Edy Vessel, la grand-mère maternelle qui avait épousé un industriel

Si c’est par le prince Carlo de Bourbon des Deux‑Siciles, le père de la conjointe de Jordan Bardella, que la famille possède son titre nobiliaire, sa fortune provient de la lignée maternelle, dominée par la grand-mère, Edoarda Vesselovsky Crociani, mieux connue sous le nom d’Edy Vessel.

Cette femme, originaire de Trieste, a été mannequin et actrice des années 1960. Elle joue notamment dans Huit et demi de Federico Fellini et a partagé l’affiche avec de grands acteurs italiens comme Ugo Tognazzi et Johnny Dorelli. Elle a toutefois rapidement abandonné le cinéma pour épouser, en 1970, Camillo Crociani, puissant capitaine d’industrie de l’Italie. Devenue veuve, elle s’est remariée avec le comte Pierluigi Vitalini, dont elle divorcera ensuite.

Le cœur du scandale concerne Camillo Crociani, qui a joué un rôle clé dans le système industriel de l’italie en plein boom économique. Il fonde en 1956 la Ciset, société qui contrôlera ensuite Vitrociset à Rome (une société active dans la sécurité des sociétés d’État, de la police et du ministère de la Défense). En outre, il a été président et administrateur délégué de Finmare – holding d’État dédiée au maritime – et de Finmeccanica – multinationale de la défense devenue Leonardo. Mais Camillo Crociani est également resté célèbre pour une affaire de pots-de-vin liés à des ventes d’avions militaires à l’Etat italien.

Edoarda Crociani

Edoarda Crociani

Salvatore Laporta/Getty ImagesCamillo Crociani, condamné en Italie, fugitif au Mexique

En 1979, la Cour constitutionnelle italienne a condamné Camillo Crociani à deux ans et quatre mois de prison pour corruption. Le scandale a également provoqué la démission du président de la République Giovanni Leone, qui a plus tard été innocenté. Mais lorsque la condamnation tombe, Crociani est déjà hors des frontières italiennes. Après un séjour en Suisse et en France, il se réfugie au Mexique avec sa famille : Edoarda et leurs deux filles, Camilla et Cristiana. Au Mexique, la famille vit dans une villa de plus de deux mille mètres carrés avec piscines intérieure et extérieure, propriété de Claudio Crociani, fils d’un précédent mariage du grand patron.

Malgré le scandale, la famille parvient à conserver sa fortune grâce à un enchevêtrement complexe de sociétés bâti dans les années 1970. En pleine affaire liée aux pots-de-vin perçus pour la vente d’avion Lockheed à l’État italien, le 16 février 1977, Crociani a officiellement revendu la Ciset à son collaborateur Girolamo Cartia pour trois milliards de lires. Mais, la vente est assortie de clauses confidentielles stipulant que l’adjoint ne détient les actions qu’en fiduciaire pour le compte de Camillo Crociani.