À l’école, Paolo Falzone ne brille pas. Sa scolarité est qualifiée de difficile et il s’oriente rapidement vers l’enseignement professionnel, en maçonnerie, dans les pas de son grand-père. Mais cette voie ne dure pas. Les années suivantes sont marquées par une succession d’emplois sans réelle stabilité : ouvrier de production, voiturier, commis de cuisine ou encore chauffeur-livreur. Malgré cette autonomie relative, il continue longtemps à bénéficier du soutien financier de ses parents.
Paolo, le matérialiste
Sur le plan personnel, le portrait qui ressort de l’enquête est celui d’un homme très préoccupé par son apparence et par l’image qu’il renvoie. Plusieurs anciennes compagnes le décrivent comme coquet, attentif à ses vêtements et à son physique, au point d’avoir effectué un voyage en Turquie pour des implants capillaires. Cette importance accordée au paraître se retrouve dans son mode de vie comme dans son activité sur les réseaux sociaux.
Son univers semble graviter autour d’un triptyque récurrent : voitures, sorties et séduction. Son profil Facebook, largement analysé dans le cadre de l’enquête, met en avant des véhicules puissants, des vidéos de conduite rapide, des scènes de virées entre amis et un imaginaire masculin ostentatoire où l’alcool, les femmes et la vitesse occupent une place centrale. Les enquêteurs relèvent notamment des vidéos de « go fast », parfois commentées par lui-même au volant. Les contenus extraits de son téléphone prolongent cette image : clichés de bouteilles de whisky exhibées devant le tableau de bord d’une Mercedes ou d’une BMW, photos de joints, échanges autour des soirées, du cannabis, du sexe ou encore des conquêtes féminines.
Insistant avec les filles
Cette sociabilité virile et démonstrative s’accompagne toutefois d’une forme d’immaturité relevée par plusieurs témoins. Dans ses échanges avec certaines femmes, Paolo Falzone apparaît parfois lourd, insistant ou vulgaire. Certaines conversations révèlent des débordements verbaux pouvant aller jusqu’à l’insulte. Ses relations sentimentales, nombreuses mais brèves, n’ont jamais débouché sur une relation durable ou véritablement construite.
Le portrait dressé par l’enquête de moralité est donc celui d’un homme en quête de reconnaissance, attaché aux signes extérieurs de réussite et à une certaine image masculine, mais demeurant très dépendant de son environnement familial. Un personnage décrit à la fois comme affectueux avec les siens et volontiers excessif dans son comportement social, prisonnier d’une culture de l’apparence, de la vitesse et de la démonstration.

Paolo Falzone ©PRE
Paolo Falzone est devenu papa il y a quelques mois. Selon certains, cette paternité serait à moyen d’attendrir les juges et de démontrer qu’il est « autre chose qu’un conducteur un peu fou », comme l’a déclaré son avocat. Selon d’autres, c’est la volonté de retrouver une forme de stabilité avec une jeune femme qu’il aime.
Les témoins viendront parler plus tard de « leur » Paolo Falzone.
Antonino le discret
Antonino Falzone offre, dans les témoignages recueillis par les enquêteurs, un visage bien différent de celui de Paolo Falzone. Là où l’autre revendique une image plus démonstrative et tapageuse, Antonino apparaît comme un homme discret, effacé même, dont les proches dressent le portrait d’un fils modèle, éloigné des excès et des mauvaises fréquentations.
Seul garçon d’une fratrie de trois enfants, il grandit dans une famille très unie où il occupe une place particulière. Ses parents le décrivent comme gentil, serviable et travailleur, toujours disponible pour les siens. Cette proximité familiale se reflète dans le rôle important qu’il tient auprès de ses sœurs : Antonino est d’ailleurs le parrain des premiers enfants de chacune d’elles, signe de la confiance et de l’attachement qui lient la famille.
Physiquement, rien chez lui ne renvoie à une personnalité expansive. Avec ses petites lunettes, sa voix calme et son attitude réservée, il donne presque l’image d’un jeune intellectuel, même si son parcours scolaire ne suit pas cette voie. Il quitte l’école en cinquième secondaire et choisit rapidement d’entrer dans la vie active. Pendant un temps, il travaille dans un magasin de prêt-à-porter géré avec ses sœurs, avant d’enchaîner plusieurs emplois plus techniques ou logistiques : intérimaire dans des entrepôts, cariste, gestionnaire de stocks. Plus récemment, il avait trouvé un emploi dans une société fabriquant des sondes puis chez un opérateur de téléphonie. Selon lui, ce dernier poste lui aurait été retiré à cause de son implication dans le dossier judiciaire actuel.
Sa vie sentimentale semble avoir été plus stable que celle de son ami Paolo Falzone. Il entretient durant quatre ans une relation avec une jeune femme, relation qui finit néanmoins par se briser. Son ancienne compagne évoque un homme très jaloux et possessif, traits de caractère qui auraient progressivement fragilisé leur couple.
C’est après cette séparation qu’Antonino reprend contact avec Paolo Falzone, un ami d’enfance avec lequel il ne possède aucun lien familial malgré leur nom commun. Cette reprise de relation marque un tournant relevé par les enquêteurs dans son parcours personnel.

Antonino Falzone ©PRE
En dehors du travail, Antonino mène une existence relativement simple. Il pratique d’abord le football avant de fréquenter des salles de sport, sans développer de passion particulièrement marquée. Surtout, son parcours judiciaire était jusqu’ici vierge : aucun antécédent, aucun passage devant la justice, élément régulièrement souligné par ses proches pour appuyer l’image d’un homme ordinaire, sans histoire apparente.
Lui aussi a un fils.