{"id":9947,"date":"2026-02-10T23:24:17","date_gmt":"2026-02-10T23:24:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/9947\/"},"modified":"2026-02-10T23:24:17","modified_gmt":"2026-02-10T23:24:17","slug":"lafrique-des-independances-aux-souverainetes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/9947\/","title":{"rendered":"L\u2019Afrique : des ind\u00e9pendances aux souverainet\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>Dans leur marche vers les ind\u00e9pendances, les pays africains ont suivi des trajectoires parfois divergentes, qui impactent diff\u00e9remment leurs \u00e9volutions r\u00e9centes, y compris leurs relations avec les anciennes puissances coloniales. Une lecture historique de ces parcours permet de mieux comprendre les fondements et la port\u00e9e des mouvements souverainistes, qui agitent actuellement les soci\u00e9t\u00e9s civiles et les milieux politiques africains.<\/p>\n<p>DES IND\u00c9PENDANCES EN DEMI-TEINTE : UN TERREAU DU SOUVERAINISME ?<\/p>\n<p>Le bilan des ind\u00e9pendances africaines laisse voir un tableau contrast\u00e9. Le continent enregistre une croissance \u00e9conomique soutenue, mais peu cr\u00e9atrice d\u2019emplois. Des r\u00e9alisations sociales importantes ont \u00e9t\u00e9 faites, mais elles sont nettement insuffisantes pour atteindre les Objectifs du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement (OMD). Les \u00e9conomies africaines sont rest\u00e9es tr\u00e8s d\u00e9pendantes des exportations de mati\u00e8res premi\u00e8res, avec peu de transformation locale et une faible diversification. Malgr\u00e9 des avanc\u00e9es r\u00e9elles dans les processus d\u00e9mocratiques, on note des retours en arri\u00e8re significatifs et il existe des instabilit\u00e9s politiques chroniques li\u00e9es \u00e0 des gouvernances d\u00e9faillantes et \u00e0 des ing\u00e9rences ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Dans les anciennes colonies fran\u00e7aises, en dehors de la Guin\u00e9e, qui \u00e0 l\u2019occasion du r\u00e9f\u00e9rendum du 28 septembre 1958, dans une posture de rupture, opt\u00e9 pour l\u2019ind\u00e9pendance imm\u00e9diate, les autres territoires ont suivi le chemin trac\u00e9 par le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Apr\u00e8s les ind\u00e9pendances en 1960, ils ont gard\u00e9 avec la France des relations \u00e9troites, adoss\u00e9es au maintien du franc CFA et des bases militaires. Le terme \u00ab Fran\u00e7afrique \u00bb d\u00e9signe cette forme renouvel\u00e9e de l\u2019influence fran\u00e7aise qui se voit \u00e0 travers une certaine proximit\u00e9 entre les classes dirigeantes fran\u00e7aise et africaine. Le cas du Mali, qui avait ferm\u00e9 les bases militaires fran\u00e7aises le 20 janvier 1961 et cr\u00e9\u00e9 le franc malien le 1er juillet 1962, avant de revenir au franc CFA le 1er juillet 1984, apr\u00e8s deux d\u00e9valuations, est une particularit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 des divergences id\u00e9ologiques et \u00e0 des malentendus n\u00e9s des circonstances de l\u2019\u00e9clatement de la F\u00e9d\u00e9ration du Mali quelques mois seulement apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, avec le retrait du S\u00e9n\u00e9gal. En ce qui concerne les bases militaires, en plus d\u2019\u00eatre sous la pression des autorit\u00e9s fran\u00e7aises, il faut reconnaitre que les dirigeants africains de l\u2019\u00e9poque pensaient se d\u00e9charger du fardeau financier et se m\u00e9nager en m\u00eame temps une forme d\u2019assurance, en sous-traitant leur s\u00e9curit\u00e9. Un proverbe bambara dit : \u00ab Ne vous en prenez pas \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 vous \u00eates tomb\u00e9 mais plut\u00f4t \u00e0 l\u00e0 o\u00f9 vous avez tr\u00e9buch\u00e9 \u00bb.Comme un retour de balancier, cette d\u00e9- pendance sert aujourd\u2019hui de ferment au souverainisme et rappelle \u00e9trangement le d\u00e9bat qui a lieu en Europe autour de la pr\u00e9sence militaire am\u00e9ricaine, la probl\u00e9matique du r\u00e9armement et la question de l\u2019euro. Toutefois, contrairement \u00e0 un certain narratif, le rejet de la \u00ab Fran\u00e7afrique \u00bb n\u2019est pas le signe de la mont\u00e9e d\u2019un sentiment anti-fran\u00e7ais, qui n\u2019existe pas r\u00e9ellement.<\/p>\n<p>Dans les colonies britanniques, o\u00f9 \u00e9tait pratiqu\u00e9e l\u2019administration indirecte (indirect rule) et dans les territoires portugais qui ont d\u00fb mener de longues guerres de lib\u00e9ration, les ferments de ce type de souverainisme n\u2019existent pas. Cependant les politiques de s\u00e9gr\u00e9gation raciale pratiqu\u00e9es en Afrique australe ont nourri d\u2019autres types de souverainisme, y compris la r\u00e9activation du panafricanisme et de l\u2019id\u00e9e de \u00ab renaissance africaine \u00bb.<\/p>\n<p>LE SOUVERAINISME EN AFRIQUE : UN MOUVEMENT DE FOND ?<\/p>\n<p>Le souverainisme, parfois nomm\u00e9 \u00ab n\u00e9o-souverainisme \u00bb, est un des sympt\u00f4mes du d\u00e9senchantement face \u00e0 des ind\u00e9pendances qui n\u2019ont pas tenu toutes leurs promesses, comme le sugg\u00e8re le livre de Ren\u00e9 Dumont, au titre p\u00e9remptoire L\u2019Afrique noire est mal partie . M\u00eame s\u2019il a pris diverses formes, le souverainisme tire ses racines de la d\u00e9fiance des populations les plus fragilis\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019\u00e9lites jug\u00e9es trop inf\u00e9od\u00e9es \u00e0 des puissances \u00e9trang\u00e8res et incapables de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats nationaux.<\/p>\n<p>En Afrique australe, les politiques de s\u00e9gr\u00e9gation raciale pratiqu\u00e9es en Afrique du Sud, en Namibie et au Zimbabwe (ex-Rhod\u00e9sie du Sud) alimentent une forme de souverainisme panafricaniste. Thabo Mbeki, le successeur de Mandela a port\u00e9 le projet de \u00ab Renaissance africaine \u00bb, en finan\u00e7ant notamment la r\u00e9habilitation de 100 000 manuscrits anciens h\u00e9rit\u00e9s de l\u2019Universit\u00e9 Sankor\u00e9 de Tombouctou. L\u2019id\u00e9e de renaissance intellectuelle a eu un \u00e9cho en Afrique de l\u2019Ouest \u00e0 travers la remise au gouvernement malien par le Royaume du Maroc de copies d\u2019ouvrages \u00e9crits par Ahmed Baba pendant son exil marocain forc\u00e9 apr\u00e8s l\u2019invasion de Tombouctou en 1591. La remise a eu lieu au cours d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie officielle organis\u00e9e le 6 octobre 2022 \u00e0 Bamako. L\u2019inscription au patrimoine culturel immat\u00e9riel de l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019Unesco en 2009 de la Charte Kurukan Fuga, adopt\u00e9e en 1236, lors de l\u2019intronisation de Soundiata Ke\u00efta, le fondateur de l\u2019empire du Mali, faisait d\u00e9j\u00e0 partie de cette qu\u00eate de renaissance africaine. La d\u00e9fense du patrimoine culturel africain et du panafricanisme a \u00e9t\u00e9 le combat de l\u2019\u00e9gyptologue s\u00e9n\u00e9galais Cheikh Anta Diop depuis 1946.<\/p>\n<p>Dans les pays francophones, la question du franc CFA et la pr\u00e9sence militaire fran\u00e7aise alimentent le souverainisme. M\u00eame s\u2019il n\u2019existe pas de consensus sur les avantages et les d\u00e9savantages du franc CFA, son arrimage \u00e0 l\u2019euro constitue une source de d\u00e9pendance reconnue par les sp\u00e9cialistes. Samir Amin parlait de \u00ab finance coloniale \u00bb et un de ses disciples, Ndongo Samba Sylla a dans le m\u00eame sens co-\u00e9crit avec Fanny Pigeaud L\u2019arme invisible de la Fran\u00e7afrique, une histoire du franc CFA . Au S\u00e9n\u00e9gal, pour gagner les \u00e9lections \u00e0 la fin du mandat du Pr\u00e9sident Macky Sall, le parti des \u00ab Patriotes africains du S\u00e9n\u00e9gal pour le travail, l\u2019\u00e9thique et la fraternit\u00e9 \u00bb (Pastef) a su traduire en discours souverainiste mobilisateur le sentiment d\u2019abandon ressenti par les classes populaires. Alors qu\u2019il \u00e9tait dans l\u2019opposition, Ousmane Sonko, Pr\u00e9sident du Pastef et actuel Premier ministre d\u00e9clarait : \u00ab Nous luttons pour un S\u00e9n\u00e9gal libre, dans une Afrique libre, dans un monde libre \u00bb. Le Pr\u00e9sident Bassirou Diomaye Faye port\u00e9 au pouvoir par le Pastef affirmait le 2 avril 2024 dans son discours d\u2019investiture que \u00ab les r\u00e9sultats sortis des urnes expriment un profond d\u00e9sir de changement syst\u00e9mique \u00bb.<\/p>\n<p>Dans les pays de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel (AES) regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui m\u00e8nent une lutte existentielle contre des groupes arm\u00e9s divers, la question s\u00e9curitaire est le ciment du souverainisme. M\u00eame si les sanctions impos\u00e9es par la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats d\u2019Afrique de l\u2019Ouest (CEDEAO), l\u2019Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire ouest-africaine (UEMOA) et les partenaires occidentaux, en r\u00e9action aux diff\u00e9rents coups d\u2019\u00c9tat, alimentent des tensions g\u00e9opolitiques, le souverainisme n\u2019y est pas vu comme un r\u00e9alignement inconditionnel sur de nouvelles puissances. Le discours officiel met plut\u00f4t en avant la recherche d\u2019\u00e9quilibre dans un contexte o\u00f9 ces pays, qui ont perdu de vastes territoires, malgr\u00e9 les soutiens ext\u00e9rieurs, cherchent avant tout \u00e0 survivre en tant qu\u2019\u00c9tats. \u00ab Nous voulons coop\u00e9rer avec tous les pays du monde qui respectent notre souverainet\u00e9 \u00bb disent-ils. Au Mali, la doctrine officielle est : \u00ab Le respect de la souverainet\u00e9 du Mali, le respect des choix strat\u00e9giques et de partenaires op\u00e9r\u00e9s par le Mali, la prise en compte des int\u00e9r\u00eats vitaux du peuple malien dans les d\u00e9cisions prises \u00bb. La diversification est vue comme un moyen de satisfaire des priorit\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 comme la lutte contre les groupes ind\u00e9pendantistes, qui ne sont pas toujours partag\u00e9s par les partenaires traditionnels. Ces pays ach\u00e8tent des armes \u00e0 la Russie, la Chine, mais aussi la Turquie, un membre de l\u2019OTAN. Ils ont des relations conflictuelles avec l\u2019Alg\u00e9rie, un pays proche de la Russie et entretiennent de bons rapports avec le Maroc, un alli\u00e9 de l\u2019Occident.<\/p>\n<p>La qu\u00eate de souverainet\u00e9 sur les ressources mini\u00e8res, qui puise sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans des conventions mini\u00e8res souvent tr\u00e8s d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es, mobilise tous les gouvernements, qui adoptent de nouveaux codes miniers pour une meilleure valorisation de leurs ressources. Le Ghana a conclu des accords avec neuf soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res pour acheter au moins 20 % de leur production afin d\u2019augmenter ses r\u00e9serves d\u2019or et stabiliser sa monnaie. Son fonds souverain (Minerals Income Investment Fund) investit dans des compagnies mini\u00e8res et rach\u00e8te des actifs pour maximiser les revenus miniers. Le gouvernement guin\u00e9en a retir\u00e9 et r\u00e9attribu\u00e9 des dizaines de conventions mini\u00e8res. Le gouvernement nig\u00e9rien a nationalis\u00e9 la Soci\u00e9t\u00e9 des mines de l\u2019A\u00efr (Soma\u00efr), filiale de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise Orano qui exploitait l\u2019uranium, accus\u00e9e de ne pas respecter les clauses des contrats miniers, en m\u00eame temps qu\u2019il expulsait plusieurs cadres de la West African Oil Pipeline Company (Wapco), une filiale de la China National Petroleum Corporation (CNPC), \u00e0 laquelle il est reproch\u00e9 de ne pas transf\u00e9rer du savoir-faire aux travailleurs nig\u00e9riens. Il a renforc\u00e9 son contr\u00f4le sur le secteur p\u00e9trolier aux mains des Chinois, en augmentant sa part dans le capital de Wapco et en pla\u00e7ant des Nig\u00e9riens aux postes cl\u00e9s. En application de son nouveau code minier, le Mali a port\u00e9 sa part dans le capital des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res de 20 \u00e0 35 % et a d\u00fb pour cela mener des n\u00e9gociations d\u00e9licates aussi bien avec les soci\u00e9t\u00e9s occidentales qui exploitent l\u2019or que les entreprises chinoises qui d\u00e9tiennent les mines de lithium.<\/p>\n<p>En \u00e9cho \u00e0 la baisse tendancielle de l\u2019aide au d\u00e9veloppement, une prise de conscience se fait jour quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 pour les pays africains de prendre en main de fa\u00e7on plus r\u00e9solue leurs destin\u00e9es. Au Burkina Faso, les id\u00e9es souverainistes de Thomas Sankara sont r\u00e9activ\u00e9es par le Pr\u00e9sident Ibrahim Traor\u00e9 sous la forme d\u2019une mobilisation citoyenne, incluant l\u2019engagement de milliers de volontaires pour la d\u00e9fense de la patrie (VDP), des souscriptions financi\u00e8res volontaires pour soutenir l\u2019effort de guerre et une participation citoyenne dans la construction d\u2019infrastructures d\u2019int\u00e9r\u00eat national.<\/p>\n<p>Quoique peu abord\u00e9e dans les d\u00e9bats, une des faiblesses des ind\u00e9pendances africaines se voit aussi \u00e0 travers des institutions et des politiques publiques d\u00e9sincarn\u00e9es, qui refl\u00e8tent peu les r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles nationales. Aussi bien dans les colonies anglaises, fran\u00e7aises que portugaises, le mim\u00e9tisme institutionnel n\u2019a \u00e9pargn\u00e9 aucun pays. Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence du syst\u00e8me britannique qui est plut\u00f4t diff\u00e9rentialiste, la politique fran\u00e7aise d\u2019homog\u00e9n\u00e9isation culturelle a probablement accentu\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne en transposant les institutions m\u00e9tropolitaines dans les colonies. Bien que des personnes \u00e9clair\u00e9es aient milit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque pour la prise en compte des r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles africaines dans les \u00e9laborations institutionnelles et l\u00e9gislatives, les \u00e9lites fran\u00e7aises \u00e9taient majoritairement favorables au maintien de l\u2019esprit des institutions m\u00e9tropolitaines dans les colonies. Le penchant mim\u00e9tique du colonis\u00e9, d\u00e9crit par Frantz Fanon dans Peaux noires, masques blancs , a fait le reste. Pour l\u2019anthropologue Jean-Pierre Oliver de Sardan, dans les comportements \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leurs propres populations, les \u00e9lites bureaucratiques africaines n\u2019ont pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il qualifie de \u00ab bureaucratie du m\u00e9pris \u00bb h\u00e9rit\u00e9e de la colonisation.<\/p>\n<p>Dans mon ouvrage Repenser le statut du travail. Une contribution africaine , je soutiens que le carcan dans lequel les politiques publiques mondialis\u00e9es enferment l\u2019Afrique constitue un terreau pour le souverainisme et le populisme. Je pense fermement que les politiques de flexibilit\u00e9 du travail export\u00e9es de mani\u00e8re uniforme dans le monde entier sont la traduction du concept am\u00e9ricain \u00ab d\u2019at-will employment \u00bb (emploi \u00e0 discr\u00e9tion) qui correspond au mode d\u2019organisation des entreprises am\u00e9ricaines et au libertarianisme anglo-saxon. En Afrique, nous sommes plut\u00f4t en pr\u00e9sence d\u2019une conception communautaire de l\u2019entreprise, peu compatible avec les techniques vendues par le management moderne comme l\u2019\u00e9clatement des collectifs de travail et la comp\u00e9tition entre travailleurs. Parlant de l\u2019exportation de mod\u00e8les, Kako Nubukpo \u00e9crit dans L\u2019urgence africaine, changeons de mod\u00e8le de croissance  que \u00ab l\u2019une des faiblesses des diagnostics du FMI et de la Banque mondiale en Afrique est sans nul doute l\u2019incapacit\u00e9 de ces institutions \u00e0 replacer l\u2019Afrique dans une histoire longue, celle qui permet d\u2019entrer en r\u00e9sonance avec les pratiques s\u00e9culaires, la rationalit\u00e9 profonde et les fa\u00e7ons de se projeter dans le futur \u00bb.<\/p>\n<p>Des valeurs comme la libert\u00e9, la dignit\u00e9 et la justice sont universelles, mais elles s\u2019expriment dans des d\u00e9clinaisons vari\u00e9es. Si en Europe, la libert\u00e9 est une valeur supr\u00eame au-dessus de toutes les autres, comme l\u2019\u00e9crit Muriel Fabre-Magnan dans L\u2019institution de la libert\u00e9 , dans les soci\u00e9t\u00e9s musulmanes, elle doit \u00eatre concili\u00e9e avec le respect des \u00ab bonnes m\u0153urs \u00bb. Dans les pays asiatiques marqu\u00e9s par le confucianisme, la libert\u00e9 ne pr\u00e9domine pas sur les besoins d\u2019harmonie et de coh\u00e9sion sociale. Ceci nous rappelle la sagesse de Claude L\u00e9vi-Strauss qui indiquait dans Race et histoire  l\u2019importance de la diversit\u00e9 des cultures, \u00ab sans laquelle l\u2019humanit\u00e9 serait menac\u00e9e de stagnation et d\u2019\u00e9puisement \u00bb. Pour lui, \u00ab les relations entre les soci\u00e9t\u00e9s se caract\u00e9risent par une double tension entre les affinit\u00e9s et la convergence d\u2019une part et le particularisme d\u2019autre part \u00bb.<\/p>\n<p>En conclusion, il apparait que m\u00eame si le souverainisme donne parfois lieu \u00e0 des d\u00e9cisions de port\u00e9e strat\u00e9gique, ce n\u2019est pas un programme politique coh\u00e9rent, mais plut\u00f4t un discours r\u00e9actif. Il n\u2019a pas la force, la l\u00e9gitimit\u00e9 et la capacit\u00e9 f\u00e9d\u00e9ratrice qu\u2019a pu avoir le mouvement pour les ind\u00e9pendances apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Il flirte parfois avec l\u2019autoritarisme et la remise en cause de la d\u00e9mocratie, jug\u00e9e par les plus radicaux comme incapable d\u2019apporter des solutions efficaces aux probl\u00e8mes africains. Il est difficile de pr\u00e9dire la direction que prendra le mouvement, mais il est probable que l\u2019id\u00e9e d\u2019une limitation du r\u00f4le des acteurs ext\u00e9rieurs dans les processus domestiques continuera d\u2019\u00eatre port\u00e9e par les soci\u00e9t\u00e9s civiles africaines.\u00a0<\/p>\n<p>Ousmane SIDIB\u00c9<br \/>Professeur de droit Ancien directeur de l\u2019ENA et ancien Commissaire aux r\u00e9formes institutionnelles au Mali Auteur de Repenser le statut du travail. Une contribution africaine, pr\u00e9f. d\u2019Alain Supiot, \u00c9ditions de l\u2019Atelier, 2023 (distinction du Prix Francis Blanchard 2023)<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/2.gravatar.com\/avatar\/?s=32&amp;d=wp_user_avatar&amp;r=g&amp;forcedefault=1\"\/> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans leur marche vers les ind\u00e9pendances, les pays africains ont suivi des trajectoires parfois divergentes, qui impactent diff\u00e9remment&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":9948,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[6,1900,78,18,51,2117,67,68,69,70],"class_list":{"0":"post-9947","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-afrique","9":"tag-colonisation","10":"tag-developpement","11":"tag-europe","12":"tag-europe-afrique","13":"tag-independance","14":"tag-ue","15":"tag-ue-afrique","16":"tag-union-europeenne","17":"tag-union-europeenne-afrique"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116048918105284565","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9947","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9947"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9947\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9948"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9947"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9947"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9947"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}