{"id":83372,"date":"2026-04-23T09:38:15","date_gmt":"2026-04-23T09:38:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/83372\/"},"modified":"2026-04-23T09:38:15","modified_gmt":"2026-04-23T09:38:15","slug":"slovaquie-tchequie-bulgarie-les-enfants-terribles-de-leurope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/83372\/","title":{"rendered":"Slovaquie, Tch\u00e9quie, Bulgarie\u00a0: les enfants terribles de l\u2019Europe"},"content":{"rendered":"<p>LA LETTRE DE BRUXELLES. Le Premier ministre de la Hongrie est parti, mais Robert Fico, Andrej Babis et Roumen Radev, eux, sont l\u00e0. L\u2019Europe centrale n\u2019en a pas fini avec ses questions sur le projet europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph paywall\">Viktor <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/en-hongrie-viktor-orban-battu-par-ko-par-peter-magyar-AXUSVJ3Q5JGB7AA4UQLRQ3RNGY\/\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/en-hongrie-viktor-orban-battu-par-ko-par-peter-magyar-AXUSVJ3Q5JGB7AA4UQLRQ3RNGY\/\">Orban \u00e0 peine parti<\/a>, ils sont de nouveau trois autour de la table du Conseil europ\u00e9en \u00e0 incarner une autre fa\u00e7on d\u2019\u00eatre europ\u00e9en : <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/qui-est-robert-fico-le-premier-ministre-de-la-slovaquie-victime-d-une-tentative-d-assassinat-16-05-2024-2560318_24.php\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/qui-est-robert-fico-le-premier-ministre-de-la-slovaquie-victime-d-une-tentative-d-assassinat-16-05-2024-2560318_24.php\">le Slovaque Robert Fico<\/a>, le Tch\u00e8que Andrej Babis et, d\u00e9sormais, le Bulgare Roumen Radev. Trois hommes qui incarnent le virilisme politique : l\u2019homme d\u2019affaires brutal fa\u00e7on Babis, \u00e0 la t\u00eate d\u2019un conglom\u00e9rat puissant, l\u2019apparatchik pugnace \u00e0 la mani\u00e8re de Fico, qui a surv\u00e9cu \u00e0 quatre balles dans le corps, et le politique en uniforme militaire \u00e0 la Radev, ancien pilote de chasse et commandant des forces a\u00e9riennes bulgares.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">La <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/comment-peter-magyar-prevoit-de-demanteler-le-systeme-orban-KRRIPBLJARFZVMYIZT4MVR3OUA\/\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/comment-peter-magyar-prevoit-de-demanteler-le-systeme-orban-KRRIPBLJARFZVMYIZT4MVR3OUA\/\">Hongrie du jeune P\u00e9ter Magyar<\/a> (45 ans) ne sera pas forc\u00e9ment commode, m\u00eame si le nouveau leader promet d\u2019\u00eatre plus coop\u00e9ratif. Enfin, il faudrait parler du Polonais Donald Tusk, qui, tout en \u00e9tant plus agr\u00e9able \u00e0 Bruxelles que ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs du PiS, cultive, lui aussi, des accents nationalistes polic\u00e9s pour ne pas laisser prise \u00e0 un discours eurosceptique lancinant dans son pays.<\/p>\n<p>On peut \u00eatre europhile et voter eurosceptique<\/p>\n<p class=\"c-paragraph q-paragraph-fix\">Qu\u2019est-ce que cela dit de l\u2019Europe centrale et orientale et de son rapport \u00e0 l\u2019UE ? Rien de bien simple. Ces pays sont europ\u00e9ens, parfois, et surtout des ardents d\u00e9fenseurs de leurs int\u00e9r\u00eats budg\u00e9taires \u00e0 Bruxelles (aucun ne veut renoncer aux fonds structurels), mais profond\u00e9ment r\u00e9ticents \u00e0 ce que l\u2019Union soit autre chose qu\u2019un supermarch\u00e9 de la modernit\u00e9 o\u00f9 l\u2019on fait ses courses en s\u2019engageant a minima.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Vous ne ferez jamais admettre \u00e0 Donald Tusk, dont le pays a re\u00e7u des centaines de milliards d\u2019euros de ses partenaires de l\u2019Ouest, que son pays, d\u00e9sormais d\u00e9velopp\u00e9, doit aussi \u00eatre solidaire quand on a besoin de lui. Le Premier ministre de la Pologne ne saurait pas vendre \u00e0 son peuple que la solidarit\u00e9 doit marcher dans les deux sens. Sur la migration, il se fiche donc \u00e9perdument des flux migratoires qui viennent du sud de la M\u00e9diterran\u00e9e. Pas de \u00e7a chez lui, telle est sa ligne, et il s\u2019y tiendra. Mais que l\u2019argent transite de l\u2019ouest \u00e0 l\u2019est, l\u00e0, il approuve.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne irrite les capitales occidentales. Et il se r\u00e9p\u00e8te avec une r\u00e9gularit\u00e9 qui devrait, depuis longtemps, interdire de le traiter comme une anomalie. Ce n\u2019en est pas une.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Pour comprendre ce que l\u2019Europe repr\u00e9sente \u00e0 Varsovie, Sofia, Budapest ou Bratislava, il faut d\u2019abord saisir ce qu\u2019une union supranationale y \u00e9voque. Ces pays ont v\u00e9cu quarante-cinq ans sous une construction politique impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur, dans laquelle l\u2019int\u00e9gration \u00e9tait synonyme de d\u00e9possession, et Moscou jouait le r\u00f4le de Bruxelles aujourd\u2019hui. Les d\u00e9cisions venaient d\u2019ailleurs. Les normes \u00e9taient fix\u00e9es par d\u2019autres. Les marges de man\u0153uvre nationales \u00e9taient \u00e9troites.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Bien s\u00fbr, la forme a chang\u00e9 et ces pays participent, \u00e0 Bruxelles, \u00e0 la direction collective. La violence sovi\u00e9tique a disparu, mais la structure verticale rappelle quelque chose dans l\u2019inconscient collectif. Ivan Krastev, politologue bulgare et l\u2019un des esprits les plus lucides de l\u2019Europe contemporaine, a th\u00e9oris\u00e9 ce r\u00e9flexe dans son livre Le Destin de l\u2019Europe (\u00e9ditions Premier Parall\u00e8le, 2017) : le \u00ab paradoxe centre europ\u00e9en \u00bb, o\u00f9 des peuples qu\u2019on n\u2019attendrait pas eurosceptiques votent avec enthousiasme pour des partis populistes qui d\u00e9peignent Bruxelles comme la nouvelle Moscou d\u2019un empire qu\u2019ils pr\u00e9tendent n\u2019avoir jamais choisi de rejoindre.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">L\u2019Union europ\u00e9enne (UE) n\u2019a bien s\u00fbr rien \u00e0 voir avec l\u2019URSS. Mais la r\u00e9action \u00e9motionnelle de ces peuples est historiquement compr\u00e9hensible. Et, en politique, les r\u00e9actions \u00e9motionnelles permettent \u00e0 ceux qui les captent de gagner les \u00e9lections.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph q-paragraph-fix\">Quand Ivan Krastev d\u00e9crit l\u2019\u00ab exp\u00e9rience fondatrice \u00bb de sa g\u00e9n\u00e9ration \u2013 la fin soudaine et non violente de quelque chose que l\u2019on croyait permanent \u2013, il montre aussi ce qui rend ces soci\u00e9t\u00e9s profond\u00e9ment m\u00e9fiantes envers toute construction supranationale qui pr\u00e9tend \u00e0 la durabilit\u00e9. Ils ont vu l\u2019URSS s\u2019effondrer ; ils regardent l\u2019UE avec les yeux de ceux qui savent que les \u00ab empires \u00bb tombent parfois en quelques semaines.<\/p>\n<p>L\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019UE comme sortie, pas comme projet<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Pour l\u2019Europe de l\u2019Ouest, la construction europ\u00e9enne est n\u00e9e de la guerre. C\u2019est une id\u00e9e structur\u00e9e par le besoin d\u2019\u00e9tablir la paix, la r\u00e9conciliation, le d\u00e9passement des nationalismes fran\u00e7ais et allemand qui ont ravag\u00e9 les XIXe et XXe si\u00e8cles. L\u2019Europe est une m\u00e9moire des lourds fracas anciens. Pour les pays de l\u2019Est, l\u2019adh\u00e9sion en 2004 \u00e9tait avant tout un acte de sortie : sortir du bloc sovi\u00e9tique, de la pauvret\u00e9, de l\u2019isolement. L\u2019Europe \u00e9tait un instrument, pas une finalit\u00e9. Ou, du moins, pas une finalit\u00e9 qui a \u00e9volu\u00e9 dans le temps.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">La politologue am\u00e9ricaine Milada Vachudova l\u2019a document\u00e9 dans Europe Undivided (2005) : au moment des r\u00e9volutions de 1989, l\u2019attrait de l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019UE \u00e9tait \u00ab initialement autant une question de croyances sur l\u2019identit\u00e9 et la culture de ces peuples qu\u2019une question d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9opolitique et \u00e9conomique \u00bb. Ces pays voulaient \u00ab revenir en Europe \u00bb, \u00e0 la civilisation dont Moscou les avait s\u00e9par\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Mais tr\u00e8s vite, cet \u00e9lan identitaire fut remplac\u00e9 par une approche domin\u00e9e par le commerce et l\u2019\u00e9conomie. Une fois ces pays entr\u00e9s dans l\u2019UE, une fois les fonds europ\u00e9ens capt\u00e9s, une fois le niveau de vie relev\u00e9, la question du projet commun a repris le dessus. Et ils n\u2019y avaient pas vraiment r\u00e9fl\u00e9chi. Ils avaient adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 un march\u00e9, pas \u00e0 une communaut\u00e9 de destin avec des valeurs inspir\u00e9es de l\u2019exp\u00e9rience occidentale sur l\u2019\u00c9tat de droit (ind\u00e9pendance de la justice, non-interventionnisme \u00e9tatique dans la presse, respect des minorit\u00e9s). L\u2019orientation plus \u00ab inclusive \u00bb des soci\u00e9t\u00e9s occidentales \u2013 mariage homosexuel, transidentit\u00e9, entre autres \u2013 a eu un effet repoussoir sur ces \u00c9tats d\u2019Europe centrale et leurs opinions.<\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9ritage de l\u2019\u00c9tat captur\u00e9<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">C\u2019est l\u00e0 que l\u2019Histoire se complique et que les explications trop simples s\u2019effondrent. Il est tentant d\u2019imputer le scepticisme de ces pays \u00e0 un d\u00e9ficit de comp\u00e9tition politique, \u00e0 des syst\u00e8mes verrouill\u00e9s par des \u00e9lites qui auraient conserv\u00e9 le monopole du pouvoir depuis 1989. Milada Vachudova a montr\u00e9 de mani\u00e8re convaincante que c\u2019\u00e9tait vrai pour la Bulgarie, la Roumanie et la Slovaquie dans la p\u00e9riode d\u2019avant-adh\u00e9sion : des \u00e9lites postcommunistes reconverties qui pratiquaient le double jeu, \u00ab se comportant en r\u00e9formateurs lib\u00e9raux occidentaux sur la sc\u00e8ne internationale, mais poursuivant des politiques domestiques en contradiction frontale avec la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale \u00bb pour capter \u00e0 la fois les ressources de Bruxelles et les rentes de l\u2019oligarchie nationale.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">L\u2019un de ceux qui pratiquent encore ce double langage et qui a surv\u00e9cu \u00e0 tout est le Serbe Aleksandar Vucic, proeurop\u00e9en \u00e0 Bruxelles, prorusse \u00e0 Moscou, prochinois \u00e0 P\u00e9kin et verrouillant comme il se doit son pouvoir personnel \u00e0 Belgrade.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Mais au sein de l\u2019UE, ce cadre d\u2019explication s\u2019est \u00e9puis\u00e9 apr\u00e8s 2004. La Bulgarie d\u2019aujourd\u2019hui, ce sont huit \u00e9lections en cinq ans, des gouvernements renvers\u00e9s par la rue, et la nouvelle formation de Roumen Radev, cr\u00e9\u00e9e six semaines avant le scrutin, qui rafle 44 % des voix. Ce n\u2019est pas un syst\u00e8me \u00e0 comp\u00e9tition limit\u00e9e, c\u2019est une comp\u00e9tition si intense qu\u2019elle produit une instabilit\u00e9 chronique.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Une instabilit\u00e9, du reste, \u00ab savamment orchestr\u00e9e par des acteurs soit \u00e0 la solde de Moscou pour fatiguer les aspirations d\u00e9mocratiques du peuple, soit par des politiques qui entendaient placer, pendant ces intervalles, des gouvernements soumis, complices de la corruption \u00bb, nous fait remarquer un observateur avis\u00e9 de la situation bulgare.<\/p>\n<p>Le client\u00e9lisme dans les entrailles des \u00c9tats<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">En Slovaquie, Robert Fico a perdu le pouvoir apr\u00e8s <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/des-milliers-de-personnes-manifestant-en-slovaquie-apres-le-meurtre-du-journaliste-jan-kuciak-02-03-2018-2199236_24.php\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/des-milliers-de-personnes-manifestant-en-slovaquie-apres-le-meurtre-du-journaliste-jan-kuciak-02-03-2018-2199236_24.php\">l\u2019assassinat du journaliste Jan Kuciak en 2018<\/a>, et une coalition proeurop\u00e9enne a gouvern\u00e9 tant bien que mal. Mais Fico est revenu par la voie des urnes. En Tch\u00e9quie, la fragmentation partisane est totale, les coalitions se d\u00e9font et se reforment. L\u2019alternance existe. Et pourtant le ph\u00e9nom\u00e8ne persiste.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">La Hongrie, tr\u00e8s stable, fait exception en raison d\u2019une loi \u00e9lectorale de 2011 qui accorde une prime majoritaire \u00e9norme. Si bien que Viktor Orban a pu disposer d\u2019une majorit\u00e9 des deux tiers au Parlement avec seulement 44 % des suffrages exprim\u00e9s en 2014 en faveur du Fidesz. P\u00e9ter Magyar a reproduit la culbute en avril 2026 avec seulement 53,2 % des suffrages en faveur de son parti, Tisza.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Ce qui dure \u2013 en dehors de la Serbie et du cas atypique hongrois \u2013, ce n\u2019est donc pas le verrouillage du pouvoir, mais quelque chose de plus profond et difficile \u00e0 extirper : ce que l\u2019on pourrait appeler la culture de l\u2019\u00c9tat captur\u00e9. Une culture dans laquelle chaque nouvelle force politique, une fois arriv\u00e9e au pouvoir, est tent\u00e9e de reproduire les m\u00eames m\u00e9canismes non par id\u00e9ologie, mais par opportunit\u00e9, par instinct, par mim\u00e9tisme.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Les r\u00e9seaux client\u00e9listes ne sont pas dans les mains d\u2019un parti : ils sont dans les entrailles de l\u2019\u00c9tat. Quand <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/bulgarie-boiko-borissov-le-cow-boy-de-l-europe-18-12-2020-2406401_24.php\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/bulgarie-boiko-borissov-le-cow-boy-de-l-europe-18-12-2020-2406401_24.php\">le Bulgare Bo\u00efko Borissov<\/a> perd, le pouvoir de l\u2019oligarchie ne perd pas forc\u00e9ment avec lui. C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 le vrai h\u00e9ritage du communisme : non pas l\u2019absence de comp\u00e9tition, mais l\u2019id\u00e9e que le pouvoir est d\u2019abord une ressource \u00e0 extraire et que les r\u00e8gles du jeu europ\u00e9en sont, elles aussi, une ressource parmi d\u2019autres.<\/p>\n<p>La corruption des proeurop\u00e9ens<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Il y a une ironie cruelle dans l\u2019histoire de ces pays. Dans la plupart d\u2019entre eux, les partis les plus explicitement proeurop\u00e9ens ont aussi \u00e9t\u00e9 les plus corrompus. En Bulgarie, le PP-DB, pro-occidental (membre de Renew), a gouvern\u00e9 dans des arrangements oligarchiques avec Bo\u00efko Borissov, le chef de file du Gerb (PPE). En Tch\u00e9quie, Andrej Babis lui-m\u00eame se pr\u00e9sentait comme le candidat de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, avant d\u2019\u00eatre mis en examen pour fraude aux fonds europ\u00e9ens pour avoir particip\u00e9 aux d\u00e9cisions sur la PAC tout en conservant son empire agricole. En Slovaquie, les gouvernements proeurop\u00e9ens qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le retour de Robert Fico ont \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s par des scandales retentissants.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">R\u00e9sultat : dans ces pays, l\u2019\u00e9tiquette \u00ab proeurop\u00e9en \u00bb est, dans l\u2019esprit populaire, souvent associ\u00e9e au personnel \u00ab corrompu \u00bb mais \u00ab qui parle bien \u00bb. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, le souverainiste est per\u00e7u comme celui qui \u00ab d\u00e9fend le peuple contre les \u00e9lites connect\u00e9es \u00e0 Bruxelles \u00bb. C\u2019est un renversement rh\u00e9torique d\u2019une efficacit\u00e9 redoutable, d\u2019autant plus difficile \u00e0 contrer qu\u2019il repose partiellement sur des faits av\u00e9r\u00e9s et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Ivan Krastev en tire une cons\u00e9quence paradoxale : l\u2019UE, en servant de filet de s\u00e9curit\u00e9 institutionnel pour ces d\u00e9mocraties fragiles, <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/europeennes-2024-ces-erreurs-de-strategies-qui-menacent-les-principaux-partis-21-03-2024-2555652_24.php\" target=\"_self\" rel=\"nofollow noopener\" title=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/monde\/europeennes-2024-ces-erreurs-de-strategies-qui-menacent-les-principaux-partis-21-03-2024-2555652_24.php\">a encourag\u00e9 les \u00e9lecteurs \u00e0 voter pour des partis irresponsables<\/a>, sachant que Bruxelles corrigerait les exc\u00e8s. Pourquoi craindre Jaroslaw Kaczynski si la Commission finit par le rappeler \u00e0 l\u2019ordre et la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne condamne les lois les plus liberticides ? L\u2019appartenance \u00e0 l\u2019UE a, paradoxalement, d\u00e9sarm\u00e9 une partie de la vigilance d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Ces pays re\u00e7oivent beaucoup d\u2019argent, mais \u00e0 des conditions qui ne sont pas toujours sym\u00e9triques. Les normes qu\u2019on leur impose ont \u00e9t\u00e9 \u00e9dict\u00e9es par des pays qui avaient d\u00e9j\u00e0 fait leur r\u00e9volution industrielle. Le Green Deal leur co\u00fbte la transition d\u2019\u00e9conomies au charbon sans m\u00e9canismes de compensation suffisants. D\u2019o\u00f9 ce th\u00e8me fr\u00e9quent \u00e0 l\u2019est : le march\u00e9 carbone est trop cher, revenons au p\u00e9trole et au gaz.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Viktor Orban a souvent qualifi\u00e9 les dirigeants occidentaux d\u2019\u00ab aristocrates \u00bb. Il y a ceux qui pilotent \u2013 la France et l\u2019Allemagne, beaucoup \u2013 et ceux \u00e0 qui on demande d\u2019attacher leur ceinture sur le si\u00e8ge passager. Ce ressentiment est parfois instrumentalis\u00e9 cyniquement : lorsqu\u2019il a fallu d\u00e9cider sur le p\u00e9trole russe, la Hongrie et la Slovaquie ont obtenu leur d\u00e9rogation. Viktor Orban n\u2019en a jamais fait la publicit\u00e9, il pr\u00e9f\u00e9rait d\u00e9noncer \u00ab Bruxelles \u00bb \u2013 c\u2019\u00e9tait plus rentable politiquement \u2013, jusqu\u2019\u00e0 ce que la g\u00e9n\u00e9ration Z aille aux urnes pour chasser la corruption devenue trop voyante.<\/p>\n<p>Un rapport ambivalent avec la Russie<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Il faut enfin nommer ce que les capitales occidentales pr\u00e9f\u00e8rent ne pas voir : la Russie, pour certains des pays, n\u2019est pas seulement un voisin dangereux, c\u2019est une pr\u00e9sence culturelle, historique, parfois affective, que l\u2019on ne d\u00e9cr\u00e8te pas hostile par d\u00e9cision politique. La Bulgarie en est l\u2019exemple le plus abouti. Le pays a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 du joug ottoman par les arm\u00e9es russes en 1878, cela figure dans les manuels scolaires et s\u2019affiche dans des noms de rues.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">La Serbie partage la m\u00eame matrice orthodoxe et slave avec Moscou. La Slovaquie conserve une \u00e9conomie longtemps structur\u00e9e autour du gaz russe et ne peut pas s\u2019en d\u00e9faire si ais\u00e9ment, m\u00e9nageant ainsi Vladimir Poutine autant par crainte que par int\u00e9r\u00eat (un gaz bon march\u00e9).<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Pas \u00e9tonnant, d\u00e8s lors, que seuls 14 % des Bulgares consid\u00e8rent la Russie comme un ennemi de l\u2019UE \u2013 contre une moyenne europ\u00e9enne de 48 % \u2013 et que 29 % des sond\u00e9s attribuent la responsabilit\u00e9 premi\u00e8re ou unique de la guerre \u00e0 l\u2019Ukraine \u2013 contre une moyenne europ\u00e9enne de 9 %, selon l\u2019\u00e9tude de l\u2019European Council on Foreign Relations. Roumen Radev a aussi surf\u00e9, par ses ambigu\u00eft\u00e9s, sur ce sentiment que la Russie n\u2019est pas l\u2019ennemi que l\u2019Occident veut bien d\u00e9peindre.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Et puis, il y a l\u2019h\u00e9ritage ambigu de l\u2019internationalisme forc\u00e9. Selon Ivan Krastev, 1968 symbolise \u2013 en Allemagne, notamment \u2013 l\u2019adh\u00e9sion aux valeurs cosmopolites, une fa\u00e7on de se racheter de l\u2019h\u00e9ritage nazi. Mais en Europe centrale et orientale, 1968 signifie les chars sovi\u00e9tiques \u00e0 Prague et un internationalisme v\u00e9cu comme une domination d\u00e9guis\u00e9e. L\u2019anticosmopolitisme de ces soci\u00e9t\u00e9s a une part d\u2019aversion instinctive pour tout ce qui ressemble \u00e0 une norme universelle venue d\u2019ailleurs, f\u00fbt-ce de Bruxelles, qui ne dispose d\u2019aucun char pour les imposer. \u00ab \u00catre cosmopolite et en m\u00eame temps un bon Polonais, un bon Tch\u00e8que, un bon Bulgare, ce n\u2019est tout simplement pas possible \u00bb, \u00e9crit Ivan Krastev, citant l\u2019historien Tony Judt. L\u2019appartenance nationale et l\u2019appartenance europ\u00e9enne restent, dans ces pays, des identit\u00e9s qui se concurrencent plut\u00f4t qu\u2019elles ne se superposent, du moins dans les milieux plus ruraux. Les grandes villes de l\u2019Est sont d\u00e9j\u00e0 dans une humeur plus occidentale.<\/p>\n<p>Int\u00e9gration \u00e9conomique ou int\u00e9gration politique ?<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">L\u2019UE a ouvert la porte en 2004, distribu\u00e9 l\u2019argent et suppos\u00e9 que l\u2019adh\u00e9sion produirait naturellement l\u2019appartenance \u00e0 cet ensemble. L\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique ne produit pas syst\u00e9matiquement l\u2019int\u00e9gration politique, la comp\u00e9tition \u00e9lectorale ne suffit pas \u00e0 transformer des \u00c9tats dont les institutions profondes restent aux mains d\u2019oligarques. Elle a sous-estim\u00e9 que la culture de l\u2019\u00c9tat pr\u00e9dateur survit aux alternances, que les oligarques changent de parti plus vite que les partis ne changent les oligarques. \u00ab En Hongrie, en ce moment, tout \u00e0 coup les oligarques li\u00e9s \u00e0 Viktor Orban semblent avoir pris conscience qu\u2019ils \u00e9taient finalement li\u00e9s au parti Tisza \u00bb, nous fait remarquer, avec ironie, un diplomate hongrois \u00e0 Budapest.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Radev, Fico, Babis sont en partie le produit de cette erreur de calcul. Ils ne sont pas pour autant des clones d\u2019Orban, mais ils veulent n\u00e9gocier leur place dans l\u2019UE avec le maximum d\u2019avantages et le minimum de contraintes. La Slovaquie a obtenu sa d\u00e9rogation sur le p\u00e9trole russe. La Bulgarie obtiendra peut-\u00eatre son accord sur le nucl\u00e9aire russe. C\u2019est le mode de fonctionnement ordinaire, discret et efficace, d\u2019une Europe \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable, o\u00f9 les exceptions sur mesure sont le prix de la coh\u00e9sion formelle.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">La vraie question n\u2019est pas de savoir si ces pays sont vraiment europ\u00e9ens. Les citoyens de Varsovie ou de Sofia soutiennent l\u2019Union souvent plus sinc\u00e8rement que ceux de Paris ou de Rome \u2013 Giorgia Meloni, Geert Wilders ou Jordan Bardella rappellent que l\u2019euroscepticisme n\u2019est pas un privil\u00e8ge oriental. La vraie question est de savoir si l\u2019Ouest a compris, vingt-deux ans apr\u00e8s l\u2019\u00e9largissement de 2004, qu\u2019il fallait gouverner avec ces pays plut\u00f4t que de leur faire la le\u00e7on.<\/p>\n<p class=\"c-paragraph\">Viktor Orban bloquait avec fracas, il a fini par perdre le pouvoir. Ses successeurs prolongeront cette r\u00e9sistance de l\u2019int\u00e9rieur, sans doute plus discr\u00e8tement : on prend ce qui int\u00e9resse, on laisse ce qui d\u00e9range. C\u2019est peut-\u00eatre, au fond, ce que vingt-sept souverainet\u00e9s nationales aux histoires radicalement diff\u00e9rentes produisent in\u00e9vitablement. L\u2019Europe ne se fracturera pas n\u00e9cessairement parce que l\u2019Est et l\u2019Ouest ont des histoires diff\u00e9rentes. Elle se fracturera si elle continue de pr\u00e9tendre que la fracture n\u2019existe qu\u2019\u00e0 l\u2019Est.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"LA LETTRE DE BRUXELLES. 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