Au début de l’histoire d’une galaxie, il y a un nuage de gaz en mouvement. Probablement aussi de la matière noire. Et puis des interactions gravitationnelles qui amplifient la rotation d’ensemble. De plus en plus au fur et à mesure que le nuage se contracte. Comme une patineuse qui rapproche ses bras pour tourner de plus en plus vite. Mais au fil des collisions et des fusions, les mouvements de rotation se combinent et certains peuvent disparaître.

Située à environ 2,5 millions d’années-lumière de la Terre, la galaxie d’Andromède (M31) est la plus grande voisine de notre Voie lactée. Elle s’étend sur 260 000 années-lumière. Des astronomes de l’université du Michigan (États-Unis) viennent de lui découvrir une toute petite galaxie satellite. © Nasa, JPL, Caltech© Moorefam, iStock

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Les galaxies satellites de notre Voie lactée ont appris beaucoup de choses aux astronomes sur l’évolution de notre Univers. C’est du moins ce dont ils étaient convaincus. Mais la découverte d’une toute petite galaxie dans le voisinage d’Andromède remet pas mal de choses en question…. Lire la suite

Alors pourquoi une équipe de l’université de Californie à Davis (États-Unis) s’étonne-t-elle aujourd’hui tant d’avoir observé une galaxie qui ne tourne pas ? « Ce phénomène n’est observé que dans les galaxies les plus massives et les plus matures, celles qui sont les plus proches de nous dans l’espace et le temps », explique dans un communiqué, Ben Forrest, premier auteur de l’étude publiée dans Nature Astronomy. Parce que sur le papier, il faut du temps pour que suffisamment de collisions se produisent pour éliminer le mouvement de rotation d’une galaxie.

Astronomers using the #JWST have found a massive galaxy in the early Universe that behaves in a surprisingly mature way: it does not appear to rotate.

The galaxy, called XMM-VID1-2075, existed when the Universe was less than two billion years old, yet its internal motion looks… pic.twitter.com/kzebui59OC

— Erika  (@ExploreCosmos_) May 8, 2026Et pourtant, elle ne tourne pas !

Celle dont il est question ici est baptisée XMM-VID1-2075. Les astronomes l’avaient déjà observée à l’aide de l’observatoire W.M. Keck à Hawaï. Ils avaient alors compris qu’elle était l’une des plus massives de l’Univers primordial – un Univers de moins de 2 milliards d’années -, avec déjà plusieurs fois plus d’étoiles que notre Voie lactée. Ils notaient aussi que XMM-VID1-2075 ne formait plus de nouvelles étoiles. Une curiosité qui leur a donné envie d’en apprendre plus.

Cette image montre l’espace profond. De nombreuses galaxies parmi lesquelles MoM-z14, celle qui est désormais la galaxie la plus lointaine jamais détectée. © Nasa, ESA, CSA, STScI, R. Naidu (MIT), Image Processing : J. DePasquale (STScI)

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Les chercheurs ont donc cette fois braqué le télescope spatial James-Webb (JWST) sur la galaxie lointaine. Il est le seul instrument à disposition des astronomes qui permettent de telles mesures. Et celles-ci révèlent que XMM-VID1-2075 a beau être très ancienne et très lointaine, elle ne tourne pas sur elle-même.


Le manque de contraste de couleur sur l’image de XMM-VID1-2075, à gauche, montre un manque de mouvement de rotation par rapport aux deux autres galaxies, au centre et à droite. © Ben Forrest et al., Nature Astronomy

Une collision avec une galaxie inverse ?

L’équipe a aussi observé deux autres galaxies d’âge similaire. Les astronomes ont mesuré le mouvement relatif de la matière en leur sein. Leurs conclusions sont claires : l’une des trois galaxies est en rotation – comme attendu -, une autre présente une structure « assez chaotique » et la dernière ne tourne pas, même si les chercheurs y ont vu des mouvements aléatoires. « Cela correspond aux caractéristiques de certaines des galaxies les plus massives de l’Univers local, mais sa découverte si précoce est quelque peu surprenante », souligne Ben Forrest.

Grâce au télescope spatial James-Webb, des chercheurs de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) ont observé la croissance « de l’intérieur vers l’extérieur » d’une galaxie dans notre Univers primitif. © thecreativesupplies, Adobe Stock

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Pour expliquer le phénomène, l’équipe avance une hypothèse. Cette galaxie pourrait être le résultat, non pas de plusieurs fusions – lorsque l’Univers n’avait pas encore 2 milliards d’années, c’est moins probable -, mais d’une unique collision entre deux galaxies qui, par le fait du hasard, tournaient quasiment en sens inverse. D’ailleurs, XMM-VID1-2075 présente un important excès de lumière sur le côté. Cela suggère la présence d’un autre objet qui interagit avec le système et qui pourrait en modifier la dynamique.

Combien existe-t-il de ce type de galaxies qui ne tournent pas sur elles-mêmes dans l’Univers primordial ? Certaines simulations en font apparaître quelques-unes, très rares. Grâce au télescope spatial James-Webb, les chercheurs peuvent désormais espérer en observer et déterminer à quelle fréquence elles apparaissent. Une belle façon de tester la validité de leurs théories sur l’évolution des galaxies.