Forcément, tous les regards se sont tournés vers son dirigeant, le premier ministre Keir Starmer, à la popularité abyssale. Conscient de la nécessité de cadrer le récit de la journée, il est intervenu tôt à la BBC vendredi matin. « Les résultats sont très difficiles, il ne faut pas se voiler la face », a-t-il reconnu. « Les électeurs ont fait passer un message sur le rythme du changement et sur la manière dont ils souhaitent voir leur vie s’améliorer. Le Parti travailliste a été élu pour relever ces défis ». Il a fermement nié toute possibilité de démission de sa part : « Je ne vais pas tourner le dos à ces défis et plonger le pays dans le chaos. »
Dégâts limités
Plus qu’un message à ses militants, cette intervention visait surtout à atténuer la colère de ses élus. Ceux débarqués par les électeurs mais aussi les députés et les conseillers qui voient leur siège menacé. « Cinquante-neuf députés travaillistes possèdent leur siège à Londres », rappelle Sara Hobolt, professeur de sciences politiques à la London School of Economics. « Les performances de Reform UK, des Verts et des Libéraux-démocrates leur montrent qu’ils risquent de perdre leur poste lors de la prochaine élection générale. Cette perspective pourrait les pousser à agir pour débarquer Keir Starmer et trouver un dirigeant qui ferait un premier ministre plus charismatique et plus populaire. »
Keir Starmer sort affaibli de l’affaire Mandelson
Mi-mars, le chef du Labour en Écosse, Anas Sarwar, avait demandé la démission de Keir Starmer. Cette distanciation a permis aux candidats écossais de limiter les dégâts. Vendredi matin, le chef des travaillistes à Hull a appuyé sa demande, estimant que Keir Starmer « n’est pas l’homme de la situation pour (nous) faire avancer ».
Fin du bipartisme
Plus largement, cette élection marque la fin du bipartisme, qui prévalait historiquement au Royaume-Uni, et la fragmentation de la scène politique. Outre le Labour, les conservateurs ont en effet poursuivi leur effondrement. Lors des élections locales de l’an dernier, ils avaient déjà perdu 676 des 993 sièges qu’ils défendaient et le contrôle de l’ensemble de leurs seize conseils municipaux. Ce jeudi, les Tories ont été relégués à la quatrième place en termes de votes lors des élections aux parlements écossais et gallois.
Grand gagnant de l’entrée dans cette nouvelle ère : Reform UK, le parti populiste anti-immigration. « Les travaillistes sont balayés par Reform dans bon nombre de leurs bastions traditionnels, tout comme le Parti conservateur dans ses fiefs, comme l’Essex », s’est réjoui son dirigeant Nigel Farage, qualifiant cette élection de « tournant historique dans la politique britannique ». Même dans les sièges qu’elle n’a pas remportés, sa formation est souvent parvenue à prendre la seconde place jusqu’alors occupée par le parti conservateur. L’analyse géographique des résultats montre d’ailleurs une très forte similitude avec les votes… du référendum sur le Brexit de juin 2016.
Keir Starmer aurait été trompé par les Affaires étrangères sur Peter Mandelson : « Je ne l’aurais jamais nommé »Pas de ras-de-marée
Reform UK a parfois bénéficié de la poussée des verts. Engendrée par la désaffection de nombreux électeurs travaillistes déçus par le manque d’ambition du gouvernement de Keir Starmer, elle a in fine divisé le vote de gauche et permis au nouveau premier parti de la droite de remporter des sièges dans des zones considérées de gauche. L’élan apporté par l’élection en septembre de Zack Polanski à leur tête a pourtant permis aux Verts de réaliser leur meilleur résultat électoral, avec notamment leur première municipalité remportée à Hackney, dans l’est de Londres.
Le raz-de-marée espéré par les activistes de Reform UK ne s’est pourtant pas concrétisé. Le parti n’est pas parvenu à remporter plusieurs conseils municipaux de la lointaine banlieue est de Londres, comme à Bexley, où ses espoirs étaient grands. Un signe que sa normalisation, notamment favorisée par l’arrivée de plus d’une vingtaine de députés et anciens députés conservateurs, n’est pas encore totale. Et surtout que l’élection de Nigel Farage au 10 Downing Street lors de l’élection générale prévue en 2029 n’est pas encore écrite.