{"id":84704,"date":"2026-04-24T17:26:23","date_gmt":"2026-04-24T17:26:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/84704\/"},"modified":"2026-04-24T17:26:23","modified_gmt":"2026-04-24T17:26:23","slug":"el-nino-2023-2024-la-plus-grande-anomalie-marine-jamais-enregistree-autour-de-lafrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/84704\/","title":{"rendered":"El Ni\u00f1o 2023-2024 : la plus grande anomalie marine jamais enregistr\u00e9e autour de l&rsquo;Afrique"},"content":{"rendered":"<p>Le r\u00e9chauffement des oc\u00e9ans s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, et l&rsquo;Afrique en paie le<br \/>\nprix. Une \u00e9tude publi\u00e9e dans la revue <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s43247-026-03204-9\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">Communications Earth &amp;<br \/>\nEnvironment<\/a> par le Dr Franck Eitel Kemgang Ghomsi,<br \/>\nchercheur postdoctoral au Centre Nansen-Tutu pour la recherche<br \/>\nenvironnementale marine, au sein du d\u00e9partement d&rsquo;oc\u00e9anographie de<br \/>\nl&rsquo;Universit\u00e9 du Cap (Afrique du Sud), r\u00e9v\u00e8le que l&rsquo;El Ni\u00f1o<br \/>\n2023-2024 a d\u00e9clench\u00e9 la plus forte anomalie du niveau de la mer<br \/>\njamais mesur\u00e9e dans les eaux entourant le continent africain. Elle<br \/>\nsurpasse m\u00eame l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de 1997-1998, celui qui avait provoqu\u00e9<br \/>\ns\u00e9cheresses catastrophiques en Asie du Sud-Est, inondations<br \/>\nmassives en Am\u00e9rique du Sud et perturbations climatiques sur tous<br \/>\nles continents.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats, fond\u00e9s sur plus de trois d\u00e9cennies de donn\u00e9es<br \/>\nsatellitaires, sugg\u00e8rent que les c\u00f4tes africaines entrent dans une<br \/>\nphase in\u00e9dite de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Pour William Llovel, chercheur CNRS<br \/>\nau Laboratoire d&rsquo;Oc\u00e9anographie Physique et Spatiale de l&rsquo;Universit\u00e9<br \/>\nde Bretagne Occidentale \u00e0 Brest, sp\u00e9cialiste du niveau de la mer,<br \/>\nles conclusions de cette \u00e9tude devraient \u00eatre confirm\u00e9es. \u00ab De<br \/>\nprochaines \u00e9tudes pourront confirmer ces r\u00e9sultats avec des outils<br \/>\ncompl\u00e9mentaires \u00e0 l\u2019altim\u00e9trie spatiale, notamment \u00e0 l\u2019aide de la<br \/>\nmod\u00e9lisation num\u00e9rique. \u00bb, nous confie-t-il.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9quipe a analys\u00e9 les donn\u00e9es d&rsquo;altim\u00e9trie satellitaire<br \/>\ncouvrant la p\u00e9riode 1993-2024, sur l&rsquo;ensemble des domaines<br \/>\nmaritimes africains : oc\u00e9an Atlantique, oc\u00e9an Indien, mer<br \/>\nM\u00e9diterran\u00e9e, mer Rouge et leurs mers adjacentes. Le niveau<br \/>\nr\u00e9gional de la mer a progress\u00e9 de 11,26 cm depuis 1993, \u00e0 un rythme<br \/>\nd\u00e9passant la moyenne mondiale. Et avec une acc\u00e9l\u00e9ration de 0,14 mm<br \/>\npar an\u00b2, sup\u00e9rieure \u00e0 celle observ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle globale. En<br \/>\nisolant l&rsquo;effet des cycles climatiques naturels, les chercheurs<br \/>\nmesurent une anomalie de 27 mm lors de l&rsquo;El Ni\u00f1o 2023-2024, contre<br \/>\n19 mm en 1997-1998. La chaleur accumul\u00e9e \u00e0 la surface des oc\u00e9ans<br \/>\nexplique plus de 70 % de cette hausse.<\/p>\n<p>Un oc\u00e9an sous fi\u00e8vre<\/p>\n<p>L&rsquo;expansion thermique de l&rsquo;eau, gonfl\u00e9e par la chaleur,<br \/>\nconstitue le principal m\u00e9canisme physique \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre. Ce que l&rsquo;\u00e9tude<br \/>\nmet surtout en lumi\u00e8re, c&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne de pr\u00e9conditionnement<br \/>\noc\u00e9anique. Concr\u00e8tement, avant m\u00eame le d\u00e9clenchement de l&rsquo;El Ni\u00f1o,<br \/>\nl&rsquo;oc\u00e9an avait d\u00e9j\u00e0 accumul\u00e9 des quantit\u00e9s anormales de chaleur dans<br \/>\nses 300 premiers m\u00e8tres. Trois autres modes climatiques, le dip\u00f4le<br \/>\nde l&rsquo;oc\u00e9an Indien, l&rsquo;El Ni\u00f1o atlantique et l&rsquo;indice tropical de<br \/>\nl&rsquo;Atlantique Nord, avaient simultan\u00e9ment atteint des niveaux<br \/>\nrecords, amplifiant la r\u00e9ponse oc\u00e9anique bien au-del\u00e0 de ce que la<br \/>\nseule intensit\u00e9 de l&rsquo;El Ni\u00f1o aurait produit. Les vents<br \/>\nhabituellement responsables de la remont\u00e9e des eaux froides<br \/>\nprofondes le long des c\u00f4tes se sont effondr\u00e9s. La stratification<br \/>\nverticale de l&rsquo;oc\u00e9an, devenue extr\u00eame, a agi comme un couvercle.<br \/>\nElle a pi\u00e9g\u00e9 la chaleur en surface et quadrupl\u00e9 le contenu<br \/>\ncalorifique des couches sup\u00e9rieures par rapport aux \u00e9v\u00e9nements<br \/>\npr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>Comprendre la part du changement climatique dans ce m\u00e9canisme<br \/>\nreste un d\u00e9fi. \u00ab On a encore la variabilit\u00e9 naturelle du<br \/>\nclimat, notamment El Ni\u00f1o, qui nous emp\u00eache de bien d\u00e9tecter cette<br \/>\norigine anthropique r\u00e9gionalement \u00bb, souligne William Llovel.<br \/>\nCe m\u00e9canisme est-il appel\u00e9 \u00e0 devenir la norme ? Llovel temp\u00e8re :<br \/>\n\u00ab On s&rsquo;attend \u00e0 ce que les oc\u00e9ans se r\u00e9chauffent en r\u00e9ponse au<br \/>\nchangement climatique. Mais est-ce que ce pr\u00e9conditionnement va<br \/>\n\u00eatre pr\u00e9pond\u00e9rant dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir ? Je n\u2019ai pas la<br \/>\nr\u00e9ponse \u00e0 cette question aujourd\u2019hui. La communaut\u00e9 scientifique<br \/>\ndevra apporter des r\u00e9ponses \u00e0 cette question. \u00bb<\/p>\n<p>Un tournant en 2009<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude identifie un point d&rsquo;inflexion statistiquement robuste<br \/>\nautour de 2009. Le rythme de la mont\u00e9e des eaux a bondi de 73 %,<br \/>\npassant de 2,72 \u00e0 4,70 mm par an. La seule p\u00e9riode 2023-2024 a<br \/>\ncontribu\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s d&rsquo;un cinqui\u00e8me de l&rsquo;ensemble de la hausse<br \/>\nenregistr\u00e9e depuis 1993. Ce basculement est-il r\u00e9versible ? Llovel<br \/>\nobserve des signaux qui convergent : \u00ab On l&rsquo;observe aussi avec<br \/>\nune acc\u00e9l\u00e9ration de la fonte du Groenland, une s\u00e9cheresse \u00e9norme en<br \/>\nAmazonie vers 2010, tout concorde pour nous dire que c&rsquo;est un lien<br \/>\navec le r\u00e9chauffement climatique. \u00bb Mais il refuse de conclure<br \/>\n\u00e0 l&rsquo;irr\u00e9versibilit\u00e9. \u00ab Il y a des signaux qui convergent, mais<br \/>\non n&rsquo;a pas la pr\u00e9cision n\u00e9cessaire pour l&rsquo;attester clairement.<br \/>\n\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-237419\" itemprop=\"thumbnailUrl\" class=\"wp-image-237419 img-responsive\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/niveau-mer-afrique-1024x1024.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"500\"\/> \u00a9 K. Ghomsi et al.,<br \/>\n2026<\/p>\n<p id=\"caption-attachment-237419\" class=\"wp-caption-text\">Anomalie<br \/>\nde la mont\u00e9e de eaux de 1994 \u00e0 2024.<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 tient \u00e0 la complexit\u00e9 d&rsquo;attribuer r\u00e9gionalement la<br \/>\npart humaine dans ces ph\u00e9nom\u00e8nes. \u00ab En moyenne globale, des<br \/>\n\u00e9tudes ont d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 la contribution humaine \u00e0 la hausse du<br \/>\nniveau de la mer. Le signal anthropique est donc plus facilement<br \/>\nd\u00e9tectable. R\u00e9gionalement, c&rsquo;est tr\u00e8s compliqu\u00e9 encore aujourd&rsquo;hui.<br \/>\nCertaines \u00e9tudes affirment cela avec un seul mod\u00e8le, mais d\u00e8s qu&rsquo;on<br \/>\nregarde un autre mod\u00e8le, nous obtenons une histoire tout \u00e0 fait<br \/>\ndiff\u00e9rente \u00bb, explique Llovel. Sur les c\u00f4tes europ\u00e9ennes, ce<br \/>\nph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019a pour le moment pas \u00e9t\u00e9 document\u00e9.<\/p>\n<p>Ce que les outils ne voient pas<br \/>\nencore<\/p>\n<p>Cette menace p\u00e8se directement sur plus de 15 millions<br \/>\nd&rsquo;habitants r\u00e9partis dans 38 nations c\u00f4ti\u00e8res africaines\u2026<br \/>\nInondations, affaissement des terres et intrusion saline. Les<br \/>\npetits \u00c9tats insulaires, Seychelles, Comores, voient leurs<br \/>\ninfrastructures et leurs r\u00e9serves d&rsquo;eau douce fragilis\u00e9es. La<br \/>\nsuppression des remont\u00e9es d&rsquo;eaux profondes riches en nutriments<br \/>\nmenace les p\u00eacheries dont d\u00e9pendent des millions de personnes.<\/p>\n<p>Llovel pointe \u00e9galement une limite m\u00e9thodologique pr\u00e9cise.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9tude repose sur un produit satellitaire grill\u00e9 fourni par<br \/>\nCopernicus. Certes tr\u00e8s fiable en oc\u00e9an ouvert, il se montre moins<br \/>\npr\u00e9cis \u00e0 proximit\u00e9 des c\u00f4tes, l\u00e0 o\u00f9 le signal radar est perturb\u00e9<br \/>\npar les terres. \u00ab Quand on s&rsquo;en rapproche des c\u00f4tes, il ne<br \/>\nconstitue pas le meilleur produit \u00bb, note-t-il. Pour affiner<br \/>\nces r\u00e9sultats, plusieurs approches compl\u00e9mentaires s&rsquo;imposent. Les<br \/>\ndonn\u00e9es altim\u00e9triques le long de la trace satellitaire d&rsquo;abord,<br \/>\nplus pr\u00e9cises en zone c\u00f4ti\u00e8re.<\/p>\n<p>Les mar\u00e9graphes ensuite, mais coupl\u00e9s obligatoirement \u00e0 un GPS.<br \/>\n\u00ab Le mar\u00e9graphe donne vraiment le niveau de la mer local et<br \/>\nc\u00f4tier. Il faut le combiner avec un GPS pour retirer les signaux de<br \/>\nsubsidence terrestre. Si des constructions lourdes sont \u00e9rig\u00e9es \u00e0<br \/>\nproximit\u00e9, le sol peut s&rsquo;affaisser l\u00e9g\u00e8rement. Le mar\u00e9graphe<br \/>\nenregistre alors une hausse du niveau de la mer qui n&rsquo;en est pas<br \/>\nvraiment une \u00bb. Les profileurs Argo compl\u00e8tent utilement le<br \/>\ntableau pour l&rsquo;oc\u00e9an ouvert, en croisant temp\u00e9rature et salinit\u00e9<br \/>\navec les mesures altim\u00e9triques. Mais pr\u00e8s des c\u00f4tes, leur usage<br \/>\nreste limit\u00e9 : \u00ab le programme Argo avait pour but initial<br \/>\nd\u2019observer l\u2019oc\u00e9an ouvert et non les r\u00e9gions c\u00f4ti\u00e8res peu-profondes<br \/>\n\u00bb.<\/p>\n<p>Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;altim\u00e8tre spatial change la donne :<br \/>\nSWOT, con\u00e7u pour mesurer le niveau de la mer \u00e0 quelques centaines<br \/>\nde m\u00e8tres seulement du rivage. \u00ab C&rsquo;est tr\u00e8s int\u00e9ressant pour<br \/>\nnos futures recherches \u00bb, conclut Llovel.<\/p>\n<p>Source\u00a0: Kemgang Ghomsi, et al., \u201c<a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s43247-026-03204-9\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">2023-2024 El Ni\u00f1o amplifies record sea<br \/>\nlevel surges in African marine domains<\/a>\u201d.\u00a0Commun Earth<br \/>\nEnviron\u00a07, 179 (2026).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le r\u00e9chauffement des oc\u00e9ans s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, et l&rsquo;Afrique en paie le prix. 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