{"id":81468,"date":"2026-04-21T05:37:22","date_gmt":"2026-04-21T05:37:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/81468\/"},"modified":"2026-04-21T05:37:22","modified_gmt":"2026-04-21T05:37:22","slug":"souverainete-numerique-leurope-peut-elle-saffranchir-des-etats-unis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/81468\/","title":{"rendered":"Souverainet\u00e9 num\u00e9rique\u00a0: l\u2019Europe peut-elle s\u2019affranchir des \u00c9tats-Unis\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0L\u2019Europe ne veut pas \u00eatre cliente des grands entrepreneurs et des grands services fournis par les \u00c9tats-Unis ou la Chine\u00a0\u00bb, affirmait en novembre dernier Emmanuel Macron, depuis le sommet de Berlin. Un discours de plus en plus consensuel, port\u00e9 par un contexte g\u00e9opolitique tendu depuis le retour au pouvoir de Donald Trump et le regain de frictions entre le Vieux Continent et les \u00c9tats-Unis. Si ce type d\u2019incantation ne co\u00fbte pas bien cher, dans les faits, les entreprises et les administrations publiques restent largement d\u00e9pendantes des g\u00e9ants am\u00e9ricains du num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Est-ce vraiment une fatalit\u00e9 ? Jean-Philippe Balan\u00e7a, Chief International Officer de Smile, leader europ\u00e9en de l\u2019open source, et co-fondateur du consortium EOS (European Open Source Consortium), observe ce d\u00e9calage depuis plus de 25 ans, au contact des grandes organisations qu\u2019il accompagne dans leur transformation num\u00e9rique. Pour lui, une v\u00e9ritable autonomie technologique europ\u00e9enne est possible, \u00e0 condition d\u2019en mettre r\u00e9ellement les moyens.<\/p>\n<p>Une d\u00e9pendance r\u00e9elle, mais pas une fatalit\u00e9<\/p>\n<p>Selon <a href=\"https:\/\/asteres.fr\/etude\/la-dependance-technologique-aux-softwares-cloud-services-americains-une-estimation-des-consequences-economiques-en-europe\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">une \u00e9tude publi\u00e9e en avril 2025 par le cabinet Aster\u00e8s<\/a>, les entreprises europ\u00e9ennes d\u00e9pensent chaque ann\u00e9e 264 milliards d\u2019euros aupr\u00e8s d\u2019acteurs am\u00e9ricains pour leurs services cloud et logiciels. 83 % de leurs d\u00e9penses dans ce domaine b\u00e9n\u00e9ficient \u00e0 des fournisseurs am\u00e9ricains, et 80 % de la valeur cr\u00e9\u00e9e l\u2019est sur le sol am\u00e9ricain. Pour comparaison, la facture \u00e9nerg\u00e9tique de l\u2019Union europ\u00e9enne \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 360 milliards d\u2019euros en 2024.<\/p>\n<p>Un constat auquel souscrit Jean-Philippe Balan\u00e7a : \u00ab\u00a0La d\u00e9pendance de l\u2019Europe aux infrastructures am\u00e9ricaines est une r\u00e9alit\u00e9 industrielle que nous constatons chaque jour chez nos clients.\u00a0\u00bb Mais l\u2019expert refuse toute lecture fataliste : \u00ab\u00a0L\u2019enjeu pour l\u2019Europe n\u2019est pas de reconstruire de z\u00e9ro ce qui existe d\u00e9j\u00e0, mais de reprendre le contr\u00f4le sur les couches critiques de sa valeur ajout\u00e9e. Aujourd\u2019hui, l\u2019Europe poss\u00e8de les comp\u00e9tences et le vivier de talents n\u00e9cessaires.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le cas \u00c9ducation nationale<\/p>\n<p>En mars 2025, l\u2019\u00c9ducation nationale a sign\u00e9 un accord-cadre avec Microsoft couvrant pr\u00e8s d\u2019un million de postes de travail et serveurs, pour un montant maximal de 152 millions d\u2019euros. Le minist\u00e8re a depuis confirm\u00e9 la prolongation de cet accord jusqu\u2019en 2029, alors que sa propre direction du num\u00e9rique avait demand\u00e9 aux rectorats, quelques jours avant la signature, de ne plus recourir aux solutions Microsoft en raison des risques li\u00e9s aux lois extraterritoriales am\u00e9ricaines. L\u2019\u00c9cole Polytechnique, sous tutelle du minist\u00e8re des Arm\u00e9es, a suivi une trajectoire similaire. En juin 2025, le directeur des affaires publiques de Microsoft France n\u2019a pas pu garantir devant le S\u00e9nat que des donn\u00e9es publiques fran\u00e7aises ne seraient jamais communiqu\u00e9es au gouvernement am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Un r\u00e9flexe culturel plus qu\u2019un manque technologique<\/p>\n<p>Le discours dominant attribue volontiers le retard europ\u00e9en \u00e0 des causes techniques : manque d\u2019infrastructures, puissance de calcul insuffisante, mod\u00e8les d\u2019IA peu comp\u00e9titifs\u2026 Pour Jean-Philippe Balan\u00e7a, ce diagnostic est inexact. Les capacit\u00e9s industrielles existent, mais se heurtent \u00e0 des freins avant tout culturels et organisationnels.<\/p>\n<p>Le principal obstacle \u00e0 cette autonomie est souvent psychologique : c\u2019est le r\u00e9flexe du \u00ab\u00a0personne n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 vir\u00e9 pour avoir choisi un hyperscaler am\u00e9ricain\u00a0\u00bb. Pourtant, le risque de perte de ma\u00eetrise des donn\u00e9es et des co\u00fbts \u00e0 long terme est bien r\u00e9el. Pour r\u00e9duire cette d\u00e9pendance, nous devons passer d\u2019une logique de consommation de services sur \u00e9tag\u00e8re \u00e0 une logique d\u2019investissement dans des \u00e9cosyst\u00e8mes ouverts. Les capacit\u00e9s industrielles sont l\u00e0, notamment sur le cloud et l\u2019IA, mais elles n\u00e9cessitent une volont\u00e9 politique forte de privil\u00e9gier des acteurs qui garantissent que la valeur cr\u00e9\u00e9e reste sur le sol europ\u00e9en.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" width=\"48\" height=\"48\" alt=\"Jean-Philippe Balan\u00e7a\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Philippe_Balanca.png\"\/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Philippe_Balanca.png\" width=\"48\" height=\"48\" alt=\"Jean-Philippe Balan\u00e7a\"\/><\/p>\n<p class=\"hw-expert-citation__name\">Jean-Philippe Balan\u00e7a<\/p>\n<p class=\"hw-expert-citation__subtitle\">Chief International Operations Officer, Smile<\/p>\n<p>Le risque financier est pourtant document\u00e9. L\u2019\u00e9tude Aster\u00e8s indique que les prix des services cloud progressent d\u2019environ 10 % par an, en partie parce que les organisations peinent \u00e0 changer de prestataire une fois engag\u00e9es, ce que les professionnels interrog\u00e9s d\u00e9crivent comme de la vente li\u00e9e plus que comme une am\u00e9lioration de service. \u00c0 ce rythme, la hausse cumul\u00e9e des exportations am\u00e9ricaines de services num\u00e9riques vers l\u2019Europe pourrait atteindre 421 milliards d\u2019euros suppl\u00e9mentaires dans les dix prochaines ann\u00e9es, avec un impact direct sur la balance des paiements du continent.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019autonomie technologique se gagnera par la preuve\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour Jean-Philippe Balan\u00e7a, la sortie de cette d\u00e9pendance suppose d\u2019agir sur deux fronts simultan\u00e9ment : la r\u00e9orientation de la commande publique et priv\u00e9e vers des fournisseurs europ\u00e9ens, et la d\u00e9monstration concr\u00e8te que ces alternatives sont \u00e0 la hauteur. Sur le premier point, des signaux timides s\u2019amorcent c\u00f4t\u00e9 public. En 2025, les commandes de l\u2019\u00c9tat sur le march\u00e9 cloud interminist\u00e9riel ont progress\u00e9 de 62 %, pour atteindre 84 millions d\u2019euros, dont 70 % orient\u00e9s vers des fournisseurs europ\u00e9ens. Selon la mod\u00e9lisation d\u2019Aster\u00e8s, une r\u00e9orientation de seulement 5 % des achats cr\u00e9erait 178 000 emplois d\u2019ici 2035. Port\u00e9e \u00e0 15 %, elle en cr\u00e9erait 463 000.<\/p>\n<p>Ce qui est n\u00e9cessaire, c\u2019est une r\u00e9orientation massive et rapide de la commande publique et priv\u00e9e vers des fournisseurs europ\u00e9ens sur les 264 milliards d\u2019euros de d\u00e9penses annuelles. L\u2019open source est probablement notre meilleur levier : il permet de mutualiser les efforts de R&amp;D tout en garantissant une transparence et une r\u00e9versibilit\u00e9 totale<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" width=\"48\" height=\"48\" alt=\"Jean-Philippe Balan\u00e7a\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Philippe_Balanca.png\"\/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Philippe_Balanca.png\" width=\"48\" height=\"48\" alt=\"Jean-Philippe Balan\u00e7a\"\/><\/p>\n<p class=\"hw-expert-citation__name\">Jean-Philippe Balan\u00e7a<\/p>\n<p class=\"hw-expert-citation__subtitle\">Chief International Operations Officer, Smile<\/p>\n<p>Le second front est plus exigeant. Pour les grandes organisations, la d\u00e9cision de basculer ne se prend pas sur des principes, mais sur des d\u00e9monstrations concr\u00e8tes et document\u00e9es. \u00ab\u00a0Les grandes organisations sont pr\u00eates pour cette transition lorsqu\u2019on leur apporte une preuve de concept industrielle et \u00e9volutive. L\u2019autonomie technologique se gagnera par la preuve : en d\u00e9montrant que les alternatives europ\u00e9ennes, bas\u00e9es sur l\u2019open source, sont non seulement plus \u00e9thiques et souveraines, mais aussi plus performantes et adapt\u00e9es aux exigences de s\u00e9curit\u00e9 actuelles\u00a0\u00bb, explique-t-il.<\/p>\n<p>C\u2019est en faisant du num\u00e9rique un v\u00e9ritable outil de strat\u00e9gie industrielle que l\u2019Europe pourra s\u2019affranchir de ses tutelles actuelles. Une fois cette prise de conscience effectu\u00e9e, l\u2019open source et cette transformation apparaissent naturellement comme une opportunit\u00e9 et non plus un risque.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" width=\"48\" height=\"48\" alt=\"Jean-Philippe Balan\u00e7a\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Philippe_Balanca.png\"\/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Philippe_Balanca.png\" width=\"48\" height=\"48\" alt=\"Jean-Philippe Balan\u00e7a\"\/><\/p>\n<p class=\"hw-expert-citation__name\">Jean-Philippe Balan\u00e7a<\/p>\n<p class=\"hw-expert-citation__subtitle\">Chief International Operations Officer, Smile<\/p>\n<p>\t\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" width=\"144\" height=\"144\" alt=\"Picture of Jean-Philippe Balan\u00e7a\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Philippe_Balanca.png\"\/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Philippe_Balanca.png\" width=\"144\" height=\"144\" alt=\"Picture of Jean-Philippe Balan\u00e7a\"\/>\t\t\t<\/p>\n<p class=\"guest-name h3bis mb-1\">\n\t\t\t\tJean-Philippe Balan\u00e7a, Chief International Operations Officer, Smile\t\t\t<\/p>\n<p>Jean-Philippe Balan\u00e7a est Chief International Operations Officer chez Smile. Cofondateur du European Open Source Consortium, il \u0153uvre au d\u00e9veloppement de l\u2019open source en Europe, qu\u2019il consid\u00e8re comme un levier strat\u00e9gique de souverainet\u00e9 num\u00e9rique et de croissance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab\u00a0L\u2019Europe ne veut pas \u00eatre cliente des grands entrepreneurs et des grands services fournis par les \u00c9tats-Unis ou&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":81469,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[18,29,4126,7151],"class_list":{"0":"post-81468","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-europe","9":"tag-interviews","10":"tag-reglementation","11":"tag-transformation-digitale"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116441084207607440","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81468","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81468"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81468\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/81469"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81468"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81468"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81468"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}