Un palais extraordinaire avec son mobilier, ses peintures, ses sols de marbres, ses grands lustres dont treize dans la seule grande salle, tous avec des centaines de bougies illuminées lors des fêtes !

Dries Van Noten devant son palais à Venise ©Ph. : Camilla Glorioso
Construit au XVe siècle, il fut repris en 1629 par la famille Pisani Moretta. C’est la visionnaire Chiara Pisani qui l’a entièrement transformé en 1740 passant d’un style gothique à un style rococo.
Une Biennale de Venise à l’écoute d’autres voix
Le palais est resté intact, classé comme monument historique. On y trouve par exemple une grande fresque de Giambatista Tiepolo.

Vue de l’exposition « The Only True Protest Is Beauty » au Palazzo Pisani Moretta. Le rez-de-chaussée avec une grande sculpture de Peter Buggenhout ©PH: MATTEO DE MAYDA
Dries Van Noten y a monté avec Gert Bruloot une exposition époustouflante The Only True Protest Is Beauty ouverte jusqu’au 4 octobre, mettant en lumière des artistes d’aujourd’hui mais surtout tous les meilleurs artisans, vrais artistes qui font le design, les bijoux comme la haute couture.
Peter Buggenhout
Sur les deux étages d’exposition où on admire plus de 200 œuvres, de petites vidéos montrent à l’œuvre, ces artisans du verre, du textile, de la joaillerie.
« La beauté nous intéresse non pas comme une réponse, mais comme une question, explique Dries Van Noten. Ce n’est pas une fuite de la réalité, mais une manière de s’y confronter. Lorsque la beauté laisse place à l’ambiguïté, à la lenteur et à la contradiction, lorsqu’elle trouble plutôt qu’elle ne résout, elle devient alors une forme subtile de protestation. Cette présentation est une invitation à regarder plus longtemps, à accepter l’incertitude et à reconnaître la création comme un acte profondément humain où concept et savoir-faire se rejoignent, porteurs à la fois de culture et de la mémoire des mains. »
Et d’ajouter : « La question, d’ailleurs jamais résolue, de la différence entre art et artisanat n’a plus vraiment lieu d’être. Aujourd’hui, il importe davantage de distinguer ce qui est façonné par l’homme de ce qui relève de l’intelligence artificielle, du virtuel. »

Vue de l’exposition « The Only True Protest Is Beauty » au Palazzo Pisani Moretta ©Photo: D.R.
Dans toutes les salles on admire des robes comme des sculptures de Comme les garçons ou de Christian Lacroix, des sculptures de verre d’Ettore Sottsass et Tony Cragg, d’innombrables bijoux souvent signés du grand joaillier vénitien Codognato avec ses mémentos mori (crânes minuscules), objets entre le rococo et le sublime.
De très grandes photographies de Steven Shearer donnent un contrepoint actuel comme le fait le sculpteur belge Peter Buggenhout invité à y placer six œuvres monumentales. Des œuvres faites de matériaux résiduels (poussière, déchets, sang) qui volontairement ne renvoient à rien d’autre qu’à elles-mêmes. Déjouant nos attentes de forme et de sens, elles ouvrent une brèche dans les 200 œuvres et objets choisis par Dries Van Noten. Elles sont le caillou déjà décrit dans la philosophie grecque dont le caractère informe se prête aux plaisirs de l’imagination.

Détaiul de l’exposition « The Only True Protest Is Beauty » au Palazzo Pisani Moretta ©Photo : D.R.
Après le 4 octobre, le palais fermera pour rénovation et rouvrira en 2028 pour la prochaine Biennale d’art.
Baselitz et Jaffa
En dehors de la Biennale à Venise et en plus des quatre expos chez Pinault au Palazzo Grassi et à la Punta della Dogana, il ne faut pas rater à la Fondation Cini sur l’île de San Giorgio, l’ultime œuvre du grand peintre Georg Baselitz mort il y a un mois. Dans deux salles comme des chapelles, quinze immenses peintures de lui ou sa femme Elke, dessinés au trait noir très fin, têtes en bas, corps décharnés, comme glissant vers la mort. Sur un fond uni et doré comme dans les icônes byzantines, dit-il, dans une vidéo bouleversante réalisée juste avant sa mort et projetée dans l’exposition, ou comme les peintres anciens de Sienne.

Georg Baselitz : Turkische Hose auf dem Treppchen, 2025 400×300 cm ©crédit: Baselitz, photo : Stefan Altenberger
Il y ajoute des « nœuds » de couleurs pures et vives, un hommage, dit-il, au peintre Willem de Kooning et pour lui, un message d’espoir aux survivants. Des peintures qui, dit-il encore, résument toutes ses œuvres.
Mort de Georg Baselitz à 88 ans, géant de l’art
À la Fondazione Prada, on découvre les œuvres de deux immenses artistes américains, Arthur Jaffa et Richard Prince, qui mettent à mal le rêve américain en montrant la violence, le racisme. Les films de Jaffa avec leur musique sont des coups de poing salutaires.
Fondation Dries Van Noten, Palazzo Pisani Moretta, jusqu’au 4 octobre ; Baselitz à la Fondation Cini jusqu’au 27 septembre, Arthur Jaffa et Richard Prince à la Fondation Prada jusqu’au 23 novembre.