Mais certains mots, une fois lâchés, ne s’effacent plus. Mardi soir, après le témoignage bouleversant d’une femme grièvement mutilée aux jambes, l’accusé avait affirmé qu’il « en avait les jambes coupées ». Une formule tombée dans la salle comme un éclat de verre. Les proches des victimes s’étaient levés aussitôt, quittant la pièce dans un silence plus violent que n’importe quel cri. Et le lendemain, dans les couloirs du palais, l’indignation continuait de circuler. « Il a prouvé qu’il avait un quotient intellectuel de 70 », murmurait-on encore entre deux bancs.
Indécence
Depuis les rangs des parties civiles, Nicolas D’Andrea, frère de Frédéric, mort dans le drame, n’a pas laissé passer l’explication. Pour lui, le mot « maladresse » sonnait comme une tentative de polissage là où il ne voyait que de « l’indécence ». Il a rappelé que jamais, au fil des précédentes étapes judiciaires, Paolo Falzone n’avait présenté d’excuses, du moins pas lorsque les caméras et le public étaient absents.

Nicolas D’Andrea s’est adressé à Paolo Falzone. ©DLE
Puis l’audience a basculé vers une autre scène, plus nue encore. Celle des excuses d’Antonino Falzone adressées à Fifa, cette femme restée prisonnière de l’habitacle broyé de la voiture. La voix chargée d’émotion, il a assuré qu’il ne se passait pas un jour sans qu’il pense à elle. « Je regrette de ne pas être resté près de vous », a-t-il confié. « Quand je vois les vidéos, je ne me reconnais pas. J’espère qu’un jour, vous me pardonnerez de ne pas être resté à côté de vous. »
Mais en face, la réponse de Fifa a claqué avec une lucidité glaciale. « Je n’ai pas le courage de vous pardonner : claquer la porte, me secouer, prendre votre veste… ce n’est pas une réaction humaine. »
Sidération
Antonino Falzone a parlé d’un état de sidération, de ce moment où le cerveau se fige et où le corps n’obéit plus. Un phénomène que de nombreux témoins ont eux aussi décrit. Tous racontent l’effroi, le vacarme, la brutalité du choc. Pourtant, au milieu du chaos, beaucoup ont trouvé la force d’agir. Des gens se sont précipités vers les blessés. Certains ont eu les gestes justes, d’autres simplement des mots pour empêcher la panique d’engloutir les victimes. Beaucoup ont cherché des couvertures pour réchauffer les corps meurtris dans une nuit où le thermomètre affichait à peine deux degrés.
Et pendant que cette chaîne instinctive de solidarité se formait au cœur du drame, Antonino, lui, est resté là, les mains dans les poches et Paolo appelait sa maman. Selon certaines parties civiles, cette dame devrait aussi se retrouver sur le banc des accusés. Elle aurait été civilement responsable si son fils avait été mineur. Ce n’est pas le cas, il doit assumer.