{"id":93669,"date":"2026-05-05T12:58:17","date_gmt":"2026-05-05T12:58:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/93669\/"},"modified":"2026-05-05T12:58:17","modified_gmt":"2026-05-05T12:58:17","slug":"frontieres-invisibles-le-racisme-intra-africain-en-lumiere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/93669\/","title":{"rendered":"Fronti\u00e8res invisibles : le racisme intra-africain en lumi\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\tEn Afrique du Sud, le racisme ne dispara\u00eet pas : il se transforme. Le discours du roi zoulou \u00e0 Isandlwana a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019existence une x\u00e9nophobie noire sur noire, nourrie par la crise sociale et les d\u00e9sillusions du r\u00eave post-apartheid, que tente de cacher les tenants du panafricanisme d\u00e9colonial.\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En exigeant le d\u00e9part des migrants africains lors d\u2019une comm\u00e9moration historique annuelle, le roi des Zoulous a r\u00e9cemment d\u00e9clench\u00e9 une onde de choc bien au-del\u00e0 de la province sud-africaine du Kwazulu.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Derri\u00e8re un discours identitaire charg\u00e9 d\u2019histoire se dessine une r\u00e9alit\u00e9 plus sombre : celle d\u2019un racisme intra-africain profond\u00e9ment enracin\u00e9, nourri par la crise sociale, le ch\u00f4mage de masse et la d\u00e9sillusion post-apartheid, loin d\u2019\u00eatre un cas unique sur le continent africain.<\/p>\n<p>Kwerekwere \u00bb : le mot qui fissure l\u2019Afrique du Sud <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Isandlwana n\u2019est pas un simple site comm\u00e9moratif : c\u2019est un mythe fondateur de l\u2019identit\u00e9 zouloue, un moment o\u00f9 l\u2019Afrique, encore morcel\u00e9e par les logiques coloniales, inflige une d\u00e9faite humiliante \u00e0 l\u2019Empire britannique. Rassembl\u00e9s sur un colline, 20 000 guerriers du roi Cetshwayo kaMpande fondent sur 2000 soldats britanniques mieux arm\u00e9s. Ce sera une d\u00e9faite cinglante pour les r\u00e9giments de sa Gracieuse Majest\u00e9 et une humiliation que la presse de l\u2019\u00e9poque tente de cacher tant bien que mal.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour les Zoulous, Isandlwana symbolise encore de nos jours l\u2019ultime r\u00e9sistance, la souverainet\u00e9, la victoire de l\u2019indig\u00e8ne sur l\u2019envahisseur. En s\u2019exprimant \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis, fin janvier 2026, le roi Misuzulu kaZwelithini, 51 ans, savait qu\u2019il activerait une m\u00e9moire \u00e9motionnelle puissante, profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans l\u2019imaginaire collectif. Mais pr\u00e8s de cent cinquante ans plus tard, l\u2019ennemi d\u00e9sign\u00e9 n\u2019est plus europ\u00e9en. Il est africain, noir, pauvre, migrant. Le glissement est saisissant : la m\u00e9moire anticoloniale est retourn\u00e9e contre d\u2019autres Africains.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le discours du souverain \u00e9tait tr\u00e8s attendu, retransmis \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision nationale. Cette province, victime de r\u00e9currents affrontements politiques, conna\u00eet depuis plusieurs mois une mont\u00e9e inqui\u00e9tante des tensions anti-migrants, nourries par des violences localis\u00e9es, des \u00ab fakes news \u00bb et des campagnes militantes agressives. Beaucoup esp\u00e9raient une parole d\u2019apaisement, venant d\u2019un roi per\u00e7u comme une figure morale. L\u2019effet a \u00e9t\u00e9 inverse et a surpris la presse nationale tant \u00ab le royal speech \u00bb du monarque de la seconde ethnie d\u2019Afrique du Sud a \u00e9t\u00e9 d\u2019une rare brutalit\u00e9 et d\u2019une duret\u00e9 in\u00e9dite.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">D\u00e9sign\u00e9s par le terme profond\u00e9ment insultant de \u00ab kwerekwere \u00bb, les migrants ont \u00e9t\u00e9 somm\u00e9s par le souverain de quitter le pays, quelles que soient leurs attaches familiales. \u00ab Nous devons maintenant nous asseoir et en discuter, car m\u00eame si le p\u00e8re de mon neveu est un \u201ckwerekwere\u201d, le \u201ckwerekwere\u201d doit partir ; seul l\u2019enfant restera \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 le roi, sous les rires de la foule, avant d\u2019insister : \u00ab Nous allons parler aux \u201ckwerekwere\u201d et leur dire de partir. Personne n\u2019est sans foyer. \u00bb. Loin d\u2019\u00eatre une simple invective, le mot \u00ab kwerekwere \u00bb incarne une d\u00e9shumanisation linguistique profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans l\u2019imaginaire sud-africain. Il ne renvoie ni \u00e0 la couleur de peau ni \u00e0 une alt\u00e9rit\u00e9 raciale classique, mais \u00e0 une exclusion fond\u00e9e sur l\u2019origine nationale, l\u2019accent, la pr\u00e9carit\u00e9. Par ce terme, se dessine une fronti\u00e8re symbolique brutale entre le \u00ab vrai Sud-Africain \u00bb et \u00ab l\u2019Africain de trop \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019Afrique du Sud, laboratoire du rejet africain<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ces propos ont imm\u00e9diatement suscit\u00e9 un malaise profond. Sur les r\u00e9seaux sociaux, de nombreux internautes ont soulign\u00e9 l\u2019ironie d\u2019un tel discours, rappelant que la m\u00e8re du roi est originaire swazi, tout comme l\u2019une de ses \u00e9pouses. Mais au-del\u00e0 de la personne du souverain, c\u2019est une culture politique de la stigmatisation qui a refait surface.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Depuis la fin de l\u2019apartheid, le d\u00e9bat racial sud-africain s\u2019est largement structur\u00e9 autour de l\u2019opposition Blancs \/ Noirs et encore aujourd\u2019hui, il n\u2019est pas un jour sans les tensions raciales ne fassent les principales manchettes des quotidiens nationaux. Or, la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine sud-africaine est plus complexe, loin du sacro-saint manich\u00e9isme vendu par les m\u00e9dias europ\u00e9ens, tellement plus d\u00e9rangeante qu\u2019elle est rarement \u00e9voqu\u00e9e. Les principales victimes des violences raciales en Afrique du Sud sont aujourd\u2019hui des Noirs africains \u00e9trangers, venus des pays voisins. Zimbabwe, Mozambique, Lesotho, Malawi, RDC : ces migrants constituent une main-d\u2019\u0153uvre indispensable dans de nombreux secteurs informels, mais aussi un bouc \u00e9missaire id\u00e9al dans un pays frapp\u00e9 par une crise sociale chronique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les violences x\u00e9nophobes ne sont pas un ph\u00e9nom\u00e8ne marginal. En 2008, l\u2019Afrique du Sud conna\u00eet l\u2019une des pires vagues de violences depuis la fin de l\u2019apartheid : plus de 60 morts, des milliers de d\u00e9plac\u00e9s, des quartiers entiers vid\u00e9s de leurs habitants \u00e9trangers. Depuis, les flamb\u00e9es se succ\u00e8dent presque m\u00e9caniquement avec pillages de commerces tenus par des migrants, incendies de logements, lynchages collectifs, expulsions informelles men\u00e9es par des groupes de quartier. Ces violences ne sont pas spontan\u00e9es. Elles s\u2019inscrivent dans une culture de la col\u00e8re sociale, nourrie par le ch\u00f4mage massif \u2014 environ 33 % de la population \u2014 et par la perception d\u2019un \u00c9tat incapable de tenir ses promesses \u00e9conomiques depuis la fin du r\u00e9gime de s\u00e9gr\u00e9gation raciale. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la x\u00e9nophobie a franchi une ligne rouge. Les \u00e9coles et les h\u00f4pitaux, symboles de protection sociale, sont devenus des terrains de confrontation.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 Durban, une \u00e9cole primaire a \u00e9t\u00e9 prise d\u2019assaut, il y a quelques jours, par des manifestants affirmant que 90 % des \u00e9l\u00e8ves \u00e9taient des enfants de migrants. L\u2019information \u00e9tait fausse mais dans un pays friand de r\u00e9seau sociaux, il a fait mouche et s\u2019est rapidement r\u00e9pandu comme une \u00ab train\u00e9e de mouches sur le dos d\u2019un springbok \u00bb. \u00ab Cela a mis de nombreuses vies en danger. Affirmer que 90 % des \u00e9l\u00e8ves sont des enfants d\u2019immigr\u00e9s est un mensonge \u00bb, a d\u00e9nonc\u00e9, agac\u00e9, Mlu Mtshali, porte-parole du minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation du KwaZulu. Les chiffres officiels montrent pourtant que les \u00e9l\u00e8ves \u00e9trangers repr\u00e9sentent seulement 2% des effectifs scolaires nationaux. Mais dans un climat de peur et de d\u00e9sinformation, les faits peinent \u00e0 r\u00e9sister aux r\u00e9cits \u00e9motionnels.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans ce contexte, des mouvements qualifi\u00e9s \u00ab d\u2019afrophobique \u00bb, comme Op\u00e9ration Dudula ou March on March, prosp\u00e8rent depuis 2021.Patrouilles de quartier, blocages d\u2019h\u00f4pitaux, expulsions informelles : ces groupes justifient leurs actions par l\u2019inaction de l\u2019\u00c9tat et la \u00ab priorit\u00e9 nationale \u00bb. Certains partis politiques, notamment uMkhonto weSizwe (MK), proche de l\u2019ancien Pr\u00e9sident Jacob Zuma (d\u2019origine zoulou), reconvertis dans le populisme local, ont repris ces th\u00e8mes, donnant une respectabilit\u00e9 politique \u00e0 des discours de rejet.<\/p>\n<p>Le racisme intra-africain, un mal continental <\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le rejet des migrants africains en Afrique du Sud n\u2019est ni une anomalie historique ni un ph\u00e9nom\u00e8ne isol\u00e9. Il s\u2019inscrit dans une histoire plus large de rivalit\u00e9s intra-africaines, souvent pass\u00e9es sous silence au nom d\u2019un panafricanisme de principe.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En Afrique du Nord, le racisme \u00e0 l\u2019encontre des Africains subsahariens est document\u00e9 de longue date. En Libye, sous le r\u00e9gime de Mouammar Kadhafi, des centaines de milliers de travailleurs africains \u00e9taient employ\u00e9s dans des conditions pr\u00e9caires. Apr\u00e8s la chute du r\u00e9gime en 2011, nombre d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9s \u00e0 des mercenaires et ont \u00e9t\u00e9 victimes de lynchages, de d\u00e9tentions arbitraires et d\u2019expulsions massives quand ils ne sont pas retrouv\u00e9s sur des march\u00e9s aux esclaves. En Alg\u00e9rie et en Tunisie, des campagnes de rafles et de refoulements de migrants noirs ont r\u00e9guli\u00e8rement lieu, notamment dans les villes du Sud. En 2023, des expulsions vers les zones d\u00e9sertiques frontali\u00e8res ont provoqu\u00e9 une vague d\u2019indignation internationale. Ces pratiques s\u2019appuient sur une perception profond\u00e9ment ancr\u00e9e associant la \u00ab noirceur \u00bb \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, voire \u00e0 l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 sociale, h\u00e9rit\u00e9e \u00e0 la fois des traites transsahariennes (esclavage mis en place par les populations arabes) et de constructions identitaires arabo-berb\u00e8res excluantes.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En Afrique de l\u2019Ouest, le racisme prend souvent la forme d\u2019une x\u00e9nophobie \u00e9conomique. Au Nigeria, les migrants b\u00e9ninois, ghan\u00e9ens ou nig\u00e9riens sont r\u00e9guli\u00e8rement accus\u00e9s de \u00ab voler les emplois \u00bb ou de d\u00e9s\u00e9quilibrer les march\u00e9s locaux, voire de diriger des trafics de drogue. En C\u00f4te d\u2019Ivoire, le concept \u00ab d\u2019ivoirit\u00e9 \u00bb, apparu dans les ann\u00e9es 1990, a servi \u00e0 exclure politiquement et socialement des millions de ressortissants du Burkina Faso et du Mali, pourtant install\u00e9s depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, accus\u00e9s de voler le travail et la terre des \u00ab vrais ivoriens \u00bb.. Cette id\u00e9ologie identitaire a contribu\u00e9 \u00e0 la guerre civile de 2002, montrant comment le rejet de \u00ab l\u2019 Africain \u00e9tranger \u00bb peut devenir un outil politique majeur. Au Ghana \u00e9galement, des op\u00e9rations de fermeture de commerces tenus par des Nig\u00e9rians ou des Burkinab\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es au nom de la protection \u00e9conomique nationale.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans la Corne de l\u2019Afrique, le racisme s\u2019entrem\u00eale aux fractures ethniques et claniques. En \u00c9thiopie, les tensions entre Amharas, Oromos, Tigr\u00e9ens ou Somaliens ne rel\u00e8vent pas seulement de rivalit\u00e9s politiques, mais aussi de perceptions historiques de sup\u00e9riorit\u00e9 culturelle. Au Kenya, les Somaliens k\u00e9nyans sont souvent trait\u00e9s comme des \u00e9trangers dans leur propre pays, soup\u00e7onn\u00e9s de terrorisme (avec les shebabs islamistes) ou de loyaut\u00e9s transfrontali\u00e8res. En Ouganda, les populations d\u2019origine rwandaise ou congolaise ont \u00e9t\u00e9 victimes de discriminations, voire d\u2019expulsions par d\u2019autres ethnies plus nilotiques.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L\u2019Afrique de l\u2019Est comme centrale ne sont pas \u00e9pargn\u00e9es par ce type de racisme intra-africain. Le Rwanda et le Burundi ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par une violent g\u00e9nocide dans les ann\u00e9es 1990, largement m\u00e9diatis\u00e9, fruit d\u2019une haine entre Tutsi et Hutus qui se poursuit encore en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo. En Centrafrique, les Peuls ont \u00e9t\u00e9 cibl\u00e9s comme des \u00ab \u00e9trangers musulmans \u00bb, victimes de nettoyages ethniques et d\u2019exils forc\u00e9s. Au Gabon, en Guin\u00e9e \u00e9quatoriale ou au Congo-Brazzaville, les migrants africains sont tol\u00e9r\u00e9s pour leur utilit\u00e9 \u00e9conomique mais restent expos\u00e9s \u00e0 des discriminations et expulsions arbitraires, notamment en p\u00e9riode \u00e9lectorale.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Historiquement, ces ph\u00e9nom\u00e8nes ne sont pas nouveaux. Les soci\u00e9t\u00e9s africaines pr\u00e9coloniales connaissaient d\u00e9j\u00e0 des formes de hi\u00e9rarchisation entre groupes dominants et domin\u00e9s. La colonisation europ\u00e9enne a ensuite fig\u00e9 ces hi\u00e9rarchies, en institutionnalisant des identit\u00e9s ethniques rigides, utilis\u00e9es pour gouverner et diviser. Apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, nombre d\u2019\u00c9tats ont \u00e9chou\u00e9 \u00e0 construire une citoyennet\u00e9 inclusive, laissant perdurer des conceptions ethno-nationales de l\u2019appartenance. Le Nigeria reste un exemple en soi. D\u00e8s le d\u00e9part des Britanniques en 1960, ce pays au 350 ethnies et aux deux confessions religieuses bascule dans un tourbillon inou\u00ef de violence, de massacres ethniques et religieux, confront\u00e9 \u00e0 une guerre civile (Biafra). Le racisme intra-africain contemporain est ainsi le produit d\u2019un triple h\u00e9ritage : pr\u00e9colonial, colonial et postcolonial.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Enfin, ce racisme reste largement impens\u00e9 dans le d\u00e9bat public africain. Le reconna\u00eetre serait remettre en cause le r\u00e9cit d\u2019une Afrique uniquement victime du racisme occidental ou mettre \u00e0 mal les th\u00e9ories distill\u00e9es par le communautarisme panafricain dont certains leaders africains se gargarisent (comme le sulfureux Kemi Seba, chantre du d\u00e9colonialisme).<\/p>\n<p>Une monarchie sans pouvoir\u2026 mais pas sans influence<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour le Dr Vusumusi Sibanda, avocat sp\u00e9cialis\u00e9 en droits humains : \u00ab Ces propos [du roi-ndlr] sont regrettables et inqui\u00e9tants. Ils incitent les citoyens \u00e0 se faire justice eux-m\u00eames. Le roi est respect\u00e9 par beaucoup de gens, y compris des \u00e9trangers, et il est cens\u00e9 \u00eatre ce symbole. \u00bb. M\u00eame inqui\u00e9tude chez Lizette Lancaster, de l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes de s\u00e9curit\u00e9 : \u00ab Les propos du roi n\u2019ont fait qu\u2019alimenter le sentiment anti-migrants et doivent \u00eatre fermement condamn\u00e9s. \u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Officiellement, le roi zoulou ne d\u00e9tient aucun pouvoir constitutionnel. Mais cette lecture juridique est trompeuse. La monarchie zouloue b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un budget public cons\u00e9quent, contr\u00f4le un vaste fonds foncier communautaire (remis en question par l\u2019extr\u00eame-gauche sud-africaine qui exige une r\u00e9partition \u00e9gale des terres), et s\u2019appuie sur une l\u00e9gitimit\u00e9 culturelle profonde : pr\u00e8s d\u2019un Sud-Africain sur cinq est zoulou et revendique son origine ethnique, cultivant une fiert\u00e9 li\u00e9e \u00e0 une histoire imp\u00e9riale et expansionniste au cours du XIXe si\u00e8cle. Sa parole n\u2019est donc jamais neutre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En soi, le monarque suit \u00e9galement les pas de son p\u00e8re. En 2015, feu le roi Goodwill Zwelithini kaBhekuzulu avait lui-m\u00eame jet\u00e9 le feu aux poudres en exigeant des \u00e9trangers qu\u2019ils retournent dans leurs pays d\u2019origine, les accusant de profiter de la rente sud-africaine et de ne pas cr\u00e9er d\u2019entreprises profitables \u00e0 l\u2019Afrique du Sud. Un discours qui avait provoqu\u00e9 un toll\u00e9 parmi la classe sud-africaine le jugeant \u00ab raciste \u00bb. En invoquant Isandlwana pour parler des migrants \u00e0 son tour, le roi Misuzulu a fait plus que raviver une pol\u00e9mique. Il a expos\u00e9 une faille morale profonde de l\u2019Afrique du Sud contemporaine. Le pays qui se voulait \u00ab nation arc-en-ciel \u00bb d\u00e9couvre que le racisme n\u2019a pas disparu : il a chang\u00e9 de visage. Aujourd\u2019hui, ce ne sont plus seulement les lignes de couleur qui divisent, mais les fronti\u00e8res invisibles entre Africains eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans ce contexte, la x\u00e9nophobie en Afrique du Sud n\u2019est pas un simple probl\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9. Elle est le sympt\u00f4me d\u2019un \u00e9chec collectif \u00e0 transformer la lib\u00e9ration politique, la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance en justice sociale, et d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui, faute de r\u00e9ponses \u00e9conomiques, se retourne contre les plus vuln\u00e9rables \u2014 m\u00eame lorsqu\u2019ils lui ressemblent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"En Afrique du Sud, le racisme ne dispara\u00eet pas : il se transforme. 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