Des huttes fumantes de l’âge de pierre aux cabines infrarouges high-tech, l’humanité n’a jamais cessé de chercher la chaleur. Les Romains avaient leurs thermes, les Japonais leurs onsen, les Russes leurs banyas, les Ottomans leurs hammams. Partout sur la planète, la chaleur a façonné des rituels qui, loin d’être de simples traditions, sont devenus aujourd’hui des outils de bien-être, capables de réchauffer le corps, calmer l’esprit ou régénérer la peau.

Feu ancestral

Aucune civilisation n’a poussé l’art d’avoir chaud aussi loin que la Finlande. En 2020, la culture du sauna finlandais est même entrée au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, preuve qu’ici, aller au sauna n’est pas qu’un rituel bien-être : c’est un espace social, thérapeutique, spirituel. Les tout premiers saunas, construits à l’âge de pierre, n’avaient rien de chic : des huttes recouvertes de peaux, chauffées par de grosses pierres brûlantes transportées depuis un feu extérieur. Leur fonction était déjà plurielle à l’époque, résumée par ce vieux proverbe nordique : “Le sauna, c’est l’endroit où l’on naît, où l’on meurt et où l’on se soigne.” Une polyvalence qui en a naturellement fait un pilier de la société finlandaise.  Avec plus de 3 millions de saunas pour 5,5 millions d’habitants, il est rare de trouver un foyer qui n’en possède pas. “Autrefois, la tradition voulait, lorsque l’on achetait un terrain, que l’on construise d’abord le sauna puis la maison”, rappelle Terhi Ruutu, thérapeute de sauna à Helsinki et autrice de Sauna Therapy, Recipes for Well-being (éd. Terhen). Le sauna finlandais traditionnel, idéalement pratiqué le soir, suit quelques règles simples mais élémentaires : boire 1 litre d’eau avant, pour éviter la déshydratation, et se doucher. “Il est nécessaire de se laver pour enlever la poussière, le maquillage et la saleté afin que les pores puissent s’ouvrir correctement”, souligne Terhi Ruutu. Nu ou seulement couvert d’une serviette, on laisse ensuite la chaleur (70 à 100 °C) faire son œuvre, en oubliant toute notion du temps : “L’erreur la plus fréquente est de vouloir absolument rester pendant une durée déterminée alors que c’est l’écoute du corps qui dicte le rythme”, rappelle la thérapeute. Quand la chaleur devient trop intense, les Finlandais sortent respirer l’air frais et passent par la douche pour rincer la sueur. Les soins du corps, courants dans le sauna, incluent l’autoflagellation (geste ancestral qui active la circulation et adoucit la peau) avec des branches de bouleau (elles laissent dans l’air un parfum vert ultra-agréable), ainsi que gommages et brossages, qui profitent de la chaleur pour décrasser les pores. Chaque séance se termine par un refroidissement, pour stimuler la circulation et tonifier le corps, idéalement un plongeon dans l’eau froide (lac, mer, bassin), et une collation salée (noix grillées, soupe de légumes racines, pain de seigle beurré ou poisson fumé) est recommandée post-sauna pour compenser les pertes en sels minéraux.

Extrême sudation

Aujourd’hui, un cours de sport semble presque insuffisant s’il ne se pratique pas thermostat poussé au maximum. Longtemps cantonné au Bikram, ce yoga pratiqué sous 40 °C qui a fait transpirer les années 2000, la chaleur a depuis largement envahi les salles de sport. Pilates, HIIT, musculation, cycling : tout existe désormais en version hot. À Paris, ce sont les studios Burning Bar qui ont ouvert la voie en 2023. “Nous chauffons nos studios à 35 °C grâce à des infrarouges, une chaleur plus profonde et enveloppante, moins agressive qu’un air brûlant”, explique Charlotte Guez, l’une des cofondatrices. L’idée ? Intensifier l’effort sans le rendre écrasant. “La chaleur ne doit jamais prendre le dessus sur le mouvement. Elle accompagne l’effort, elle ne le domine pas.” En augmentant la température ambiante, le corps transpire davantage, gagne en souplesse et voit son rythme cardiaque s’accélérer. Mais pour survivre à une première séance, deux règles s’imposent. D’abord, arriver hydratée. “Il faut boire régulièrement dans la journée, pas seulement dix minutes avant”, rappelle l’experte. Ensuite, éviter le combo fatal “Je n’ai rien mangé + je suis déshydratée + je veux tout donner”. “C’est le trio gagnant pour tourner de l’œil. Lors de la première séance, il faut s’autoriser à lever le pied. Le corps s’adapte avec l’exposition répétée. On ne peut pas performer comme dans une salle à 19 °C. Ce n’est tout simplement pas le même sport”, avertit Charlotte Guez.

Hors studio, s’entraîner sur des tapis infrarouges constitue également une option. Réglés entre 25 et 70 °C, ils diffusent des ondes infrarouges longues capables de pénétrer jusqu’à 10 centimètres sous la peau. “À la différence des LED et des infrarouges à ondes courtes, qui restent superficiels et améliorent surtout l’aspect de la peau, ces tapis agissent en profondeur pendant l’effort, favorisant la vasodilatation, l’oxygénation et l’assouplissement musculaire”, explique la coach Charlotte Muller. Elle a conçu des tapis qui, en plus des ondes infrarouges longues, intègrent des fréquences PEMF (ondes électromagnétiques pulsées), apportant une dimension régénératrice qui soutient l’énergie cellulaire tout en réduisant l’inflammation liée aux microlésions de l’entraînement. En version mini, ce tapis se glisse sous la nuque, le dos ou les pieds pour limiter les courbatures après l’effort.

Dernier argument et pas des moindres : la dépense énergétique. Au centre de médecine esthétique intégrative Combray, une séance de 45 minutes d’Infrabike, un vélo infrarouge chauffé entre 45 et 65 °C pratiqué en position allongée, peut permettre de brûler jusqu’à 2 500 calories, contre environ 650 pour un cours de cycling classique. “Quand le corps chauffe, il dépense de l’énergie pour réguler sa température. Et lorsqu’il doit ensuite se refroidir, il en dépense encore”, explique la fondatrice de Combray Ava Cohen. La chaleur agit également sur la lipolyse, ce mécanisme qui transforme les graisses en énergie. “Mais la chaleur seule ne fait pas fondre la graisse : elle soutient l’effort musculaire, sans jamais le remplacer.”

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© Photographe : Ferry van der Nat / Styliste : Emma Carles / Set designer : Hélène Manche / Mannequin : Ateta Jok (Select Model) / Coiffure : Quentin Lafforgue / Maquillage : Ai Cho. Manucure : Jessica Trochut / Production : CallTime

Combustion cutanée

Après des années d’engouement pour le froid, l’industrie cosmétique s’intéresse de plus en plus aux vertus de la chaleur. Du sauna facial aux soins autochauffants, elle explore ses effets sur la peau. “Le sauna est la façon la plus radicale de détoxifier sa peau car il provoque une sudation intense capable d’éliminer ce qu’aucun nettoyant ne parvient à retirer. Quand la température monte, les lipides se ramollissent, le sébum se liquéfie, les pores s’ouvrent : sueur et sébum fluidifié emportent les cellules mortes et la peau paraît instantanément plus nette”, explique Cyrille Telinge, chercheur, expert en biologie cutanée et fondateur de Novexpert. Cette purification profonde fragilise toutefois le film hydrolipidique, essentiel à l’hydratation et à la protection cutanée : “Une vaporisation d’eau isotonique suivie de vingt minutes sous un masque à l’acide hyaluronique suffit à le restaurer”, assure l’expert. “Appliquée sur le visage, la chaleur peut réduire les ridules, stimuler la production de collagène et améliorer l’état général de la peau”, souligne Elisabeth Duchovny, porte-parole France de Therabody, marque de beauty-tech qui a développé des appareils de thermothérapie faciale exploitant la chaleur pour stimuler la microcirculation, éliminer les déchets cellulaires, illuminer le teint et optimiser l’efficacité des soins nocturnes. Car, sous la chaleur, la pénétration des actifs dans la peau “peut être jusqu’à vingt-cinq fois plus importante”, concède Cyrille Telinge.

Attention toutefois aux actifs sensibles aux hautes températures : “Pas de vitamine C ni de rétinol : ils pénètrent trop vite et peuvent irriter la peau. En revanche, l’acide hyaluronique ou les omégas jouent leur rôle plus intensément appliqués sur peau chauffée.” Certains actifs agissent directement sur les récepteurs thermiques cutanés, mais leur tolérance varie fortement d’une personne à l’autre. Parmi les molécules les plus connues figurent la capsaïcine extraite du piment, le methyl nicotinate, cousin de la vitamine B3, ainsi que les gingérols et shogaols, molécules du gingembre. Mais seule la VBE (vanillyl butyl ether) offre un compromis idéal, selon Cyrille Telinge, “procurant une chaleur douce sans agresser”.

Une chaleur douce et humide est bénéfique aussi pour les cheveux, contrairement à celle des appareils chauffants, qui agressent et détruisent la fibre. “Elle améliore la microcirculation du cuir chevelu, assouplit la barrière cutanée et optimise l’efficacité des soins”, précise Aymeric Sorin, responsable formation internationale de la marque Hair Rituel by Sisley, qui intègre dans ses protocoles de soins en salon des bains de vapeur pour purifier et ouvrir les écailles du cheveu. Résultat : des cheveux plus forts, brillants et nourris, tandis que les actifs des masques et des huiles pénètrent en profondeur. À domicile, un bonnet chauffant porté après la douche sur cheveux humides suffit à amplifier l’action des masques et des huiles.

Réactions à chaud

Les vertus de la chaleur sur la santé ne sont pas nouvelles. Déjà, dans l’Antiquité, Hippocrate prescrivait des bains chauds pour purifier le corps et rétablir l’équilibre. Les sciences modernes ont depuis confirmé ces bienfaits millénaires. Sur le plan biologique, l’exposition à la chaleur déclenche une véritable chorégraphie neurochimique. “Lorsque vous entrez dans un environnement très chaud, votre cerveau perçoit un stress thermique et libère des molécules protectrices, dont les bêta-endorphines, responsables de la sensation de bien-être. 30 minutes dans un sauna à 85 °C augmenterait de manière significative les niveaux de bêta-endorphines. Vous obtenez aussi un boost de noradrénaline, qui améliore la concentration et l’éveil, ainsi qu’une augmentation de dopamine, qui contribue directement à améliorer l’humeur”, explique le neuroscientifique TJ Power, auteur du livre La Bonne D.O.S.E. (éd. Marabout). Bon à savoir : ce mécanisme fonctionne quel que soit le type de chaleur (sauna traditionnel, infrarouge ou bain chaud), mais la réponse varie selon l’intensité. “Les saunas traditionnels, qui montent à 80‑100 °C, déclenchent une réaction rapide et intense. Les infrarouges, plus doux, nécessitent des séances plus longues pour obtenir des effets similaires”, précise l’expert. Sur le plan nerveux, la chaleur crée un double effet : “ Pendant l’exposition, le système sympathique prend le dessus, puis, une fois que vous sortez, il se produit un puissant rebond où le système parasympathique prend complètement le relais. C’est à ce moment-là que le cortisol chute et que ce profond sentiment de calme s’installe. Les ondes cérébrales alpha et thêta augmentent, favorisant relaxation et méditation. À long terme, le système nerveux apprend à passer plus facilement du stress à la récupération”, confirme
le neuroscientifique. Finalement, le bien-être est à portée de main, sans grands efforts : il suffit de s’asseoir, de se réchauffer et de laisser la chaleur faire son œuvre. Les Finlandais le savent bien : avec plus de saunas que de voitures, ils vivent dans le pays le plus heureux du monde* depuis huit années consécutives… 

* Classement World Happiness Report, 2025.

Article paru dans le magazine Harper’s Bazaar du mois de février 2026.