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A l’échelle mondiale, on dit que le risque d’AVC est de 25% sur une vie, mais en réalité, le chiffre est biaisé car il inclut les patients victimes de plusieurs épisodes successifs.

Mais selon le Dr Raymackers, neurologue au Stroke Unit de l’hôpital Saint-Pierre d’Ottignies, le nombre d’AVC n’a pas doublé depuis 1999. « Le chiffre était sous-évalué. J’estime quant à moi que l’augmentation est d’une dizaine de pour cent. »

Car le Dr Raymackers tient un registre propre à son hôpital, qui ramené à l’échelle du pays donne une estimation proche des 30 000 AVC. Ce chiffre pourrait être plus ou moins élevé, selon l’indice socio-économique de la région.

Il y a une augmentation au niveau mondial, mais en Belgique, la mortalité et le handicap lié au AVC sont plutôt en diminution, »parce que la détection est bonne, les patients sont mieux traités, donc évitent davantage la récidive. Les informations sont meilleures chez les patients diabétiques et ceux en un excès de cholestérol. Et il y a un peu moins de fumeurs. »

Le nombre d’AVC augmente, à quand une unité spécialisée en province du Luxembourg?C’est quoi un accident vasculaire cérébral ?

Quand on parle d’AVC, on pense généralement à la thrombose, c’est-à-dire l’obstruction d’une artère cérébrale par un caillot sanguin (thrombus), empêchant le sang de nourrir le cerveau. Ce cas de figure représente 75 à 80 % des AVC, selon le Dr Raymackers.

L’AIT (Accident Ischémique Transitoire), c’est aussi une thrombose, « mais l’accident se résout par lui-même, ou grâce aux médicaments que le patient prenait en prévention, pour ne pas faire un AVC », explique le spécialiste On comptabilise ici 10 à 12 % des AVC. Le patient n’a pas de dégâts cérébraux, mais ressent une grande fatigue.

Les hémorragies font partie de la 3e catégorie. « On y retrouve les ruptures d’anévrisme, mais aussi les hémorragies liées à liées à l’hypertension artérielle, très fréquentes, les problèmes de type héréditaire et ceux liés à l’âge. » En reprenant toutes ces catégories, les hémorragies représentent 10 à 15 % des AVC.

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Quelque soit le type d’AVC, les symptômes dont les même : perte de l’usage d’un bras, d’une jambe, trouble visuel brutal, visage paralysé. Impossible de déterminer le type d’AVC sans une imagerie cérébrale rapide.

Christian a fait un AVC à cause d’une maladie génétique, la polyglobulie de VaquezLa vitesse de réaction change tout

Les symptômes des AVC sont les mêmes, et la vitesse joue un rôle très important dans la façon dont on récupère. Certains patients traités très rapidement ont très peu de séquelles. Mais le taux de décès après un AVC est de 15 à 20 %, pas seulement à cause des récidives. « 

Dans environ 10 % des alertes, ce n’était pas un AVC, « mais une Stroke mimique (une imitation d’AVC), qui peut présenter les mêmes symptômes : par exemple une migraine, une manifestation psychiatrique ou une crise d’épilepsie.

16 centres S2 et des centres S1 à mieux définir

Qu’est-ce qui se passe quand on suspecte un AVC ? On est examiné dans un Stroke Unit de première ligne (S1), comme celui d’Ottignies. S1 signifie que l’hôpital est capable d’examiner rapidement le malade avec l’imagerie médicale adaptée et le prendre en charge pour plusieurs types de problèmes. Si c’est une thrombose, cet hôpital est habilité à mettre en place une thrombolyse, un traitement par intraveineuse capable de dissoudre le caillot qui bouche l’artère du cerveau.

Le centre S1 compte également des spécialistes (chirurgiens, neurologues), capables de prendre en charge le patient en cas de besoin.

La différence avec les centres spécialisés S2 – 15 actuellement, mais le ministre de la Santé en a annoncé 16 pour la Belgique – , c’est qu’ils peuvent réaliser des thrombectomies : une opération réalisée par un radiologue spécialisée, qui consiste à passer par l’artère pour retirer le caillot, soit par aspiration, soit au moyen d’un stent.

Il n’y a pas de Stroke Unit en province du LuxembourgAttention à la récidive

C’est dans les premières heures et les premiers jours après l’AVC que le risque de récidive est le plus important. « C’est pour cela qu’un patient est hospitalisé, même pour un AIT. On évalue le risque de récidive par le score APCD2, qui tient compte de l’âge, la pression (tension artérielle), la caractéristique (langage, force, vertige, trouble visuel), la durée et la présence ou non de diabète », explique le neurologue.

Le score maximum, de 7, implique un risque de 18 % de faire un nouvel AVC dans les trois mois après l’AIT. « Le risque est de 12 % dans la première semaine (dont la moitié dans les deux premiers jours) et 6 % dans le reste des trois mois », dit le Dr Raymackers. « Après un AVC, chaque patient a un risque qui peut monter jusqu’à 20-25 % dans les trois premiers mois. »

Le suivi permet de réduire drastiquement le risque : « Avec un traitement adapté, on peut réduire le risque de récidive de 20 à 40 %, par rapport à quelqu’un qui ne se soigne pas. »

AVC : la qualité des soins est inégale dans les hôpitaux belgesLe dosage du LP(a) donne une perspective du risque

« La société européenne d’athérosclérose recommande un dosage de la lipoprotéine (a) pour chaque adulte, constate le Dr Raymackers. Ce biomarqueur donne une indication sur le risque de maladie cardiovasculaire. Loin d’être une épée de Damoclès au-dessus de la tête du patient, cela permet de le responsabiliser, et de mettre tout en oeuvre, au niveau de l’alimentation, du sport, etc. pour éviter un infarctus ou un AVC 30 à 50 ans plus tard. »

C’est quoi ce LPT (a) ? « On peut comparer ça à un primer, qui permet la couche de peinture d’adhérer correctement au mur. chez les personnes qui ont un LPT (a) très élevé, le cholestérol adhère bien sur les parois des artères. Donc chez eux, il faut être beaucoup plus attentif par rapport au taux de cholestérol. »

Quelles sont les causes de l’AVC ?

L’occlusion de la carotide (20 %). Ce sont des gros AVC parce que la carotide « couvre » presque tout un hémisphère cérébral. Les facteurs de risque sont le diabète, le tabagisme, l’hypertension et la sédentarité. « On fait en prévention chez des patients avec ce profil, en prescrivant une échographie de l’artère carotide. Si la carotide et rétrécie à 80 %, que seulement 20 % de sang passe vers le cerveau, on opère le patient pour éviter l’AVC », explique le Dr Raymackers.

L’épisode cardio-embolique (20 %). Le caillot est envoyé du cœur dans le cerveau. « La cause principale est la fibrillation auriculaire : un trouble du rythme cardiaque sous-diagnostiqué, très fréquent dans la population. Parfois, on ne découvre le problème de fibrillation auriculaire qu’après l’AVC. »

Atteinte des petits vaisseaux, qui nourrissent les neurones. « Ils ont tendance à se boucher. Parfois, on n’a pas de symptôme, parce que c’est dans une zone « muette », mais parfois, c’est dans une zone motrice, et on peut avoir une hémiplégie complète. » On ne sait pas opérer ces vaisseaux, trop petits, mais on peut agir sur les facteurs de risque (diabète, hypertension etc.). Il y a aussi une composante génétique. Répétés, ces épisodes se remarquent sous forme de démence.

Les AVC veineux plus rares (110 par an en Belgique). « C’est le même principe que les thromboses des veines des jambes. Cela arrive quand on reste alité longtemps, qu’on prend la pilule ou qu’on est enceinte. Parfois, les veines du cerveau sont touchées à cause de certains médicaments ou des cancers. L’atteinte peut être très sévère. Parfois, les thromboses veineuses cérébrales sont diagnostiquées au moment où le cerveau gonfle : ça donne mal à la tête, et on intervient avant la lésion cérébrale. »