{"id":99712,"date":"2026-05-11T18:54:11","date_gmt":"2026-05-11T18:54:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/99712\/"},"modified":"2026-05-11T18:54:11","modified_gmt":"2026-05-11T18:54:11","slug":"macron-et-lafrique-la-fin-de-la-posture-le-debut-de-lapprentissage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/99712\/","title":{"rendered":"Macron et l\u2019Afrique\u202f: la fin de la posture, le d\u00e9but de l\u2019apprentissage"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Alors que le sommet Afrique\u2011France se tient \u00e0 Nairobi, la pr\u00e9sidence Macron s\u2019ach\u00e8ve sur un paradoxe\u202f: vouloir rompre avec la Fran\u00e7afrique tout en demeurant prisonni\u00e8re d\u2019un imaginaire de puissance que l\u2019Afrique, d\u00e9sormais, refuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En participant au sommet \u00e9conomique Afrique\u2011France de Nairobi, Emmanuel MACRON, boucle un cycle commenc\u00e9 il y a pr\u00e8s de neuf ans, \u00e0 Ouagadougou. Ce dernier grand rendez\u2011vous africain de sa pr\u00e9sidence est aussi le reflet de ses ambitions de d\u00e9part\u202f: tourner la page de la Fran\u00e7afrique, refonder une relation d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal avec le continent, miser sur la jeunesse et l\u2019innovation plut\u00f4t que sur l\u2019arm\u00e9e et les tutelles politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00e0 l\u2019heure du bilan, la promesse de rupture se heurte \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un d\u00e9senchantement. Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais aura amorc\u00e9 une transition sans parvenir \u00e0 lui donner une coh\u00e9rence durable. De l\u2019enthousiasme des d\u00e9buts \u00e0 la crispation des derni\u00e8res ann\u00e9es, sa politique africaine dessine moins une refondation qu\u2019un long apprentissage, parfois lucide, souvent contrari\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une promesse de g\u00e9n\u00e9ration<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme beaucoup, j\u2019ai vu dans le discours de Ouagadougou, en novembre\u202f2017, une inflexion historique\u202f: un pr\u00e9sident fran\u00e7ais parlant \u00e0 des \u00e9tudiants africains sans condescendance, assumant la m\u00e9moire coloniale, refusant la logique des \u00ab\u00a0grands fr\u00e8res\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un exercice de communication\u202f: l\u2019affirmation d\u2019un partenaire pr\u00eat \u00e0 remettre en cause son statut d\u2019ancienne puissance tut\u00e9laire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce discours marquait aussi l\u2019entr\u00e9e de la France dans une \u00e8re o\u00f9 la comp\u00e9tition d\u2019influence sur le continent ne passe plus par l\u2019arm\u00e9e ni par la morale, mais par la culture, l\u2019\u00e9conomie et la circulation du savoir. Emmanuel\u202fMacron misait sur la jeunesse, le num\u00e9rique, les industries cr\u00e9atives, les mobilit\u00e9s universitaires\u202f; autant de domaines o\u00f9 la France pouvait exister autrement qu\u2019en protectrice soup\u00e7onneuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette ambition rejoignait l\u2019attente d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration africaine urbaine, \u00e9duqu\u00e9e, connect\u00e9e, qui ne voulait ni nostalgie coloniale ni rejet syst\u00e9matique. Mais l\u2019enthousiasme initial s\u2019est vite fissur\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9sillusions du Sahel<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans le Sahel que la r\u00e9alit\u00e9 a rattrap\u00e9 la rh\u00e9torique.<br \/>Les coups d\u2019\u00c9tat successifs au Mali, au Burkina\u202fFaso et au\u202fNiger ont transform\u00e9 le discours de coop\u00e9ration en confrontation ouverte. L\u2019op\u00e9ration Barkhane, symbole d\u2019un engagement \u00ab\u00a0au service des Africains\u00a0\u00bb, a fini par cristalliser la col\u00e8re contre une pr\u00e9sence per\u00e7ue comme impos\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paris n\u2019a pas su entendre \u00e0 temps le basculement des opinions publiques, ni mesurer \u00e0 quel point la jeunesse malienne ou burkinab\u00e9e rejetait la logique d\u2019une assistance s\u00e9curitaire. Le d\u00e9part des forces fran\u00e7aises a marqu\u00e9 un basculement g\u00e9opolitique mais aussi psychologique\u202f: pour la premi\u00e8re fois depuis les ind\u00e9pendances, la France s\u2019est trouv\u00e9e chass\u00e9e de r\u00e9gions qu\u2019elle consid\u00e9rait comme son c\u0153ur d\u2019influence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vide laiss\u00e9 a profit\u00e9 \u00e0 d\u2019autres\u202f: Russie, Turquie, Chine ou \u00c9mirats. Macron avait voulu \u00ab\u00a0d\u00e9coloniser les imaginaires\u201d\u00a0\u00bb, le Sahel, lui, a d\u00e9colonis\u00e9 la relation franco\u2011africaine, mais de mani\u00e8re brutale, dans la rupture et la d\u00e9fiance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pari d\u2019un d\u00e9placement vers l\u2019Est<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En observateur de cette recomposition, je comprends le choix de Nairobi pour le dernier sommet Afrique\u2011France\u202f: il incarne le virage vers une Afrique anglophone, \u00e9conomique et innovante, qui regarde vers l\u2019avenir plut\u00f4t que vers le pass\u00e9 colonial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce basculement est strat\u00e9gique\u202f: tandis que le Sahel s\u2019\u00e9loigne, l\u2019Afrique de l\u2019Est et l\u2019Afrique de l\u2019Ouest c\u00f4ti\u00e8re deviennent les nouveaux relais de la diplomatie fran\u00e7aise. Le\u202fKenya, le\u202fGhana ou le\u202fNigeria offrent un autre visage du continent\u202f: jeunes, dynamiques, moteurs de la transition \u00e9nerg\u00e9tique et du num\u00e9rique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a l\u00e0 un changement de m\u00e9thode perceptible\u202f: parler partenariats, entreprises et climat plut\u00f4t que bases militaires et aide publique. Mais cette mutation repose sur le dynamisme du secteur priv\u00e9 plus que sur une doctrine politique claire. La France avance, certes, mais sans v\u00e9ritable narration nouvelle partag\u00e9e avec ses partenaires africains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les batailles du r\u00e9cit et de la m\u00e9moire<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La culture est le champ o\u00f9 Macron aura agi avec le plus de constance\u202f: restitutions d\u2019\u0153uvres d\u2019art, reconnaissance du pass\u00e9 colonial, cr\u00e9ation de programmes franco\u2011africains dans les industries culturelles. Ces initiatives, in\u00e9dites, ont tent\u00e9 de concilier lucidit\u00e9 historique et ouverture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la bataille symbolique ne se gagne pas dans les mus\u00e9es. Pour beaucoup d\u2019Africains, la France demeure prompte \u00e0 donner des le\u00e7ons et lente \u00e0 reconna\u00eetre la sym\u00e9trie des regards. Derri\u00e8re le discours d\u2019\u00e9galit\u00e9, l\u2019asym\u00e9trie des moyens et des r\u00e9flexes perdure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019impossible refondation<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La politique africaine de Macron illustre la difficult\u00e9 de passer d\u2019une puissance \u00e0 une pr\u00e9sence. La Fran\u00e7afrique est morte, mais rien n\u2019a v\u00e9ritablement pris sa place. Les r\u00e9seaux anciens ont surv\u00e9cu, pendant que les soci\u00e9t\u00e9s africaines ont, elles, pris leur ind\u00e9pendance intellectuelle et diplomatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Macron a per\u00e7u cette \u00e9volution sans r\u00e9ussir \u00e0 l\u2019accompagner. Entre le ton du partenaire et le r\u00e9flexe du protecteur, la diplomatie fran\u00e7aise a oscill\u00e9 sans stabilit\u00e9. Ses efforts de modernisation ont souvent \u00e9t\u00e9 rattrap\u00e9s par les ambigu\u00eft\u00e9s structurelles de la relation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Afrique post\u2011macronienne<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui s\u2019ach\u00e8ve \u00e0 Nairobi, c\u2019est moins un programme qu\u2019un paradigme. Le centre n\u2019est plus \u00e0 Paris\u202f: la politique africaine se joue d\u00e9sormais \u00e0 Addis\u2011Abeba, Nairobi, Abuja ou Kigali. La question n\u2019est plus celle de \u00ab\u00a0la politique africaine de la France\u00a0\u00bb, mais celle de \u00ab\u00a0la place de la France dans la politique africaine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est peut\u2011\u00eatre l\u00e0, paradoxalement, le principal legs de Macron\u202f: avoir contraint la France \u00e0 accepter de n\u2019\u00eatre qu\u2019un acteur parmi d\u2019autres, et \u00e0 comprendre que l\u2019influence se b\u00e2tit d\u00e9sormais dans l\u2019horizontalit\u00e9, non la tutelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apprendre \u00e0 \u00eatre un partenaire<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En refermant ce cycle, Emmanuel\u202fMacron aura pouss\u00e9 la France \u00e0 entreprendre un apprentissage collectif\u202f: apprendre \u00e0 \u00e9couter, \u00e0 co\u2011construire et parfois \u00e0 s\u2019effacer. Les mots ont chang\u00e9\u202f: on parle de \u00ab\u00a0coalitions\u00a0\u00bb, de \u00e9\u00a0\u00ab\u00a0solutions africaines\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0coop\u00e9rations \u00e9quilibr\u00e9es\u00a0\u00bb. Reste \u00e0 transformer le vocabulaire en actes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la France parvient \u00e0 cette modestie strat\u00e9gique, alors peut\u2011\u00eatre que la rupture, annonc\u00e9e mais inaccomplie, portera ses fruits sous d\u2019autres pr\u00e9sidences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aliou\u202fBarry,<br \/>Chercheur en relations internationales, sp\u00e9cialiste des questions de d\u00e9fense, de paix et de s\u00e9curit\u00e9 en Afrique. Il dirige le Centre d\u2019analyse et d\u2019\u00e9tudes strat\u00e9giques (CAES) de\u202fGuin\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Alors que le sommet Afrique\u2011France se tient \u00e0 Nairobi, la pr\u00e9sidence Macron s\u2019ach\u00e8ve sur un paradoxe\u202f: vouloir rompre&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":99713,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[104,6,35588,18,51,1365,35589,67,68,69,70],"class_list":{"0":"post-99712","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-a-la-une","9":"tag-afrique","10":"tag-apprentissage","11":"tag-europe","12":"tag-europe-afrique","13":"tag-macron","14":"tag-posture","15":"tag-ue","16":"tag-ue-afrique","17":"tag-union-europeenne","18":"tag-union-europeenne-afrique"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116557464389809384","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99712","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=99712"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99712\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/99713"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=99712"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=99712"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=99712"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}