{"id":81470,"date":"2026-04-21T05:40:11","date_gmt":"2026-04-21T05:40:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/81470\/"},"modified":"2026-04-21T05:40:11","modified_gmt":"2026-04-21T05:40:11","slug":"guts-une-expedition-feminine-en-afrique-patrizia-bruno","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/81470\/","title":{"rendered":"Guts, une exp\u00e9dition f\u00e9minine en Afrique &#8211; Patrizia Bruno"},"content":{"rendered":"<p itemprop=\"about\">R\u00e9sum\u00e9 : Que se passe-t-il lorsque deux femmes d\u00e9cident d\u2019abandonner r\u00e8gles, r\u00f4les et logiques pour suivre leur instinct, jusqu\u2019au bout de la route\u00a0? Patrizia et Marie ont tout quitt\u00e9 pour entreprendre un voyage de six mois et 20 000 km en off road, de la France \u00e0 la Guin\u00e9e-Bissau, avec pour seuls compagnons une vieille voiture, quatre planches de surf et une mission\u00a0: raconter les histoires de femmes inspirantes qui red\u00e9finissent leur place dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers l\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Ce qui s\u2019est jou\u00e9 sur cette longue piste poussi\u00e9reuse rel\u00e8ve de la magie pure. GUTS est une aventure brute, puissante, qui r\u00e9sonne telle une ode \u00e0 la libert\u00e9. Un hymne \u00e0 cette force douce mais invincible qui na\u00eet lorsque les femmes s\u2019unissent. C\u2019est aussi un appel \u00e0 apprivoiser ses peurs et \u00e0 oser suivre son instinct jusqu\u2019au bout de la route.&#13;<br \/>\n&#13;\n<\/p>\n<p>Critique\u00a0:  On trouve une tension au c\u0153ur de ce documentaire qui ne se r\u00e9sout jamais vraiment, entre ce que le film pourrait \u00eatre et ce qu\u2019il choisit d\u2019\u00eatre, entre la richesse de son sujet et la fa\u00e7on dont il le traite, entre les portraits de femmes qu\u2019il r\u00e9ussit et le regard qu\u2019il pose sur elles. Patrizia Bruno a r\u00e9alis\u00e9 un documentaire avec de bonnes intentions, un projet solide, et des images qui valent parfois qu\u2019on s\u2019y attarde. Mais qui se m\u00e9fie trop peu de lui-m\u00eame, ne questionne pas suffisamment sa propre position, et finit par dire autant sur ses limites que sur ce qu\u2019il pr\u00e9tend explorer.<\/p>\n<p>Le projet de d\u00e9part est clair et bien expos\u00e9, suffisamment accessible pour toucher un public large, suffisamment ambitieux dans sa g\u00e9ographie pour promettre une diversit\u00e9 de regards et d\u2019exp\u00e9riences. On traverse plusieurs pays, on rencontre des femmes dans des contextes tr\u00e8s diff\u00e9rents, on accumule les anecdotes et portraits avec une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui r\u00e9v\u00e8le que Bruno a voulu un film ouvert, inclusif, adress\u00e9 \u00e0 tous. C\u2019est une intention louable. Le probl\u00e8me est que cette accessibilit\u00e9 devient par moments de la na\u00efvet\u00e9, et cette ouverture de la complaisance. Le film est trop sage, trop p\u00e9dagogique dans sa fa\u00e7on de pr\u00e9senter les enjeux, trop prudent dans sa fa\u00e7on de filmer les situations, trop pr\u00e9occup\u00e9 par sa propre lisibilit\u00e9 pour accepter de prendre des risques. Il y a dans les premi\u00e8res s\u00e9quences quelque chose qui \u00e9voque le d\u00e9but d\u2019un mauvais film de teenagers, une \u00e9nergie un peu forc\u00e9e, une fa\u00e7on de se donner de l\u2019entrain qui sonne faux, comme si le documentaire avait d\u00e9cid\u00e9 de son ton avant son sujet. Cette premi\u00e8re impression ne se dissipe jamais compl\u00e8tement.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/gots_1-cd36f.jpg\" width=\"672\" height=\"435\" alt=\"JPEG - 162.6\u00a0kio\"\/><br \/>\n\u00a9 Patrizia and Marie. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>La voix off est le probl\u00e8me formel central. Son cas est d\u2019autant plus int\u00e9ressant qu\u2019il est contradictoire. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle est bienvenue\u00a0: elle structure le r\u00e9cit, donne une continuit\u00e9 narrative \u00e0 un film qui en aurait autrement manqu\u00e9, cr\u00e9e un rapport direct entre la r\u00e9alisatrice et le spectateur. De l\u2019autre, elle est l\u2019instrument principal de ce qui ne fonctionne pas. Elle est mal \u00e9crite, avec une r\u00e9gularit\u00e9 qui finit par peser. Les banalit\u00e9s s\u2019accumulent, les formulations s\u2019appesantissent l\u00e0 o\u00f9 elles devraient s\u2019all\u00e9ger, les r\u00e9flexions arrivent l\u00e0 o\u00f9 le silence ou l\u2019image seule auraient \u00e9t\u00e9 plus efficaces. On trouve ici une tendance \u00e0 expliquer ce que l\u2019image montre d\u00e9j\u00e0, commenter ce qui n\u2019a pas besoin de commentaire, s\u2019assurer que le spectateur a bien compris ce qu\u2019il venait de voir. C\u2019est une forme de m\u00e9fiance envers le spectateur, ou envers l\u2019image elle-m\u00eame, r\u00e9v\u00e9latrice du rapport que le film entretient avec ce qu\u2019il montre. La question se pose l\u00e9g\u00e8rement\u00a0: le documentaire aurait-il \u00e9t\u00e9 meilleur sans cette voix-off\u00a0? Par moments, oui, les s\u00e9quences o\u00f9 l\u2019image parle seule sont souvent les plus r\u00e9ussies. Mais la vraie question n\u2019est pas de supprimer la voix off\u00a0: c\u2019est de l\u2019\u00e9crire autrement, avec plus de pr\u00e9cision, d\u2019humilit\u00e9, moins de tendance \u00e0 se raconter soi-m\u00eame au d\u00e9triment de ce qu\u2019on est cens\u00e9 filmer.<\/p>\n<p>Guts se pr\u00e9sente comme un documentaire sur des femmes en Afrique, mais est en r\u00e9alit\u00e9, et de plus en plus clairement au fil de la projection, le r\u00e9cit d\u2019une exp\u00e9dition de femmes occidentales privil\u00e9gi\u00e9es qui traversent l\u2019Afrique et rencontrent des femmes locales. La diff\u00e9rence est consid\u00e9rable. Dans le premier cas, le film se met au service de ses sujets. Dans le second, il se sert d\u2019eux pour raconter son propre voyage, \u00e0 savoir une forme de r\u00e9cit qui n\u2019a pas chang\u00e9 fondamentalement depuis les grands reportages coloniaux du si\u00e8cle dernier, m\u00eame quand il se drape dans le vocabulaire de la sororit\u00e9 et du f\u00e9minisme. Cette position n\u2019est pas n\u00e9cessairement condamnable en soi\u00a0: des \u0153uvres importantes ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es depuis cette position, \u00e0 condition d\u2019en \u00eatre conscient et de l\u2019interroger. Le probl\u00e8me de Guts  est qu\u2019il ne ne semble pas le faire. Il la naturalise, la pr\u00e9suppose, part du principe que le regard de la r\u00e9alisatrice sur les femmes qu\u2019elle filme est un regard de solidarit\u00e9 f\u00e9minine sans friction ni asym\u00e9trie, sans la complexit\u00e9 que cette rencontre entre des femmes de contextes si radicalement diff\u00e9rents devrait normalement produire. La sororit\u00e9 affich\u00e9e est r\u00e9elle dans son intention, mais passe sous silence les rapports de pouvoir qui la compliquent\u00a0; et ce silence est politique, m\u00eame s\u2019il est involontaire. La question de la place accord\u00e9e \u00e0 soi-m\u00eame dans le film est li\u00e9e \u00e0 cette probl\u00e9matique. Bruno parle beaucoup d\u2019elle-m\u00eame, de sa fa\u00e7on de vivre le voyage, de ses r\u00e9actions, ses \u00e9motions. Cet auto-r\u00e9cit n\u2019est pas ill\u00e9gitime\u00a0: le documentaire en premi\u00e8re personne a une histoire riche et respectable. Mais ici, il occupe un espace qui aurait pu \u00eatre donn\u00e9 aux femmes film\u00e9es, et son \u00e9criture, avec cette voix off mal travaill\u00e9e, ne lui donne pas la profondeur qui justifierait cette place.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/gots_3-1acdc.jpg\" width=\"672\" height=\"435\" alt=\"JPEG - 172.6\u00a0kio\"\/><br \/>\n\u00a9 Patrizia and Marie. Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments fonctionnent tout de m\u00eame. Les portraits des diff\u00e9rents personnages sont la vraie richesse du film\u00a0: vari\u00e9s, attentifs, suffisamment d\u00e9velopp\u00e9s pour que les femmes film\u00e9es existent en dehors de leur fonction dans le r\u00e9cit de l\u2019exp\u00e9dition. Ce qu\u2019elles ont \u00e0 dire est int\u00e9ressant, et le film a la sagesse de les laisser parler sans trop les interrompre, ni trop les commenter. Ces moments sont les meilleurs, ceux o\u00f9 Bruno s\u2019efface suffisamment pour laisser ses sujets occuper le centre du cadre. Les plans de paysages sont beaux et vari\u00e9s, restituant une diversit\u00e9 g\u00e9ographique et visuelle qui dit \u00e9claire l\u2019\u00e9tendue du voyage et la fa\u00e7on dont le continent africain r\u00e9siste \u00e0 toute image unique. L\u2019int\u00e9r\u00eat culturel et historique est r\u00e9el\u00a0: on est inform\u00e9, on d\u00e9couvre des contextes, on rencontre des r\u00e9alit\u00e9s qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre connues. Ce n\u2019est pas rien, et dans un documentaire grand public, cette fonction d\u2019ouverture au monde a sa valeur propre<\/p>\n<p>Les ralentis sur les vid\u00e9os font cheap\u00a0: c\u2019est un effet dat\u00e9, qui dit les contraintes de production sans les transcender, introduit une esth\u00e9tique de clip dans un film qui n\u2019en a pas besoin. Les moments de silence total sont \u00e9tranges, pas tout \u00e0 fait naturels dans le flux du documentaire. Ils semblent moins des respirations choisies que des trous dans le montage sonore, des absences non remplies plut\u00f4t que des vides volontairement m\u00e9nag\u00e9s. Ces d\u00e9fauts techniques sont mineurs pris s\u00e9par\u00e9ment, mais participent d\u2019une impression g\u00e9n\u00e9rale de film insuffisamment travaill\u00e9 dans ses d\u00e9tails.<\/p>\n<p>Guts est un documentaire qui a ses qualit\u00e9s et ne les exploite pas assez. Il a un sujet riche, des personnes int\u00e9ressantes \u00e0 filmer, une g\u00e9ographie g\u00e9n\u00e9reuse\u00a0; et il les traite avec une gentillesse un peu trop uniforme, une p\u00e9dagogie un peu trop visible, une fa\u00e7on de se raconter soi-m\u00eame qui prend la place d\u2019une vraie r\u00e9flexion sur ce qu\u2019est traverser un continent avec une cam\u00e9ra et un projet f\u00e9ministe. Les meilleures intentions ne suffisent pas \u00e0 faire un bon documentaire\u00a0: il faut se m\u00e9fier de soi-m\u00eame, questionner sa propre position, accepter que le regard qu\u2019on pose sur les autres dise autant sur soi que sur eux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"R\u00e9sum\u00e9 : Que se passe-t-il lorsque deux femmes d\u00e9cident d\u2019abandonner r\u00e8gles, r\u00f4les et logiques pour suivre leur instinct,&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":81471,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[29943,390,6,1559,29941,4984,29944,29942],"class_list":{"0":"post-81470","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-afrique","8":"tag-2-etoiles","9":"tag-390","10":"tag-afrique","11":"tag-documentaire","12":"tag-guts","13":"tag-italien","14":"tag-les-rendez-vous-de-l","15":"tag-une-expedition-feminine-en-afrique-patrizia-bruno-critique"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116441096248201320","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81470","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81470"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81470\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/81471"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81470"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81470"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81470"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}