« Les forces russes ont continué leurs assauts dans les secteurs qu’elles considèrent comme prioritaires, avec des bombardements et des frappes de drones sur les zones de combat et les localités proches de la ligne de front » dénonçait dimanche soir le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Plus de 150 assauts, plus d’une centaine de bombardements et près de 10 000 frappes de drones kamikazes ont été recensés au cours des dernières vingt-quatre heures ». L’armée russe a simplement « répondu » aux violations ukrainiennes, lui a rétorqué le Kremlin.
En Russie, Vladimir Poutine entre pression et paranoïa: « Sous la stabilité de surface se trouve un système politique fracturé »« La fin de la guerre »
Samedi, en pleine commémoration, Vladimir Poutine avait pourtant assuré que la guerre en Ukraine se dirigeait « vers sa fin ». Lors de la conférence de presse marquant la fin des célébrations à Moscou, le président russe s’est réjoui qu’aucune « provocation » ukrainienne n’ait été signalée dans la capitale russe, et a indiqué qu’il ne comptait « ni proposer ni refuser » une rencontre avec son homologue ukrainien. Fidèle à ses habitudes, il a ensuite loué les « efforts » américains en faveur de « la paix » et étrillé l’Europe, accusée comme toujours de « jouer la surenchère ».
Vladimir Poutine a ponctué son intervention en rappelant que la Russie exigerait, quoi qu »il arrive, l’établissement d’une « zone de sécurité » en Ukraine, afin que « personne ne puisse la menacer ». Des propos qui renvoient à l’une des exigences de base du Kremlin – l’abandon par l’Ukraine du Donbass et donc de sa ligne de fortification – principale pierre d’achoppement du processus de négociations. Annoncés « prochainement » à Moscou, Steve Witkoff et Jared Kushner, émissaires de Washington dans la région, auront donc fort à faire pour éviter de relancer un ersatz de négociation face à l’intransigeance et l’inflexibilité du Kremlin.
Le non-retour de Gerhard Schröder
« Avant de discuter avec la Russie, nous devons d’abord nous concerter entre nous sur ce que nous souhaitons lui dire » a réagi lundi la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. La Russie attaque en permanence ses voisins : comment l’en empêcher ? Cela nécessite des concessions de la part russe ».
Dans une apparente ouverture, Vladimir Poutine a évoqué samedi la possibilité de nommer… Gerhard Schröder comme intermédiaire pour reprendre le dialogue avec l’Europe. Russophile assumé, l’ancien chancelier allemand social-démocrate (1998 – 2005) est proche du Kremlin depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui âgé de 82 ans, il a été l’une des principales chevilles ouvrières du gazoduc Nord Stream qui reliait la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique, avant que le projet ne soit suspendu puis saboté en septembre 2022.
Président de la société Nord Stream pendant son mandat, il a démissionné en 2005 après la défaite du SPD aux élections parlementaires, et immédiatement pris la tête du consortium chargé de la construction du gazoduc sous le patronage de Gazprom. En 2017 il a encore été nommé président du conseil de surveillance du groupe pétrolier Rosneft. « On voit clairement pourquoi Poutine veut que ce soit lui » a dénoncé lundi Kaja Kallas. Il ne serait pas très sage de donner à la Russie le droit de désigner un négociateur en notre nom ».
« Une offre de façade »
L’Allemand a certes quitté ses fonctions chez Rosneft lors de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, mais a systématiquement refusé de condamner celle-ci. Dimanche, le gouvernement allemand a donc catégoriquement rejeté la proposition de lui confier une médiation, jugeant qu’il s’agit d’une « une offre de façade » faisant partie de la « stratégie hybride russe ».
La proposition de Vladimir Poutine est « un leurre », a ajouté lundi le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius. « S’il voit la fin de cette guerre approcher, pourquoi n’y met-il pas simplement un terme ? Il serait alors en contrôle du calendrier » a-t-il ajouté avant de dénoncer la tendance du président russe de « jouer avec des cartes truquées ».
Selon le média allemand Der Spiegel, Berlin envisagerait toutefois de proposer l’actuel président allemand, Frank-Walter Steinmeier, pour reprendre voix avec Moscou, quitte à former un duo avec Gerhard Schröder qui serait donc situé côté russe. Tout l’enjeu, pour l’Europe étant de jouer un rôle dans le processus de négociation, mené entre Washington, Moscou, et dans une moindre mesure, Kiev.