Le témoin explique avoir vu le véhicule arriver de face. « J’entends des déflagrations, comme un feu d’artifice. J’ai vu des instruments monter en l’air. Quand je me suis rendu compte de l’impact, mon réflexe a été de faire regarder les enfants vers les maisons. J’ai eu très peur pour eux. On s’est regardés et on s’est dit : Oh putain ».
Trois personnes sur le capot
Jason affirme également avoir aperçu la voiture passer à proximité de lui, avec Frédéric D’Andrea accroché au véhicule. « Je l’ai vu sur l’auto, mais pas vu après sur le sol, car je m’occupais des enfants et des victimes. C’était une scène chaotique », décrit-il.
Le témoin dit aussi avoir vu une femme dans le pare-brise ainsi qu’une autre victime, « une femme blonde » selon ses premières déclarations. Les jambes dépassaient. « Je ne suis pas certain, je pense que la lumière du plafonnier illuminait le visage de cette personne », précise-t-il. Les deux personnes encastrées dans l’habitacle étaient Fifa et Salvatore Impériale.
Concernant le gille Frédéric D’Andrea, Jason estime qu’il semblait tenter de se dégager de la voiture. Selon lui, il était probablement accroché au flanc gauche du véhicule. « Il bougeait du côté conducteur et essayait de remettre son apertintaille en place », relate-t-il encore. « J’ai regardé la voiture poursuivre sa route sur quinze à vingt mètres ».
Sous antidépresseurs depuis les faits, le témoin affirme également avoir aperçu un panneau lumineux annonçant des « festivités locales » rue des Canadiens, une trentaine de mètres avant la rue Saint-Julien. Me Discepoli lui a fait remarquer qu’une analyse de la Ville concluait à l’absence de tout panneau à cet endroit. Jason a toutefois maintenu sa version. « Il y avait un signal orange, je suis formel », a-t-il insisté.
Les enfants ont vu l’horreur
Grégory, brigadier communal, a lui aussi livré un témoignage marqué par l’émotion. Cette nuit-là, il souhaitait montrer « la beauté du cortège » à ses enfants.
Il se souvient précisément du moment du drame. « À un moment, je me suis retourné. J’ai vu des phares, entendu un bruit assourdissant, vu des corps voler. Une personne est tombée juste devant moi. Mon attention était attirée vers le véhicule avec trois personnes sur le capot et un gille couché. En une fraction de seconde, j’ai vu les feux arrière s’allumer et s’éteindre aussi vite ».
Grégory explique avoir immédiatement demandé à Jason de mettre ses enfants à l’abri. « Mon fils m’a avoué qu’il avait vu l’impact, les gens voler. Ma fille a vu le freinage et le gille sur l’auto. C’est dur, je n’ai pas l’impression d’avoir été là pour mes enfants », confie-t-il.

Les accusés au huitième jour du procès. ©Belgaimage
Il raconte ensuite s’être porté au secours d’un tamboureur blessé et de ses enfants, qu’il a tenté de réconforter. Il affirme également avoir contacté les services de secours à deux reprises.
Dans les jours qui ont suivi, Grégory a malgré tout dû reprendre le travail pour le carnaval de La Louvière. « J’ai pleuré comme un gamin au moment du ramassage », avoue-t-il. Il explique avoir voulu emmener ses enfants au carnaval de La Louvière malgré le traumatisme. « Le soir, on s’était garés derrière la cité administrative. Une personne alcoolisée est arrivée assez vite. Je me suis mis devant le véhicule et j’ai dit à l’automobiliste : « Ce n’était pas assez la semaine passée ? » Il a souri, m’a répondu que c’était bien fait et il a démarré. Je suis en colère ».
Comme Jason, Grégory indique souffrir depuis lors d’insomnies.
Francis, l’ami de cœur de Christine Chavrepierre
Enfin, Francis, fonctionnaire régional, était l’ami de cœur de Christine Chavrepierre, disparue deux ans après le drame. Ce matin-là, il se trouvait à ses côtés dans le cortège. Leur histoire avait commencé vingt ans plus tôt, lors d’une soirée. Après s’être perdus de vue, ils s’étaient retrouvés quinze ans plus tard. Une solide amitié est née, avant qu’il ne l’invite à un spectacle. Dès lors, ils ne se sont plus quittés, jusqu’à cette matinée tragique.
« Elle avait une personnalité exceptionnelle, une enseignante passionnée qui a profondément marqué les gens. J’ai reçu énormément de messages me disant à quel point elle était formidable. C’était une femme généreuse, marraine d’enfants au Sénégal auxquels elle envoyait régulièrement des cadeaux. Partout où elle passait, elle laissait un souvenir inoubliable », confie Francis, qui vivait alors en France.
Le matin du drame, Francis aidait à servir les boissons lorsque Christine est arrivée vers 4 h 30. Ensemble, ils se sont placés près de la batterie, au sein du cortège. « J’ai entendu plusieurs bruits sourds avant de tomber au sol. En tournant la tête vers la gauche, j’ai vu des personnes à terre, mais Christine avait disparu. Je l’ai finalement retrouvée, agonisante. Je l’ai mise en position latérale de sécurité, j’ai posé ma veste sur elle et je suis resté à ses côtés », raconte-t-il.
Le témoin affirme également avoir vu plusieurs personnes poursuivre une voiture dont les feux arrière rouges étaient allumés.
Transportée en soins intensifs et plongée dans le coma, Christine a longtemps suscité l’espoir de ses proches. Francis croyait qu’elle allait s’en sortir. Mais l’institutrice, très appréciée de ses élèves, est finalement décédée deux ans plus tard, après d’atroces souffrances.
Comme d’autres témoins, Francis estime que les parents de Paolo Falzone sont aussi responsables du drame.