Si les dimensions sociales et culturelles jouent également un rôle — notamment parce que la masturbation masculine demeure bien plus acceptée et normalisée que celle des femmes —, la spécialiste souligne aussi une différence plus concrète entre les sexes : les organes génitaux masculins sont visibles et externes, tandis que les organes génitaux féminins sont en grande partie internes. « Cela influence forcément le rapport au corps. Pour un homme, voir son sexe, comprendre son fonctionnement ou observer une érection est beaucoup plus direct. Chez une femme, le fonctionnement du corps et du plaisir est souvent moins évident à visualiser et à comprendre. L’anatomie féminine est donc moins expliquée », souligne-t-elle.
De plus, le cycle hormonal peut influencer la libido, qui devient plus cyclique. « Il peut y avoir des périodes avec énormément de désir et d’envie de se masturber, puis d’autres moments où le désir diminue fortement, simplement parce que les hormones, l’énergie ou l’état émotionnel changent ».
Faut-il être gêné d’être en couple ? Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes s’interrogent suite à un article de VogueLe désir féminin, un sujet tabou
La sexologue ajoute également que, chez certaines femmes, la relation au corps et à la masturbation reste compliquée. « Cela peut venir de l’éducation, de croyances familiales ou religieuses, d’idées selon lesquelles c’est sale, honteux ou interdit. Il existe aussi parfois une méconnaissance importante de l’anatomie féminine », précise-t-elle.
Une autre justification tourne autour du plaisir et du désir féminins qui restent encore des sujets tabous. « Le fait qu’une femme puisse ressentir du désir de manière instinctive, animale, en dehors du couple ou du romantisme, reste quelque chose qui dérange encore beaucoup ». Si certaines femmes préfèrent avoir des relations sexuelles lorsqu’elles éprouvent des sentiments, d’autres peuvent avoir une libido assez forte, et ressentir du désir sans tomber amoureuses. Pour Olivia Nicholls, le désir féminin est encore perçu comme potentiellement dangereux ou difficile à contrôler.
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Selon la sexologue, un élément bien précis joue également un rôle sur la masturbation et la perception des relations sexuelles. Certaines personnes consomment des vidéos pornographiques lorsqu’elles souhaitent avoir un moment intime avec elles-mêmes. Mais ce contenu n’est pas à prendre à la légère. « Pour énormément d’hommes, la masturbation est devenue automatiquement associée à la pornographie. Et le problème, c’est qu’on peut entrer dans une logique plus compulsive qu’érotique. Ce n’est plus forcément lié au désir ou au plaisir, mais à un besoin rapide de dopamine, de décharge ou d’habitude », explique Olivia Nicholls.
« Beaucoup d’hommes pensent avoir une libido plus élevée, mais il faut parfois nuancer cela. Quand un comportement devient compulsif ou addictif, ce n’est pas forcément la même chose qu’un désir sexuel ‘sain’ ou spontané », appuie-t-elle.
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Selon Olivia Nicholls, il n’existe pas de fréquence « normale » universelle de masturbation. « Une personne qui ne la pratique pas ou connaît mal son corps aura souvent plus de difficultés à comprendre ce qui lui procure du plaisir, à atteindre l’orgasme ou à guider son partenaire. Le rapport à la masturbation influence donc énormément le rapport à soi, au corps de l’autre et à la sexualité de couple », explique-t-elle. La love coach ajoute qu’il ne « faut pas oublier que le plaisir et l’orgasme font aussi partie des grandes expériences agréables de la vie ».
« Le printemps peut déstabiliser un couple » : une spécialiste donne ses conseils pour éviter une ruptureFaut-il le cacher à son partenaire ?
L’enquête montre également que, chez les 18-29 ans, seulement 11 % cachent leur pratique à leur partenaire, contre 31 % dans les groupes d’âge plus élevés. Si le tabou semble augmenter avec l’âge, l’experte pense qu’il ne faut pas forcément cacher cette habitude à son partenaire, puisque ce genre de discussion permet de mieux connaître et comprendre le fonctionnement de l’autre. « En revanche, la masturbation fait partie de notre jardin intime, donc cela ne veut pas dire qu’on est obligé de tout dévoiler ou de tout raconter », nuance-t-elle.
Mais la masturbation reste une relation que l’on entretient avec soi-même, pour Olivia Nicholls. « On peut parfois ne pas avoir envie d’un rapport avec son partenaire, mais avoir envie de se masturber parce que cela aide à se détendre, à se reconnecter à son corps, à sa féminité ou à sa masculinité ».
« Pour les couples qui sont à l’aise avec leur sexualité, cela peut aussi être intéressant d’intégrer la masturbation dans l’intimité du couple. Cela peut aussi devenir un jeu érotique et une façon d’apporter du désir, de la complicité et du piment dans la relation », conseille-t-elle.