{"id":99217,"date":"2026-05-11T11:07:09","date_gmt":"2026-05-11T11:07:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/99217\/"},"modified":"2026-05-11T11:07:09","modified_gmt":"2026-05-11T11:07:09","slug":"viande-bovine-qui-profite-vraiment-des-importations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/99217\/","title":{"rendered":"Viande bovine : qui profite vraiment des importations ?"},"content":{"rendered":"<p>Dans les boucheries des grandes villes, la viande rouge est devenue tellement ch\u00e8re qu\u2019elle devient quasiment inaccessible. Le kilo atteint des niveaux difficilement supportables pour les bourses des m\u00e9nages, alors m\u00eame que les importations b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019importantes exon\u00e9rations publiques. Mais entre opacit\u00e9 des marges, soup\u00e7ons de sp\u00e9culation et faible impact sur les prix \u00e0 la vente, les mesures cens\u00e9es soulager le march\u00e9 nourrissent des interrogations sur leurs v\u00e9ritables b\u00e9n\u00e9ficiaires.<\/p>\n<p>Il y a des prix qui ne se commentent plus seulement en dirhams. Ils se mesurent \u00e0 ce qu\u2019ils retranchent du quotidien. Dans les boucheries des grandes villes, la viande rouge est en train de franchir ce cap symbolique. Le kilo, qui peut atteindre 120 voire 130 dirhams selon les points de vente, n\u2019est plus un simple produit alimentaire. Il est devenu le marqueur visible d\u2019une chert\u00e9 qui serre chaque semaine un peu plus la bourse de la m\u00e9nag\u00e8re.<\/p>\n<p>Le contraste est d\u2019autant plus frappant que, dans certains souks hebdomadaires, les prix observ\u00e9s restent nettement inf\u00e9rieurs. Des professionnels \u00e9voquent des niveaux autour de 80 \u00e0 85 DH le kilo, l\u00e0 o\u00f9 les grandes villes affichent des \u00e9carts de plusieurs dizaines de dirhams. Cette diff\u00e9rence, loin d\u2019\u00eatre anecdotique, nourrit un malaise dans la fili\u00e8re. Car entre le prix \u00e0 la sortie des abattoirs, celui pratiqu\u00e9 par les bouchers et celui finalement pay\u00e9 par le consommateur, la cha\u00eene de valeur semble perdre en lisibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le bovin, au c\u0153ur de la tension<br \/>Si le march\u00e9 ovin donne, \u00e0 premi\u00e8re vue, des signes de stabilit\u00e9, bien que les prix y demeurent \u00e9lev\u00e9s, c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 des bovins que les inqui\u00e9tudes se concentrent actuellement. Plusieurs professionnels anticipent une nouvelle hausse des prix dans les prochains jours. Celle-ci pourrait atteindre 20%. L\u2019explication avanc\u00e9e tient principalement au rench\u00e9rissement des t\u00eates pr\u00eates \u00e0 l\u2019abattage import\u00e9es du Br\u00e9sil, l\u2019un des principaux fournisseurs du march\u00e9 marocain. Mais cet argument ne convainc pas tous les acteurs. Certains y voient une justification partielle, voire insuffisante, au regard des prix pratiqu\u00e9s dans le commerce de d\u00e9tail.<\/p>\n<p>Pour eux, le probl\u00e8me ne se limite pas au co\u00fbt d\u2019importation. Il tient aussi \u00e0 la mani\u00e8re dont les prix se forment apr\u00e8s la r\u00e9ception des animaux. Et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse. Un professionnel du secteur, qui requiert l\u2019anonymat, estime que la structure actuelle des prix interroge s\u00e9rieusement. Selon lui, le prix de gros \u00e0 la sortie des abattoirs n\u2019exc\u00e9derait pas 87 DH le kilo dans les p\u00e9riodes les plus tendues, contre environ 70 DH en temps normal.<\/p>\n<p>Or, dans les grandes villes, le consommateur paie souvent beaucoup plus cher. L\u2019\u00e9cart est jug\u00e9 d\u2019autant plus probl\u00e9matique qu\u2019il ne s\u2019explique pas toujours par les seuls co\u00fbts logistiques ou commerciaux. La g\u00e9ographie des prix ajoute \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension. Dans certaines villes de l\u2019int\u00e9rieur du pays, comme Khouribga ou B\u00e9ni Mellal, les prix restent sensiblement inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux observ\u00e9s \u00e0 Casablanca, Rabat ou Marrakech.<\/p>\n<p>\u00abEntre 85 dirhams le kilo et 120 dirhams, la diff\u00e9rence est flagrante\u00bb, rel\u00e8ve un professionnel. Pour lui, ces \u00e9carts deviennent difficiles \u00e0 d\u00e9fendre lorsque les circuits d\u2019approvisionnement pr\u00e9sentent des similitudes importantes. La distinction entre souks traditionnels et grandes villes joue certes un r\u00f4le.<\/p>\n<p>Dans les souks, la viande vendue provient essentiellement de la production locale. Dans les grands centres urbains, en revanche, la viande issue d\u2019animaux import\u00e9s, notamment du Br\u00e9sil et de l\u2019Uruguay, occupe une place pr\u00e9pond\u00e9rante. Un professionnel explique que certaines races bovines import\u00e9es du Br\u00e9sil, plus robustes, sont difficilement adapt\u00e9es \u00e0 l\u2019abattage traditionnel et sont dirig\u00e9es vers les abattoirs agr\u00e9\u00e9s. Mais cette explication technique ne suffit pas \u00e0 dissiper les interrogations. Car l\u2019importation de bovins a pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9e pour d\u00e9tendre le march\u00e9, renforcer l\u2019offre et contenir l\u2019inflation sur les viandes rouges. Autrement dit, les animaux import\u00e9s devaient contribuer \u00e0 faire baisser la pression. Or, sur les \u00e9tals, l\u2019effet reste peu visible.<\/p>\n<p>Des \u00e9carts difficiles \u00e0 justifier<br \/>C\u2019est l\u00e0 que le dossier devient explosif. Les importateurs b\u00e9n\u00e9ficient de facilit\u00e9s publiques importantes et d\u2019une exon\u00e9ration fiscale. Dans l\u2019esprit de cette politique, le consommateur devait \u00eatre le b\u00e9n\u00e9ficiaire final de l\u2019effort consenti par l\u2019\u00c9tat. Pourtant, plusieurs professionnels affirment ne pas constater de r\u00e9percussion significative sur les prix \u00e0 la vente. \u00c0 leurs yeux, les avantages accord\u00e9s en amont ne se traduisent pas suffisamment en aval.<\/p>\n<p>Le consommateur, cens\u00e9 \u00eatre prot\u00e9g\u00e9, reste expos\u00e9 \u00e0 des prix \u00e9lev\u00e9s. Les op\u00e9rateurs interm\u00e9diaires, eux, semblent mieux plac\u00e9s pour capter une partie des b\u00e9n\u00e9fices du dispositif. Cette situation alimente un reproche r\u00e9current fait au manque de transparence. Les professionnels r\u00e9clament davantage de visibilit\u00e9 sur les prix d\u2019achat \u00e0 l\u2019importation, les co\u00fbts r\u00e9els de transport, les frais d\u2019abattage, les marges de distribution et les conditions de revente.<\/p>\n<p>Dans la fili\u00e8re, plusieurs acteurs estiment que le march\u00e9 reste sous l\u2019influence d\u2019un nombre limit\u00e9 d\u2019op\u00e9rateurs capables de peser sur les volumes, les disponibilit\u00e9s et, indirectement, les prix. Les soup\u00e7ons sont renforc\u00e9s par les niveaux de marge \u00e9voqu\u00e9s par certains professionnels. Selon plusieurs estimations circulant dans la fili\u00e8re, les gains r\u00e9alis\u00e9s sur certains lots import\u00e9s pourraient \u00eatre particuli\u00e8rement importants lorsque les volumes portent sur plusieurs milliers de t\u00eates. La tension commence d\u2019ailleurs \u00e0 d\u00e9border du march\u00e9 vers l\u2019espace public. Sur les r\u00e9seaux sociaux, des appels au boycott de la viande rouge gagnent en visibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, les professionnels les plus critiques ne r\u00e9clament pas n\u00e9cessairement l\u2019arr\u00eat des importations. Ce qu\u2019ils r\u00e9clament, en revanche, c\u2019est un encadrement plus rigoureux. Parmi les pistes avanc\u00e9es figurent le contr\u00f4le syst\u00e9matique des documents d\u2019importation, l\u2019exigence de factures originales, le suivi pr\u00e9cis des volumes import\u00e9s, la tra\u00e7abilit\u00e9 des animaux et une meilleure transparence sur les circuits de distribution. Au-del\u00e0 de la flamb\u00e9e actuelle, la crise des viandes rouges r\u00e9v\u00e8le une fragilit\u00e9 plus profonde, d\u2019o\u00f9 l\u2019appel des certains professionnels \u00e0 une r\u00e9orientation vers la reproduction locale et \u00e0 la reconstitution durable du cheptel national.<\/p>\n<p>Maryem Ouazzani \/ Les Inspirations \u00c9CO<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans les boucheries des grandes villes, la viande rouge est devenue tellement ch\u00e8re qu\u2019elle devient quasiment inaccessible. 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