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Ces fermetures représenteraient des économies allant de 3 à 6 millions d’euros par an pour la Région. Mais elles font aussi jaser au sein des entrepreneurs et académiques de la capitale. « Il est faux de dire qu’on va faire des économies, peste Marc Somers, un architecte bruxellois. OK, ces missions ont un prix, mais il faut aussi regarder ce qu’elles peuvent apporter. Il suffit qu’un ou deux gros contrats soient signés durant ce type de déplacements pour que cela vaille le coup financièrement pour la Région. »

De gros contrats

Et l’architecte, un grand habitué des missions commerciales, de prendre son propre exemple. « J’ai récemment signé un contrat de projet d’écotourisme au Maroc pour un montant colossal et deux autres à très gros budget à Dakar et Kinshasa, grâce à ce type de déplacements. C’est un gain pour l’économie locale, mais cela rapporte aussi un montant considérable à Bruxelles. »

« Depuis le Covid, il n’y a quasiment plus de grands projets à Bruxelles, voire en Belgique et si on veut vivre de notre métier, il faut s’exporter ».

M. Somers l’assure : il n’aurait jamais pu obtenir ces contrats sans ces missions à l’étranger et l’aide « précieuse » des représentants bruxellois sur place. « Ce sont souvent des locaux qui connaissent très bien le pays, la langue, le contexte et le tissu économique local. Ils font un boulot incroyable en nous préparant nos rendez-vous. On obtient des contacts qu’on n’aurait jamais pu avoir en restant chez nous. »

Selon lui, il est devenu indispensable pour beaucoup d’architectes bruxellois de faire ce type de déplacement. « Depuis le Covid, il n’y a quasiment plus de grands projets à Bruxelles, voire en Belgique et si on veut vivre de notre métier, il faut s’exporter. »

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Un autre entrepreneur s’interroge sur le choix des villes qui sont supprimées par Bruxelles. « On comprend pour La Havane…. Mais pourquoi Barcelone, qui est une des capitales de l’architecture moderne et de l’intelligence artificielle, pourquoi Milan, centre incontournable de la mode et du design, ou San Francisco et Shanghai ? » Et de conclure que certains choix, comme garder Madrid plutôt que Barcelone, sont « davantage politiques (« il faut garder un lien avec une capitale ») que stratégiques ou économiques. »

Je me souviens d’une mission en Amérique du Sud, où les Flamands nous avaient complètement mis à l’écart. »

Anders Böhlke, directeur académique de l’EMI, l’Executive master Immobilier de l’UCLouvain, regrette aussi cette décision politique. « Cela a du sens à faire des économies, mais ces missions sont un atout considérable. On y trouve quelque chose de difficilement calculable mais qu’on gagnerait à mesurer, à savoir l’inspiration, l’échange de bonnes pratiques. »

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L’académicien prend l’exemple de Barcelone « dont Bruxelles devrait s’inspirer ». « Il y a beaucoup de choses à apprendre sur la manière dont les Catalans limitent le temps d’attente des permis ou créent des habitats d’urgence… Mais il y a toujours très peu de décideurs bruxellois dans ces missions, c’est regrettable ».

Pour Marc Somers – qui est prêt à payer plus cher ses prochaines participations aux missions, « si cela permet de garder des postes bruxellois »-, ces déplacements permettent aussi aux petits entrepreneurs de faire leur trou à l’étranger, à moindres frais. « Un petit chocolatier indépendant a sa chance aussi. Souvent les contacts se font un peu par hasard, parfois entre participants de la mission qui développent un business commun en Belgique par après ».

« Écraser Bruxelles »

Selon lui, l’idée de « confier » les entreprises bruxelloises aux mains des attachés wallons ou flamands, comme c’est déjà le cas dans plusieurs villes aujourd’hui, ne fonctionnera pas. « Je n’y crois pas une seconde. Il n’y aura jamais la même énergie, les attentes sont aussi souvent très différentes. Bruxelles a par exemple, une économie davantage tournée vers les services. » Il se méfie surtout du nord du pays. « Je me souviens d’une mission en Amérique du Sud, où les Flamands nous avaient complètement mis à l’écart. »

D’après le Bruxellois, les Flamands « se frottent les mains » de cette décision. « Cela fait moins de concurrence à l’étranger pour leurs entreprises. Contrairement à Bruxelles, ils maintiennent leurs postes à l’étranger car ils en connaissent la valeur stratégique. »

Selon l’architecte, ces suppressions bruxelloises « collent aussi à une certaine vision flamande, à savoir celle d’écraser Bruxelles, de ne pas lui donner son statut de Région à part entière ». « C’est l’agenda de la N-VA qui a trouvé un allié côté francophone dans cet objectif : le MR. Il faut donner l’image que Bruxelles ne sait pas se gérer seule, qu’elle dépense trop ».