e9es \u00e0 la r\u00e9forme.<\/p>\n<p>Le test contradictoire est clair. Certains jugent la r\u00e9forme trop prudente. D\u2019autres estiment qu\u2019elle ouvre d\u00e9j\u00e0 des br\u00e8ches sensibles. La r\u00e9ponse institutionnelle consiste \u00e0 \u00e9viter le basculement dans l\u2019un ou l\u2019autre exc\u00e8s, en maintenant une logique d\u2019ajustement progressif.<\/p>\n<p> R\u00e9former sans d\u00e9saligner<\/p>\n<p>La r\u00e9forme de la Moudawana appara\u00eet ainsi comme un exercice d\u2019\u00e9quilibre. Elle tente de maintenir l\u2019alignement entre trois dimensions : le r\u00e9f\u00e9rentiel religieux, la r\u00e9alit\u00e9 sociale et la d\u00e9cision institutionnelle.<\/p>\n<p>Ce choix n\u2019est pas neutre. Il traduit une mani\u00e8re sp\u00e9cifique de gouverner le changement : non par rupture, mais par ordonnancement, hi\u00e9rarchisation des l\u00e9gitimit\u00e9s et int\u00e9gration gradu\u00e9e des \u00e9volutions.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, la famille demeure une institution centrale. Elle est \u00e0 la fois un espace de solidarit\u00e9, de transmission et de r\u00e9gulation sociale. Intervenir sur le droit de la famille revient donc \u00e0 agir sur l\u2019un des fondements de la coh\u00e9sion collective.<\/p>\n<p> Une r\u00e9forme encore ouverte<\/p>\n<p>\u00c0 ce stade, le constat est simple : la r\u00e9forme est engag\u00e9e, mais elle n\u2019est pas achev\u00e9e. Le texte de 2004 reste en vigueur, tandis que le processus de r\u00e9vision suit son cours.<\/p>\n<p>L\u2019actualit\u00e9 de la Moudawana ne tient donc pas \u00e0 une rupture d\u00e9j\u00e0 act\u00e9e, mais \u00e0 une transformation progressive dont l\u2019issue reste en construction. En 2026, le chantier est toujours pr\u00e9sent\u00e9 comme prioritaire, ce qui confirme son importance strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Au fond, la question d\u00e9passe le contenu du Code de la famille. Elle porte sur la capacit\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 r\u00e9former ses normes les plus sensibles sans perdre sa coh\u00e9rence.<\/p>\n<p>Sur ce point, la Moudawana est plus qu\u2019un texte. Elle est un miroir tendu au Maroc contemporain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vingt ans apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur du Code de la famille de 2004, le Maroc poursuit la r\u00e9vision&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":68303,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[83],"tags":[104,103,700,25814,13204,17430,97,10228,11393,311,5529,88,25815,95,86,17429,1641,25817,19176,25816,115],"class_list":{"0":"post-68302","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-maroc","8":"tag-a-la-une","9":"tag-atlasinfo","10":"tag-au","11":"tag-au-maroc","12":"tag-code","13":"tag-code-de-la-famille","14":"tag-de","15":"tag-decryptages","16":"tag-dossier","17":"tag-du","18":"tag-famille","19":"tag-la","20":"tag-la-reforme-de-la-moudawana-rouvre-le-dossier-sensible-du-code-de-la-famille","21":"tag-le","22":"tag-maroc","23":"tag-moudawana","24":"tag-reforme","25":"tag-reforme-de-la-moudawana","26":"tag-rouvre","27":"tag-sensible","28":"tag-societe"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116362397797075168","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68302","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=68302"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68302\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/68303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=68302"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=68302"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=68302"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}