{"id":81747,"date":"2026-04-21T12:27:29","date_gmt":"2026-04-21T12:27:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/81747\/"},"modified":"2026-04-21T12:27:29","modified_gmt":"2026-04-21T12:27:29","slug":"algerie-relire-daniel-lefeuvre-le360-ma","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/81747\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie: relire Daniel Lefeuvre | le360.ma"},"content":{"rendered":"<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Paris VIII, Daniel Lefeuvre, mort en 2013, a d\u00e9montr\u00e9 dans un livre fondateur en quoi, port\u00e9e \u00e0 bout de bras, l\u2019Alg\u00e9rie fut un fardeau pour la France. En 1959, toutes d\u00e9penses confondues, celle qu\u2019il baptisa \u00abCh\u00e8re Alg\u00e9rie\u00bb, engloutissait ainsi, \u00e0 elle seule, 20% du budget de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, soit davantage que les budgets additionn\u00e9s de l\u2019\u00c9ducation nationale, des Travaux publics, des Transports, de la Reconstruction et du Logement, de l\u2019Industrie et du Commerce!<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Face \u00e0 cette situation, aucun gouvernement n\u2019osa poser la question du n\u00e9cessaire d\u00e9sengagement, l\u2019appartenance de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019ensemble fran\u00e7ais \u00e9tant alors une \u00e9vidence pour tous les partis politiques, communistes compris. Mais l\u2019aveuglement avait un co\u00fbt que les \u00e9conomistes et les milieux patronaux m\u00e9tropolitains \u00e9valu\u00e8rent. Lucides et inquiets, ils tir\u00e8rent la sonnette d\u2019alarme. En vain.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Puis, en 1953, les politiques durent se rendre enfin \u00e0 l\u2019\u00e9vidence car les recettes locales ne permettaient plus de faire face aux d\u00e9penses de fonctionnement. L\u2019Alg\u00e9rie \u00e9tait donc bel et bien en faillite. Le gouvernement de l\u2019\u00e9poque demanda alors au parlement fran\u00e7ais le vote de 200 milliards d\u2019imp\u00f4ts nouveaux. Pour aider encore davantage l\u2019Alg\u00e9rie, il fallut donc faire patienter la Corr\u00e8ze et le Cantal. Le sacrifice des Fran\u00e7ais de France fut alors double puisque leurs imp\u00f4ts augmentaient tandis que les engagements de l\u2019\u00c9tat dans les domaines routiers, hospitaliers, \u00e9nerg\u00e9tiques, etc., m\u00e9tropolitains \u00e9taient amput\u00e9s ou retard\u00e9s en raison des besoins de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">\u00abTutrice g\u00e9n\u00e9reuse\u00bb comme Lefeuvre la qualifie, la France couvrait donc \u00abavec constance les d\u00e9couverts de sa pupille\u00bb, l\u2019implication du budget national dans les d\u00e9s\u00e9quilibres alg\u00e9riens allant sans cesse en augmentant. C\u2019est ainsi que, de 1949 \u00e0 1953, le volume des investissements sur fonds publics en francs courants atteignit 305 milliards, dont les quatre cinqui\u00e8mes furent assur\u00e9s par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais. De 1952 \u00e0 1956, les ressources d\u2019origine m\u00e9tropolitaine affect\u00e9es au financement du 2\u00e8me plan d\u2019\u00e9quipement pass\u00e8rent de 50% \u00e0 plus de 90%.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">L\u2019addition des sommes vers\u00e9es \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais donne le vertige. Durant les seuls 9 premiers mois de 1959, les cr\u00e9dits d\u2019investissement en Alg\u00e9rie atteignirent ainsi 103,7 milliards, dont 71,5 milliards directement financ\u00e9s par le Tr\u00e9sor fran\u00e7ais. De 1950 \u00e0 1956, la seule industrie alg\u00e9rienne re\u00e7ut, hors secteur minier, en moyenne 2.395 millions d\u2019anciens francs annuellement. En 1959 et en 1960 cette somme atteignit en moyenne 5.390 millions. Entre 1959 et 1961, pour le seul plan de Constantine, les industries m\u00e9tropolitaines investirent 27,40 milliards d\u2019anciens francs hors secteur des hydrocarbures. Les industriels fran\u00e7ais \u00e9taient-ils soudainement devenus philanthropes, eux qui s\u2019\u00e9taient, jusque l\u00e0, prudemment tenus \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la \u00abch\u00e8re Alg\u00e9rie\u00bb? Daniel Lefeuvre donne l\u2019explication de cette soudaine \u00abg\u00e9n\u00e9rosit\u00e9\u00bb:<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">\u00ab(\u2026) Le prix des cr\u00e9ations d\u2019usines en Alg\u00e9rie (a) \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 par les contribuables m\u00e9tropolitains gr\u00e2ce \u00e0 un cadeau de 90 millions d\u2019anciens francs fait par l\u2019\u00c9tat \u00e0 chaque industriel\u00bb!<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Quels int\u00e9r\u00eats la France avait-elle donc \u00e0 d\u00e9fendre en Alg\u00e9rie pour s\u2019y ruiner avec une telle obstination, avec un tel aveuglement? La r\u00e9ponse est claire: \u00e9conomiquement aucun!<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Qu\u2019il s\u2019agisse de minerais, de li\u00e8ge, d\u2019alfa, de vins ou d\u2019agrumes, toutes les productions alg\u00e9riennes affichaient des co\u00fbts sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux du march\u00e9 mondial. En 1930, alors que le quintal de bl\u00e9 s\u2019\u00e9changeait \u00e0 93 francs en m\u00e9tropole, le prix propos\u00e9 par l\u2019Alg\u00e9rie oscillait entre 120 et 140 francs, soit un surco\u00fbt de 30 \u00e0 50%.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Or, c\u2019est parce que la France payait sans discuter que l\u2019Alg\u00e9rie pouvait pratiquer ces prix sans rapport avec les cours mondiaux. Le r\u00e9sultat d\u2019une telle politique fut que l\u2019Alg\u00e9rie qui vit se fermer tous ses d\u00e9bouch\u00e9s internationaux en raison de ses prix, n\u2019eut bient\u00f4t plus qu\u2019un seul client et un seul fournisseur, la France, qui continua d\u2019acheter \u00e0 des cours largement sup\u00e9rieurs au march\u00e9 des productions qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 largement pay\u00e9es puisqu\u2019elle n\u2019avait cess\u00e9 de les subventionner.<\/p>\n<p>\u00abUn aspect manque cependant \u00e0 cette \u00e9tude qui est uniquement \u00e9conomique, il s\u2019agit des cadeaux territoriaux que la France fit \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie aux d\u00e9pens du Maroc (Tidikelt, Gourara, Tabelbala, B\u00e9char, Tindouf, etc.), de la Tunisie et de la Libye.\u00bb<\/p>\n<p>\u2014 \u00a0Bernard Lugan<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Le plus insolite est que l\u2019Alg\u00e9rie ne fit aucun effort tarifaire, d\u00e9vorant sans g\u00eane une rente de situation assur\u00e9e par les imp\u00f4ts des Fran\u00e7ais. Ainsi, durant la d\u00e9cennie 1930, alors que le vin comptait pour pr\u00e8s de 54% de toutes ses exportations agricoles, le prix de l\u2019hectolitre qu\u2019elle vendait \u00e0 la France \u00e9tait sup\u00e9rieur de 58% \u00e0 celui produit en Espagne, ce qui n\u2019emp\u00eacha pas la m\u00e9tropole de se fermer au vin espagnol pour s\u2019ouvrir encore davantage au sien\u2026<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Daniel Lefeuvre d\u00e9montre \u00e9galement que, contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, la main d\u2019\u0153uvre industrielle en Alg\u00e9rie \u00e9tait plus ch\u00e8re que celle de la m\u00e9tropole. Un rapport de Saint-Gobain dat\u00e9 de 1949 en \u00e9valua m\u00eame le surco\u00fbt:<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">\u00abPour le personnel mensualis\u00e9, la moyenne des r\u00e9mun\u00e9rations vers\u00e9es s\u2019\u00e9tablit \u00e0 27.000 francs en m\u00e9tropole, contre 36.000 francs en Alg\u00e9rie. [\u2026] Par comparaison avec une usine m\u00e9tropolitaine situ\u00e9e en province, l\u2019ensemble des charges \u2014 salaires et accessoires \u2014 est de 37% plus \u00e9lev\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">La d\u00e9couverte des hydrocarbures en 1956 ne changea pas la donne car l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais fut contraint d\u2019imposer quasiment \u00e0 des compagnies r\u00e9ticentes une mise en production qui d\u00e9buta timidement entre 1957 et 1959, pour d\u00e9marrer v\u00e9ritablement en 1961. Ce p\u00e9trole \u00e9tait en effet trop l\u00e9ger pour la transformation en fuel dont avait alors besoin l\u2019industrie fran\u00e7aise. De plus, \u00e0 cette \u00e9poque, le march\u00e9 mondial \u00e9tait satur\u00e9 et le p\u00e9trole alg\u00e9rien entrait directement en concurrence avec le p\u00e9trole libyen, plus facile \u00e0 exploiter et \u00e0 \u00e9couler. Enfin, le brut alg\u00e9rien \u00e9tait cher: 2,08 dollars le baril contre 1,80 dollar au cours mondial. Une fois encore, la France vola donc au secours de l\u2019Alg\u00e9rie en surpayant un p\u00e9trole dont elle avait pourtant financ\u00e9 les recherches et la mise en exploitation!<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Concernant l\u2019immigration alg\u00e9rienne en France, et contrairement \u00e0 tous les poncifs, Daniel Lefeuvre d\u00e9montre qu\u2019avec le statut du 20 septembre 1947 conf\u00e9rant la citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise aux musulmans d\u2019Alg\u00e9rie, ce fut la pr\u00e9f\u00e9rence nationale, en l\u2019occurrence la pr\u00e9f\u00e9rence alg\u00e9rienne, que choisirent les gouvernements de la 4\u00e8me R\u00e9publique. Les choix des patrons m\u00e9tropolitains \u00e9taient, au contraire, \u00e0 la main d\u2019\u0153uvre italienne, espagnole et portugaise, mieux form\u00e9e, donc moins ch\u00e8re et facilement assimilable. Comme l\u2019\u00e9crit encore Daniel Lefeuvre:<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">\u00abContrairement \u00e0 une l\u00e9gende tenace, l\u2019afflux d\u2019Alg\u00e9riens en m\u00e9tropole, dans les ann\u00e9es 1950 ne r\u00e9pond pas aux besoins en main d\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise au cours des ann\u00e9es de reconstruction ou des Trente Glorieuses\u00bb.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Plac\u00e9e sous \u00abassistance respiratoire\u00bb par la France qui ne cessa de l\u2019alimenter artificiellement, l\u2019Alg\u00e9rie \u00e9tait incapable de subvenir \u00e0 ses propres besoins. Elle a donc constamment d\u00e9pendu des importations m\u00e9tropolitaines et n\u2019a \u00e9vit\u00e9 la banqueroute que parce que l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais n\u2019a jamais cess\u00e9 de combler ses d\u00e9ficits. Voil\u00e0 qui explique le discours radiot\u00e9l\u00e9vis\u00e9 que le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle pronon\u00e7a le 29 d\u00e9cembre 1961. C\u2019est au \u00abtonneau des Dana\u00efdes\u00bb alg\u00e9rien qu\u2019il pensait quand il d\u00e9clara que si l\u2019engagement fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie \u00abrestait ce qu\u2019il est, (il) ne saurait \u00eatre pour (la France) qu\u2019une entreprise \u00e0 hommes et \u00e0 fonds perdus, alors que tant de t\u00e2ches appellent ses efforts ailleurs\u00bb.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Le livre de Daniel Lefeuvre est une contribution essentielle au d\u00e9bat portant sur les relations entre la France et l\u2019Alg\u00e9rie. Il d\u00e9montre qu\u2019au lieu de l\u2019accuser, les dirigeants alg\u00e9riens devraient tout au contraire remercier la France\u2026 Un aspect manque cependant \u00e0 cette \u00e9tude qui est uniquement \u00e9conomique, il s\u2019agit des cadeaux territoriaux que la France fit \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie aux d\u00e9pens du Maroc (Tidikelt, Gourara, Tabelbala, B\u00e9char, Tindouf, etc.), de la Tunisie et de la Libye.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Ch\u00e8re Alg\u00e9rie: la France et sa colonie, 1930-1962, Daniel Lefeuvre, 512 pages, \u00c9ditions Flammarion.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Paris VIII, Daniel Lefeuvre, mort en 2013, a d\u00e9montr\u00e9 dans un livre fondateur en&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":9274,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[85],"tags":[116,797,1900,1561,1564],"class_list":{"0":"post-81747","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-algerie","8":"tag-algerie","9":"tag-budget-de-letat","10":"tag-colonisation","11":"tag-france-algerie","12":"tag-histoire"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116442696455555771","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81747","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81747"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81747\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9274"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81747"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81747"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81747"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}