CRITIQUE – En agents de basketball, Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi partent à la conquête de la NBA, la très prestigieuse ligue nord-américaine.

Beau match à distance ce mercredi entre Marty Supreme  et Le Rêve américain. D’un côté du terrain – ou du filet -, Timothée Chalamet en champion de tennis de table juif new-yorkais des années 1950 prêt à tout pour réussir raquette en main. De l’autre, Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi en agents de basketball français partis à la conquête de la NBA, la très prestigieuse ligue nord-américaine, au début des années 2000. Deux films tirés d’une histoire vraie. Deux visions du rêve américain.

L’une racontée de l’intérieur par Josh Safdie, né dans le Queens, avec ironie et frénésie. L’autre narrée de l’extérieur par Anthony Marciano (Play, Les Gamins) avec naïveté et entrain. À vrai dire, le film d’Anthony Marciano a un adversaire bien plus redoutable. Ou plutôt un handicap : le film de sport, genre particulièrement maudit en France. Le récent échec de Mercato, le très bon thriller de Tristan Séguéla sur le foot business avec Jamel Debbouze en agent sans scrupule, empêche le service marketing de Gaumont de dormir depuis des semaines.


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Les clichés sont évités

On ne sait pas à quel point le scénario enjolive la réalité mais la rencontre entre Jérémy Medjana (Raphaël Quenard), employé d’un vidéo club à Amiens, et Bouna Ndiaye (Jean-Pascal Zadi), homme de ménage à l’aéroport d’Orly, a bien eu lieu. Les deux hommes partagent la même passion, le basket, et le même niveau d’anglais, nul. Ils décident de s’associer pour devenir agents de joueurs, ouvrant leur première agence dans l’arrière-salle d’un pressing chinois bien nommé, « Aux doigts de fées », avalant des kilomètres pour superviser des futurs cracks, prenant des vestes (le père de Tony Parker les renvoie poliment), avant de réussir leurs premiers coups en Europe, s’endetter, déménager dans de vrais bureaux, s’envoler pour New York, s’endetter plus, échouer, réessayer, échouer de nouveau avant de toucher le graal : faire signer les meilleurs joueurs français en NBA.

Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi dans Le Rêve américain, d’Anthony Marciano.
Mika COTELLON

Les amateurs de basket s’amuseront des doublures de Nicolas Batum, de Rudy Gobert et même d’un gamin plus grand que les autres du nom de Wembanyama faisant leurs premiers pas sur les parquets. Les autres se contenteront de suivre le duo formé par Quenard et Zadi, digne des meilleurs buddy-movies – films de potes en VF. Quenard met son bagou en sourdine et ça lui réussit plutôt bien. Zadi donne à son flegme une opiniâtreté inédite, calme dans la tempête, toujours un dicton aux lèvres en cas de coup dur (« Il faut bien bouffer la glace avant le cornet », « Le bambou qui flanche est plus fort que le chêne qui résiste »), théoricien de principes intangibles pour réussir (l’entourage, le mental, le physique, l’apprentissage, la curiosité) et jouant son destin à pile ou face tant que la pièce retombe côté face.

Anthony Marciano prend son temps pour rendre crédible et consistante la success-story, évite les clichés (le premier morceau de rap n’arrive que tardivement), reconstitue avec soin la fièvre de la draft, cette bourse aux joueurs où se décident les transferts qui changent une carrière et une vie. Les négociations, dans les halls d’hôtel ou au téléphone, font penser à celles du Stratège, de Bennett Miller, avec Brad Pitt en manager de baseball. Elles rappellent que les meilleurs films de sport se situent dans les coulisses, loin des terrains. Et que le sport est bien plus que du sport.

La note du Figaro : 3/4