{"id":70592,"date":"2026-04-09T07:01:12","date_gmt":"2026-04-09T07:01:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/70592\/"},"modified":"2026-04-09T07:01:12","modified_gmt":"2026-04-09T07:01:12","slug":"leurope-aurait-tort-de-ceder-au-mimetisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/70592\/","title":{"rendered":"l&rsquo;Europe aurait tort de c\u00e9der au mim\u00e9tisme\u2009\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>La R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine vient d&rsquo;annoncer un projet d&rsquo;assouplissement de ses exigences en mati\u00e8re de fonds propres bancaires. Un projet encore en consultation, mais dont les implications d\u00e9passent largement les fronti\u00e8res am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Et d\u00e9j\u00e0, la question se pose en Europe : faut-il s&rsquo;aligner ? Avant de c\u00e9der \u00e0 la tentation d&rsquo;un assouplissement r\u00e9glementaire par mim\u00e9tisme, l&rsquo;Europe gagnerait \u00e0 mesurer ce que cela implique r\u00e9ellement\u00a0: un affaiblissement des d\u00e9fenses d&rsquo;un syst\u00e8me financier dont les vuln\u00e9rabilit\u00e9s s&rsquo;accumulent.<\/p>\n<p>Par Nizar Atrissi, Professeur associ\u00e9 de finance \u00e0 l\u2019IAE Paris \u2013 Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne et Eric Lamarque, Professeur de finance et Directeur de l\u2019IAE Paris \u2013 Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne<\/p>\n<p>L&rsquo;argument avanc\u00e9 par les promoteurs de cette initiative est simple : desserrer les contraintes pour soutenir la croissance et permettre aux banques traditionnelles de rivaliser avec les nouveaux acteurs du financement priv\u00e9, ces fonds qui pr\u00eatent directement aux entreprises en dehors du circuit bancaire classique. Pour les plus grandes banques, la r\u00e9duction envisag\u00e9e de leurs exigences de solidit\u00e9 financi\u00e8re (ratios de fonds propres durs, CET1) atteindrait environ 5 %. Un all\u00e8gement cibl\u00e9 permettrait de redonner aux banques leur pleine capacit\u00e9 \u00e0 financer l&rsquo;\u00e9conomie tout en r\u00e9\u00e9quilibrant les conditions de concurrence. Cet argumentaire, s\u00e9duisant en premi\u00e8re lecture, cache toutefois un angle mort fondamental.<\/p>\n<p>Cet assouplissement intervient en effet \u00e0 un moment particuli\u00e8rement mal choisi. Plusieurs signaux convergent vers une fragilisation progressive du syst\u00e8me financier mondial. Les march\u00e9s actions am\u00e9ricains sont port\u00e9s par un nombre restreint d&rsquo;entreprises li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;intelligence artificielle, dont les valorisations reposent sur des promesses de croissance encore largement \u00e0 d\u00e9montrer. Parall\u00e8lement, le cr\u00e9dit dit \u00ab\u00a0priv\u00e9\u00a0\u00bb d\u00e9passe d\u00e9sormais 3 000 milliards de dollars au niveau mondial, dans des structures souvent opaques et peu liquides. Or les banques ne sont pas non plus \u00e9trang\u00e8res \u00e0 cet \u00e9cosyst\u00e8me : elles y sont expos\u00e9es \u00e0 travers des lignes de financement et des m\u00e9canismes d&rsquo;endettement. En r\u00e9duisant leurs coussins de s\u00e9curit\u00e9 dans ce contexte, on affaiblit pr\u00e9cis\u00e9ment leur capacit\u00e9 \u00e0 absorber un choc.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire des crises financi\u00e8res est, \u00e0 cet \u00e9gard, instructive. Les risques les plus destructeurs sont souvent ceux que le syst\u00e8me identifie tardivement ou sous-estime d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment. La crise de 2008 a illustr\u00e9 comment des expositions jug\u00e9es marginales \u2013 les fameux fonds de titrisation adoss\u00e9s \u00e0 des cr\u00e9dits immobiliers douteux \u2013 ont pu devenir en quelques semaines l&rsquo;\u00e9picentre d&rsquo;une crise mondiale. Aujourd&rsquo;hui, les risques li\u00e9s au cr\u00e9dit priv\u00e9 sont connus et document\u00e9s par les grandes institutions internationales \u2013 FMI, Banque des r\u00e8glements internationaux, Conseil de stabilit\u00e9 financi\u00e8re \u2013 mais les outils pour les contenir restent insuffisants. Affaiblir les coussins bancaires dans ce contexte rel\u00e8ve d&rsquo;une imprudence difficilement d\u00e9fendable.<\/p>\n<p>NewsletterMa Tribune<\/p>\n<p class=\"text-2xl mb-8\">L\u2019actualit\u00e9 qui compte pour vous, chaque jour dans votre bo\u00eete mail.<\/p>\n<p>S&rsquo;inscrireS&rsquo;inscrireS&rsquo;inscrire<img alt=\"Illustration de la newsletter Ma Tribune\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-nimg=\"fill\" class=\"relative! rounded-xl\" style=\"position:absolute;height:100%;width:100%;left:0;top:0;right:0;bottom:0;object-fit:cover;color:transparent\"   src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/1775576657_129_ma-tribune.png\"\/><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des bilans bancaires, c&rsquo;est toute l&rsquo;architecture r\u00e9glementaire internationale qui est en jeu. Depuis la crise de 2008, un cadre commun avait \u00e9t\u00e9 laborieusement construit pour \u00e9viter que les banques ne se livrent \u00e0 une comp\u00e9tition par le bas, en s&rsquo;installant l\u00e0 o\u00f9 les r\u00e8gles sont les plus laxistes. D\u00e8s lors qu&rsquo;un grand pays s&rsquo;en \u00e9carte, la tentation est forte pour les autres de s&rsquo;aligner \u2013 non par conviction, mais par crainte de perdre en comp\u00e9titivit\u00e9. L&rsquo;Europe est particuli\u00e8rement expos\u00e9e \u00e0 cette pression. Mais avant de c\u00e9der \u00e0 toute tentation, quelques faits m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre rappel\u00e9s.<\/p>\n<p>Les banques europ\u00e9ennes affichent aujourd&rsquo;hui des niveaux de capitalisation solides (ratios de fonds propres CET1 moyens autour de 15 %), des r\u00e9serves de liquidit\u00e9 confortables (ratios de liquidit\u00e9 LCR sup\u00e9rieurs \u00e0 150 % pour de nombreux \u00e9tablissements) et des bilans globalement sains. Or, les grandes banques am\u00e9ricaines, qui n&rsquo;ont jamais pleinement adopt\u00e9 les standards de B\u00e2le III, partent elles aussi d&rsquo;un niveau d&rsquo;exigence \u00e9lev\u00e9\u00a0: leurs grandes banques syst\u00e9miques sont soumises \u00e0 des contraintes en mati\u00e8re de levier (fix\u00e9 \u00e0 5 %) sup\u00e9rieures m\u00eame \u00e0 celles de B\u00e2le III en Europe. L&rsquo;assouplissement envisag\u00e9 ram\u00e8nerait leurs ratios \u00e0 un niveau comparable \u00e0 celui des banques europ\u00e9ennes. Le vrai enjeu n&rsquo;est donc pas un \u00e9cart de comp\u00e9titivit\u00e9, mais bien un affaiblissement collectif des standards de solidit\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00c0 ce contexte s&rsquo;ajoute une asym\u00e9trie structurelle fondamentale entre les deux rives de l&rsquo;Atlantique. En Europe, pr\u00e8s de 70 % du financement des entreprises passe par les banques, contre seulement 30 % outre-Atlantique, o\u00f9 les march\u00e9s financiers jouent un r\u00f4le bien plus central. Une crise bancaire en Europe aurait donc des cons\u00e9quences \u00e9conomiques bien plus directes et imm\u00e9diates qu&rsquo;aux \u00c9tats-Unis. La solidit\u00e9 des banques europ\u00e9ennes n&rsquo;est pas un luxe r\u00e9glementaire : c&rsquo;est une n\u00e9cessit\u00e9 structurelle.<\/p>\n<p>La tentation d&rsquo;un alignement sym\u00e9trique sur les positions am\u00e9ricaines est r\u00e9elle. Mais c&rsquo;est un arbitrage fondamental entre rendement de court terme et stabilit\u00e9 de long terme \u2013 un arbitrage que l&rsquo;Europe ne peut se permettre de trancher au d\u00e9triment de la stabilit\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n<p>*)\u00a0Nizar ATRISSI, Professeur associ\u00e9 de finance et responsable de l\u2019UE\u00a0Gestion des Risques\u00a0\u00e0 l\u2019IAE Paris \u2013 Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne.&#13;<br \/>\n\u00c9ric\u00a0LAMARQUE, Professeur de finance, Directeur de l\u2019IAE Paris et de la Chaire Management et gouvernance des coop\u00e9ratives financi\u00e8res \u00e0 l\u2019IAE Paris \u2013 Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine vient d&rsquo;annoncer un projet d&rsquo;assouplissement de ses exigences en mati\u00e8re de fonds propres bancaires.&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":70593,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[26576,58,26578,6898,3980,18,673,26577,61,26580,2031,26579],"class_list":{"0":"post-70592","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-assouplissement","9":"tag-58","10":"tag-aurait","11":"tag-bancaire","12":"tag-ceder","13":"tag-europe","14":"tag-idees-debats","15":"tag-lamericaine","16":"tag-leurope","17":"tag-mimetisme","18":"tag-opinion","19":"tag-tort"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116373467020850362","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70592","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=70592"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70592\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/70593"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=70592"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=70592"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=70592"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}