Dans un autre jugement, la chambre des litiges de le VMRI a jugé comme discriminatoire le règlement de la piscine de Waregem interdisant le port du burkini – un vêtement ample destiné à la pratique de la natation pour les musulmanes.

Mais le jugement qui a fait le plus de bruit, c’est incontestablement celui qui considère comme discriminatoire l’interdiction de port du short large à la piscine de Lanaken. Le VMRI donnait ainsi raison à un homme trans qui n’avait pas subi de phalloplastie et qui, sans un maillot ample, ne pouvait cacher l’absence d’organes génitaux masculins.

La Flandre coincée entre sa volonté de doper son industrie de l’armement et un pacifisme séculaireUne institution « woke »

Ces décisions n’auront, dans les faits, pas beaucoup d’effet. Tant les écoles que les piscines concernées ont indiqué ne pas avoir l’intention de suivre la recommandation que le Vlaams Mensenrechteninstituut leur a adressée – les premières au nom de la neutralité dans l’enseignement et les secondes pour des raisons d’hygiène. Et elles ont reçu l’appui de leur plus haut responsable politique.

La ministre flamande de l’Enseignement, Zuhal Demir (N-VA) a raillé ces avis « jetés à la poubelle avant même d’avoir été rédigés ». Son homologue des Sports, Annick De Ridder, nationaliste flamande également, a immédiatement annoncé qu’elle les ignorerait.

Le ministre – fédéral – de la Défense Theo Francken, encore un N-VA, est allé plus loin en appelant à abolir cette « institution woke déconnectée ». Ce qui reflète sans doute bien la pensée de toute la N-VA. Ce mercredi, en commission du Parlement flamand et alors que son micro était coupé, Zuhal Demir a lâché le mot « supprimer » en parlant de l’institut flamand des droits humains. Sommée de s’expliquer une fois la sonorisation rétablie, elle a soigneusement évité de répéter sa sentence prononcée hors micro. Mais elle ne s’en est pas distanciée non plus. « J’ai un avis personnel sur la question mais je le garde pour moi car, sinon, vous allez grimper au plafond », a-t-elle lâché, sachant très bien que ses partenaires de majorité, et singulièrement Vooruit, n’accepteraient pas une mesure aussi radicale.

L’ironie de l’histoire

La lourde charge de la N-VA résonne comme un curieux retournement de l’histoire. Ce Vlaams Mensenrechteninstituut, c’est en effet la N-VA qui l’a voulu et porté sous la législature précédente. Les nationalistes flamands ne supportaient plus Unia – qui avait succédé au Centre pour l’Égalité des Chances et la Lutte contre le Racisme en 2013. Ils le jugeaient trop préoccupé par la défense des minorités religieuses et pas assez par d’autres discriminations, liées à l’âge, au sexe ou au handicap. La N-VA estimait par ailleurs que ce n’était pas un organisme fédéral qui devait traquer les discriminations dans des domaines relevant désormais des Régions, comme le logement ou l’emploi.

Zuhal Demir interroge les limites de la liberté pédagogique

Voilà pourquoi cet institut flamand des droits humains a été mis sur pied en 2023. Un débat a eu lieu pour déterminer le pouvoir dont le VMRI disposerait. Bart Somers (Anders), alors ministre flamand à l’Égalité des chances, espérait en faire un exemple qui serait loué sur la scène internationale. Mais la N-VA, encore elle, a refusé de donner trop de pouvoir à ce nouvel organisme. Elle a obtenu que ce dernier ne puisse que donner des avis non contraignants. Et a imposé qu’il ne soit pas autorisé à aider les plaignants d’ester en justice quand ils s’estiment discriminés – comme Unia en a la faculté.

À sa naissance, de nombreux acteurs l’avaient jugé inutile – Unia s’occupe aujourd’hui du traitement des plaintes recensées en Wallonie et à Bruxelles, même quand elles concernent les compétences régionales. Inutile et coûteux. Avant la scission, la Flandre contribuait au financement d’Unia pour un montant de 800 000 euros. Elle verse aujourd’hui 4,8 millions pour faire fonctionner son alternative flamande. Sans pour autant satisfaire la N-VA.