{"id":94908,"date":"2026-05-06T16:59:14","date_gmt":"2026-05-06T16:59:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/94908\/"},"modified":"2026-05-06T16:59:14","modified_gmt":"2026-05-06T16:59:14","slug":"en-tunisie-le-business-discret-de-la-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/94908\/","title":{"rendered":"En Tunisie, le business discret de la mort"},"content":{"rendered":"<p>Perdre un proche est, par d\u00e9finition, une \u00e9preuve. En Tunisie, cette \u00e9preuve tend \u00e0 se doubler d\u2019une contrainte de plus en plus pesante : celle du co\u00fbt. Derri\u00e8re le rituel social et religieux de l\u2019inhumation, une r\u00e9alit\u00e9 s\u2019impose progressivement, souvent dans le silence et la r\u00e9signation : enterrer dignement devient, pour beaucoup de familles, une charge financi\u00e8re difficilement soutenable.<\/p>\n<p>Dans plusieurs cimeti\u00e8res du pays, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une tombe ne rel\u00e8ve plus uniquement d\u2019une proc\u00e9dure administrative. Dans les faits, il suppose de passer par des interm\u00e9diaires \u2013 entreprises priv\u00e9es ou m\u00eame de simples personnes qui g\u00e8rent ill\u00e9galement ces cim\u00e8ti\u00e8res \u2013  qui prennent en charge l\u2019essentiel des op\u00e9rations : creusement, am\u00e9nagement, voire entretien. Cette organisation, qui s\u2019apparente \u00e0 une forme de sous-traitance, introduit une logique tarifaire peu transparente. <\/p>\n<p>700 dinars pour \u00ab\u00a0s\u2019offrir une tombe\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les montants exig\u00e9s peuvent atteindre plusieurs centaines de dinars, sans r\u00e9elle marge de n\u00e9gociation pour les familles, prises dans l\u2019urgence et le choc. Selon certains chiffres, les tarifs peuvent atteindre jusqu\u2019\u00e0 700 dinars pour \u00ab\u00a0s\u2019offrir une tombe\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Ce glissement interroge. Car en th\u00e9orie, le cadre l\u00e9gal est clair : les cimeti\u00e8res rel\u00e8vent de la gestion municipale, qui en assure la conservation et l\u2019organisation. Mais dans la pratique, les municipalit\u00e9s semblent s\u2019en tenir \u00e0 un r\u00f4le administratif, laissant le terrain \u00e0 des prestataires qui fixent les prix selon leurs propres crit\u00e8res. R\u00e9sultat : d\u2019une ville \u00e0 une autre, et parfois d\u2019un cimeti\u00e8re \u00e0 un autre au sein d\u2019une m\u00eame r\u00e9gion, les co\u00fbts varient sensiblement, sans grille officielle accessible ni r\u00e9gulation visible.<\/p>\n<p class=\"has-medium-font-size\">Lire aussi :<a href=\"https:\/\/www.webdo.tn\/fr\/actualite\/divers\/tunisie-hammamet-quand-des-citoyens-reservent-deja-leurs-tombes-au-cimetiere\/220598\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> Tunisie \u2013 Hammamet : Quand des citoyens r\u00e9servent d\u00e9j\u00e0 leurs tombes au cimeti\u00e8re !<\/a><\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas isol\u00e9. Il s\u2019inscrit dans un contexte plus large de tension sur le pouvoir d\u2019achat. Lorsque survient un d\u00e9c\u00e8s, les familles doivent non seulement faire face aux frais d\u2019inhumation, mais aussi \u00e0 l\u2019ensemble des d\u00e9penses connexes : transport, pr\u00e9paration du corps, rites fun\u00e9raires, construction de la tombe. Certaines offres vont jusqu\u2019\u00e0 proposer des prestations compl\u00e8tes, transformant progressivement l\u2019accompagnement fun\u00e9raire en un march\u00e9 structur\u00e9, avec ses formules et ses options.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quit\u00e9 se pose avec acuit\u00e9<\/p>\n<p>Dans ce contexte, la question de l\u2019\u00e9quit\u00e9 se pose avec acuit\u00e9. Tous les Tunisiens ne disposent pas des m\u00eames moyens pour faire face \u00e0 ces co\u00fbts, et pourtant, la mort reste une exp\u00e9rience universelle. Le risque est alors de voir se creuser une forme d\u2019in\u00e9galit\u00e9 jusque dans les derniers moments : celle d\u2019une \u201cinhumation \u00e0 deux vitesses\u201d, o\u00f9 la dignit\u00e9 d\u00e9pendrait des ressources disponibles.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute une autre difficult\u00e9, plus administrative. L\u2019indemnit\u00e9 d\u2019enterrement, cens\u00e9e att\u00e9nuer le choc financier, n\u2019est pas syst\u00e9matiquement accessible. Certaines cat\u00e9gories, notamment des retrait\u00e9s, peuvent se retrouver exclues de ce soutien, en raison de conditions li\u00e9es aux cotisations ou au statut. Une situation paradoxale pour des personnes ayant contribu\u00e9 durant des ann\u00e9es, et qui se retrouvent, au moment critique, sans filet suffisant.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat d\u00e9passe donc la simple question des tarifs. Il touche \u00e0 la gouvernance des services publics locaux, \u00e0 la r\u00e9gulation de prestations sensibles, et \u00e0 la capacit\u00e9 du syst\u00e8me social \u00e0 accompagner les citoyens dans les moments les plus fragiles. Peut-on laisser un tel secteur \u00e9voluer sans encadrement strict ? Qui fixe r\u00e9ellement les prix ? Et selon quelles r\u00e8gles ?<\/p>\n<p>La mort un luxe involontaire ? <\/p>\n<p>Au fond, une interrogation plus d\u00e9rangeante \u00e9merge : en Tunisie, la mort est-elle en train de devenir un luxe involontaire ? Derri\u00e8re cette formule, c\u2019est toute la question de la dignit\u00e9 qui est pos\u00e9e. Car si vivre dignement constitue un droit fondamental, mourir dans des conditions respectueuses devrait l\u2019\u00eatre tout autant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Perdre un proche est, par d\u00e9finition, une \u00e9preuve. 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