{"id":76839,"date":"2026-04-15T06:36:48","date_gmt":"2026-04-15T06:36:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/76839\/"},"modified":"2026-04-15T06:36:48","modified_gmt":"2026-04-15T06:36:48","slug":"la-hausse-du-commerce-intra-africain-se-confirme-mais-revele-une-integration-economique-a-deux-vitesses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/76839\/","title":{"rendered":"La hausse du commerce intra-africain se confirme, mais r\u00e9v\u00e8le une int\u00e9gration \u00e9conomique \u00e0 deux vitesses"},"content":{"rendered":"<p>Le rapport annuel d&rsquo;Afreximbank projette 195 milliards d\u2019euros d&rsquo;\u00e9changes intra-africains pour 2026. Derri\u00e8re la croissance, une r\u00e9alit\u00e9 plus complexe : des cha\u00eenes de valeur naissent, des instruments fonctionnent, mais l&rsquo;accord le plus ambitieux du monde avance \u00e0 des rythmes radicalement diff\u00e9rents selon les pays.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 le 30 mars dernier, le rapport \u00ab African Trade and Economic Outlook 2026 \u00bbd&rsquo;Afreximbank, institution financi\u00e8re multilat\u00e9rale panafricaine mandat\u00e9e pour financer et promouvoir les \u00e9changes sur le continent, projette que le commerce intra-africain atteindra 230 milliards USD (environ 195 milliards d\u2019euros) en 2026, contre 210 milliards USD (environ 178 milliards d&rsquo;euros) en 2025.<\/p>\n<p>La progression proche de 10% anticipe une acc\u00e9l\u00e9ration par rapport \u00e0 la croissance de 7,7% enregistr\u00e9e l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Mais le rapport lui-m\u00eame pose d&#8217;embl\u00e9e une condition : ce sc\u00e9nario est optimiste, suspendu \u00e0 une stabilit\u00e9 politique r\u00e9gionale, \u00e0 une normalisation partielle des tensions commerciales mondiales et \u00e0 la poursuite d&rsquo;un cycle de r\u00e9formes. Cette r\u00e9serve m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre lue comme une information \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p>En avril 2026, l&rsquo;environnement mondial ne valide pas spontan\u00e9ment cet optimisme. L&rsquo;escalade protectionniste am\u00e9ricaine a perturb\u00e9 les flux commerciaux mondiaux et amplifi\u00e9 la volatilit\u00e9 des mati\u00e8res premi\u00e8res, qui repr\u00e9sentent encore entre 60% et 70% des exportations africaines hors continent. L&rsquo;Afrique n&rsquo;est pas directement cibl\u00e9e, mais elle en absorbe les effets indirects : pression sur les recettes d&rsquo;exportation, durcissement des conditions de financement externe, fragilisation des partenaires commerciaux asiatiques et europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Dans ce contexte pr\u00e9cis, le repli vers les march\u00e9s r\u00e9gionaux n&rsquo;est plus seulement une ambition strat\u00e9gique, c&rsquo;est une n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9silience. C&rsquo;est ce que Yemi Kale, \u00e9conomiste en chef d&rsquo;Afreximbank, formulait dans la pr\u00e9face du rapport : \u00ab\u00a0La ZLECAf fonctionne d\u00e9sormais comme un m\u00e9canisme de stabilisation \u00e9conomique dans un monde qui se fragmente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Entr\u00e9e en vigueur en 2019 et op\u00e9rationnelle depuis 2021, la ZLECAf regroupe 54 des 55 \u00c9tats membres de l&rsquo;Union africaine. Sur le terrain, les progr\u00e8s sont mesurables. L&rsquo;Initiative de commerce guid\u00e9, m\u00e9canisme pilote du Secr\u00e9tariat de la ZLECAf pour initier des \u00e9changes r\u00e9els sous les r\u00e8gles de l&rsquo;accord, couvrait 37 pays \u00e0 fin 2024. Le Nigeria a rejoint le dispositif en juillet 2024, l&rsquo;Afrique du Sud en janvier 2024. Leurs premi\u00e8res exportations formelles sous les r\u00e8gles ZLECAf, respectivement c\u00e2bles et textiles depuis Lagos, r\u00e9frig\u00e9rateurs et machines agricoles depuis Johannesburg, traduisent concr\u00e8tement le passage d&rsquo;un accord-cadre \u00e0 des flux commerciaux enregistr\u00e9s.<\/p>\n<p>NewsletterMa Tribune<\/p>\n<p class=\"text-2xl mb-8\">L\u2019actualit\u00e9 qui compte pour vous, chaque jour dans votre bo\u00eete mail.<\/p>\n<p>S&rsquo;inscrireS&rsquo;inscrireS&rsquo;inscrire<img alt=\"Illustration de la newsletter Ma Tribune\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-nimg=\"fill\" class=\"relative! rounded-xl\" style=\"position:absolute;height:100%;width:100%;left:0;top:0;right:0;bottom:0;object-fit:cover;color:transparent\"   src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/1775746687_775_ma-tribune.png\"\/><\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 paiements, le PAPSS \u2014 Pan-African Payment and Settlement System, syst\u00e8me de r\u00e8glement en devises locales lanc\u00e9 en 2022 \u2014 couvrait 19 pays avec 150 banques commerciales connect\u00e9es fin 2025, apr\u00e8s l&rsquo;int\u00e9gration du Maroc et de l&rsquo;Alg\u00e9rie au second semestre. En juin 2025, la PAPSSCARD, premier sch\u00e9ma de carte de paiement continental, a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e pour traiter les paiements de d\u00e9tail sans recourir aux r\u00e9seaux Visa ou Mastercard. Ce n&rsquo;est pas anecdotique : les entreprises africaines perdaient chaque ann\u00e9e plus de 5 milliards USD (environ 4,238 milliards d&rsquo;euros) en frais de conversion via des correspondants bancaires externes, selon des estimations d&rsquo;Afreximbank.<\/p>\n<p>La mont\u00e9e du manufacturier, un signal le plus sous-comment\u00e9 de 2026<\/p>\n<p>Le volume de 230 milliards compte moins que ce qu&rsquo;il contient. Selon le rapport d&rsquo;Afreximbank, les secteurs manufacturier et agroalimentaire repr\u00e9senteraient entre 48 et 50\u00a0% des \u00e9changes intra-africains en 2026, contre 46% en 2025. Ce glissement, modeste en apparence, marque une rupture avec des d\u00e9cennies de sch\u00e9ma extractif : l&rsquo;Afrique exportait des mati\u00e8res premi\u00e8res hors du continent et importait des produits transform\u00e9s. Le commerce intra-africain \u00e9tait lui-m\u00eame domin\u00e9 par des produits de faible valeur ajout\u00e9e. La progression du manufacturier dans les flux r\u00e9gionaux signale que des cha\u00eenes de valeur r\u00e9gionales commencent \u00e0 se constituer, fragiles, concentr\u00e9es sur quelques corridors, mais document\u00e9es.<\/p>\n<p>Les exemples les plus instructifs se trouvent dans les \u00e9conomies qui avancent le plus vite. En Afrique de l&rsquo;Est, le Rwanda exp\u00e9die d\u00e9sormais vers le Ghana du caf\u00e9 emball\u00e9, de l&rsquo;huile d&rsquo;avocat et du miel \u2014 des produits transform\u00e9s, pas des mati\u00e8res premi\u00e8res. La Tanzanie exporte du sisal trait\u00e9 vers le Nigeria et du caf\u00e9 torr\u00e9fi\u00e9 vers l&rsquo;Alg\u00e9rie. En Afrique du Nord, les fili\u00e8res pharmaceutiques \u00e9gyptiennes et marocaines approvisionnent de plus en plus les march\u00e9s subsahariens.<\/p>\n<p>L&rsquo;Afrique du Sud reste le moteur dominant : ses exportations intra-africaines atteignaient 31 milliards USD (environ 26,279 milliards d&rsquo;euros) estim\u00e9s en 2025 (26,8 % de ses exportations totales) avec l&rsquo;automobile, l&rsquo;agro-industrie et les services financiers en t\u00eate. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces secteurs que la Commission \u00e9conomique des Nations unies pour l&rsquo;Afrique (CEA), institution analytique bas\u00e9e \u00e0 Addis-Abeba, identifie dans son rapport 2025 comme les principaux leviers d&rsquo;une mont\u00e9e productive durable, aux c\u00f4t\u00e9s des industries pharmaceutiques et des \u00e9nergies renouvelables.<\/p>\n<p>Pour les investisseurs et les op\u00e9rateurs priv\u00e9s, ces dynamiques tracent des zones d&rsquo;opportunit\u00e9s concr\u00e8tes. La logistique transfrontali\u00e8re reste sous-capitalis\u00e9e sur la quasi-totalit\u00e9 des corridors actifs. L&rsquo;agroalimentaire transform\u00e9 constitue le maillon manquant entre une agriculture africaine qui produit et des march\u00e9s urbains qui consomment. Les services financiers li\u00e9s au commerce, notamment l&rsquo;affacturage et l&rsquo;assurance-cr\u00e9dit, connaissent une demande croissante que les acteurs locaux peinent \u00e0 couvrir.<\/p>\n<p>Afreximbank pr\u00e9voit de porter son financement du commerce \u00e0 40 milliards USD (environ 33,9 milliards d&rsquo;euros) d&rsquo;ici fin 2026, mais le d\u00e9ficit global du continent est estim\u00e9 \u00e0 100 milliards USD (environ 84,75 milliards d&rsquo;euros) par an, ce qui laisse un espace commercial consid\u00e9rable pour les institutions r\u00e9gionales et les fonds sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>Une int\u00e9gration r\u00e9elle mais g\u00e9ographiquement fragment\u00e9e<\/p>\n<p>Le risque analytique principal dans la lecture des chiffres 2026 est de confondre la croissance des \u00e9changes entre les \u00e9conomies les plus avanc\u00e9es avec une int\u00e9gration continentale. Le commerce intra-africain progresse mais il progresse d&rsquo;abord entre l&rsquo;Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria, l&rsquo;\u00c9gypte, le Rwanda et la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire. Ces six \u00e9conomies concentrent l&rsquo;essentiel des flux document\u00e9s sous les r\u00e8gles ZLECAf.<\/p>\n<p>Huit pays n&rsquo;ont pas ratifi\u00e9 l&rsquo;accord \u00e0 d\u00e9but 2026, dont la Libye, la Somalie et le Soudan du Sud. Parmi les signataires, plusieurs n&rsquo;ont pas encore publi\u00e9 leurs listes tarifaires v\u00e9rifi\u00e9es, condition n\u00e9cessaire pour que leurs partenaires accordent des pr\u00e9f\u00e9rences r\u00e9ciproques. La statistique globale de 230 milliards masque donc une g\u00e9ographie bipolaire : une int\u00e9gration qui fonctionne entre les \u00e9conomies les mieux pr\u00e9par\u00e9es, et des p\u00e9riph\u00e9ries qui restent hors circuit.<\/p>\n<p>Les barri\u00e8res non tarifaires illustrent cette limite mieux que tout autre indicateur. Les droits de douane baissent progressivement, mais les entreprises continuent de se heurter \u00e0 des d\u00e9lais de fronti\u00e8re, des proc\u00e9dures douani\u00e8res non harmonis\u00e9es et des co\u00fbts de conformit\u00e9 qui rendent parfois le commerce intra-africain plus cher que les importations depuis l&rsquo;Asie. La Banque africaine de d\u00e9veloppement (BAD) estimait qu&rsquo;il faudrait investir entre 130 milliards et 170 milliards USD (entre 110,2 et 144 milliards d&rsquo;euros) par an pour combler le d\u00e9ficit d&rsquo;infrastructures du continent.<\/p>\n<p>Le financement disponible reste inf\u00e9rieur d&rsquo;environ 70 milliards USD (environ 59,3 milliards d&rsquo;euros) \u00e0 ce niveau. Le d\u00e9ficit dans les infrastructures (de transport, d\u2019\u00e9nergie et des t\u00e9l\u00e9coms) entraine des co\u00fbts commerciaux en Afrique subsaharienne qui d\u00e9passent de 50 % la moyenne mondiale selon la CNUCED. Sur le corridor Abidjan-Lagos, art\u00e8re commerciale traversant cinq pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, les travaux de modernisation accusent encore des retards li\u00e9s \u00e0 des blocages de financement et \u00e0 des lenteurs administratives.<\/p>\n<p>Ce tableau commande une lecture sobre des projections 2026. La ZLECAf fonctionne. Elle produit des effets mesurables sur la composition du commerce, sur les paiements, sur les cha\u00eenes de valeur de quelques secteurs cl\u00e9s. Mais elle fonctionne principalement l\u00e0 o\u00f9 les \u00c9tats ont investi dans la pr\u00e9paration institutionnelle, o\u00f9 les infrastructures permettent d&rsquo;acheminer les marchandises et o\u00f9 les entreprises ont acc\u00e8s au financement. L\u00e0 o\u00f9 ces trois conditions ne sont pas r\u00e9unies, les 230 milliards USD restent une statistique lointaine. La projection confirme une tendance r\u00e9elle mais elle ne certifie pas une transformation continentale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le rapport annuel d&rsquo;Afreximbank projette 195 milliards d\u2019euros d&rsquo;\u00e9changes intra-africains pour 2026. 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