{"id":8262,"date":"2026-02-09T14:27:09","date_gmt":"2026-02-09T14:27:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/8262\/"},"modified":"2026-02-09T14:27:09","modified_gmt":"2026-02-09T14:27:09","slug":"ne-fuyez-pas-sinon-on-vous-tire-dessus-le-cauchemar-des-kenyans-enroles-de-force-dans-larmee-russe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/8262\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Ne fuyez pas, sinon on vous tire dessus\u00a0\u00bb: le cauchemar des K\u00e9nyans enr\u00f4l\u00e9s de force dans l&rsquo;arm\u00e9e russe"},"content":{"rendered":"<p>Sur son avant-bras droit, une dizaine de cicatrices rappelleront longtemps \u00e0 Victor qu&rsquo;un jour, un drone ukrainien lui a tir\u00e9 dessus. Le jeune K\u00e9nyan, comme des centaines de ses compatriotes, s&rsquo;est retrouv\u00e9 enr\u00f4l\u00e9 de force dans l&rsquo;arm\u00e9e russe, combattant d&rsquo;une guerre qui ne le concernait pas.<\/p>\n<p>Il se sait chanceux: beaucoup ne sont jamais revenus.<\/p>\n<p>Comme Victor, Mark, Erik et Moses, trois autres K\u00e9nyans rentr\u00e9s de Russie, dont aucun n&rsquo;a souhait\u00e9 que son vrai pr\u00e9nom soit utilis\u00e9, par crainte de repr\u00e9sailles, ont racont\u00e9 \u00e0 l&rsquo;AFP la tromperie si bien huil\u00e9e qui les a conduits, contre leur volont\u00e9, \u00e0 se battre contre l&rsquo;Ukraine.<\/p>\n<p>Tout commence par la promesse d&rsquo;un job r\u00e9mun\u00e9rateur en Russie faite par une agence de recrutement de Nairobi.<\/p>\n<p>Victor, 28 ans, devait \u00eatre vendeur, Mark et Moses, respectivement 32 et 27 ans, agents de s\u00e9curit\u00e9. Erik, 37 ans, croyait qu&rsquo;il deviendrait sportif de haut niveau. Tous devaient \u00eatre pay\u00e9s entre 920 et 2 400 euros mensuels.<\/p>\n<p>Une fortune quand de nombreux K\u00e9nyans gagnent au mieux <a href=\"https:\/\/www.geo.fr\/geopolitique\/l-ia-chinoise-repose-elle-aussi-sur-l-exploitation-d-invisibles-travailleurs-kenyans-229942\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">100 euros par mois<\/a>, dans un pays o\u00f9 le ch\u00f4mage est \u00e9lev\u00e9 et o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat encourage l&rsquo;\u00e9migration, tablant sur d&rsquo;importants retours financiers de sa diaspora.<\/p>\n<p>Victor, Mark, Erik et Moses sont aussi invit\u00e9s dans des groupes WhatsApp r\u00e9unissant des dizaines de personnes. Les partants y communiquent en swahili, la langue nationale, avec des K\u00e9nyans d\u00e9j\u00e0 sur place qui les rassurent: ils touchent un bon salaire, leur nouvelle vie russe d\u00e9passe leurs esp\u00e9rances.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Plus de jambes\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Victor voit toutefois ses espoirs douch\u00e9s d\u00e8s son arriv\u00e9e en Russie. On le conduit la premi\u00e8re nuit dans \u00ab\u00a0une maison abandonn\u00e9e, \u00e0 trois heures de Saint-P\u00e9tersbourg\u00a0\u00bb. Le lendemain, il est contraint de se lier \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e russe via un contrat \u00e9crit en alphabet cyrillique et dont il ne comprend pas un tra\u00eetre mot.<\/p>\n<p>Le jour du recrutement, les soldats \u00ab\u00a0nous ont dit: si tu ne signes pas, tu es mort\u00a0\u00bb, se souvient Victor, en montrant \u00e0 l&rsquo;AFP son livret militaire russe et son m\u00e9daillon de combattant.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, raconte-t-il, il retrouve certains des K\u00e9nyans qui \u00e9crivaient sur le groupe WhatsApp. \u00ab\u00a0Ils \u00e9taient dans un h\u00f4pital. Quelques-uns n&rsquo;avaient plus de jambes, d&rsquo;autres un bras manquant, se rem\u00e9more-t-il. Ils m&rsquo;ont dit qu&rsquo;ils \u00e9taient menac\u00e9s de mort s&rsquo;ils nous \u00e9crivaient des messages n\u00e9gatifs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mark, lui, se voit proposer, comme les K\u00e9nyans qui l&rsquo;accompagnent, de rentrer au Kenya, \u00e0 condition de \u00ab\u00a0rembourser plus de 500 000 shillings\u00a0\u00bb (environ 3 300 euros), soit ce qu&rsquo;a co\u00fbt\u00e9, lui explique-t-on, de les faire venir en Russie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais vu (le milieu pauvre) d&rsquo;o\u00f9 nous venions, nous n&rsquo;avions d&rsquo;autre possibilit\u00e9 que de signer le contrat\u00a0\u00bb, souffle-t-il.<\/p>\n<p>Erik, apr\u00e8s un court entra\u00eenement avec une \u00e9quipe de basketball locale, croit toucher le Graal: rejoindre un club professionnel russe. Mais, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;il pense, le document qu&rsquo;il signe le lie en fait \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e russe, dont il rejoint un camp d\u00e8s le lendemain.<\/p>\n<p>Moses, comprenant qu&rsquo;on lui a menti \u00e0 Nairobi, pr\u00e9f\u00e8re ne pas risquer les coups. Son contrat, qu&rsquo;il a montr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;AFP, mentionne un service militaire d&rsquo;un an, ses obligations l\u00e9gales et celles de l&rsquo;\u00c9tat russe, mais aucun salaire.<\/p>\n<p>Pas un rouble<\/p>\n<p>Comme Mark, il affirme avoir \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 bien moins que ce qui avait \u00e9t\u00e9 convenu au Kenya. Victor et Erik, eux, affirment ne pas avoir per\u00e7u un seul rouble.<\/p>\n<p>Les quatre hommes sont partis en Russie via une agence de recrutement k\u00e9nyane, Global Face Human Resources qui vante\u00a0en ligne ses \u00ab\u00a0magiciens des ressources humaines\u00a0\u00bb capables de d\u00e9nicher des \u00ab\u00a0opportunit\u00e9s excitantes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;AFP n&rsquo;a pu joindre cette agence qui a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises dans Nairobi ces derniers mois.<\/p>\n<p>L&rsquo;un de ses employ\u00e9s, Edward Gituku, est poursuivi pour \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.geo.fr\/geopolitique\/iran-un-trafic-dorganes-peut-en-cacher-un-autre-215865\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">trafic d&rsquo;\u00eatres humains<\/a>\u00ab\u00a0, apr\u00e8s une descente polici\u00e8re en septembre dans un appartement qu&rsquo;il louait en p\u00e9riph\u00e9rie de Nairobi. Le raid avait permis de lib\u00e9rer 21 jeunes hommes devant s&rsquo;envoler instamment pour la Russie.<\/p>\n<p>M. Gituku, lib\u00e9r\u00e9 sous caution, nie ces accusations, a indiqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;AFP son avocat Alex Kubu.<\/p>\n<p>Victor, Mark, Erik et Moses, qui l&rsquo;ont tous rencontr\u00e9, sont pourtant s\u00fbrs qu&rsquo;il \u00e9tait un acteur important de la cruelle arnaque dont ils ont \u00e9t\u00e9 victimes. Erik et Moses affirment m\u00eame avoir \u00e9t\u00e9 conduits par Edward Gituku \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport de Nairobi pour leurs vols respectifs vers la Russie.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9c\u00e9dent avocat de M. Gituku, Dunston Omari, avait affirm\u00e9 fin septembre \u00e0 la cha\u00eene Citizen TV que Global Face Human Resources avait envoy\u00e9 \u00ab\u00a0plus de 1 000 personnes\u00a0\u00bb en Russie, tous d&rsquo;anciens soldats k\u00e9nyans partis \u00ab\u00a0volontairement\u00a0\u00bb rejoindre l&rsquo;arm\u00e9e russe.<\/p>\n<p>Un citoyen russe \u00e9tait impliqu\u00e9 dans cette affaire: Mikhail Lyapin a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0expuls\u00e9 du Kenya pour pouvoir \u00eatre jug\u00e9 Russie\u00a0\u00bb fin septembre, \u00ab\u00a0\u00e0 la demande\u00a0\u00bb des autorit\u00e9s russes, a affirm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;AFP Abraham Korir Sing&rsquo;Oei, num\u00e9ro deux du minist\u00e8re k\u00e9nyan des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>Mercenariat<\/p>\n<p>L&rsquo;ambassade russe au Kenya avait alors indiqu\u00e9 par communiqu\u00e9 que M. Lyapin avait quitt\u00e9 librement le Kenya, \u00ab\u00a0comme il l&rsquo;avait pr\u00e9vu\u00a0\u00bb, ajoutant qu&rsquo;il n&rsquo;avait \u00ab\u00a0jamais \u00e9t\u00e9 un employ\u00e9 du gouvernement russe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La repr\u00e9sentation russe n&rsquo;a pas donn\u00e9 suite \u00e0 un e-mail de l&rsquo;AFP fin janvier l&rsquo;interrogeant sur le parcours judiciaire de Mikhail Lyapin depuis son retour au pays et sur la situation des K\u00e9nyans enr\u00f4l\u00e9s de force par l&rsquo;arm\u00e9e russe pour se battre en Ukraine.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s k\u00e9nyanes estimaient en d\u00e9cembre leur nombre \u00e0 environ 200, dont 23 avaient pu \u00eatre rapatri\u00e9s. Un nombre tr\u00e8s vraisemblablement sous-\u00e9valu\u00e9, selon les quatre \u00ab\u00a0revenants\u00a0\u00bb interrog\u00e9s par l&rsquo;AFP.<\/p>\n<p>Alors que tous les migrants potentiels pour la Russie doivent passer pr\u00e9alablement une visite m\u00e9dicale, une clinique de Nairobi a indiqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;AFP avoir re\u00e7u en \u00ab\u00a0un peu plus d&rsquo;un mois\u00a0\u00bb en 2025, 157 d&rsquo;entre eux, avant de cesser de collaborer avec Global Face Human Resources.<\/p>\n<p>Or selon les t\u00e9moignages recueillis par l&rsquo;AFP, ces d\u00e9parts se sont multipli\u00e9s \u00e0 partir de la mi-2025.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La majorit\u00e9 \u00e9taient d&rsquo;anciens soldats k\u00e9nyans\u00a0\u00bb conscients de ce qui les attendait en Russie, a expliqu\u00e9 un cadre de cette clinique.<\/p>\n<p>S&rsquo;il existe des cas de K\u00e9nyans ayant rejoint volontairement les rangs russes, Mark et Erik, qui ont \u00e9t\u00e9 examin\u00e9s par cette structure, affirment n&rsquo;avoir jamais \u00e9t\u00e9 avertis de leur futur militaire.<\/p>\n<p>Victor et Moses sont, eux, pass\u00e9s par une autre clinique de Nairobi, Universal Trends Medical and Diagnostic Centre, qui a refus\u00e9 de communiquer \u00e0 l&rsquo;AFP le nombre d&rsquo;individus que lui avait envoy\u00e9 Global Face Human Resources.<\/p>\n<p>L&rsquo;AFP a pu retrouver deux autres agences de recrutement envoyant des K\u00e9nyans en Russie, sans parvenir \u00e0 les contacter.<\/p>\n<p>Selon une source proche de l&rsquo;ambassade russe en Ouganda, pays voisin du Kenya, le fondateur de Global Face Human Resources, Festus Omwamba, a \u00e9galement visit\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises cette chancellerie l&rsquo;an pass\u00e9, sur fond de rapprochement diplomatique entre Russie et Ouganda.<\/p>\n<p>L&rsquo;AFP a cherch\u00e9 \u00e0 joindre M. Omwamba qui a bloqu\u00e9 ses appels.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u00e9sespoir\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Aux premiers jours de son invasion de l&rsquo;Ukraine, la Russie a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e d&rsquo;envoyer en priorit\u00e9 au front des unit\u00e9s issues de ses propres minorit\u00e9s: Bouriatres, Tch\u00e9tch\u00e8nes, etc.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que le conflit s&rsquo;enlisait et que les pertes humaines s&rsquo;accroissaient (les derni\u00e8res estimations des services occidentaux de renseignement font \u00e9tat de plus de 1,2 million de tu\u00e9s et bless\u00e9s c\u00f4t\u00e9 russe, deux fois plus que du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;arm\u00e9e ukrainienne) des recrutements forc\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s aux quatre coins du monde.<\/p>\n<p>Selon l&rsquo;ambassadeur ukrainien au Kenya Yurii Tokar, Moscou a chronologiquement cibl\u00e9 des ressortissants d&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.geo.fr\/geopolitique\/un-tiers-de-morts-ou-blesses-comment-les-regions-peripheriques-russes-ont-paye-le-prix-fort-du-conflit-contre-kiev-228694\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ex-R\u00e9publiques sovi\u00e9tiques<\/a> d&rsquo;Asie centrale, puis d&rsquo;Inde et du N\u00e9pal avant de se tourner \u00ab\u00a0plus r\u00e9cemment vers l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.geo.fr\/geopolitique\/un-saint-pour-l-afrique-la-manoeuvre-silencieuse-de-la-russie-226698\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Afrique<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Les quatre \u00ab\u00a0revenants\u00a0\u00bb interrog\u00e9s par l&rsquo;AFP racontent avoir crois\u00e9 des dizaines d&rsquo;Africains dans les camps d&rsquo;entra\u00eenement ou sur le front, venant, outre un important contingent k\u00e9nyan, du <a href=\"https:\/\/www.geo.fr\/geopolitique\/le-repassage-des-seins-une-mutilation-encore-pratiquee-sur-des-milliers-de-jeunes-filles-au-cameroun-228463\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Cameroun<\/a>, du <a href=\"https:\/\/www.geo.fr\/geopolitique\/nigeria-la-centaine-d-ecoliers-kidnappes-en-route-pour-retrouver-leurs-parents-229968\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Nigeria<\/a>, d&rsquo;\u00c9gypte, d&rsquo;Afrique du Sud&#8230;<\/p>\n<p>La Russie n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 utiliser \u00ab\u00a0la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9conomique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb de jeunes Africains pour les attirer sur son sol, o\u00f9 elle les enr\u00f4le via \u00ab\u00a0la coercition et le mensonge\u00a0\u00bb, remarque Yurii Tokar, \u00ab\u00a0elle cherche de la <a href=\"https:\/\/www.geo.fr\/geopolitique\/les-soldats-nord-coreens-se-battent-et-meurent-a-koursk-en-russie-selon-les-renseignements-ukrainiens-223697\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">chair \u00e0 canon<\/a> partout o\u00f9 c&rsquo;est possible\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De nombreux experts pointent une tactique militaire russe extr\u00eamement co\u00fbteuse en hommes qui consiste \u00e0 syst\u00e9matiquement envoyer un grand nombre de soldats pour tenter de submerger les d\u00e9fenses ukrainiennes, qu&rsquo;importent les pertes humaines.<\/p>\n<p>Visions apocalyptiques<\/p>\n<p>Victor t\u00e9moigne de sc\u00e8nes apocalyptiques lors de son arriv\u00e9e sur le front vers Vovtchansk, dans le territoire ukrainien du Donbass.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons d\u00fb traverser deux rivi\u00e8res, sur lesquelles beaucoup de cadavres flottaient. Puis un grand champ couvert de centaines de corps, que nous devions franchir en courant. Avec des <a href=\"https:\/\/www.geo.fr\/geopolitique\/en-ukraine-des-drones-fpv-detruisent-plus-de-cinquante-blindes-russes-a-donetsk-229026\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">drones<\/a> (ukrainiens) partout\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le commandant nous a dit: \u00ab\u00a0ne fuyez pas, sinon nous vous tirerons dessus\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, narre-t-il. \u00ab\u00a0Nous \u00e9tions 27. Seuls deux ont pass\u00e9 le champ\u00a0\u00bb. Victor raconte avoir surv\u00e9cu en se cachant sous la d\u00e9pouille d&rsquo;un homme, mais avoir \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avant-bras droit par un tir de drone.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s deux semaines de mission forc\u00e9e, alors qu&rsquo;il ne pouvait porter son arme et que \u00ab\u00a0des vers\u00a0\u00bb grouillaient dans la plaie, il a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 se faire soigner \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, malgr\u00e9 les lourdes pertes d\u00e9j\u00e0 enregistr\u00e9es, l&rsquo;arm\u00e9e russe a pourtant envoy\u00e9 Erik au m\u00eame endroit, sans changer de tactique, se d\u00e9sesp\u00e8re-t-il.<\/p>\n<p>Sur 24 hommes engag\u00e9s dans l&rsquo;op\u00e9ration, seuls trois sont parvenus \u00e0 traverser le champ, raconte Erik: un Pakistanais qui a fini avec \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.geo.fr\/geopolitique\/enfer-de-poutine-plus-de-la-moitie-des-blesses-russes-en-ukraine-ont-du-etre-amputes-handicap-pertes-morts-217159\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">les deux jambes bris\u00e9es<\/a>\u00ab\u00a0, un Russe \u00ab\u00a0le ventre ouvert\u00a0\u00bb et lui-m\u00eame, sorti miraculeusement indemne de cette \u00e9preuve.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme de 37 ans dit avoir ensuite \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 \u00e0 un bras par un premier drone ukrainien, alors qu&rsquo;il partait chercher du ravitaillement, puis \u00e0 une jambe par un second engin.<\/p>\n<p>Moses a lui aussi \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9 \u00e0 Vovtchansk, o\u00f9 les membres de son unit\u00e9 l&rsquo;ont abandonn\u00e9 avec un compatriote k\u00e9nyan au milieu d&rsquo;une for\u00eat, explique-t-il. Il a ensuite rejoint une autre unit\u00e9 russe de \u00ab\u00a0chasseurs de drones\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Honte\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mark raconte avoir \u00e9t\u00e9 gravement bless\u00e9 mi-septembre \u00e0 une jambe par une grenade l\u00e2ch\u00e9e par un drone ukrainien. Son \u00e9paule gauche est constell\u00e9e de cicatrices. Lui ne sait m\u00eame pas o\u00f9 il a manqu\u00e9 de mourir.<\/p>\n<p>Les trois bless\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9s dans plusieurs h\u00f4pitaux russes, le dernier \u00e0 Moscou, d&rsquo;o\u00f9 ils se sont enfuis s\u00e9par\u00e9ment jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ambassade k\u00e9nyane qui les a aid\u00e9s \u00e0 rentrer chez eux.<\/p>\n<p>Moses, ressorti indemne physiquement de quatre mois sur le front ukrainien, a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9serter de son unit\u00e9 en d\u00e9cembre, avant de rentrer au Kenya avec l&rsquo;aide des autorit\u00e9s k\u00e9nyanes.<\/p>\n<p>Depuis leur terre africaine, les quatre hommes confient \u00eatre traumatis\u00e9s, inquiets au moindre bruit. Moses s&rsquo;effraie du vol d&rsquo;un oiseau ou \u00e0 la vue d&rsquo;une for\u00eat. Mais tous savent leur chance d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s par une guerre qu&rsquo;ils n&rsquo;auraient jamais voulu conna\u00eetre.<\/p>\n<p>Un nombre encore inconnu de familles k\u00e9nyanes ne peut en dire autant. Grace Gathoni, m\u00e8re d\u00e9sormais veuve de quatre <a href=\"https:\/\/www.geo.fr\/environnement\/nos-enfants-seront-les-prochains-a-mourir-dans-le-nord-est-du-kenya-la-secheresse-fait-des-ravages-230631\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">enfants<\/a>, a appris fin novembre que son mari Martin, qui pensait devenir chauffeur en Russie, y est mort en soldat. Moscou a \u00ab\u00a0d\u00e9truit ma vie\u00a0\u00bb, sanglote-t-elle.<\/p>\n<p>Charles Ojiambo Mutoka, 72 ans, a de son c\u00f4t\u00e9 su en janvier que son fils Oscar avait p\u00e9ri au mois d&rsquo;ao\u00fbt pr\u00e9c\u00e9dent. Sa d\u00e9pouille repose, dit-il, \u00e0 Rostov-sur-le-Don, ville du sud russe, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re ukrainienne.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s russes devraient \u00ab\u00a0avoir honte d&rsquo;avoir emmen\u00e9 sur la ligne de front un Africain qui n&rsquo;est pas concern\u00e9 par cette guerre\u00a0\u00bb, enrage-t-il .<\/p>\n<p>Et d&rsquo;ajouter: \u00ab\u00a0Nous, nous combattons seulement dans nos propres guerres et ne demandons pas aux Russes de se joindre \u00e0 nous, jamais. Alors pourquoi prennent-ils nos fils ?\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Sur son avant-bras droit, une dizaine de cicatrices rappelleront longtemps \u00e0 Victor qu&rsquo;un jour, un drone ukrainien lui&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":8263,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[165],"tags":[1879,6,3176,858,230,4027],"class_list":{"0":"post-8262","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-kenya","8":"tag-actu-russie","9":"tag-afrique","10":"tag-droits-humains","11":"tag-guerre-en-ukraine","12":"tag-kenya","13":"tag-trafic"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116041144344569391","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8262","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8262"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8262\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8263"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8262"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8262"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8262"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}