Trois éléments expliquent ce revers selon les analystes de l’ISW : les contre-attaques ciblées mais efficaces de l’armée ukrainienne le long de la ligne de front, la perte du réseau satellitaire de Starlink qui a profondément affecté l’armée russe sur le plan opérationnel, et la coupure par le Kremlin du réseau social Telegram pourtant abondamment utilisé par ses bataillons pour communiquer.
Petite prise, grande victoire
À cela viennent s’ajouter des facteurs conjoncturels. La météo saisonnière, d’abord, puisque « l’enchaînement du sol gelé d’hiver et des pluies de printemps ont forcément dégradé les capacités de déplacement des engins mécanisés » estime l’ISW. Ensuite, la stratégie adoptée. Les forces russes ont en effet changé de tactique depuis l’automne en misant davantage sur les missions d’infiltration ciblées.
De quoi engranger davantage de petites prises, largement instrumentalisées par le Kremlin pour communiquer victorieusement « en exagérant fortement les gains réels » poursuivent les analystes de l’ISW. Les autorités russes « n’ont cessé d’utiliser ces opérations pour créer une perception d’avancée continue sur le front et renforcer le discours victorieux du Kremlin alors que les zones infiltrées demeurent rarement sous contrôle russe, et sont la plupart du temps situées dans des zones grises séparant les positions des deux camps ».
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Et maintenant ? Tout indique que Moscou tente de se donner les moyens de prendre la ville Pokrovsk, dans l’oblast de Donetsk (Donbass). Selon l’armée ukrainienne, de nombreuses unités ont récemment été redéployées autour de la ville, dont des tankistes, des unités motorisées et des bataillons de reconnaissance, comptant au total plus de 3000 membres. En face, les Ukrainiens tiennent leur robuste ligne de front contre vents et marées. Mais Kiev est surtout parvenu à prendre un ascendant psychologique en brisant une promesse de Vladimir Poutine : préserver la tranquillité des Russes sur leur territoire.
Forts de leurs avancées technologiques et du soutien de leurs alliés, les troupes ukrainiennes ne cessent depuis des mois de frapper avec efficacité les grandes villes et les infrastructures énergétiques ennemies. Ce qui expliquerait, d’après la plupart des observateurs, que le Kremlin ait unilatéralement imposé la trêve de deux jours entrée en vigueur ce jeudi soir à minuit, afin de célébrer dans une relative tranquillité « le jour de la victoire » russe sur l’Allemagne nazie, ce samedi. « Ces mesures sont nécessaires », martelait encore ce jeudi son porte-parole Dmitri Peskov face aux critiques des Russes eux-mêmes qui y voient une forme de fébrilité. Elles sont mises en œuvre pour garantir la sécurité des citoyens, qui est une priorité absolue ».
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Sur le plan économique, la situation est également moins bonne qu’attendu. Moscou conserve largement les moyens de ses ambitions, mais les effets de la guerre se font de plus en plus ressentir en Russie, dont les recettes pétrolières et gazières sont inférieures aux prévisions officielles.
Avec le blocage du détroit d’Ormuz et la suspension des sanctions américains, le ministère russe des finances avait annoncé « une prime de guerre » de 2,4 à 3 milliards d’euros le mois dernier. Selon les chiffres officiels publiés mercredi, cette hausse atteindrait en réalité 256 millions d’euros. Depuis le début de l’année, les recettes issues des hydrocarbures auraient même enregistré une baisse de 38,3 % par rapport à l’année précédente, pour un total de 28 milliards d’euros.
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