{"id":87570,"date":"2026-04-28T10:21:08","date_gmt":"2026-04-28T10:21:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/87570\/"},"modified":"2026-04-28T10:21:08","modified_gmt":"2026-04-28T10:21:08","slug":"souverainete-numerique-pourquoi-mistral-ne-suffira-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/87570\/","title":{"rendered":"Souverainet\u00e9 num\u00e9rique : pourquoi Mistral ne suffira pas"},"content":{"rendered":"<p>Le Maroc a mis\u00e9 sur Mistral pour asseoir sa doctrine de \u201cnon-alignement technologique\u201d. Un geste politiquement fort, mais qui ne couvre qu\u2019une fraction de la cha\u00eene de la donn\u00e9e. Cloud d\u2019ex\u00e9cution, infrastructures physiques, progiciels embarqu\u00e9s\u2026 autant de strates qui \u00e9chappent encore \u00e0 la mainmise de la tutelle.<\/p>\n<p>Sept mois apr\u00e8s la signature du partenariat entre Rabat et Mistral, pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019acte fondateur d\u2019une strat\u00e9gie d\u2019autonomie face \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des g\u00e9ants de l\u2019IA, la doctrine de non-alignement technologique pleinement assum\u00e9e par Amal El Fallah Seghrouchni, ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e charg\u00e9e de la Transition num\u00e9rique et de la R\u00e9forme de l\u2019administration, semble tenir le cap. Elle ne vaut cependant que pour un maillon de la cha\u00eene, celui des mod\u00e8les d\u2019IA. En amont comme en aval, la donn\u00e9e traverse des strates dont l\u2019architecture est adoss\u00e9e \u00e0 des juridictions sur lesquelles le Maroc n\u2019a aucune emprise.<\/p>\n<p>Dans l\u2019esprit du grand public, la souverainet\u00e9 num\u00e9rique renvoie encore \u00e0 une question d\u2019h\u00e9bergement. Savoir o\u00f9 se trouvent les serveurs, sous quelle juridiction. L\u2019av\u00e8nement de l\u2019intelligence artificielle d\u00e9place la ligne de front. En pratique, l\u2019acc\u00e8s aux technologies cognitives pr\u00e9suppose un empilement de briques technologiques, du datacenter indispensable \u00e0 l\u2019h\u00e9bergement, au mod\u00e8le qui raisonne en passant par le cloud qui l\u2019ex\u00e9cute. Chaque brique est fournie par un acteur diff\u00e9rent, et rel\u00e8ve d\u2019un droit qui lui est propre. D\u2019o\u00f9 le choix de Mistral sur la partie la plus visible de l\u2019iceberg. Quid de la partie immerg\u00e9e, et des diff\u00e9rentes strates qui la composent ?<\/p>\n<p>Donn\u00e9es sensibles<br \/>La premi\u00e8re strate est celle du cloud. Le Maroc y a vu d\u00e9barquer, en quelques mois, les g\u00e9ants am\u00e9ricains du cloud computing. Oracle, AWS et Google Cloud op\u00e8rent d\u00e9sormais sur le territoire via des partenariats nou\u00e9s avec les op\u00e9rateurs et datacenters locaux, \u00e0 l\u2019image d\u2019Oracle avec N+ONE, d\u2019Orange Maroc avec AWS ou de Maroc Telecom avec Google Cloud. L\u2019argument commercial est celui de la souverainet\u00e9, donn\u00e9e h\u00e9berg\u00e9e sur le sol national, conform\u00e9ment \u00e0 la loi 09-08 et \u00e0 la loi 05-20 sur la cybers\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 juridique est plus nuanc\u00e9e. Un fournisseur sous pavillon am\u00e9ricain reste tenu de r\u00e9pondre aux r\u00e9quisitions pr\u00e9vues par le Cloud Act, quelle que soit la localisation physique des serveurs. Autrement dit, h\u00e9berger une donn\u00e9e \u00e0 Casablanca ne suffit pas \u00e0 la soustraire au droit am\u00e9ricain d\u00e8s lors que le prestataire qui l\u2019exploite rel\u00e8ve de cette juridiction.<\/p>\n<p>\u00abEn cherchant une alternative europ\u00e9enne comme Mistral, le Maroc tente justement de limiter ce risque et de s\u2019assurer que ses donn\u00e9es sensibles restent sous une juridiction plus align\u00e9e sur ses propres int\u00e9r\u00eats\u00bb, rel\u00e8ve Hachim Ohlale, consultant en IA et head of Analytics and Data Science chez Synechron.<\/p>\n<p>Un principe qui vaut pour la couche mod\u00e8le, mais qui peine \u00e0 se propager aux strates inf\u00e9rieures. Vient ensuite l\u2019infrastructure physique. Datacenters, syst\u00e8mes de refroidissement, cha\u00eenes d\u2019alimentation \u00e9lectrique. Interrog\u00e9s en marge du Gitex 2026, les \u00e9quipementiers europ\u00e9ens affirment que leur p\u00e9rim\u00e8tre se cantonne \u00e0 la gestion des infrastructures et \u00e0 la fourniture de l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>\u00abEn tant qu\u2019\u00e9quipementier, notre r\u00f4le est d\u2019apporter l\u2019infrastructure, la partie gestion de l\u2019\u00e9nergie et l\u2019architecture du data center. Nous n\u2019intervenons ni sur la donn\u00e9e elle-m\u00eame, ni sur la partie serveur, ni sur le volet stockage\u00bb, confie Amine Benchekroun, vice-pr\u00e9sident Secure Power &amp; Data Center de Schneider Electric Maroc.<\/p>\n<p>Un argument plausible, \u00e0 condition que le cloud qui exploite cette infrastructure soit lui-m\u00eame align\u00e9 sur la doctrine nationale, ce qui n\u2019est, a priori, pas toujours le cas. Cela dit, la couche la plus opaque est celle des progiciels applicatifs. Ces ERP qui font tourner la comptabilit\u00e9, les ressources humaines, les achats ou la paie des administrations et des grandes entreprises. SAP, Oracle et Microsoft se partagent l\u2019essentiel du march\u00e9, avec une IA d\u00e9sormais nativement embarqu\u00e9e dans leurs solutions.<\/p>\n<p>\u00abAcheter une solution SAP aujourd\u2019hui, c\u2019est acheter de l\u2019IA\u00bb, conc\u00e8de Emmanuel Lempert, vice-pr\u00e9sident de SAP pour le Moyen-Orient, l\u2019Afrique et la France. Une IA entra\u00een\u00e9e et h\u00e9berg\u00e9e sous d\u2019autres cieux, dont les m\u00e9canismes de raisonnement \u00e9chappent pour l\u2019essentiel aux administrateurs. Interrog\u00e9 sur l\u2019existence d\u2019un partenaire local susceptible de porter une offre de confiance de rang \u00e9quivalente \u00e0 celle nou\u00e9e avec Mistral en France, Lempert conc\u00e8de qu\u2019un tel acteur reste \u00e0 identifier sur le march\u00e9 marocain.<\/p>\n<p>Extradition des donn\u00e9es<br \/>Jusqu\u2019ici, la souverainet\u00e9 num\u00e9rique se discute sur sa couche la plus m\u00e9diatis\u00e9e. Les alliances conclues avec les hyperscalers am\u00e9ricains pr\u00e9voient la localisation des donn\u00e9es sur le sol marocain, rarement l\u2019extraction juridique de l\u2019entit\u00e9 qui les exploite. Or, le Cloud Act, adopt\u00e9 en mars 2018 \u00e0 Washington, autorise les autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales am\u00e9ricaines, sur simple mandat, \u00e0 contraindre un prestataire relevant de leur juridiction \u00e0 livrer des donn\u00e9es, quelle que soit la terre qui les abrite.<\/p>\n<p>\u00c0 Bruxelles, la riposte ne s\u2019est pas fait attendre. D\u00e8s 2019, la Commission a charg\u00e9 l\u2019Agence de l\u2019Union europ\u00e9enne pour la cybers\u00e9curit\u00e9 de b\u00e2tir un sch\u00e9ma de certification baptis\u00e9 EUCS. Sept ans plus tard, il demeure \u00e0 l\u2019arr\u00eat\u2026 De m\u00eame, le Royaume ne dispose pas \u00e0 ce jour d\u2019un r\u00e9f\u00e9rentiel \u00e9quivalent permettant de distinguer une offre cloud r\u00e9ellement \u00e9tanche d\u2019une offre simplement implant\u00e9e. Le d\u00e9bat public s\u2019est focalis\u00e9 sur les grands mod\u00e8les de langage, partie la plus m\u00e9diatique de l\u2019intelligence artificielle.<\/p>\n<p>Dans les administrations, l\u2019enjeu est de parvenir \u00e0 avoir un minimum de ma\u00eetrise sur les IA professionnelles embarqu\u00e9es au coeur des ERP. Ces outils, entra\u00een\u00e9s sous d\u2019autres cieux, brassent des volumes de donn\u00e9es m\u00e9tier dont la sensibilit\u00e9 n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 celle des donn\u00e9es r\u00e9galiennes.<\/p>\n<p>Ayoub Ibnoulfassih \/ Les Inspirations \u00c9CO<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le Maroc a mis\u00e9 sur Mistral pour asseoir sa doctrine de \u201cnon-alignement technologique\u201d. 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