Une proposition qu’elle ne pouvait décliner. Clodette de 1973 à 1978, Prisca a accepté de participer à la Croisière Claude François. Du 11 au 18 octobre prochain, la danseuse voguera sur la mer Méditerranée et offrira une expérience inoubliable aux passagers. Si Alain Chamfort va faire un concert intimiste, Prisca et son ancienne partenaire Dani vont enseigner les célèbres pas de danse des chorégraphies de “Cloclo”. Une initiative, portée par Claude François Junior, qui la comble de bonheur. Et pour cause, cette épopée va la replonger dans ses souvenirs. Auprès de Gala.fr, avec un soupçon de nostalgie, Prisca revient sur ses cinq années passées aux côtés de Claude François.

Gala.fr : Vous participez à la Croisière Claude François en Méditerranée. Comment vous êtes-vous retrouvée dans cette aventure ? 
Prisca : C’est une vraie surprise. J’ai reçu un appel de Claude Junior me demandant si j’étais intéressée de venir sur cette croisière. Bien évidemment, j’ai explosé de joie et je n’ai pas hésité à dire ‘oui’. 

Durant la traversée, vous allez enseigner les véritables pas de danse de Claude François. Comment vont se dérouler les master class ? 
Avec Dani, la capitaine des Clodettes, nous allons choisir quelques pas de danse pour les apprendre aux fans de Claude François. Depuis toutes ces années, je n’ai pas arrêté d’enseigner ces chorégraphies que je connais par cœur. On va les détailler, puis on les dansera pour que toutes les femmes présentes puissent se dire : « Je vais être Clodette un jour. » Ce coaching ne sera que du bonheur. 

Ressentez-vous toujours le même plaisir à faire les chorégraphies ? 
Complètement ! La musique et les chorégraphies de Claude François mettent de bonne humeur.

Claude François Junior entouré de Dani et Prisca, anciennes Clodettes.
NATHALIE DE LOPEZ

De 1973 à 1978, vous avez dansé pour Claude François. Comment êtes-vous devenue Clodette ?
Quand j’étais toute petite, j’avais une tante qui m’apportait les 45 tours de Claude François. À force de le voir à la télévision, sautiller et sourire, il m’a tout de suite plu. Comme je voulais devenir danseuse, je suis entrée au Conservatoire de Paris. Cependant, j’ai grandi trop vite. Au bout de trois ans, ils ne m’ont pas gardé. Cela m’a rendu très malheureuse. Un jour, une copine m’a dit : ‘Je sais que tu aimes Claude François. Je sais où il habite et où sont ses bureaux.’ Au début, je ne la croyais pas. Je lui ai donc demandé de m’emmener le voir sur scène. À force d’assister à ses concerts, il a souhaité connaître mon prénom. Je lui ai expliqué que j’étais danseuse et que ça me plairait bien d’être Clodette. J’ai passé un premier casting, qui n’était pas super. Je me suis donc inscrite à des cours de jazz dans une école à Paris. Comme j’apprenais très vite, j’ai eu la chance de rentrer dans la troupe.

Vous souvenez-vous de votre première apparition sur scène aux côtés de l’artiste ? 
C’était à Amiens. À l’époque, Claude François chantait avec un micro filaire. Lors de la chorégraphie sur le titre Le lundi au soleil, je me suis pris les pieds dans le fil. Comme j’avais entendu dire qu’il se mettait très vite en colère, j’ai paniqué. En fait, il a rigolé parce qu’il a vu que j’étais complètement perdue sur scène. (rires) Heureusement, ça l’a fait rire, il a été très patient avec moi. Je ne pourrais jamais oublier ce premier gala.

« Grâce à Claude François, j’ai vécu des choses merveilleuses »

Prisca


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Comment était l’atmosphère avec les autres Clodettes ? Il y avait de la tension, de la jalousie ?
Nous étions un groupe de filles avec des hauts et des bas. Quand je suis rentrée, on était six, il y avait forcément des petits clans de deux. Il y avait parfois des petites disputes, comme partout, mais rien de grave. On était toutes là pour entourer et porter Claude.

Claude Français était d’une exigence sans limite et ne supportait pas la moindre défaillance chez les autres. Ce n’était pas trop difficile de travailler avec lui ? 
Non, parce que j’avais fait l’école de l’Opéra, qui est très dure. On m’avait appris la rigueur, l’humilité et le respect des professeurs. Claude était quelqu’un de très exigeant mais j’avais l’impression de revivre ce que j’ai vécu quelques années auparavant. Pour moi, c’était normal. Comme il adorait son public, il ne voulait pas que le travail soit bâclé. Il faut savoir qu’il était aussi très dur avec lui-même. Chaque détail était important. On était nombreux sur un spectacle, il fallait bien que quelqu’un soit le patron, et c’était lui. Par contre, en dehors, c’était quelqu’un qui adorait rire, qui adorait chatouiller, il savait faire la part des choses.

Que vous a-t-il enseigné ?
Il m’a appris une forme de danse, très rythmique, à me produire devant un public mais aussi le respect. Comme il était une bête de scène, j’ai appris beaucoup de choses à ses côtés.

Claude François et ses Clodettes sur scène
JLPPA / Bestimage

Vous avez démissionné à plusieurs reprises. Pourquoi êtes-vous toujours revenue ? 
La première fois, comme j’étais très jeune et que je travaillais avec des adultes, ce n’était pas toujours simple. La seconde fois, Claude voulait changer des Clodettes. Alors que certaines étaient parties pour Londres, il m’avait demandé de faire passer des auditions à Paris avant de le rejoindre. Cela m’avait embêté car ma carrière de danseuse était ma priorité. En décembre 1977, après le tournage d’une émission, les filles se sont dépêchées de partir pour venir fêter mon anniversaire. En l’apprenant, Claude a demandé à Julie de me transmettre un message. Ces mots-là ont tout changé. J’ai appelé son secrétaire, j’ai dit que je voulais revenir mais que je voulais que ce soit lui qui m’appelle et il l’a fait. Heureusement que je suis revenue en janvier 78. S’il avait fallu rester loin de lui, je ne l’aurais pas supporté. Ça a été trois mois exceptionnels, que je n’oublie pas.

Quel souvenir gardez-vous de ces cinq années auprès de l’artiste ? 
Cette vie était folle. C’était la réalisation d’un rêve. Au cours des années 1970, nous avons fait plein de galas et d’émissions de télé. Nous avions une vie à deux cent à l’heure. Grâce à Claude François, j’ai vécu des choses professionnelles merveilleuses avec lui. 

Dans votre livre, La petite danseuse de 14 ans (éd. Collections de Mémoires), vous dévoilez des facettes méconnues de Claude François. Qui était réellement le chanteur ? 
Claude voulait chanter. Or, son père voulait qu’il soit fonctionnaire comme lui, et non pas musicien. Il a donc voulu se battre pour devenir un artiste. Quand son papa est décédé, il a été très touché de ne jamais obtenir son approbation. Je pense que c’est quelque chose qui l’a poursuivi toute sa vie. Il aurait aimé que son père voie ce qu’il était devenu. Je suis certaine de ça car, sur scène, j’avais l’impression qu’il essayait de sortir ce mal en lui. À mon avis, il n’a pas eu une vie totalement heureuse. Il était trop anxieux et il avait peur que tout s’arrête. 

Vous n’êtes jamais tombée sous son charme ? 
On peut évidemment tomber sous le charme, mais j’ai su tenir le coup. Ce qui comptait le plus pour moi, c’était de danser à ses côtés, créer des choses avec lui et rester le plus longtemps possible. En gardant mes distances et en m’imposant comme professionnelle à ses yeux, je savais que j’avais tout à gagner.

« La mort de Claude François a été très dure »

Prisca

Le 11 mars 1978, comment avez-vous appris la disparition de Claude François ? 
Nous étions aux Buttes Chaumont, on devait enregistrer Les Rendez-vous du dimanche avec Michel Drucker. Alors qu’on était toutes prêtes, Sandra est arrivée en courant pour nous dire qu’il était arrivé quelque chose à Claude. J’ai vu Danny et Julie en pleurs. On a voulu aller à l’appartement, mais c’était impossible, alors on est allés au bureau et on attendait que le téléphone sonne pour nous dire : « C’était une fausse alerte, tout va bien. » Mais on a eu une mauvaise nouvelle. Sa mort a été très dure.

Lorsque vous l’avez vu sur son lit de mort, vous dîtes que quelque chose d’étrange s’est passé…
J’ai hésité à y aller. Quand je suis entrée dans la chambre, ça a été terrible. Je me suis agenouillée à côté de lui, j’ai glissé ma main sous la sienne et je ne l’ai pas quittée de l’après-midi. C’est bizarre, peut-être que c’est dans la tête, mais j’avais l’impression de communiquer avec lui. 

Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois de son vivant ?
La toute dernière fois, c’était dans le hall de l’hôtel, quand on se disait bonsoir. Il m’a prise dans ses bras et m’a serrée très fort. Je lui ai dit « Claude, je voudrais te demander quelque chose. » Il m’a coupée : « Tu peux me demander tout ce que tu veux. » J’aurais tellement voulu lui expliquer mon projet d’école de danse à Paris qui porterait son nom. Je suis sûre que ça aurait marché.

Claude François et ses Clodettes sur scène
JLPPA / Bestimage

Après sa mort, avez-vous songé à arrêter la danse ?
Non. Je lui ai promis sur son lit de mort que je continuerai les écoles de danse et que je transmettrai ses chorégraphies.

En parallèle de cette croisière, vous faites des spectacles de danse de Claude François. Est-ce important pour vous d’honorer sa mémoire ?
Oui, car il ne m’a apporté que du positif. Je tiens à le dire, et à le redire, Claude m’a toujours respectée. Il a toujours été très patient avec moi, surtout à mes débuts dans les Clodettes.

Claude François était un artiste adulé mais aussi controversé. Comment avez-vous vécu cela ?
Mal, parce que les gens ne connaissent pas vraiment Claude. C’est pour cela que j’ai monté un spectacle dans lequel je suis seule avec deux danseuses. Je raconte tout mon parcours de Clodette tout en partageant de nombreuses anecdotes. Mon but est de montrer qui était Claude et pourquoi il avait des petites crises de nerfs. Je vais tout expliquer et il n’y aura pas de polémique. Je vais d’ailleurs jouer ce spectacle au Moulin de Claude François, le 20 et le 21 novembre prochain. J’ai envie de dire à Claude Junior combien je suis heureuse et comblée de faire cette croisière et de défendre l’image de son papa.

48 ans après le décès de Claude François, ses musiques continuent de traverser les générations. Qu’est-ce que cela vous fait ? 
Ses chansons et ses chorégraphies ne vieillissent pas. Je suis très contente pour Claude.