Gallimard fait entrer Liège dans Cartoville, sa très convoitée collection consacrées aux villes. Qu’est-ce qui a motivé ce choix, et pourquoi maintenant?
PATRICIA ALEN: « Emmanuel tient une librairie du voyage depuis dix ans. Et de mon côté, quand je voyage, je prends toujours le Cartoville. C’est un guide que j’apprécie beaucoup. Nous avons eu l’envie de monter ce projet car nous sommes profondément attachés à notre ville. Nous avons contacté Gallimard il y a deux ans car cette collection a une force de frappe à l’international. On trouvait que Liège se prêtait d’avantage au court séjour, c’est une ville qui a de plus en plus d’atouts, on se dit que maintenant on a l’audace de rayonner à l’extérieur. Surtout depuis la fin des travaux du tram, avec l’aménagement des bords de Meuse et des projets architecturaux audacieux. »
EMMANUEL PECQUEUX: « Il y a quinze ans, on ne se posait pas la question de savoir si on devait venir à Liège en week-end, mais on venait faire la fête. C’était une erreur, mais c’était une ville qui se vendait mal. Aujourd’hui, par exemple, pour rédiger « Liège en trois jours », il a fallu faire des choix, ça veut bien dire qu’il y a matière. »
Dans un contexte où Liège doit faire face à un déficit de son image: travaux du tram interminables, problèmes de drogue, de sécurité… Etait-il temps de retravailler l’aura de la ville?
E.P: « Je pense qu’il y a autant de problèmes de toxicomanie dans les autres régions du monde. Mais on cache la poussière sous le tapis, ici, peut-être un peu moins. Cela crée évidemment une forme d’acceptation tacite… »
P.A: « Pour moi, l’objectif du guide était justement aussi de permettre de transcender cela. Il y a des gens qui sont rarement venus à Liège et qui ont beaucoup de préjugés. J’ai accompagné une dame du Brabant-Wallon avec le guide dans la ville, elle était bluffée. Je trouve qu’il était temps d’inverser la logique et montrer que c’est une cité millénaire, qu’il y a un patrimoine, que Victor Hugo aimait y séjourner, parce qu’il a succombé à ses charmes, etc. »

La Tour Paradis (La Tour des Finances) de la Passerelle « La Belle Liègeoise ». ©Adobe Stock
Vous mettez en avant de nouvelles adresses. Cela prouve que Liège est une ville en mouvement…
E.P: « C’est important, mais c’est délicat, aussi. Parce que la durée moyenne d’un établissement Horeca, c’est plus ou moins deux ans en Europe. C’est un pari sur l’avenir. Donc, il y a un peu de feeling dans tout ça… »
P.A: « Le guide a été édité pour minimum trois ans, avant d’être réédité. On n’a pas non plus osé prendre trop de risques, même si on avait envie de mettre en avant la nouveauté. Il y a des adresses comme la Brasserie Sauvenière qui existe depuis des années, et qui donnent le sentiment aux gens qui y viennent que Liège est une ville qui bouge. Pourtant, ça n’a pas été créé il y a six mois. »
Cette collection a publié des guides pour les plus grandes villes du monde, New-York, Paris, etc. Mais où en est-on au niveau de l’image européenne de Liège? Y a-t-il un travail à faire sur son capital européen?
E.P: « Les Allemands et les Néerlandais se sont déjà emparés de la ville. Les Français, non, même si la situation évolue. Car Liège n’est pas une ville tout à fait comme les autres: elle est plus conviviale que la moyenne, plus sympa, moins étudiée… »
P.A: « On oublie qu’il y a beaucoup de TGV qui offrent des liaisons avec des grandes villes comme Paris. Une des forces de Liège est de se situer au cœur de l’Euregio, et aux portes de l’Ardenne. C’est rare, les villes où, en prenant un train 8 ou 15 minutes, on se retrouve en pleine forêt. Et de plus, elle est proche des frontières avec des évènements culturels, comme des expositions, qui peuvent amener des touristes. »

La montagne de Bueren ©Dmitry Orlov www.dvorlov.com
Quelle est l’humeur de Liège aujourd’hui? L’esprit liégeois, souvent mis en avant, est-il toujours d’actualité?
P.A: « C’est toujours d’actualité. J’ai rencontré le papa d’un jeune Français qui va faire ses études ici, il m’a confié que des amis lui avaient dit qu’il n’y avait pas une ville plus accueillante et qu’on s’y sentait tout de suite comme un poisson dans l’eau tellement les gens étaient sympas. Il y a une solidarité, une convivialité. C’est une ville de contraste, qui se vit. »
E.P: « C’est encore là. Mais ça appartient à une vieille génération, ce côté bonhomme, sans posture,… Le paysage liégeois change. Il y a des comportements plus urbains et plus étudiés. Mais le côté simple et authentique existe évidemment encore. »
Cartoville Liège, Gallimard, 52 p.