{"id":88490,"date":"2026-04-29T09:40:13","date_gmt":"2026-04-29T09:40:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/88490\/"},"modified":"2026-04-29T09:40:13","modified_gmt":"2026-04-29T09:40:13","slug":"hcp-la-famille-marocaine-a-lepreuve-des-contraintes-economiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/88490\/","title":{"rendered":"HCP: la famille marocaine \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des contraintes \u00e9conomiques"},"content":{"rendered":"<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Les r\u00e9sultats de l\u2019Enqu\u00eate Nationale sur la Famille (ENF) 2025, deuxi\u00e8me \u00e9dition d\u2019un outil statistique rare d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la structure familiale, confirment une tendance lourde: la famille nucl\u00e9aire s\u2019impose d\u00e9sormais comme mod\u00e8le dominant. \u00abEn trente ans, tout a chang\u00e9\u00bb, constate Fatima Zohra Bouzoubaa, professionnelle de l\u2019investissement et administratrice de soci\u00e9t\u00e9s, dans une tribune publi\u00e9e par le magazine hebdomadaire Challenge. \u00abLa famille nucl\u00e9aire repr\u00e9sente 73% des m\u00e9nages en 2025, contre 60,8 % lors de la premi\u00e8re \u00e9dition de l\u2019enqu\u00eate en 1995\u00bb. \u00c0 l\u2019inverse, les familles \u00e9largies, o\u00f9 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations cohabitent sous le m\u00eame toit, reculent de 35,2 % \u00e0 19,8 %. \u00abCette nucl\u00e9arisation n\u2019est pas anodine\u00bb, explique-t-elle. \u00abElle refl\u00e8te une fragmentation des r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 traditionnels, alors que l\u2019\u00c9tat n\u2019a pas encore pris le relais pour combler ce vide\u00bb. <\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">La taille moyenne des m\u00e9nages est pass\u00e9e de 4,6 personnes en 2014 \u00e0 3,9 en 2024, tandis que le nombre de m\u00e9nages cro\u00eet pr\u00e8s de trois fois plus vite que la population. \u00abCes dynamiques cr\u00e9ent une pression structurelle sur le logement\u00bb, souligne-t-elle. Et d\u2019ajouter, \u00able march\u00e9 immobilier continue de produire des unit\u00e9s pens\u00e9es pour des familles nombreuses, alors que la demande se tourne vers des espaces plus petits, adapt\u00e9s aux c\u00e9libataires, aux divorc\u00e9s ou aux personnes \u00e2g\u00e9es\u00bb.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Le mariage, pilier traditionnel de la structure familiale, recule lui aussi sous l\u2019effet des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques. \u00ab51,7% des c\u00e9libataires d\u00e9clarent ne pas souhaiter se marier, un chiffre qui atteint 59,8% chez les hommes\u00bb, r\u00e9v\u00e8le l\u2019enqu\u00eate. L\u2019\u00e2ge moyen au premier mariage a franchi la barre des 26 ans pour les femmes et des 33 ans pour les hommes, tandis que l\u2019indice de f\u00e9condit\u00e9 s\u2019\u00e9tablit \u00e0 1,98 enfant par femme, sous le seuil de remplacement des g\u00e9n\u00e9rations (2,1). <\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">\u00abCes \u00e9volutions ne rel\u00e8vent pas d\u2019un choix de soci\u00e9t\u00e9, mais bien de contraintes mat\u00e9rielles\u00bb, insiste Bouzoubaa. 78 % des c\u00e9libataires qui envisagent le mariage le font pour fonder une famille, mais les difficult\u00e9s \u00e9conomiques constituent le principal obstacle, en particulier chez les hommes \u00e2g\u00e9s de 25 \u00e0 39 ans. \u00c0 35 ans, 16,5 % des individus vivent encore chez leurs parents, sans avoir fond\u00e9 leur propre foyer. \u00abCe ph\u00e9nom\u00e8ne, souvent interpr\u00e9t\u00e9 comme un signe d\u2019immaturit\u00e9, est en r\u00e9alit\u00e9 une strat\u00e9gie d\u2019adaptation \u00e0 un march\u00e9 du travail pr\u00e9caire et \u00e0 un co\u00fbt de la vie en hausse\u00bb, pr\u00e9cise Bouzoubaa.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Le vieillissement de la population ajoute une couche suppl\u00e9mentaire de complexit\u00e9 \u00e0 cette transition. \u00abLa proportion des 60 ans et plus est pass\u00e9e de 9,4 % \u00e0 13,8 % en dix ans, \u00e0 un rythme cinq fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la population g\u00e9n\u00e9rale\u00bb, note l\u2019ENF 2025. Le HCP projette que les seniors pourraient repr\u00e9senter 22,9% de la population d\u2019ici 2050. \u00abLe Maroc entre dans le vieillissement sans avoir accumul\u00e9 les ressources n\u00e9cessaires pour le financer. Contrairement aux pays d\u00e9velopp\u00e9s, qui ont g\u00e9r\u00e9 cette transition apr\u00e8s avoir atteint un niveau de richesse suffisant, le Maroc doit faire face \u00e0 ce d\u00e9fi avec des infrastructures sociales encore fragiles\u00bb, alerte Bouzoubaa. <\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Aujourd\u2019hui, 59,3% des personnes \u00e2g\u00e9es vivent avec au moins un de leurs enfants, mais cette solidarit\u00e9 familiale, bien que r\u00e9siliente, montre des signes d\u2019essoufflement. Les syst\u00e8mes de retraite restent insuffisants pour une large partie de la population, et les infrastructures d\u2019accueil des personnes \u00e2g\u00e9es (maisons de retraite, aide \u00e0 domicile, soins de longue dur\u00e9e) sont largement en de\u00e7\u00e0 des besoins qui s\u2019annoncent.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">Cette transition familiale ne se fait pas sans in\u00e9galit\u00e9s, et les femmes en paient le prix fort. \u00abLes chiffres de l\u2019ENF 2025 documentent avec pr\u00e9cision une r\u00e9alit\u00e9 souvent tue: la transformation de la famille se fait au d\u00e9triment des femmes\u00bb, affirme Bouzoubaa. Le taux annuel moyen de divorce s\u2019\u00e9tablit \u00e0 3,6\u2030 au niveau national, mais \u00abil appara\u00eet plus \u00e9lev\u00e9 chez les femmes (4,9 \u2030) que chez les hommes (2,4 \u2030) \u00bb. Cet \u00e9cart s\u2019explique m\u00e9caniquement: les hommes se remariant plus fr\u00e9quemment, leur stock d\u2019ann\u00e9es de mariage est plus \u00e9lev\u00e9, ce qui dilue leur taux. Les femmes divorc\u00e9es, elles, restent plus longtemps hors mariage, ce qui fait monter le leur. Apr\u00e8s une s\u00e9paration, 73,9% des femmes cohabitent avec leurs parents proches, contre seulement 20% des hommes, qui vivent majoritairement seuls. \u00ab58% des femmes d\u00e9clarent avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de la demande de divorce, mais cette \u00e9mancipation se heurte \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques difficiles\u00bb, souligne-t-elle.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">La monoparentalit\u00e9, qui concerne 18,2% des divorc\u00e9s, touche bien plus les femmes (22,1%) que les hommes (10,1%). \u00abDans ce contexte, 67,3 % des femmes divorc\u00e9es estiment que leur pension ne couvre pas leurs besoins, et 83,5% jugent insuffisante celle allou\u00e9e \u00e0 leurs enfants\u00bb, r\u00e9v\u00e8le l\u2019enqu\u00eate. Ce sentiment d\u2019insuffisance atteint 94,4% parmi les femmes en situation de monoparentalit\u00e9. \u00abCes chiffres pointent un m\u00e9canisme que les statistiques ne nomment pas toujours: ce que le droit de la famille pr\u00e9voit, pension, garde, obligation d\u2019entretien, l\u2019\u00e9conomie en compromet l\u2019ex\u00e9cution. La charge se d\u00e9place alors vers celles qui peuvent le moins se permettre de la porter: les femmes\u00bb, estime Bouzoubaa. La f\u00e9minisation de la chefferie de m\u00e9nage progresse, passant de 16,2% \u00e0 19,2% en une d\u00e9cennie, avec un pic \u00e0 21,6 % en milieu urbain. \u00abCes m\u00e9nages b\u00e9n\u00e9ficient de solidarit\u00e9 familiale dans 47,7 % des cas, contre 27,7% pour les m\u00e9nages dirig\u00e9s par des hommes, ce qui montre que leur fragilit\u00e9 \u00e9conomique est r\u00e9elle et reconnue par l\u2019entourage, en avance sur les politiques publiques\u00bb.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">La famille marocaine continue d\u2019assurer des fonctions que l\u2019\u00c9tat assume encore partiellement, lit-on dans Challenge. \u00ab58,7 % des ch\u00f4meurs d\u00e9clarent recevoir une aide financi\u00e8re d\u2019un membre du m\u00e9nage, et 59,3% des personnes \u00e2g\u00e9es vivent encore avec au moins un de leurs enfants\u00bb, rappelle Bouzoubaa. Cette solidarit\u00e9 r\u00e9siste, mais elle se reconfigure sous la pression d\u2019une nucl\u00e9arisation qui r\u00e9duit m\u00e9caniquement la capacit\u00e9 d\u2019absorption des m\u00e9nages. Le d\u00e9calage entre les besoins et les politiques publiques est flagrant. \u00abSur le logement, le march\u00e9 immobilier continue de produire des unit\u00e9s pens\u00e9es pour des m\u00e9nages de grande taille, alors que la demande se tourne vers de petites surfaces, adapt\u00e9es aux c\u00e9libataires tardifs, aux femmes divorc\u00e9es ou aux personnes \u00e2g\u00e9es seules \u00bb. Sur le vieillissement, \u00abl\u2019urgence est silencieuse, mais bien r\u00e9elle\u00bb. \u00abLa famille \u00e9largie qui prenait en charge les anciens r\u00e9tr\u00e9cit, et le syst\u00e8me de retraite reste insuffisant pour une large part de la population\u00bb. \u00c0 l\u2019horizon 2050, \u00abavec pr\u00e8s d\u2019un Marocain sur quatre \u00e2g\u00e9 de 60 ans et plus, la prise en charge du grand \u00e2ge ne pourra plus reposer uniquement sur la solidarit\u00e9 familiale\u00bb.<\/p>\n<p class=\"default__StyledText-sc-10mj2vp-0 CxBBS body-paragraph\">\u00abDerri\u00e8re chaque chiffre de l\u2019ENF 2025 se cache une contrainte \u00e9conomique\u00bb, insiste Fatima Zohra Bouzoubaa. \u00abLe recul du mariage, la baisse de la f\u00e9condit\u00e9, la monoparentalit\u00e9, le maintien des jeunes adultes dans le foyer parental: chacun de ces ph\u00e9nom\u00e8nes renvoie, dans les d\u00e9clarations des enqu\u00eat\u00e9s eux-m\u00eames, \u00e0 la m\u00eame source\u00bb. Ainsi, 48,3 % des femmes qui ne souhaitent plus d\u2019enfant suppl\u00e9mentaire citent les contraintes \u00e9conomiques comme raison principale. \u00abLes difficult\u00e9s mat\u00e9rielles constituent le principal obstacle au mariage chez les hommes entre 25 et 39 ans\u00bb. La mobilit\u00e9 sociale, bien que r\u00e9elle, reste largement tributaire des transformations structurelles de l\u2019\u00e9conomie. \u00ab41% des Marocains occupent une position sociale sup\u00e9rieure \u00e0 celle de leur p\u00e8re, mais cette progression tient davantage \u00e0 la tertiarisation et au recul de l\u2019agriculture (61,2 %) qu\u2019\u00e0 un fonctionnement fluide de l\u2019ascenseur social (38,8 %)\u00bb.<\/p>\n<p>Par La R\u00e9daction <\/p>\n<p>Le 28\/04\/2026 \u00e0 20h08<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Les r\u00e9sultats de l\u2019Enqu\u00eate Nationale sur la Famille (ENF) 2025, deuxi\u00e8me \u00e9dition d\u2019un outil statistique rare d\u00e9di\u00e9 \u00e0&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":88491,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[83],"tags":[951,86],"class_list":{"0":"post-88490","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-maroc","8":"tag-horizontal","9":"tag-maroc"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116487338150252462","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88490","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=88490"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/88490\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/88491"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=88490"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=88490"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=88490"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}