{"id":90830,"date":"2026-05-02T00:45:39","date_gmt":"2026-05-02T00:45:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/90830\/"},"modified":"2026-05-02T00:45:39","modified_gmt":"2026-05-02T00:45:39","slug":"100-marocains-qui-ont-fait-lhistoire-mouna-hachim-revisite-la-memoire-plurielle-du-maroc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/90830\/","title":{"rendered":"100 Marocains qui ont fait l\u2019Histoire : Mouna Hachim revisite la m\u00e9moire plurielle du Maroc"},"content":{"rendered":"<p>Il y avait du monde, jeudi soir \u00e0 Casablanca. Et pas seulement dans la salle. Il y avait aussi Baga, roi maure du III\u1d49 si\u00e8cle avant notre \u00e8re. Kenza al-Aourabiya, matrice politique des Idrissides. Tarif Ibn Malik, \u00e9claireur oubli\u00e9 de l\u2019Andalousie. Des femmes effac\u00e9es des chroniques. Des dissidents, des savants, des marginaux, des diplomates. Tous convoqu\u00e9s par Mouna Hachim pour la sortie de \u00ab100 Marocains qui ont fait l\u2019Histoire \u2013 Des origines au seuil du XX\u1d49 si\u00e8cle\u00bb, pav\u00e9 de 513 pages publi\u00e9 par Le360. Un lancement litt\u00e9raire, certes. Mais surtout une petite insurrection narrative. Car ce livre veut corriger la mani\u00e8re dont on le raconte.<\/p>\n<p>Depuis des d\u00e9cennies, l\u2019histoire marocaine se transmet souvent sous forme de couloirs dynastiques (dates, r\u00e8gnes, batailles, successions). Une verticalit\u00e9 sans visages. Mouna Hachim prend le contrepied. Elle remplace la ligne par la constellation. Cent portraits pour traverser plus de vingt si\u00e8cles, du royaume maur\u00e9tanien antique aux seuils du XX\u1d49 si\u00e8cle. Non pas les \u00abplus c\u00e9l\u00e8bres\u00bb, pr\u00e9cise-t-elle, mais les \u00abplus \u00e9clairants\u00bb. Tout est l\u00e0. Il s\u2019agit de choisir celles et ceux qui r\u00e9v\u00e8lent une \u00e9poque, une fracture, une circulation, un oubli.<\/p>\n<p>L\u2019autrice, qui dit \u00eatre venue \u00e0 l\u2019histoire par la litt\u00e9rature, revendique une approche transversale. Chez elle, les disciplines s\u2019invitent sans carton. On y trouve la linguistique, l\u2019anthropologie, la m\u00e9moire locale, les chroniques classiques, les archives europ\u00e9ennes, la recherche universitaire contemporaine. Le r\u00e9sultat n\u2019a rien du collage. C\u2019est un r\u00e9cit mobile, nourri de sources multiples, qui refuse le pi\u00e8ge du roman national monolingue.<\/p>\n<p>Le plus stimulant, peut-\u00eatre, est sa mani\u00e8re de d\u00e9placer les choses. Le Maroc du livre n\u2019est pas seulement celui des capitales imp\u00e9riales ou des palais. Ce sont aussi les marges, les montagnes, les plaines, le Rif, le d\u00e9sert, les petits bourgs perdus, les zones p\u00e9riph\u00e9riques o\u00f9 s\u2019inventent parfois les grandes bifurcations historiques. Une cartographie humaine plut\u00f4t qu\u2019un atlas de pouvoir.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 ce premier geste fort d\u2019ouvrir l\u2019ouvrage avec Baga, souverain antique document\u00e9 \u00e0 travers les guerres puniques. Mani\u00e8re de rappeler que l\u2019histoire du Maroc ne commence ni avec l\u2019islam ni avec les Idrissides, contrairement \u00e0 un r\u00e9cit scolaire encore tenace. Avant la geste islamique, il y eut des royaumes, des alliances m\u00e9diterran\u00e9ennes, des strat\u00e9gies politiques, des interactions complexes avec Rome et Carthage.<\/p>\n<p>Le livre insiste aussi sur les p\u00e9riodes que les r\u00e9cits officiels contournent volontiers. Les principaut\u00e9s de Nekor, de Sijilmassa, des Berghouata. Des formations politiques ant\u00e9rieures ou parall\u00e8les aux grands r\u00e9cits canonis\u00e9s. Des exp\u00e9riences religieuses h\u00e9t\u00e9rodoxes, des autonomies r\u00e9gionales, des contre-mod\u00e8les. Bref, de l\u2019histoire vivante, donc contradictoire.<\/p>\n<p>Et puis il y a les femmes. Seize portraits sur cent. Ce chiffre pourrait para\u00eetre modeste ; il est d\u00e9j\u00e0 un acte de r\u00e9paration dans un champ historiographique longtemps \u00e9crit \u00abpar des hommes et pour des hommes\u00bb, rappelle Hachim. Kenza, conseill\u00e8re et strat\u00e8ge. Atika, figure de continuit\u00e9 dynastique. D\u2019autres encore, guerri\u00e8res, savantes, m\u00e9diatrices, invisibilis\u00e9es puis exhum\u00e9es. Le livre ne les ajoute pas en suppl\u00e9ment, mais les r\u00e9int\u00e8gre \u00e0 la m\u00e9canique historique.<\/p>\n<p>Cette question de la visibilit\u00e9 traverse tout l\u2019ouvrage. Qui m\u00e9rite d\u2019entrer dans le r\u00e9cit national ? Les rois seulement ? Les vainqueurs ? Les d\u00e9tenteurs de sceaux ? Hachim r\u00e9pond par la diversit\u00e9 des profils. Un grand notable peut y c\u00f4toyer un po\u00e8te obscur, un exarque chr\u00e9tien, un \u00e9rudit juif, un r\u00e9sistant local, un navigateur oubli\u00e9. L\u2019histoire cesse d\u2019\u00eatre un hall d\u2019apparat ; elle redevient une rue passante.<\/p>\n<p>Le style participe de cette r\u00e9ouverture. Sans sacrifier la rigueur, l\u2019autrice cherche la lisibilit\u00e9, le rythme, l\u2019incarnation. On sent la matrice audiovisuelle du projet (une s\u00e9rie hebdomadaire diffus\u00e9e durant deux ans et demi en arabe et en fran\u00e7ais). Mais le passage au livre permet ce que la capsule interdit\u00a0: la continuit\u00e9, les \u00e9chos, le dialogue entre les si\u00e8cles. Les morts s\u2019y r\u00e9pondent \u00e0 distance.<\/p>\n<p>Au fond, 100 Marocains qui ont fait l\u2019Histoire pose une question simple et essentielle : de quoi un pays se souvient-il, et qui oublie-t-il en se souvenant ? Mouna Hachim ouvre ainsi un chantier. Et c\u2019est sans doute la meilleure nouvelle de ce printemps litt\u00e9raire marocain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Il y avait du monde, jeudi soir \u00e0 Casablanca. Et pas seulement dans la salle. 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