13/05/26
Dépistage organisé du cancer colorectal : la participation en hausse

Santé publique France a publié les indicateurs du dépistage organisé du cancer colorectal. En Guyane, où l’analyse a été rapatriée au laboratoire de Cayenne, moins de tests arrivent non analysables. La participation est en hausse. Selon le Dr Monlouis-Deva, présidente du CRCDC, elle a doublé en deux ans, pour atteindre 15 % l’an dernier.

En Guyane, l’épidémiologie du cancer colorectal est contrastée. C’est ce que révèle une étude de Santé publique France et du Registre des cancers, publiées en mars. L’incidence de ce cancer a diminué en moyenne de 3,3 % par an, entre 2003 et 2017. Mais cette tendance masque des dynamiques opposées :


Une baisse moyenne annuelle de 8,4% chez les femmes ;
Une augmentation moyenne de 2,2% par an chez les hommes.

L’analyse spatiale a révélé une concentration des cas sur le littoral (88 % des cas) sur cette période, avec une incidence près de cinq fois supérieure à celle du Maroni.

Cancer colorectal : la participation au dépistage organisé a doublé en 2025

Les progrès enregistrés dans la participation au dépistage organisé de ce cancer pourraient contribuer à améliorer la situation. Depuis le 9 septembre 2024, l’analyse des prélèvements pour le dépistage organisé du cancer colorectal est effectuée en Guyane. La reprise de cette activité par le laboratoire du CHU de Guyane – site de Cayenne mettait fin à dix années d’analyse dans l’Hexagone. Ce traitement hors du territoire complexifiait l’analyse puisqu’elle doit intervenir dans les six jours suivant le prélèvement. Ce retard – et donc le retour de nombreux échantillons non analysables – était la principale explication donnée à la faible participation.

Or les choses s’améliorent, comme l’a annoncé le Dr Michèle-Sandra Monlouis-Deva, présidente du Comité régionale de coordination du dépistage des cancers (CRCDC) dans l’émission Fo zot savé du 2 mai : l’an dernier, environ 15 % des personnes invitées ont participé au dépistage organisé du cancer colorectal, soit plus de 4 000 personnes. Santé publique France a également enregistré une tendance similaire, dans un bulletin publié à l’occasion de Mars bleu, mois de sensibilisation au dépistage du cancer colorectal. 

Pour sa part, le CRCDC a également constaté une hausse de la participation aux autres dépistages organisés :


Celui du cancer du col de l’utérus, avec 10 625 ont participé en 2025.
Celui du cancer du sein avec 2 860 dépistages l’an dernier (21,7 % des personnes invitées contre 18,7 % en 2024).

« C’est très bien et ça ne fait qu’augmenter. C’est un test auquel la population adhère complètement », se réjouit le Dr Monlouis-Deva. Le Dr Paul Zéphirin, médecin coordinateur du CRCDC abonde : « La motivation augmente et les chiffres sont là pour en témoigner. »

Cancer colorectal : comment recevoir les résultats

Avec 464 cas diagnostiqués entre 2003 et 2017, le cancer colorectal est le quatrième cancer le plus fréquent en Guyane. Ce chiffre a été rappelé par Cora Charles, directrice du dispositif spécifique régional en cancérologie OncoGuyane, fin mars, lors d’une soirée organisée par la CPTS centre littoral, qui en rend compte

Cette soirée a surtout permis de faire le point sur la transmission des résultats aux professionnels de santé. En effet, depuis septembre 2024, l’analyse des prélèvements n’est plus réalisée par le laboratoire Cerba dans l’Hexagone, mais en Guyane, par le laboratoire de l’hôpital de Cayenne. Le Pr Magalie Pierre-Demar, chef de pôle médico-technique au CHU de Guyane, a donc rappelé quelques points essentiels :


Il est important que les participants remplissent correctement le bon de demande avec : 

–   La date du prélèvement ; 

–  Leur numéro de téléphone ; 

–  Les coordonnées de leur médecin traitant s’ils en ont un.

Elle invite donc les professionnels de santé à les sensibiliser sur ce point.


Le kit de prélèvement est acheminé par la poste au laboratoire de Cayenne. Dans les communes isolées, il peut l’être par les CDPS.
Une fois disponible, le résultat est envoyé au patient par SMS et au médecin traitant par téléphone s’il est positif, ou via le Bioserveur. Le Centre régional de coordination du dépistage des cancers (CRCDC) les reçoit également.

Le laboratoire invite donc les médecins à s’inscrire sur le Bioserveur pour consulter les résultats de leurs patients.

Invitée de l’émission « Fo zot savé » le 2 mai, le Pr Demar a admis que le laboratoire « a connu quelques difficultés pour rendre (le rendu de résultat) très fluide. Mais maintenant, ça fonctionne ! »

Distribution des kits : la Guyane a montré l’exemple

Depuis le 10 mars, les infirmiers peuvent distribuer les kits de dépistage du cancer colorectal partout en France. En la matière, la Guyane a été précurseure. Depuis décembre 2023, les infirmiers et les masseurs-kinésithérapeutes du territoire avaient déjà la possibilité de le faire. Pour les autorités sanitaires, il s’agissait non seulement de réduire les difficultés d’accès au dépistage, mais aussi de renforcer les compétences des soignants impliqués.

 

En Guyane, un recours plus faible à l’endoscopie

Lors de la soirée que la CPTS Centre littoral a consacrée au cancer colorectal, fin mars,  le Dr Alolia Aboïkoni, cheffe de service d’hépato-gastroentérologie au CHU de Guyane – site de Cayenne, a souligné que c’est en Guyane que le taux de recours à l’endoscopie est le plus faible. Elle a donc appelé les professionnels de santé à renforcer la prévention et l’information des patients à ce sujet.

Le Dr Aboïkoni a rappelé que l’endoscopie digestive est indiquée pour diagnostiquer le cancer colorectal. Elle a précisé que lorsqu’un patient réalise une coloscopie au CHU de Guyane :


A Cayenne, le médecin traitant reçoit une copie du compte-rendu ;
A Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni, le médecin traitant doit écrire au secrétariat pour recevoir les résultats.

Dépistage du cancer du col de l’utérus : la télépathologie pourrait « significativement réduire le nombre de patientes perdues de vue » dans les communes isolées

En 2024, le service d’anatomo-cytopathologie du CHU de Guyane – site de Cayenne a testé la télépathologie, dans le cadre du dépistage du cancer du col de l’utérus. Il s’agit de numériser les préparations cytologiques et histologiques avec un scanner de lames, de transmettre les images à un spécialiste à distance, d’interpréter et de transmettre dans la foulée le résultat à la patiente. Quarante femmes en ont bénéficié à Saint-Georges, Grand-Santi, Papaïchton et Grand-Santi. Le Dr Camille Jan, qui a soutenu sa thèse l’an dernier sur le sujet, a présenté les résultats lors des dernières Journées des soignants. Pour elle, « cette technologie représente une avancée majeure pour les territoires enclavés comme certaines communes isolées de Guyane, en facilitant l’accès à une expertise anatomopathologique sans délai de transport physique des lames ».

En effet, elle avait calculé que pour les femmes des communes isolées, il se passait en moyenne cinquante jours, soit près de deux mois, entre le prélèvement et la consultation de rendu de résultat. Puis encore près d’un mois pour l’examen supplémentaire. Dans ces conditions, plus d’un tiers des femmes ayant besoin d’un examen complémentaire étaient perdues de vue, c’est-à-dire ne revenaient pas. Le délai de rendu des résultats est une explication à laquelle s’ajoutent les problèmes de transport et les interrogations sur l’intérêt d’un tel examen complémentaire. D’où l’utilité de pouvoir leur rendre le résultat le jour même du test.

Dans sa thèse, Camille Jan reconnaît toutefois que le scanner de lames classique « bien que performant, est (…) difficilement déployable en zone isolée sans une logistique lourde ». Elle souligne que des alternatives « plus souples » existent, comme le microscope avec adaptateur optique et transmission sécurisée ou le microscope-scanner de lames, « combinant portabilité et numérisation complète de la lame pour une lecture à distance ». Des expériences pilotes en Afrique australe ont également montré l’intérêt de l’intelligence artificielle pour pallier le manque de spécialiste en zone isolée.

Elle rappelle également l’importance de « renforcer la vaccination préventive » contre les HPV, de favoriser le dépistage organisé et de réfléchir à introduire l’auto-prélèvement pour la détection des HPV.