{"id":8542,"date":"2026-02-09T19:00:08","date_gmt":"2026-02-09T19:00:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/8542\/"},"modified":"2026-02-09T19:00:08","modified_gmt":"2026-02-09T19:00:08","slug":"la-devaluation-du-franc-cfa-seloigne-mais-la-stagnation-menace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/8542\/","title":{"rendered":"la d\u00e9valuation du franc CFA s\u2019\u00e9loigne mais la stagnation menace"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 chaque sommet extraordinaire des chefs d\u2019\u00c9tat de la CEMAC (Communaut\u00e9 \u00e9conomique et mon\u00e9taire d\u2019Afrique centrale), la question d\u2019une d\u00e9valuation du franc CFA d\u2019Afrique centrale revient r\u00e9guli\u00e8rement dans le d\u00e9bat public et les m\u00e9dias locaux. Ce d\u00e9bat est aliment\u00e9 par des interpr\u00e9tations de toutes sortes sur les fragilit\u00e9s structurelles des \u00e9conomies de la r\u00e9gion et par le rappel des risques de crise mon\u00e9taire de 2016, lorsque tout le monde, y compris le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) et la Banque de France, s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9 \u00e0 Yaound\u00e9 au Cameroun, pour trouver des solutions ad\u00e9quates.<\/p>\n<p>Pas de d\u00e9valuation \u00e0 court terme&#13;\n<\/p>\n<p>Pourtant, les signaux les plus r\u00e9cents convergent vers un constat clair : \u00e0 court terme, le risque de d\u00e9valuation demeure tr\u00e8s nettement \u00e9loign\u00e9. L\u2019agence de notation am\u00e9ricaine S&amp;P Global Ratings, dans un rapport publi\u00e9 le 2 f\u00e9vrier dernier\u00a0 estime que ce sc\u00e9nario est improbable, en coh\u00e9rence avec les donn\u00e9es publi\u00e9es par la Banque des \u00c9tats de l\u2019Afrique centrale et la Banque mondiale.<\/p>\n<p>Fin 2025, les r\u00e9serves de change de la CEMAC couvraient pr\u00e8s de 5 mois d\u2019importations, un niveau sensiblement sup\u00e9rieur au seuil critique g\u00e9n\u00e9ralement retenu par les institutions financi\u00e8res internationales (4 mois) pour les pays riches en ressources naturelles. L\u2019inflation qui avait fortement pes\u00e9 sur les m\u00e9nages apr\u00e8s la pand\u00e9mie et le choc \u00e9nerg\u00e9tique mondial, est en net reflux : elle est repass\u00e9e sous les 3 % en moyenne r\u00e9gionale, gr\u00e2ce \u00e0 la normalisation des prix import\u00e9s et \u00e0 une politique mon\u00e9taire plus lisible.<\/p>\n<p>En 2025, la banque centrale (BEAC) a ainsi pu amorcer un assouplissement prudent de sa politique de contr\u00f4le de la masse mon\u00e9taire en circulation dans la r\u00e9gion, rompant avec plusieurs ann\u00e9es de resserrement dict\u00e9es par l\u2019urgence de maintenir la stabilit\u00e9 ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Cette stabilit\u00e9 nominale constitue un acquis important. Elle s\u00e9curise la parit\u00e9 du franc CFA, r\u00e9duit les anticipations n\u00e9gatives et offre aux \u00c9tats un environnement macro\u00e9conomique plus pr\u00e9visible. Mais elle ne doit pas masquer une r\u00e9alit\u00e9 plus inconfortable : la stabilisation mon\u00e9taire n\u2019a pas encore entra\u00een\u00e9 de transformation \u00e9conomique profonde. La croissance r\u00e9gionale reste mod\u00e9r\u00e9e et, surtout, insuffisante pour am\u00e9liorer sensiblement le niveau de vie des populations. Selon la Banque mondiale, pr\u00e8s de 37 % des habitants de la CEMAC vivent encore en situation d\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9 et la croissance du revenu par habitant demeure quasi nulle.<\/p>\n<p>Le vrai d\u00e9s\u00e9quilibre est d\u00e9sormais domestique&#13;\n<\/p>\n<p>Le c\u0153ur du probl\u00e8me s\u2019est d\u00e9plac\u00e9. Il ne se situe plus principalement dans la balance des paiements ou dans le r\u00e9gime de change, mais dans le fonctionnement interne des \u00e9conomies de la r\u00e9gion. Malgr\u00e9 l\u2019assouplissement mon\u00e9taire, le cr\u00e9dit au secteur priv\u00e9 progresse lentement et demeure co\u00fbteux, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. Les banques, confront\u00e9es \u00e0 un environnement per\u00e7u comme risqu\u00e9 et \u00e0 des contraintes prudentielles \u00e9lev\u00e9es, privil\u00e9gient massivement les titres publics, dont les encours ont fortement augment\u00e9 depuis 2023. Ce choix est rationnel du point de vue bancaire, mais il a un co\u00fbt macro\u00e9conomique. Il limite le financement de l\u2019investissement productif, freine la diversification \u00e9conomique et entretient une d\u00e9pendance persistante aux hydrocarbures et aux mati\u00e8res premi\u00e8res.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es de la BEAC montrent pourtant une dynamique contrast\u00e9e : si certaines productions comme le gaz naturel, progressent rapidement dans des pays comme le Congo, ces gains restent concentr\u00e9s et peu diffus\u00e9s dans le reste de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>La situation actuelle place la CEMAC face \u00e0 une \u00e9quation d\u00e9licate. La stabilit\u00e9 mon\u00e9taire, longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019objectif prioritaire, n\u2019est plus suffisante en soi.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable enjeu est d\u00e9sormais la transmission de cette stabilit\u00e9 vers l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle : r\u00e9orientation du cr\u00e9dit vers les secteurs productifs, am\u00e9lioration du climat des affaires, s\u00e9curisation juridique de l\u2019investissement et mise en \u0153uvre effective des r\u00e9formes structurelles annonc\u00e9es lors des sommets r\u00e9gionaux. \u00c0 d\u00e9faut, le risque n\u2019est pas une crise brutale, mais une stagnation prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Une stabilit\u00e9 macro\u00e9conomique \u00ab par le haut \u00bb, rassurante pour les march\u00e9s et les agences de notation, mais socialement co\u00fbteuse et politiquement fragile. La d\u00e9valuation n\u2019est plus la menace imm\u00e9diate. Le v\u00e9ritable test pour la CEMAC est d\u00e9sormais sa capacit\u00e9 \u00e0 transformer un \u00e9quilibre mon\u00e9taire retrouv\u00e9 en prosp\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e et durable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00c0 chaque sommet extraordinaire des chefs d\u2019\u00c9tat de la CEMAC (Communaut\u00e9 \u00e9conomique et mon\u00e9taire d\u2019Afrique centrale), la question&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":8543,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[58,6,4776,4779,4777,4778,59,4782,4780,4781],"class_list":{"0":"post-8542","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-afrique","8":"tag-58","9":"tag-afrique","10":"tag-cemac","11":"tag-cfa","12":"tag-devaluation","13":"tag-franc","14":"tag-la-tribune-afrique","15":"tag-menace","16":"tag-seloigne","17":"tag-stagnation"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116042217748002049","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8542","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8542"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8542\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8543"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8542"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8542"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8542"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}