Dix victimes

La première victime examinée était la compagne de Salvatore Impériale. Quand le médecin la rencontre, la femme est encore hospitalisée, déjà passée par deux opérations lourdes après un traumatisme crânien sévère. Fracture du bassin, lésions vasculaires aux intestins et à l’estomac, paralysie partielle du bras droit : son corps porte partout les stigmates de la violence du choc. Elle doit encore être réopérée de la jambe droite. Mais les blessures invisibles sont tout aussi profondes. Troubles du sommeil, désinhibition verbale liée au traumatisme frontal, prise en charge psychiatrique… et surtout une mémoire effacée. Elle ne garde aucun souvenir des faits. Comme si son cerveau avait tenté d’effacer l’horreur pour survivre.

Une autre victime raconte avoir simplement vu des phares avant le néant. Depuis, sa vie n’est plus la même. Traumatisme crânien, vertiges constants, céphalées, sensation de tête lourde : chaque journée est devenue un combat. Elle évite les endroits bondés, souffre de cauchemars récurrents et reste sous traitement médical. « Ces faits ont totalement chamboulé sa vie », rapporte le légiste. Des mots simples pour décrire une existence brisée.

Une troisième femme, hospitalisée à Hôpital Vésale puis à Hôpital Marie Curie, est restée amnésique durant une semaine. Elle souffre d’un sévère traumatisme crânien et d’une limitation durable des mouvements du côté gauche. « Mais au-delà de la douleur physique, c’est la colère qui domine. Colère face à ce corps qui ne répond plus comme avant ». Colère face à cette vie amputée. Le médecin évoque un stress post-traumatique susceptible de durer des années.

Les cauchemars

Parmi les victimes figure aussi un homme percuté de plein fouet sur le côté gauche. « Depuis ce jour, les acouphènes ne le quittent plus. Les douleurs aux épaules et au coude sont permanentes. Les nuits sont peuplées de cauchemars ». Même son corps exprime le traumatisme : « un psoriasis est apparu autour de sa bouche et de son menton ». Les examens ont révélé des fractures et des hémorragies cérébrales. Là encore, les blessures dépassent largement le visible.

Victim Florian Devise and Victim Nicolas D'Andrea arrive for the start of the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Monday 04 May 2026. The trial of the two cousins concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOURVictim Florian Devise and Victim Nicolas D'Andrea arrive for the start of the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Monday 04 May 2026. The trial of the two cousins concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOURFlorian a été grièvement blessé, Nicolas a perdu son frère. ©Belgaimage

Le compagnon de la deuxième victime vit lui aussi dans une peur permanente. Depuis le drame, il est incapable de croiser une voiture sans se mettre en alerte. Il se réveille en sueur à l’heure exacte de la tragédie. Son autonomie a été profondément réduite. Physiquement, les séquelles sont lourdes : fracture ouverte de la cheville, plaques, vis, fractures cervicales ayant engagé son pronostic vital. Psychologiquement, il reste prisonnier du 20 mars 2022.

Une autre victime n’a conservé aucun souvenir de l’impact. Hospitalisé à CHU Ambroise Paré, il souffre aujourd’hui encore de troubles de la mémoire, de vertiges et de crises d’angoisse dans les espaces clos. Les examens médicaux réveillent chez lui une panique incontrôlable. Les médecins ont constaté des hémorragies crâniennes après le drame. Son cerveau, lui aussi, porte des traces irréversibles.

Blessures diverses

Le septième homme examiné a repris connaissance directement sur les lieux du drame. Sa jambe gauche fracturée le contraint encore à utiliser des béquilles pendant de longs mois. Même si le vélo lui est à nouveau possible, marcher reste douloureux. Les séances de kinésithérapie se poursuivent encore aujourd’hui.

Un autre homme a vu la voiture arriver. Il a senti l’impact frapper son pied droit. Depuis, la douleur persiste. Une douleur devenue chronique, installée dans le quotidien comme un rappel permanent de cette matinée de carnaval transformée en cauchemar.

La neuvième victime jouait du tambour dans le cortège. Lui aussi a subi de multiples fractures aux jambes, au sternum et au niveau lombaire. Fauteuil roulant, puis béquilles : il a dû réapprendre à se déplacer. Les séquelles psychologiques sont qualifiées d' »importantes » par les experts. Derrière chaque pas, il y a désormais le souvenir du drame.

Épilepsie

Enfin, un Montois grièvement blessé à la tête vit aujourd’hui avec des douleurs persistantes, une fatigue chronique et un traitement contre l’épilepsie. Nous l’avions interrogé lors de l’audience du jury (vidéo) Une faiblesse du côté gauche demeure. Il redoute désormais le moindre coup à la tête. Plusieurs opérations chirurgicales ont été nécessaires. Sur son crâne, une cicatrice de trente centimètres rappelle chaque jour ce qu’il a traversé.

Au fil des témoignages médicaux, une même réalité s’impose : ces victimes ne guériront jamais totalement. Certaines ont perdu leur mobilité, d’autres leur mémoire, leur sommeil, leur sérénité ou leur autonomie. Beaucoup vivent avec des douleurs chroniques, des crises d’angoisse, des cauchemars ou une peur constante de la circulation.

Et puis il y a le cas de Christine Chavrepierre, décédée deux ans après les faits des suites d’un très sévère traumatisme crânien. L’analyse de son cerveau a révélé d’anciennes lésions traumatiques, des signes de dégénérescence et des atteintes liées au manque d’oxygène. Une pneumonie, complication fréquente des longues hospitalisations, a également été constatée. Même deux ans plus tard, le drame continuait à tuer. Ses filles viendront raconter sa souffrance.