{"id":8049,"date":"2026-02-09T11:19:07","date_gmt":"2026-02-09T11:19:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/8049\/"},"modified":"2026-02-09T11:19:07","modified_gmt":"2026-02-09T11:19:07","slug":"abidjan-detrone-johannesburg-sur-le-marche-obligataire-subsaharien-en-2025","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/8049\/","title":{"rendered":"Abidjan d\u00e9tr\u00f4ne Johannesburg sur le march\u00e9 obligataire subsaharien en 2025"},"content":{"rendered":"<p>Selon le Sub-Saharan Africa Investment Banking Review publi\u00e9 par LSEG Data &amp; Analytics, les \u00e9missions obligataires internationales domicili\u00e9es en C\u00f4te d\u2019Ivoire ont repr\u00e9sent\u00e9 35,8% des 32,7 milliards de dollars lev\u00e9s en Afrique subsaharienne en 2025. Abidjan devance ainsi Johannesburg, qui concentre 20,6% des \u00e9missions (6,7 milliards de dollars), et Lagos, dont la part s\u2019est limit\u00e9e \u00e0 10,7% (3,5 milliards de dollars). Il est important de pr\u00e9ciser que ce classement repose sur le lieu de domiciliation juridique des \u00e9missions et inclut donc les obligations \u00e9mises par des institutions multilat\u00e9rales bas\u00e9es dans le pays. Il ne mesure ni la nationalit\u00e9 \u00e9conomique finale des emprunteurs, ni l\u2019origine ultime des projets financ\u00e9s. Cette distinction est essentielle pour comprendre la port\u00e9e r\u00e9elle de la performance ivoirienne.<\/p>\n<p>Pendant pr\u00e8s de vingt ans, l\u2019Afrique du Sud a largement domin\u00e9 les \u00e9missions obligataires internationales en Afrique subsaharienne, gr\u00e2ce \u00e0 la profondeur de ses march\u00e9s financiers, \u00e0 la sophistication de son secteur bancaire et \u00e0 la pr\u00e9sence de grands \u00e9metteurs souverains et corporatifs.<\/p>\n<p>Le Nigeria, de son c\u00f4t\u00e9, a fortement emprunt\u00e9 sur les march\u00e9s internationaux entre 2013 et 2019, levant des dizaines de milliards de dollars pour financer ses infrastructures et combler ses d\u00e9ficits budg\u00e9taires. L\u2019ascension d\u2019Abidjan en 2025 s\u2019inscrit donc dans un contexte particulier : l\u2019Afrique du Sud traverse une p\u00e9riode de stagnation \u00e9conomique et d\u2019incertitude politique, tandis que le Nigeria a volontairement r\u00e9duit son recours aux eurobonds, confront\u00e9 \u00e0 des contraintes macro\u00e9conomiques s\u00e9v\u00e8res. La nouvelle hi\u00e9rarchie observ\u00e9e ne traduit pas un effondrement de ces grandes \u00e9conomies, mais plut\u00f4t une recomposition des r\u00f4les financiers au sein du continent.<\/p>\n<p>La BAD, moteur central de la mont\u00e9e en puissance d\u2019Abidjan&#13;\n<\/p>\n<p>Le facteur d\u00e9terminant de la premi\u00e8re place d\u2019Abidjan est, sans conteste, l\u2019activit\u00e9 de la Banque africaine de d\u00e9veloppement (BAD), install\u00e9e dans le quartier du Plateau depuis sa cr\u00e9ation en 1964.<\/p>\n<p>En 2025, la BAD a r\u00e9alis\u00e9 deux \u00e9missions majeures en dollars : 2,99 milliards en juin et 1,99 milliard en mars. \u00c0 elles seules, ces deux op\u00e9rations repr\u00e9sentent plus de 40% du volume total des \u00e9missions domicili\u00e9es en C\u00f4te d\u2019Ivoire sur l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Institution multilat\u00e9rale de premier plan, la BAD b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une notation AAA de la part des principales agences de notation. Cette qualit\u00e9 de signature lui permet d\u2019emprunter sur les march\u00e9s internationaux \u00e0 des conditions tr\u00e8s favorables, proches de celles des \u00c9tats les plus solvables, avant de pr\u00eater ces fonds aux pays africains et au secteur priv\u00e9 pour financer des projets de d\u00e9veloppement. En concentrant ses \u00e9missions depuis son si\u00e8ge d\u2019Abidjan, la BAD a progressivement renforc\u00e9 la visibilit\u00e9 de la place ivoirienne aupr\u00e8s des investisseurs internationaux. Les grandes banques d\u2019investissement mondiales \u2014 Citi, JP Morgan, Deutsche Bank notamment \u2014 sont r\u00e9guli\u00e8rement impliqu\u00e9es dans la structuration et la distribution de ces obligations, contribuant \u00e0 ancrer Abidjan dans les circuits mondiaux de la finance obligataire.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des grandes \u00e9missions en dollars, la BAD a adopt\u00e9 une strat\u00e9gie de financement tr\u00e8s diversifi\u00e9e. En 2025 et d\u00e9but de 2026, elle a \u00e9mis des obligations dans plusieurs devises : dollar de Hong Kong, livre sterling, naira nig\u00e9rian, dong vietnamien, ainsi que des obligations en dollars \u00e0 tr\u00e8s long terme. Cette diversification r\u00e9pond \u00e0 plusieurs objectifs. Elle permet \u00e0 la banque d\u2019optimiser ses co\u00fbts de financement, d\u2019\u00e9largir sa base d\u2019investisseurs et de renforcer sa pr\u00e9sence sur diff\u00e9rents march\u00e9s r\u00e9gionaux. Elle contribue aussi \u00e0 positionner Abidjan comme une plateforme d\u2019\u00e9mission cr\u00e9dible et techniquement reconnue, famili\u00e8re des investisseurs asiatiques, europ\u00e9ens et africains, m\u00eame si les projets financ\u00e9s sont r\u00e9partis sur l\u2019ensemble du continent.<\/p>\n<p>La stabilit\u00e9 du franc CFA&#13;\n<\/p>\n<p>La performance d\u2019Abidjan ne repose toutefois pas uniquement sur la BAD. En mars 2025, l\u2019\u00c9tat ivoirien a lev\u00e9 1,71 milliard de dollars sur les march\u00e9s internationaux, signant l\u2019une des plus importantes \u00e9missions souveraines de l\u2019ann\u00e9e en Afrique subsaharienne. Cette op\u00e9ration t\u00e9moigne d\u2019une am\u00e9lioration progressive de la perception du risque ivoirien par les investisseurs. Depuis la crise post-\u00e9lectorale de 2010-2011 et la restructuration de sa dette ext\u00e9rieure, la C\u00f4te d\u2019Ivoire a affich\u00e9 une croissance \u00e9conomique soutenue, proche de 7 % par an en moyenne au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. Cette dynamique repose sur la production de cacao \u2014 le pays repr\u00e9sente environ 40 % de l\u2019offre mondiale \u2014, la diversification agricole, les investissements dans les infrastructures et le d\u00e9veloppement de nouveaux secteurs, tels que l\u2019agro-industrie et les t\u00e9l\u00e9communications.<\/p>\n<p>La stabilit\u00e9 du franc CFA, arrim\u00e9 \u00e0 l\u2019euro au sein de l\u2019UEMOA, constitue \u00e9galement un facteur rassurant pour les investisseurs internationaux, en contraste avec la forte volatilit\u00e9 du naira nig\u00e9rian ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s ivoiriennes ambitionnent de faire d\u2019Abidjan un grand p\u00f4le financier r\u00e9gional, en s\u2019appuyant sur la pr\u00e9sence de la BAD, de la BRVM \u2014 bourse r\u00e9gionale commune \u00e0 huit pays \u2014 et sur un secteur bancaire en modernisation. Dans les faits, Abidjan s\u2019impose aujourd\u2019hui surtout comme un hub sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019\u00e9mission obligataire internationale, plut\u00f4t que comme une place financi\u00e8re couvrant l\u2019ensemble des activit\u00e9s sophistiqu\u00e9es des grands centres mondiaux. Les march\u00e9s d\u2019actions restent relativement peu profonds, les produits d\u00e9riv\u00e9s et la gestion d\u2019actifs demeurent limit\u00e9s, et la domination actuelle repose largement sur un acteur institutionnel unique. La consolidation du statut d\u2019Abidjan passera donc par l\u2019attraction d\u2019autres institutions financi\u00e8res r\u00e9gionales, le d\u00e9veloppement d\u2019un march\u00e9 secondaire plus liquide et une ouverture accrue aux \u00e9metteurs priv\u00e9s.<\/p>\n<p>Nigeria : un repli contraint, pas un d\u00e9clin&#13;\n<\/p>\n<p>La position modeste du Nigeria en 2025 \u2014 3,5 milliards de dollars lev\u00e9s sur les march\u00e9s internationaux \u2014 ne traduit pas un effondrement de sa puissance financi\u00e8re, mais un repli strat\u00e9gique sous contrainte. Le pays fait face \u00e0 une dette co\u00fbteuse, \u00e0 une forte d\u00e9pr\u00e9ciation du naira et \u00e0 des d\u00e9ficits budg\u00e9taires persistants, ce qui rend les \u00e9missions en devises \u00e9trang\u00e8res particuli\u00e8rement on\u00e9reuses. Les autorit\u00e9s nig\u00e9rianes ont donc cherch\u00e9 \u00e0 limiter leur exposition aux eurobonds, tout en privil\u00e9giant le financement domestique et les pr\u00eats concessionnels. Malgr\u00e9 cela, le Nigeria demeure le principal centre financier d\u2019Afrique de l\u2019Ouest dans de nombreux domaines : les banques r\u00e9gionales, le capital-investissement, la fintech et les march\u00e9s financiers domestiques.<\/p>\n<p>Les r\u00e9formes engag\u00e9es depuis 2023 \u2014 suppression des subventions sur les carburants, ajustement du r\u00e9gime de change, efforts d\u2019\u00e9largissement de l\u2019assiette fiscale \u2014 pourraient, \u00e0 moyen terme, restaurer la confiance des investisseurs internationaux et permettre un retour plus marqu\u00e9 sur les march\u00e9s obligataires. L\u2019\u00e9mergence d\u2019Abidjan comme premi\u00e8re place d\u2019\u00e9mission obligataire internationale en Afrique subsaharienne ne signifie pas un transfert d\u00e9finitif du leadership \u00e9conomique r\u00e9gional. Elle refl\u00e8te plut\u00f4t une sp\u00e9cialisation croissante des places financi\u00e8res africaines. Abidjan se positionne comme une plateforme stable et cr\u00e9dible pour les \u00e9missions obligataires internationales, Lagos reste le c\u0153ur \u00e9conomique et entrepreneurial de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, et Johannesburg reste la place financi\u00e8re la plus sophistiqu\u00e9e du continent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Selon le Sub-Saharan Africa Investment Banking Review publi\u00e9 par LSEG Data &amp; Analytics, les \u00e9missions obligataires internationales domicili\u00e9es&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":8050,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[390,58,296,6,2064,979,59,461,4586,4587],"class_list":{"0":"post-8049","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-afrique","8":"tag-390","9":"tag-58","10":"tag-abidjan","11":"tag-afrique","12":"tag-detrone","13":"tag-johannesburg","14":"tag-la-tribune-afrique","15":"tag-marche","16":"tag-obligataire","17":"tag-subsaharien"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116040405403554326","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8049","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8049"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8049\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8050"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8049"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8049"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8049"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}