De nouvelles révélations sur Baudouin : « Le Roi n’est en rien impliqué dans l’assassinat de Lumumba »

Dans ce début de vie cabossé, son coup de foudre pour celle qui deviendra la future reine des Belges n’est par conséquent pas anodin. Beaucoup ont spéculé sur les circonstances exactes de leur rencontre. Au terme de 21 années d’enquête, Vincent Dujardin conclut pour sa part que le récit du cardinal Suenens selon lequel c’est l’ancien roi d’Italie, Umberto II, le beau-frère du roi Léopold III, qui était à l’origine de la rencontre est vrai. Le 25 mai 1960, le Roi a rencontré Fabiola quelques jours à Bruxelles, dans une maison à deux étages, rue de Suisse, « proche des Carmes ». C’est une certaine Veronica O’ Brien, une Irlandaise qui a créé la Légion de Marie dans plusieurs pays, qui a joué le rôle d’entremetteuse.

Un Roi conquis mais…

Ce jour-là, la rencontre entre les deux futurs époux est prévue à 6 heures du matin en bas de l’escalier de la maison. Nom de code de l’opération : « Louis et Avila ».

Le Roi, lui, a le coup de foudre. Ce n’est pas le cas de Fabiola dont le récit détaillé est rapporté de manière inédite par Vincent Dujardin. Morceaux choisis, issus du livre : « Je n’étais pas du tout dans mon assiette. Je ne suis pourtant pas quelqu’un qui se réveille de mauvaise humeur, mais je trouve que les gens ne sont pas à leur avantage tôt le matin. Et à peine réveillés, de quoi parle-t-on ? J’étais vaseuse et je suis descendue avec une boucle d’oreille seulement sur une oreille […]. Lui avait l’air si pur, si attentionné, si gai, si frais, qu’il m’a conquise par sa manière d’être. Au point de vue physique, il ne correspondait pas à mon style d’hommes mais cela n’avait aucune importance, car il avait l’air bon, il me faisait penser aux séminaristes studieux. »

En réalité, Fabiola n’a eu que dix jours pour apprendre à connaître Baudouin. Une période qu’elle juge manifestement trop courte pour décider de s’engager. Elle choisit dès lors d’écrire au cardinal Suenens pour lui faire part de sa décision de ne pas aller plus loin dans sa relation avec le Roi, expliquant qu’il n’y a pas de « base solide pour une affaire aussi importante » et que « son retrait constitue la solution la plus simple ».

Une moustache pour passer incognito

Éconduit mais pas vaincu, le roi Baudouin propose une seconde rencontre qui aura lieu à Lourdes en juillet de cette année 1960. Dans l’intervalle, Baudouin et Fabiola s’écrivent, tantôt au sujet de la situation au Congo qui préoccupe le Roi des Belges, tantôt sur des sujets plus légers. Dans une de ses missives dénichées par Vincent Dujardin, le roi Baudouin demande ainsi à Fabiola – qui lui avait offert lors de leur rencontre de mai une moustache afin de passer incognito – de lui rapporter une moustache « qui colle mieux ». Dans sa réponse, Fabiola lui promet de lui rapporter une moustache « broussailleuse, épaisse de trois doigts » et qu’avec cela, il ressemblera à Staline !!! ».

Qui est Vincent Dujardin, auteur d’une enquête inédite sur le roi Baudouin ?

Le 6 juillet 1960, ils se retrouvent comme prévu à Lourdes sur le coup de 19 heures. Baudouin et Fabiola passent ensemble les deux journées qui suivent. Le matin du 8 juillet, raconte Vincent Dujardin, « ils se retrouvent d’abord à la messe. Le Roi ressent l’envie de faire sa déclaration en l’écrivant dans le missel de sa bien-aimée, puis décide de ne se révéler que le lendemain. Mais après la messe, alors qu’ils se promènent, tout d’un coup Fabiola lui demande de réciter trois Ave Maria, après quoi elle lui lance : « Cette fois, c’est oui, je ne veux plus regarder en arrière ». Le jour même, ils se fiancent. Le moment de fête sera toutefois de courte durée puisque, rapporte l’historien, Baudouin sera contraint de rentrer au pays : c’est le chaos au Congo après l’indépendance qu’il a proclamée une semaine plus tôt à Léopoldville.

« Tes yeux (et petits cils) que j’adore… »

Début septembre, Baudouin écrit à nouveau à Fabiola pour lui manifester son impatience de la revoir en Belgique en vue des présentations officielles à sa famille. Il écrit : « Je t’aime, ma chérie. Je voudrais t’avoir dans mes bras et de te couvrir de douces caresses amoureuses, te baiser tes si jolies mains, ton front, ton nez que j’aime, tes yeux que j’adore (avec leurs petits cils). Amour à moi, je t’aime infiniment […]. J’ai envie de courir vers toi pour ne plus jamais te quitter ».

Outre cette passion amoureuse que Baudouin et Fabiola ont entretenue tout au long de leur vie, le livre de Vincent Dujardin (re) met un coup de projecteur sur les joies et peines que le couple royal, uni et soudé, a rencontrées, au premier rang desquelles la souffrance de ne pas avoir eu d’enfant.

Une dispute royale au sujet du Général Franco

Dans son livre, Vincent Dujardin rapporte les confidences qu’il a recueillies auprès de la reine Fabiola durant leurs multiples entretiens. Celle sur ce « moment de grande tension » dans le couple royal au sujet du Général Franco ne passe pas inaperçue. Ce moment arriva le jour où le Roi a voulu regarder un documentaire consacré aux républicains espagnols, « ce que Fabiola trouvait insupportable », rapporte l’historien. La Reine, marquée par la guerre civile, alors que des assassinats ont été commis par les républicains dans sa propre maison, était « plus franquiste que le Roi », écrit Vincent Dujardin. Qui relève également que, dans ses carnets, le Roi critique le régime de Franco en matière de droits humains.